02 mai — Saint Athanase d’Alexandrie

Le Credo de saint Athanase -



Saint Athanase,

Anonyme,

Enluminure d’un codex sur parchemin, « Heures dites de Charles V »,

Manuscrit 0218, folio 165 v°, 19 x 14 cm, vers 1450,

Bibliothèque Municipale, Tours (France)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 6, 22-29)

Jésus avait rassasié cinq mille hommes, et ses disciples l’avaient vu marcher sur la mer. Le lendemain, la foule restée sur l’autre rive se rendit compte qu’il n’y avait eu là qu’une seule barque, et que Jésus n’y était pas monté avec ses disciples, qui étaient partis sans lui. Cependant, d’autres barques, venant de Tibériade, étaient arrivées près de l’endroit où l’on avait mangé le pain après que le Seigneur eut rendu grâce. Quand la foule vit que Jésus n’était pas là, ni ses disciples, les gens montèrent dans les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. L’ayant trouvé sur l’autre rive, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. » Ils lui dirent alors : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »


Saint Athanase

Saint Athanase (né vers 298, mort le 2 mai 373) fut évêque (« Pape », patriarche) d’Alexandrie, il est l’un des Docteurs de l’Eglise. En raison de l’éminence de ses travaux théologiques, il est compté parmi les quatre principaux Pères de l’Eglise grec, avec saint Basile le Grand, évêque de Césarée, saint Grégoire le Théologien, évêque de Nazianze, et saint Jean Chrysostome, patriarche de Constantinople.


Encore jeune diacre, saint Athanase prit part au premier concile œcuménique réunit à Nicée en 325. Il y brilla en défendant la vrai foi – à savoir que le Christ est consubstantiel (« homoousios ») au Père (cf. Jn 14, 9), et pas une simple créature comme le prétendaient les Ariens. Par la suite, il dû lutter âprement contre le prêtre Arius – qui avait été déposé par son prédécesseur l’évêque saint Alexandre d’Alexandrie – et contre le parti arien, qui eut parfois les faveurs du gouvernement impérial, ce qui lui valut de connaître cinq longues périodes d’exil, le plus souvent en Occident. Il ne put paître paisiblement son troupeau alexandrin, qui l’aimait profondément, que quelques années avant sa mort. Ses reliques sont vénérées dans l’église Saint-Zacharie de Venise au-dessus du corps de saint Zacharie, le père de saint Jean-Baptiste. On lui doit probablement le symbole qu’il a pu composer lors de l’un de ses exils en Occident.


Bien connu en Orient, saint Athanase ne fut pas fêté de bonne heure en Occident : sa fête n’apparaît dans le Nord de la France qu’au milieu du XIIe siècle, et elle n’est pas reçue à Rome avant le XVIe siècle. Fête simple inscrite au Bréviaire romain de 1550, elle devient double lors de la publication du Bréviaire romain normatif de saint Pie V en 1568. En raison de cette entrée tardive au sanctoral de l’Eglise romaine, on trouve assez difficilement des représentations de saint Athanase dans les manuscrits médiévaux occidentaux.


Cette belle miniature est extraite d’un Livre d’Heures à l’usage de Rome réalisé probablement à Bruges dans les Flandres vers 1450. Ce riche manuscrit dont toutes les pages sont splendidement décorées ne fut pas possédé par le roi Charles V (ce qui est une attribution fautive – pour ne pas dire frauduleuse – et bien tardive). Par sa reliure, on sait qu’il appartint à Philippe de Béthune (1565 † 1649), comte de Selles, marquis de Chabris, & marquis de Béthune puis à la Chartreuse Saint-Jean du Liget au diocèse de Tours. A la révolution, le volume fut versé dans les collections de la Bibliothèque municipale de Tours où il figure toujours sous la côte 0218.


Saint Athanase est représenté en évêque latin par l’artiste. Il tient sa croix d’archevêque métropolitain et ses gants de pontife, porte une mitre latine, une aube parée, une dalmatique et une chape par dessus, et tient l’un de ses nombreux écrits, signifiant par là son rôle de docteur de l’Eglise.


Si cette miniature figure dans ce manuscrit, c’est qu’elle est au regard du Symbole de saint Athanase. Ce symbole de foi se récite à l’office de prime chaque dimanche matin. En voici le début – les cinq premiers articles -, visible au folio 166 r°.


