09 août — Sainte Thérèse-Bénédicte de La Croix (Édith Stein), co-patronne de l’Europe

Quelle vierge suis-je ?



Vierges sages et vierges folles

Godfried Schalcken (Made, 1643 - La Haye, 1706)

Huile sur toile, 93,8 x 113,4 cm, 1700

Alte Pinakothek, Munich (Allemagne)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 1-13)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes : les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile, tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile. Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. Au milieu de la nuit, il y eut un cri : “Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.” Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et se mirent à préparer leur lampe. Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.” Les prévoyantes leur répondirent : “Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter.” Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !” Il leur répondit : “Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.” Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »


Méditation

L’âme : En pleine nuit, je suis là, Seigneur. Et suis je suis venue, c’est pour m’unir à toi, t’épouser. Mais je ne suis pas la seule… Neuf autres filles attendent comme moi devant ta porte. Quand ouvriras-tu ? Qui choisiras-tu ? Il fait autant nuit à l’extérieur que dans mon coeur : je n’y vois pas clair… Je ne sais pas ce que je dois faire, ni quelle est ta volonté… Alors, je me suis munie de cette petite lampe à huile. Leurs petites flammes nous éclairent toutes. Nous distinguons un peu mieux l’endroit où nous sommes, les murs et la porte de ta maison. C’est curieux, j’ai aussi l’impression qu’elle éclaire doucement mon coeur, comme si l’Esprit venait me donner quelques lumières. Pourtant, elle est bien faible cette flammèche. Mais on ne voit qu’elle. Comme dans la nuit la plus sombre, on est illuminé par l’étoile du berger. Petite lumière qui nous guide, et qui ne se distingue que lorsque toutes les étoiles sont éteintes. Serait-ce le signe de ta présence, de ta lumière en mon âme ? Comme la braise qui continue de brûler sous la cendre ?


L’époux : Approche-toi de la porte ma belle. Viens écouter ma voix, à défaut de me voir. Cette lumière n’est que le signe de ma présence en ton âme. Mais sauras-tu l’entretenir ?


L’âme : Tu es donc là, même si je ne te vois pas ? Cette obscurité qui me fait tant peur permettrait-elle pourtant de ne me fixer que sur le son de ta voix ? Mes yeux clos par la nuit ouvrent les oreilles à ta parole ? Dans ces ténèbres, dans le silence de ma nuit, je peux enfin entendre ta voix. Je n’avais pas compris que c’était en éteignant toutes les fausses lumières de ma vie que je pourrais écouter le doux filet de ta voix. Mais je ne comprends pas comment je peux entretenir cette flamme…


L’époux : Un jour, un homme écrira dans un petit livre ce texte qui pourrait t’apporter une bribe de réponse :


Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince:

- S'il te plaît... apprivoise-moi ! dit-il.

- Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.

- On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

- Que faut-il faire? dit le petit prince.

- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près...

Le lendemain revint le petit prince.

- Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l'après-midi, dès trois heures je commencerai d'être heureux. Plus l'heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m'agiterai et m'inquiéterai; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n'importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m'habiller le cœur... Il faut des rites.

- Qu'est-ce qu'un rite ? dit le petit prince.

- C'est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C'est ce qui fait qu'un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu'à la vigne. Si les chasseurs dansaient n'importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n'aurais point de vacances.

Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l'heure du départ fut proche:

- Ah! dit le renard... Je pleurerai.

- C'est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise...

- Bien sûr, dit le renard.

- Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.

- Bien sûr, dit le renard.

- Alors tu n'y gagnes rien !

- J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.

L’âme : Alors, si cette lumière est la présence de ton amour, cette huile serait mon espérance de te rencontrer ?


L’époux : Tu y es presque ! L’espérance, cette petite fille qui marche à nos côtés, est essentielle. Mais non suffisante. Il te manque la foi et la charité. Sans la foi en l’amour, l’huile se tarit. Sans la charité, elle perd ses capacités éclairantes.


L’âme : Je comprends, Seigneur. Mais où acheter cette huile ? Où me la procurer ?


L’époux : Contrairement à ce que disent certaines de tes sœurs, il n’existe aucun marchand pour en acheter. Tout juste existe-t-il des maîtres qui t’apprennent à la chercher. Cette huile, c’est toi qui vas la produire ?


L’âme : Mais comment, Seigneur ? Comment dois-je faire ?


L’époux : Repense au renard. C’est en pensant continuellement au petit prince, en voyant les blés qui lui rappelle la couleur des cheveux de l’enfant, qu’il fait grandir en son coeur l’amour et qu’il apprivoise le petit prince comme celui-ci l’apprivoise. À chaque fois que tu penses à moi, à chaque fois que tu écoutes ma voix, à chaque fois que tu me cherches, à chaque fois que tu m’invoques, à chaque fois que tu contemple cette petite flamme d’amour, à chaque fois que tu la fixes de ton regard, à chaque fois que tu lui demandes de t’éclairer, à chaque fois que tu regrettes d’avoir soufflé dessus et de manquer de l’éteindre, à chaque fois que tu la protèges et l’aimes… à chaque fois, tu te remplis d’huile. Et cette huile porte plusieurs nom : la prière, l’adoration, la contemplation, l’intercession, la veille, l’imploration, l’action de grâce… Et ta lampe, huile et flamme, s’appelle alors l’Amour.


L’âme : Mais, Seigneur, pourquoi toutes ces filles ne pourront-elles pas rentrer en ta maison ? Elles ont pourtant toutes une lampe comme la mienne.


L’époux : Parce que toutes sont capables de me rencontrer, toutes sont destinées à m’épouser. Mais seules les plus persévérantes, seules celles qui auront fait des réserves de cette huile si particulières, seules celles qui m’aiment non seulement pour la lumière et la chaleur que je leur procure, mais surtout pour moi-même, seules celles qui auront veillé à mes côtés, sans se laisser endormir par l’enivrante et doucereuse musique du monde, seules celles-là pourront entrer et partager le repas de noces avec moi.


L’âme : Seigneur, je ne sais pas si je suis des vierges sages ou des vierges folles… J’ai tellement peur de manquer de ténacité dans ma recherche de la sagesse et tellement honte de céder trop souvent aux sirènes de la facilité et de la folie mondaine…


L’époux : Je le sais, je le comprends. Et c’est pour ça que je n’ouvre pas tout de suite la porte, pour te laisser le temps de refaire tes réserves. Mais maintenant que tu sais comment obtenir cette huile, cette même huile que tu reçus à deux reprises sur le front, mon huile sainte, cette huile qui t’a fait ma fille préférée, maintenant donc, prie et remplis ta fiole. Car, comme mon prophète Élie le dira à la veuve de Sarepta : « Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. »