04 août — Saint Jean-Marie Vianney, saint Curé d’Ars

Grande est ta foi !



Le Christ et la Cananéenne

Adolf Hölzel (Olomouc, 1853 - Stuttgart, 1934)

Huile sur toile, 1926, dimensions inconnues

Collection privée


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 15, 21-28)

En ce temps-là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.


Méditation

La Cananéenne : Il faut que m’approche de lui, que je l’interpelle. C’est mon dernier espoir. Ma fille est à bout, continuellement tourmentée par ce démon qui la jette à terre et la fait écumer de douleur. Elle ne doit pas, elle ne peut pas mourir. J’ai besoin d’aide. Cet homme, ce Juif, dont tout le monde parle, pourra peut-être faire quelque chose pour elle. Il paraît qu’il guérit les malades, repousse le Diable et fait des miracles. Et pour le monde l’appelle « Fils de David ». Il faut qu’il m’aide, qu’il prenne pitié de moi et de ma fille. Seigneur, à l’aide ! J’aurai tout tenté, il ne me reste plus que lui, c’est mon dernier espoir…


Jésus : Mais qui est cette femme qui crie à pleins poumons ? Oh, c’est une cananéenne, une païenne. Ce n’est pas à son peuple, et encore moins à elle que je fus envoyé. Si je suis dans cette région, ce n’est pas pour annoncer la Bonne Nouvelle, mais pour me reposer avec mes disciples, leur parler à eux seuls. Une petite retraite en silence. Mais impossible d’avoir un peu de calme. Où que j’aille, on me poursuit pour me demander un signe, une guérison, un miracle. Au moins, écoutent-ils la Parole que je leur dispense ? Ou ne viennent-ils que chercher des signes, des soulagements pour leurs souffrances ? Il faut bien que je reconnaisse que la vie d’homme n’est pas si facile… j’en fais l’expérience. Mais une vie d’homme a aussi besoin d’un peu de repos. Alors ne répondons pas. Faisons comme si je ne l’avais pas entendu.


Les disciples : Mais il ne voit rien, il ne l’entend pas, elle qui nous harasse de ses plaintes depuis plusieurs minutes ?! Jésus serait-il sourd ? Ou sourd à la détresse des hommes. Si au moins il l’exauçait nous serions tranquilles. Il vaut mieux lui en parler directement avant qu’elle ne nous casse définitivement les oreilles. Même une parole pourrait apaiser cette femme, une simple prière pour elle…


Jésus : La voici qui se jette à mes pieds maintenant. Que de femmes se seront prosternées devant moi ! Plus que d’hommes en tous les cas… Il est vrai qu’un tel abaissement écornerait leur orgueil. Les femmes, elles ont au moins cette humilité naturelle. Mais, ce n’est pas pour elle ni son peuple que je suis venu. Je vais lui dire fermement pour qu’elle nous laisse en paix. Mais avec une image, elle comprendra mieux, même si ça manque un peu de tact : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »


La Cananéenne : Oui, je sais. Je ne suis certainement rien à ses yeux. Il me compare même à un petit chien. Je sais, je ne suis pas grand chose. Raison de plus pour insister, au risque de l’importuner et de me faire rembarrer par ses disciples. Et puisque je suis un petit chien, je vais en profiter pour becqueter ce qui tombe de la table du maître, ce sera toujours ça de pris ! Je ne vole personne, je ne vais pas prétendre la nourriture réservée aux enfants d’Israël sur leur table. Je ne fais que ramasser ce qu’ils laissent tomber. Je ne fais de mal à personne. Pour ma fille, pour sa guérison, je suis prête à ça. Je sais, je le sens, j’ai foi en lui : il peut faire quelque chose pour moi. Seigneur, laisse le petit chien que je suis ramasser au moins les miettes de tes miracles, les miettes de ton énergie, les miettes de ta parole. Ce n’est pas grand chose, mais ça me suffit. J’ai confiance.


Jésus : Ô ma fille, tu as de la répartie ! Et tu as raison ! Pourquoi ne t’écouterai-je pas ? N’es-tu pas de mes enfants, toi aussi, même si tu n’es pas de la même maison. Tu as raison, et je dois reconnaître ta foi persévérante. Je vais t’exaucer : ta fille sera guérie.


Puissent mes disciples comprendre ce qui vient de se passer… J’ai beau être le Fils de Dieu, je n’en reste pas moins pleinement homme, un homme-Dieu qui peut être touché par vos prières, surtout lorsqu’elles viennent d’une foi simple et pure et qu’elle font preuve de ténacité et de persévérance.


Dans quelques siècles, un homme simple mais pur, un pauvre prêtre qui aura tant de mal à réussir ses examens de théologie et de latin, en sera le héraut. De sa ténacité, de son abnégation quotidienne, il pénètrera mon coeur aimant et déversera sur ses fidèles cet amour inconditionnel de Dieu. Des miettes tombées de la table des théologiens, il fera avec pugnacité un pain consacré et sacrifié pour ses frères.