08 décembre — Immaculée Conception

Elle fut toute bouleversée -


I

L’Immaculée Conception,

Giovanni Battista Tiepolo (Venise, 1696 – Madrid, 1770),

Huile sur toile, 281 x 155 cm, 1767-1768,

Musée National du Prado, Madrid (Espagne)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1, 26-38

En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.


Le peintre

Giovanni Baptista (Giambattista) Tiepolo, peintre italien, membre d’une famille vénitienne de peintres, dessinateurs et graveurs. Le plus célèbre membre de la famille était Giambattista Tiepolo, le sixième et dernier enfant de Domenico Tiepolo, un marchand, et Orsetta, dont le nom de jeune fille n’est pas connu. Il a été baptisé Giovanni Battista en rappel de son parrain, Giovanni Battista Dorià, un noble vénitien, le 16 avril 1696 à S Pietro di Castello, l’église locale de la famille et à l’époque, cathédrale de Venise. Bien que leur nom ait appartenu à l’une des plus anciennes et des plus distinguées des familles patriciennes vénitiennes, cette famille Tiepolo n’a pas revendiqué sa noble lignée. Domenico est mort environ un an après la naissance de Giambattista, et il est possible qu’Orsetta ait élevé ses enfants dans des circonstances difficiles. En 1719, Giambattista épousa Maria Cecilia Guardi, sœur des peintres Giovanni Antonio et Francesco Guardi. De leurs dix enfants, quatre filles et trois fils ont survécu jusqu’à l’âge adulte. L’un des fils, Giuseppe, devint prêtre et les deux autres, Giandomenico Tiepolo et Lorenzo Tiepolo, devinrent peintres et assistants de leur père.


Giambattista Tiepolo était le dernier des grands décorateurs vénitiens, maître du plus pur rococo italien, et sans doute le plus grand peintre du XVIIIème siècle. Il a été formé par un peintre obscur nommé Lazzarini, mais a été vraiment marqué par l’étude de Sebastiano Ricci et Piazzetta parmi les peintres vivants et Véronèse parmi les maîtres plus âgés. Il a été reçu dans le Fraglia (Guilde) en 1717, mais avait déjà peint Le sacrifice d’Abraham (1715-16, Venise, Ospedaletto), une peinture sombre à la manière de Piazzetta et du XVIIe siècle en général. En 1719, il a épousé la sœur de Guardi. Son propre style devient plus léger.


Sa première grande commande de fresques est faite en 1725, quand il a commencé les travaux dans le palais de l’archevêque à Udine (terminé en 1728). Celles-ci montrent déjà la virtuosité du maniement du pinceau, les tons clairs et les couleurs pâles de la fresque l’aidant évidemment à se libérer des modèles Piazettesque sombres. Les fresques d’Udine montrent également sa capacité nouvelle de créateur d’un monde en perspective abrupte au-delà du plan de l’image, avec une architecture prenant vie malgré les distances vertigineuses.


Après les fresques d’Udine, Tiepolo a voyagé régulièrement dans le nord de l’Italie, peignant plusieurs fresques dans les palais et les églises, ainsi que des retables à la peinture à l’huile dont la virtuosité culmine dans La récolte de la manne et le sacrifice de Melchizedek (c. 1735-40, Verolanuova, Eglise paroissiale) dont chacune mesure environ 10 mètres de haut. Les fresques de cette période trouvent leur apogée dans la série Antoine et Cléopatre dans le Palazzo Labia, Venise, qui ont été probablement terminées juste avant 1750, quand il a quitté Venise pour Würzburg.


Il a été invité à décorer le plafond de la Kaisersaal dans la Residenz à Würzburg par le prince-évêque, Karl Phillip von Greiffenklau. Tiepolo et ses fils Giandomenico et Lorenzo sont arrivés à Würzburg à la fin de 1750 et y sont restés jusqu’en 1753, en remplacement de Johann Zick, un élève allemand de Piazzetta. Il a peint l’escalier à fresque, quelques retables ainsi que le Kaisersaal, aidé dans cette tâche gigantesque par ses deux fils ainsi que plusieurs assistants. Le palais lui-même est un superbe exemple de l’architecture rococo allemande et la combinaison de l’architecture et de la peinture en une vaste allégorie aérienne est peut-être la plus réussie de la carrière de Tiepolo.


