04 octobre — Saint François d’Assise

Amour et charité



Le bon samaritain

Ferdinand Hodler (Berne, 1853 - Genève, 1918)

Huile sur toile, 71 x 112 cm, 1886

Collection privée


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 10, 25-37)

En ce temps-là, voici qu’un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. » Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? » Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté. Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.” Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »


Méditation

Saint François est devenu un peu plus populaire ces dernières années. C’est certainement dû au Pape actuel qui a pris son patronyme, mais aussi à cette fièvre écologique qui brûle notre monde depuis quelques dizaines d’années. François d’Assise devient l’icône emblématique du mouvement écologiste chrétien, et ce d’autant plus quand le Pape François lui dédie son encyclique « Laudato si » reprenant les premiers mots du fameux cantique des créatures. J’aimerais pourtant retenir ce la vie de ce saint d’autres aspects que le simple émerveillement devant Dame Nature. Il fut, entre autre, l’apôtre de la « Sequela Christi » : se mettre à la suite du Christ. Et pour suivre le Christ, c’est un chemin de sainteté qui s’offre à lui, un chemin pavé de joie, d’émerveillement, mais surtout de charité envers les pauvres qu’il considère comme ses vrais frères, au point de vouloir lui-même épouser Dame Pauvreté.


N’est-ce pas ce que fît, dans la parabole de Jésus, ce Samaritain ? Il ne s’arrête pas aux considérations légalistes du prêtre ou du scribe qui pouvaient s’exclure temporairement du Temple en s’approchant d’un moribond. Lui, il laisse son coeur parler avant de se laisser dicter sa conduite par la loi. Car la loi a le pouvoir, bien sûr, de gérer la communauté, mais aussi de vider de sa sève de vie, de son humanité, tout acte. On en devient alors légaliste, oubliant que la la loi est faite pour l’homme, pour le faire grandir, et non l’inverse. Si l’est un aspect de ce saint que nous devrions remettre aujourd’hui à l’honneur, c’est bien celui de son coeur ardent qui voit d’abord l’homme et son âme avant de regarder les lois déshumanisantes. Dès le début de sa vie, il n’eut pas peur de choquer se mettant nu sur la place d’Assise pour montrer sa volonté de dépouillement ; mais aussi montrer ainsi que le corps, l’âme et l’esprit de l’homme sont plus important que ces vêtements légalistes que nous croyons être des protections. Que protègent-ils ces vêtements si, en-dessous, le corps a perdu toute sève vivante ?


Se dépouiller de tout, comme le samaritain se dépouillera de on argent pour soigner cet homme. Se dépouiller de notre regard légaliste pour voir d’abord l’homme qui souffre, tel le regard de cet homme sur notre tableau. Se dépouiller de tout, comme le Christ accroché sur la Croix salvatrice. Se dépouiller pour retrouver l’essentiel : la vie, l’amour simple et vrai. Se dépouiller de notre regard faussement écologiste pour d’abord d’émerveiller de Dame Nature, avant de vouloir l’habiller de nos oripeaux politiques. Se dépouiller de nos préjugés et convictions pour voir en premier lieu, en tout homme, le visage du Christ souffrant, rayonnant et triomphant par la pauvreté. Une pauvreté qui finit par révéler la chose la plus importante de nos vies : l’amour, c’est-à-dire Dieu, car Dieu est amour.


Et pour nous aujourd’hui, François nous appelle à la pauvreté, si ce n’est matérielle, au moins celle du coeur, car « Heureux les pauvres de coeur, le Royaume est à eux ». Comme le samaritain, il nous invite d’abord à voir la vie de l’homme avant la loi. Comme le samaritain, il nous appelle à trouver le salut et la guérison de nos blessures dont nous avons tous besoin dans les sacrements de l’Église : le pansement blanc du baptême, l’huile de la confirmation et le vin de l’eucharistie. Et avec François, puissions-nous prier ainsi :


Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,

Là où est la haine, que je mette l’amour.

Là où est l’offense, que je mette le pardon.

Là où est la discorde, que je mette l’union.

Là où est l’erreur, que je mette la vérité.

Là où est le doute, que je mette la foi.

Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.

Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.

Là où est la tristesse, que je mette la joie.

Ô Seigneur, que je ne cherche pas tant

à être consolé qu’à consoler,

à être compris qu’à comprendre,

à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit,

c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,

c’est en pardonnant qu’on est pardonné,

c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.