Le Credo de saint Athanase

Le symbole de saint Athanase, appelé « Quicumque » – du nom de son premier terme, est un symbole de foi confessant la Trinité et l’union des deux natures divine & humaine dans le Christ.

La tradition occidentale en attribue unanimement la paternité à saint Athanase (c. 298 † 373), patriarche d’Alexandrie, champion de la foi catholique professée au concile de Nicée et par là grand adversaire de l’hérésie arienne.


Toutefois comme le texte a été rédigé manifestement en latin en Gaule et qu’il est inconnu des Orientaux, la critique moderne a voulu y voir une fausse attribution au grand évêque d’Alexandrie.

Pourtant, c’était vite oublier que saint Athanase, persécuté par le pouvoir impérial arien, a été exilé plusieurs années en Gaule, plus précisément à Trèves, capitale de la Gaule Belgique Première ainsi qu’à Rome. Lors du Concile de Sardique (343), il représente 34 évêques de Gaule qui lui ont donné signature.


Saint Athanase, lettré et savant, ne pouvait pas ne pas utiliser le latin lors de ses nombreux & longs exils en Occident. Ce symbole est vraisemblablement un compendium de sa foi laissé à ses amis les évêques de Provence.


On trouve les premières traces claires de ce symbole dans le Commonitorum de saint Vincent de Lérins († 450). Un livre de commentaire lui est dédié dès le Ve siècle qui semble être rédigé par Euphronius (sans que l’on sache s’il s’agit de l’évêque de Tours ou de celui d’Autun de cette époque – un manuscrit milanais de cet ouvrage l’attribue à Fortunat, mais on ignore s’il s’agit de l’évêque de Poitiers de cette époque). On retrouve de nombreuses expressions proches de celles de notre symbole dans les écrits de saint Augustin d’Hippone († 430) comme de saint Fulgence de Ruspe ( 533)


La première mention précise qui en est toutefois connue se trouve dans un sermon de saint Césaire d’Arles prononcé en 542 : « Ici commence le symbole de la foi catholique du saint évêque Athanase ».


De la Gaule, ce symbole rayonne dans les pays voisins, en Espagne, en Afrique ; en 633, le quatrième concile de Tolède, sous la présidence d’Isidore de Séville, en incorpore des citations dans sa déclaration doctrinale. Le même saint Isidore cite ce symbole dans plusieurs de ses lettres.


Le premier canon du concile d’Autun (en 670 ou 676) présidé par l’évêque saint Léger ordonne que les prêtres et les clercs de l’Eglise de Gaule sachent par cœur le symbole de Saint Athanase :

Si quis presbyter, aut diaconus, subdiaconus, clericus, symbolum quod, Sancto inspirante Spiritu, Apostoli tradiderunt, et fidem sancti Athanasii præsulis irreprehensibiliter non recensuerit, ab episcopo condamnetur.
Si quelque prêtre, ou diacre, sous-diacre, clerc ne sait pas sans faute le symbole que les Apôtres ont délivré sous l’inspiration du Saint-Esprit, ni la foi du prélat saint Athanase, qu’il soit condamné par l’évêque.

Jusqu’au XIe siècle, ce symbole était en effet chanté tous les jours dans les Eglises de France.


L’un des plus ancien manuscrit qui contient le texte (BnF 3836), lequel est du VIIIe siècle, nous indique que le copiste qui l’a écrit l’a trouvé dans un manuscrit plus ancien à Trèves : Hæc invini Treviris in uno libro scriptum sic incipiente Domini nostri Ihesu Christi, et reliqua.


Au VIIIe siècle, saint Boniface le fait chanter en Allemagne ; il se répand à la même époque en Angleterre (Denebert, évêque élu de Worcester, fait profession de sa foi catholique vers 798 devant Ethelhard, archevêque de Cantorbéry en citant le symbole de saint Athanase). Anskar, évêque de Brême, recommande en mourant de le chanter. Hayton, d’abord abbé de Reichenau, puis évêque de Bâle, en impose la récitation chaque dimanche à prime. Cet usage se répandit dans tout l’Occident, et le chant du symbole de saint Athanase à prime des dimanche après l’Epiphanie & après la Pentecôte fut observé dans l’office romain jusqu’en 1960, année où il fut réduit à la seule fête de la Trinité par les nouvelles rubriques.