En 1755, après son retour à Venise, il a été élu premier président de l’Académie vénitienne et en 1761, il a été invité en Espagne pour décorer le Palais royal de Madrid par Charles III. Il arriva en 1762, avec ses fils et ses assistants, et peignit les immenses plafonds du palais en quatre ans. En 1767, Charles a commandé sept retables pour Aranjuez, mais les dernières années de Tiepolo en Espagne ont été aigries par des intrigues de Mengs, le représentant de ce néoclassicisme qui condamnait la peinture de Tiepolo comme frivole. Il est mort subitement à Madrid.


Son énorme production de fresques et de retables était en partie due à sa pratique (comme Rubens avant lui) de peindre de petits 'modelli' qui, une fois approuvés par le client, pouvaient être effectués par ses assistants qualifiés sous sa propre supervision. Des dizaines de ces maquettes et esquisses sont encore aujourd’hui visibles, ainsi que des centaines de dessins. Il a peint très peu de portraits. Il a également gravé de nombreuses plaques, et, avec Marco Ricci, a été l’un des fondateurs de la grande école des graveurs de Venise au XVIIIe siècle.


Le tableau

L'Immaculée Conception est un tableau du peintre rococo vénitien Giovanni Battista Tiepolo (1696-1770), commandée en mars 1767 par le roi Charles III d'Espagne, comme retable pour la chapelle du couvent Saint-Pascal d'Aranjuez, alors en construction. Le tableau représente la Bienheureuse Vierge Marie entourée d'anges et couronnée d'étoiles, écrasant le serpent symbolisant le mal. Les lys et les roses se réfèrent à l'hortus conclusus qui symbolise la virginité et la pureté d'âme de Marie, conçue sans le péché originel, ce qui fait d'elle l'Immaculée Conception. Cette œuvre magistrale se trouve aujourd'hui au musée du Prado de Madrid.


Ce que je vois

Dans une manifestation impressionnante et puissante, la Vierge Marie plane dans le ciel, au sommet d’un globe, et devant un fond jaune. Vêtue d’une robe blanche serrée à la taille, elle porte un manteau bleu, signe virginal et un voile jaune, symbole de la divinité qui la couvre de son aile. Au-dessus d’elle apparaît la colombe, symbolisant le Saint-Esprit. C’est l’Esprit qui va la préserver du péché originel, ce même esprit qui planait déjà sur les eaux de la Création.. Le palmier au premier plan est un symbole de la victoire et de la supériorité de Marie sur le mal dans le monde. C’est aussi le symbole de la Résurrection, Marie « assumée » au Ciel participant ainsi à la Résurrection de son Fils. Le serpent sous ses pieds représente le péché originel qu’elle écrase de son pied, en rachat de la condamnation faite à Ève. Le miroir, d’autre part, illustre la croyance qu’elle est complètement sans défaut et qu’elle est elle-même le miroir de toutes les vertus. Ainsi, la lumière traverse le miroir sans le briser comme l’Esprit traversera Marie sans briser sa pureté virginale. Le croissant de lune fait référence à la Femme de l’Apocalypse de Saint Jean. Marie est couronnée de douze étoiles, comme le précisait l’Apocalypse. Ce sont les douze tribus d’Israël (elle en est la fille par excellence) mais aussi les douze apôtres, elle qui sera Mère de l’Église. C’est aussi un symbole de chasteté. Cette peinture est véritablement une œuvre théologique !


Confusion

Dans l’esprit de beaucoup de chrétiens, une confusion s’est installée et ils mélangent alors l’Immaculée Conception avec la Naissance virginale de Jésus, et même parfois l’Assomption. Ce n’est pourtant pas la même chose. Expliquons-nous ! Mais commençons pas un peu d’histoire...


Historique

Le site de l’Église de France précise :

Privilège selon lequel, en vertu d’une grâce exceptionnelle, la Vierge Marie est née préservée du péché originel. Le dogme de l’Immaculée conception a été proclamé par Pie IX en 1854.

Voici le texte de la bulle Ineffabilis Deus :

Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu’ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles.

Quatre années plus tard, Marie allait elle-même confirmer ce dogme, déclarant à Bernadette Soubirous : « Que soy era Immaculada Conceptiou » : Je suis l’Immaculée Conception. Mais cette foi en Marie immaculée n’est pas nouvelle. Dès le IVe siècle, des Pères de l’Église expriment leur foi en des termes clairs. Il suffit de lire ce qu’écrivait Éphrem le Syrien (306-373):

Pleine de grâce,… toute pure, toute immaculée, toute sans faute, toute sans souillure, toute sans reproche, toute digne de louange, toute intègre, toute bienheureuse, … vierge d'âme, de corps et d'esprit,… arche sainte… belle par nature, tabernacle sacré que le Verbe... a travaillé de ses mains divines, … complètement étrangère à toute souillure et à toute tache du péché.

