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04 novembre — Saint Charles Borromée

Réjouissez-vous avec moi ! -



La parabole de la drachme perdue,

Domenico Feti (Rome, 1589 - Venise, 1623),

Huile sur bois, 55 x 44 cm, 1618-1622,

Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde (Allemagne)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 15, 1-10)

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les 99 autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !” Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. « Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !” Ainsi je vous le dis : Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »


Le saint

Charles Borromée (1538-1584), archevêque de Milan, réalisa en sa personne le modèle de l’évêque proposé par le concile de Trente. Il travailla à réformer le clergé, en tenant des synodes et en fondant des séminaires. Il voulut restaurer les mœurs chrétiennes dans le peuple par ses visites pastorales, donnant à tous l’exemple d’une vie authentiquement fidèle à l’Évangile.


Méditation

Si j’étais berger à mon compte, je ne suis pas sûr que je suivrais les conseils de Jésus. Me voilà avec un troupeau de cent brebis, et en ayant perdu une, il me faudrait laisser à l’abandon les 99 autres, au risque que les loups les dévorent, ou que d’autres se perdent ? Honnêtement, ce n’est pas sérieux ! Pourtant, si c’est ma brebis préférée, non pas une parmi tant d’autres, mais celle que j’aime, il est possible, et même fort possible, que je parte à sa recherche en laissant les autres sur place. Le coeur a ses raisons que la raison ignore… Il est aussi probable que cette bête soit la plus chétive, voire malingre, ou mal formée… Malgré tout, et certainement à cause de sa faiblesse, mon coeur l’emporterait sur la raison et je partirai à sa recherche, et ce d’autant plus que c’est celle qui a le plus besoin d’aide. Transposez cette parabole en une situation de famille. Ne laisseriez-vous pas seuls vos enfants, pour un temps du moins, afin d’aller chercher le petit dernier qui s’est perdu ? Vous ne vous dîtes pas : « ce n’est pas grave, il nous reste encore trois enfants ». Et vous partiriez d’autant plus lestement que c’est celui qui a les plus besoin de votre aide. Quelle joie quand vous l’avez enfin retrouvé, joie que vous vous empressez de partager avec tous. Même si, comme pour l’enfant prodigue (la parabole qui suit les deux entendues aujourd’hui), cela peut créer quelques jalousies chez les autres enfants. Car le coeur et l’amour, ne se mesurent pas sur une grille d’efficacité, de bénéfice-risque comme on l’entend si souvent aujourd’hui. L’amour n’a qu’une seule mesure : la miséricorde.


Et ce n’est certes pas pour rien que l’on appelle ce chapitre 15 de l’évangile de Luc, les paraboles de la miséricorde. Car cette brebis perdue, c’est nous. Nous qui nous laissons égarer dans le péché, nous qui voulons continuellement être libres et quitter le chemin, nous qui refusons parfois, par colère infantile,de retourner au bercail. Eh bien, Jésus souffre de nous voir ainsi gyrovague, errant sans but. Alors, il nous cherche, par amour pour nous. Et quand enfin il nous trouve, il ne nous dispute pas, car il sait de quoi nous sommes faits depuis le Paradis. Il sait que nous ne savons pas tenir en place et que nous sommes, tels des pies, toujours attirés par ce qui brille ! Il sait, plus que nous, que nous avons besoin de conversion. Car nous sommes pécheurs.


Mais lui ne nous juge pas comme les hypocrites qui le condamnent parce qu’il mange avec les pécheurs. Oui, il mange avec nous, et même, il se donne lui-même en nourriture pour notre salut. À ce titre, bien sûr qu’il est idéal d’aller à la messe en « état de grâce ». Mais n’est-ce pas le pécheur qui a le plus besoin du pain du ciel? N’est-ce pas pour lui que le Christ est venu ? Et tous ceux qui participent à cette eucharistie, cette action de grâce, devraient se réjouir de voir une brebis recevoir la Corps du Seigneur ; j’ose espérer qu’ils évitent vaille que vaille de porter un jugement sur le pécheur qui vient communier, au risque d’adopter l’attitude des pharisiens, et que cette conversion rappelle à chacun que tous, sans exception, nous sommes pécheurs et avons besoin du salut de Dieu. C’est de cette miséricorde dont nous devons nous réjouir.


Car Jésus n’utilise aucune mesure avec nous : il nous aima jusqu’au bout dira saint Jean. Il nous aime jusqu’à tout donner, jusqu’à sa vie, pour nous. Il nous aime et désire dilapider ses grâces parmi nous (comme dans la parabole du fils prodigue). Dilapider ? C’est-à-dire ne rien garder pour soi, ce qui aux yeux de certains peut paraître un gaspillage. Mais l’amour ne se gaspille pas, Paul nous l’a rappelé dans la première épître aux Corinthiens (1 Co 13, 8 : « L’amour ne passera jamais »). N’est-ce pas ce que nous montre cette pauvre femme ? Elle a dix pièces d’argent, c’est tout son pécule. Un jour, elle découvre qu’elle en a égaré une. Que fait-elle ? Elle cherche dans tous les coins et recoins de sa maison. J’imagine son angoisse. Enfin, elle la découvre au fin fond de sa malle, comme sur le tableau de Feti. Comment ne pas partager sa joie ? Et pourquoi ne la partagerait-elle pas ? Mais elle fait plus que l’annoncer à ses amies : elle les rassemble chez elle. Et je me doute qu’elle ne les fait pas venir uniquement pour leur annoncer la nouvelle (qu’elle a déjà dû leur transmettre en les invitant) mais aussi pour fêter autour d’un verre, d’un gâteau ou d’un bon repas sa joie. Cela ne lui coûtera-t-il pas plus qu’une pièce d’argent ? Possible, mais qu’importe. Ce qui importe est de partager cette joie, de se réjouir avec elle. L’amour n’a pas de mesure, hormis celle de la miséricorde…


En fait, ces deux paraboles sont déjà des paraboles de prodigalité : largesse, libéralité, abondance et profusion. C’est bien ce que Jésus a fait sur terre pour tous les hommes. Il a distribué largement ses grâces, son pardon, son amour ; il a donné en abondance le pain et le poisson aux foules affamées ; il a guéri les malades et libéré les possédés à profusion ; il a fait preuve de libéralité avec tous ceux que la communauté condamnait comme la femme adultère. S‘il est bien un message que Jésus nous laisse aujourd’hui c’est d’être nous-mêmes prodigues de compréhension et de miséricorde avec les autres, d’aimer avec largesse, de donner à profusion notre temps, notre amour, notre pardon et notre bien. Alors, tous nous nous réjouirons ensemble de cette libéralité divine et de la conversion de tous.

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