Voici ce que dit saint Thomas d’Aquin du symbole de saint Athanase dans sa Somme Théologique (composée vers 1270) : « S. Athanase n’avait pas composé un éclaircissement de la foi par manière de symbole, mais plutôt par manière d’enseignement doctrinal, comme on le voit à la façon dont il s’exprime. Mais parce que son exposé doctrinal contenait intégralement en peu de mots la vérité de foi, l’autorité du Souverain Pontife l’a fait recevoir comme règle de foi. » (La Foi, question 1, article 10, paragraphe 3).


Connu primitivement des latins, il fut traduit de façon ancienne en grec et fut utilisé dans les controverses théologiques autour du Filioque. Il figure en appendice au Psautier dans l’Eglise russe depuis Siméon de Polotsk ( 1680) et le Patriarcat de Constantinople l’inséra dans son Horologion, avant de le supprimer.


Quicumque vult salvus esse, * ante omnia opus est ut téneat cathólicam fidem :

Quiconque veut être sauvé, doit avant tout tenir la foi catholique.

Quam nisi quisque íntegram inviolatámque serváverit, * absque dúbio in ætérnum períbit.

Celui qui ne la garde pas entière et inviolée, périra sans aucun doute pour l’éternité.

Fides autem cathólica hæc est : ut unum Deum in Trinitáte, * et Trinitátem in unitáte venerémur :

Or la foi catholique la voici : nous adorons un seul Dieu en trois personnes et la Trinité dans l’unité.

Neque confundéntes persónas, * neque substántiam separántes.

Sans confondre les personnes ni diviser la substance.

Alia est enim persóna Patris, ália Fílii, * ália Spíritus Sancti.

Car autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle de l’Esprit Saint.

Sed Patris, et Fílii, et Spíritus Sancti una est divínitas, * æqualis glória, cœtérna majéstas.

Mais une est la divinité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint, égale leur gloire, coéternelle leur majesté.

Qualis Pater, talis Fílius, * talis Spíritus Sanctus.

Tel est le Père, tel est le Fils, tel est l’Esprit Saint.

Increátus Pater, increátus Fílius, * increátus Spíritus Sanctus.

Incréé est le Père, incréé est le Fils, incréé est l’Esprit Saint.

Imménsus Pater, imménsus Filius, * imménsus Spíritus Sanctus.

Immense est le Père, immense est le Fils, immense est l’Esprit Saint.

Ætérnus Pater, ætérnus Fílius, * ætérnus Spíritus Sanctus.

Eternel est le Père, éternel est le Fils, éternel est l’Esprit Saint.

Et tamen non tres ætérni, * sed unus ætérnus.

Et cependant il n’y a pas trois éternels, mais un seul éternel.

Sicut non tres increáti, nec tres imménsi, * sed unus increátus, et unus imménsus.

Non plus que trois incréés ni trois immenses, mais un seul incréé et un seul immense.

Simíliter omnípotens Pater, omnípotens Fílius, * omnípotens Spíritus Sanctus.

De même, tout-puissant est le Père, tout-puissant est le Fils, tout-puissant est l’Esprit Saint.

Et tamen non tres omnipoténtes, * sed unus omnípotens.

Et cependant il n’y a pas trois tout-puissants mais un seul tout-puissant.

Ita Deus Pater, Deus Fílius, * Deus Spíritus Sanctus.

Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, l’Esprit saint est Dieu.

Et tamen non tres Dii, * sed unus est Deus.

Et cependant il n’y a pas trois Dieux mais un seul Dieu.

Ita Dóminus Pater, Dóminus Fílius, * Dóminus Spíritus Sanctus.

Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, l’Esprit Saint est Seigneur.

Et tamen non tres Dómini, * sed unus est Dóminus.

Et cependant il n’y a pas trois Seigneurs mais un seul Seigneur.

Quia sicut singillátim unamquámque persónam Deum ac Dóminum confitéri christiána veritáte compéllimur : * ita tres Deos aut Dóminos dícere cathólica religióne prohibémur.

Car de même que la vérité chrétienne nous oblige à confesser que chaque personne en particulier est Dieu et Seigneur, ainsi la religion catholique nous défend de dire qu’il y a trois Dieux ou trois Seigneurs.

Pater a nullo est factus : * nec creátus, nec génitus.

Le Père n’est fait par aucun autre, ni créé, ni engendré.

Fílius a Patre solo est : * non factus, nec creátus, sed génitus.

Le Fils est du Père seul : ni fait, ni créé, mais engendré.