Puis, ensuite, ce sont les théologiens du Moyen-âge qui développèrent cette pensée théologique malgré d’âpres débats. Enfin, lors des apparitions mariales à Catherine Labouré, Rue du Bac à Paris en 1830, la Vierge se serait présentée, selon son récit, comme “conçue sans péché”. La médaille miraculeuse, frappée avec l'invocation “Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous”, popularise la foi en la conception immaculée de Marie. Le sens de la foi se développe dans le coeur des fidèles. Ainsi, face à la demande de nombreux évêques de par le monde, le Pape se décide à ériger cette foi popularisée depuis longtemps en un dogme de l’Église.


Aujourd’hui

Le Catéchisme de l'Église catholique, concernant ce dogme de foi, indique :

  • “Pour être la Mère du Sauveur, Marie fut pourvue par Dieu de dons à la mesure d’une si grande tâche”, il ajoute “par la grâce de Dieu, Marie est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie.”.

  • “La bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel”.

Comprendre

Ce dogme nous précise donc :

  • que Marie, par une grâce spéciale, a été préservée lors de sa conception, du péché originel. Elle n’en subit donc pas les conséquences. Rappelons ce que dit le livre de la Genèse (Gn 3, 14-19) :

Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux et toutes les bêtes des champs. Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » Le Seigneur Dieu dit ensuite à la femme : « Je multiplierai la peine de tes grossesses ; c’est dans la peine que tu enfanteras des fils. Ton désir te portera vers ton mari, et celui-ci dominera sur toi. » Il dit enfin à l’homme : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé le fruit de l’arbre que je t’avais interdit de manger : maudit soit le sol à cause de toi ! C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture, tous les jours de ta vie. De lui-même, il te donnera épines et chardons, mais tu auras ta nourriture en cultivant les champs. C’est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens ; car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras. »
  • Ainsi, Marie n’aura aucune peine ni dans sa grossesse ni dans l’enfantement. Mais elle ne connaîtra pas non plus la mort.

  • Le catéchisme précise même que cette grâce durera tout au long de son parcours terrestre : Marie ne connaître pas le péché. Bernanos dira que « Marie était stupéfaite devant le péché ».

Pourquoi ?

On pourrait se demander pourquoi ? Mais il y a une vraie et certaine logique spéculative. Si Marie avait été conçue du péché, elle l’aurait transmis à son Fils. Comment celui-ci aurait-il alors pu nous sauver, perdant par ce péché originel sa nature divine. C’est donc l’Esprit qui ensemencera Marie. Mais Jésus devait aussi être un homme pour nous sauver. Il vient donc du ventre d’une femme, mais une femme intacte du péché des origines.


Nier la conception immaculée de Marie, c’est transmettre au Christ le péché originel et lui retirer la possibilité de nous sauver, même s’il est né de l’Esprit. Nier la conception virginale de Marie, c’est aussi faire la même chose puisqu’en ce cas le péché originel aurait été transmis par la semence de Joseph.


Cette doctrine préserve donc une chose essentielle : notre salut. Sans cette conception immaculée, nous ne pourrions être sauvé par Jésus, Dieu fait homme.


Notons que l’Église orthodoxe depuis le VIIIème siècle célèbre la fête de la Conception de la Très Sainte Mère de Dieu par Anne et Joachim le 9 décembre. Cependant, si les orthodoxes appellent la Vierge Marie du nom d'Immaculée, ils rejettent, pour des raisons théologiques, le dogme de l'Immaculée Conception, qu'ils considèrent comme une hérésie retirant à la Vierge tout bénéfice de sa sainteté. L’Église orthodoxe est ainsi très partagée sur la question :

« En ce qui concerne le péché originel et la doctrine catholique de l'Immaculée Conception, l'Église orthodoxe n'a jamais fait aucune déclaration et définitive sur le sujet. La majorité des orthodoxes ont rejeté ce dogme, car il semble séparer Marie du reste de l'humanité. Il est important que Marie était la même que l'humanité tout entière afin que tous les chrétiens peuvent suivre son exemple et se soumettre à la volonté de Dieu. Le fils de Marie, Jésus-Christ, a pris chair de la Vierge Marie et du Saint-Esprit. L'Incarnation de Dieu, axe de la foi orthodoxe, ne saurait être comprise en accord avec le dogme de l'Immaculée conception, puisque c'est justement parce que Dieu le Verbe a pris chair de la Vierge Marie, a assumé la nature humaine déchue, qu'il a libéré l'humanité du péché par sa crucifixion et la Résurrection. Aussi, le dogme de l'Immaculée Conception (1869) implique une compréhension du péché originel qui n'est pas en accord avec la foi par l'Église orthodoxe. »

Prières à la Vierge Immaculée du Padre Pio

O Mère, mets en moi cet amour qui brûlait en ton cœur pour ton Fils.


Moi qui suis faible, j'admire le mystère de ton Immaculée Conception.


Je le désire ardemment.


Purifie mon cœur pour qu'il puisse mieux aimer Dieu ; purifie mon esprit pour qu'il puisse s'élever à Lui et Le contempler, L'adorer et Le servir en esprit et en vérité.


Purifie mon corps pour qu'il devienne un tabernacle moins indigne de Le recevoir, lorsqu'Il vient à moi dans l'Eucharistie.


Homélie de Manuel II Paléologue (+ 1425), 2 Homélies mariales byzantines, PO 16, [128]-[129].

Ayant destiné d'avance Marie à devenir sa mère, le Verbe de Dieu l'a comblée d'une grâce particulière. Bien mieux, il vivait avec elle avant qu'elle ne le mette au monde. Il est né, en effet, comme dirait saint Paul, au temps qui lui était réservé, et son corps fut formé du sang de l'Immaculée. Or, depuis que celle-ci a commencé à exister dans le sein infécond de sa mère, il n'y eut aucun moment où il ne fut pas uni à elle. Il ne serait pas raisonnable d'avoir une autre opinion sur ce point. Car si Jean Baptiste, d'immortelle mémoire, fut rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère, comme nous en avons été instruits, il serait déraisonnable de ne pas croire la même chose de Marie, la toute pure.


C'est ce que l'ange Gabriel veut dire par ces mots : Le Seigneur est avec toi (Lc 1,28), et il nous le fait comprendre en opérant une certaine distinction dans le temps. En effet, lorsqu'à la demande de la Vierge sans souillure, il cherche à expliquer la manière dont elle concevra, il ne parle pas au présent, mais au futur. Il fait cette prophétie : L'Esprit très saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre (Lc 1,35). Mais lorsqu'il salue la Vierge, il est clair qu'il la loue pour ce qu'elle possède déjà. Il dit : Réjouis-toi, il l'appelle Comblée-de-grâce (Lc 1,28), et la proclame bénie entre toutes les femmes (cf. Lc 1,42), car elle est d'une bonté supérieure à toutes les autres femmes. Si donc il la nomme Comblée-de-grâce, ce n'est pas parce qu'elle le deviendra, mais parce qu'elle l'est - et elle l'est effectivement -, ajoutant encore qu'elle est bénie. C'est comme s'il disait : "O Vierge comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi ; parce qu'il vit dans ton âme, tu es bénie entre toutes les femmes. "


Voilà ce qu'il en est du présent. Ce qui vient ensuite concerne l'annonce d'événements futurs. Ceux-ci découlent évidemment du libre consentement donné par l'Immaculée, ce don précieux qu'elle fait à Dieu, si précieux qu'on ne peut lui en offrir de meilleur. Quoi donc, en effet, pourrait bien égaler l'offrande dont Dieu avait justement besoin pour en faire l'assise et la fondation du mystère du salut, par lequel l'univers a été recréé et reconstruit beaucoup plus beau qu'avant ?


Il est clair aux yeux de tous qu'il en est ainsi. Au moment, en effet, où elle s'offrit de son plein gré et pria Dieu de tout son coeur pour que s'accomplisse sa volonté, elle dit : Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole (Lc 1,38). Alors, par la bienveillance du Père et la coopération de l'Esprit, le Verbe qui leur est consubstantiel et coéternel, qui avec eux est sans commencement, fut conçu dans le sein de la Vierge et assuma notre substance, mais sans la souillure. Il est venu, portant en lui la nature assumée, sans mélanger les deux natures, ni la nature créatrice ni la nature créée. Il est apparu comme un être unique, une personne, divinisant l'humanité assumée et, par elle, sauvant toute la masse humaine, comme par un ferment.


Prière

Seigneur, tu as préparé à ton Fils une demeure digne de lui par la conception immaculée de la Vierge ; puisque tu l'as préservée de tout péché par une grâce venant déjà de la mort de ton Fils, accorde-nous, à l'intercession de cette Mère très pure, de parvenir jusqu'à toi, purifiés, nous aussi, de tout mal. Par Jésus Christ