Spíritus Sanctus a Patre et Fílio : * non factus, nec creátus, nec génitus, sed procédens.

L’Esprit Saint est du Père et du Fils : ni fait, ni créé, ni engendré, mais procédant.

Unus ergo Pater, non tres Patres : unus Fílius, non tres Fílii : * unus Spíritus Sanctus, non tres Spíritus Sancti.

Il y a donc un seul Père et non trois Pères ; un seul Fils et non trois Fils ; un seul Esprit Saint et non trois Esprits Saints.

Et in hac Trinitáte nihil est prius aut postérius, nihil majus aut minus : * sed totæ tres persónæ






coætérnæ sibi sunt et coæquáles.

Et en cette Trinité rien n’est antérieur ou postérieur, rien n’est plus grand ou moins grand, mais les trois personnes sont coéternelles et égales entre elles.

Ita ut per ómnia, sicut jam supra dictum est, et únitas in Trinitáte, * et Trínitas in unitáte veneránda sit.

De sorte qu’en tout, comme il a été dit ci devant, l’unité doit être adorée dans la Trinité et la Trinité dans l’unité.

Qui vult ergo salvus esse, * ita de Trinitáte séntiat.

Celui donc qui veut être sauvé, doit penser ainsi au sujet de la Trinité.

Sed necessárium est ad ætérnam salútem, * ut Incarnatiónem quoque Dómini nostri Iesu Christi fidéliter credat.

Mais il est nécessaire au salut éternel de croire fidèlement aussi en l’incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ.

Est ergo fides recta ut credámus et confiteámur, * quia Dóminus noster Iesus Christus, Dei Fílius, Deus et homo est.

C’est donc la foi droite que de croire et de confesser que notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme.

Deus est ex substántia Patris ante sǽcula génitus : * et homo est ex substántia matris in sæculo natus.

Il est Dieu, de la substance du Père, engendré avant les siècles, et il est homme, de la substance de sa mère, né dans le temps ;

Perféctus Deus, perféctus homo : * ex ánima rationáli et humána carne subsístens.

Dieu parfait, homme parfait composé d’une âme raisonnable et de chair humaine,

Æquális Patri secúndum divinitátem : * minor Patre secúndum humanitátem.

Egal au Père selon la divinité, inférieur au Père selon l’humanité.

Qui licet Deus sit et homo, * non duo tamen, sed unus est Christus.

Bien qu’il soit Dieu et homme, il n’y a pas cependant deux Christ, mais un Christ ;

Unus autem non conversióne divinitátis in carnem, * sed assumptióne humanitátis in Deum.

Un, non parce que la divinité a été transformée en la chair, mais parce que l’humanité a été assumée en Dieu ;

Unus omníno, non confusióne substántiæ, * sed unitáte persónæ.

Un absolument, non par un mélange de substance, mais par l’unité de la personne.

Nam sicut ánima rationális et caro unus est homo : * ita Deus et homo unus est Christus

Car, de même que l’âme raisonnable et le corps font un homme, de même Dieu et l’homme font un Christ.

Qui passus est pro salúte nostra : descéndit ad ínferos : * tértia die resurréxit a mórtuis.

Il a souffert pour notre salut, il est descendu aux enfers, le troisième jour il est ressuscité des morts.

Ascéndit ad cælos, sedet ad déxteram Dei Patris omnipoténtis : * inde ventúrus est iudicáre vivos et mórtuos.

Il est monté aux cieux, il siège à la droite du Père, d’où il viendra juger les vivants et les morts.

Ad cuius advéntum omnes hómines resúrgere habent cum corpóribus suis ; * et redditúri sunt de factis própriis ratiónem.

A sa venue, tous les hommes ressusciteront avec leurs corps et rendront compte de leurs propres actes :

Et qui bona egérunt, ibunt in vitam ætérnam : * qui vero mala, in ignem ætérnum.

Ceux qui ont bien agi iront dans la vie éternelle, ceux qui ont mal agi, au feu éternel.

Hæc est fides cathólica, quam nisi quisque fidéliter firmitérque credíderit, * salvus esse non póterit.

Telle est la foi catholique, et quiconque ne gardera pas cette fois fidèlement et fermement, ne pourra être sauvé.

Glória Patri et Fílio * et Spirítui Sancto.

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit,

Sicut erat in princípio et nunc et semper * et in sæcula sæculórum. Amen.

Comme il était au commencement et maintenant & toujours et dans les siècles des siècles. Amen.