15 août — Assomption de la Vierge Marie

Serrure et clé -



La femme couronnée d’étoiles,

Anonyme,

Le Liber floridus de Wolferbüttel,

Achevé entre 1028 et 1072, Manuscrit enluminé,

Bibliothèque de l’Université, Gand (Belgique)


Livre de l'Apocalypse 11,19a.12,1-6a.10ab.

Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire. Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »


Le manuscrit

Le Liber floridus (Livre fleuri en latin) est un ouvrage encyclopédique médiéval, manuscrit et enluminé. Il a été composé par Lambert (en latin : Lambertus de Sancto Audomaro), chanoine de la cathédrale Notre-Dame de Saint-Omer dans le Pas-de-Calais, Nord de la France. Le manuscrit de 1120, rédigé de la main même de Lambert, a été transféré très tôt à l'abbaye Saint-Bavon de Gand, sans doute vers 1136 et est maintenant conservé à la bibliothèque de l'université de Gand. L'importance de ce livre se mesure notamment au fait qu'il s'en est fait des copies jusqu'à quatre siècles plus tard. Lambert innove en traduisant visuellement des sujets qui n'avaient jamais été traités auparavant. C'est le cas des treize illustrations de scènes de l'Apocalypse tout comme de celle de l'Antéchrist assis sur le monstre Léviathan : de telles images étaient absentes des encyclopédies antérieures, qui semblent étrangement païennes en comparaison de celle-ci. L'eschatologie et la peur des fins dernières étaient effectivement devenus un élément essentiel dans la doctrine chrétienne de l'époque. En cela, Lambert était un pionnier, et il inspirera le remarquable Hortus deliciarum de l'abbesse alsacienne Herrade de Landsberg.


Ce que je vois

L’enluminure illustre assez fidèlement le texte de l’Apocalypse que nous avons entendu.


En haut à droite, le ciel. La main de Dieu saisit les deux petits bras d’un bébé nu pour lui faire franchir le cercle d’étoiles qui le délimite… C’est l’enfant promis qui vient de naitre de la femme et que poursuit le Dragon. La position des mains de Dieu sur les poignets de l’enfant ne peut que nous rappeler une anastasis, lorsque Jésus, descendu aux enfers, en sort Adam et Ève, les saisissant de la même façon. À l’intérieur, les clochetons de quelques églises surmontent deux grandes arcades. À leurs pieds, l’arche d’alliance telle qu’est décrite la Jérusalem céleste dans notre texte.


En bas à gauche, la femme en bleu, assise. Dans la main droite une poupée minuscule emmaillotée… l’enfant à naître. Sous ses pieds, on distingue le croissant de lune. Quant à sa tête, comme le décrit le récit, elle est couronnée d’une auréole marquée par douze étoiles d’or.


À droite, prêt à la dévorer de ses dents acérées, le dragon rouge-feu, sous la forme d’un grand oiseau, au regard méchant, une couronne d’or sur chacune de ses sept têtes, la grande et les six petites… Sa queue balaie le tiers des étoiles. Gueule ouverte, il s’apprête à dévorer l’enfant dès sa naissance.


En haut à gauche, un jeune homme, en manteau bleu est debout dans un désert. C’est Jean. De la main droite, il désigne la femme en dessous, objet de sa vision.

La dernière citation de l’Apocalypse :

Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »

semble s’illustrer dans cette image de l’enfant saisi par la main de Dieu pour qu’il pénètre dans la Jérusalem céleste. Comme le signe de l’entrée de nos âmes en Dieu.


Les différentes citations en carolines rouges décrivent en latin la scène. Par exemple, au-dessus de l’adolescent en haut à gauche est écrit : Jean l’évangéliste.


Un texte abscons

S’il est bien un texte difficile à comprendre et à déchiffrer, c’est bien l’Apocalypse. À un tel point que l’Église hésita à l’intégrer, lors du Concile de Muratori, au canon des Écritures ! Les symboles mystérieux y sont nombreux, et il paraît difficile de circuler dans un tel labyrinthe sans un guide accrédité. Qui plus est, comment comprendre ce que le texte veut me dire aujourd’hui ? Ne risque-t-on pas de sombrer, comme beaucoup, dans une sorte d’interprétation millénariste, sorte de description des évènements à venir ? Du même coup, j’ai l’impression que tout ce que la télévision me donne à voir est l’illustration actuelle de ce qui fut prévu… Ça sent la fin !


Ce serait déjà sauter à pieds joints sur l’étymologie du mot apocalypse qui ne veut rien dire d’autre que « révélation », une levée de voile. L’Apocalypse ne me donne pas à voir des choses qui vont arriver, mais au moins lève un voile sur ce que je vis pour en comprendre le sens, fut-il masqué et à déchiffrer. Ce n’est pas nous qui, de notre présent, regardons l’avenir comme une espérance, c’est l’avenir qui regarde notre présent comme l’espérance qui se réalise.


Serrure d’espérance

Et cette espérance s’incarne ici par cet enfant et sa mère. Non l’inverse. Non pas cette mère et son enfant. Lui, il est la clef. Elle, elle est la serrure ! Une clé et une serrure qui ouvrent la porte de la Jérusalem céleste. De fait, c’est une sorte de concaténation. On rejoint le Père par Jésus. On arrive à Jésus par Marie. Comme nous le chantons, elle est la première en chemin. La serrure initiale de notre foi.


L’erreur serait d’en rester à elle. Et du même coup de la diviniser, d’en faire une sorte de déesse qui répondrait à nos désirs et qui nous sauverait. Non. Seul le Christ est rédempteur. Mais l’autre erreur serait d’oublier dans le processus de rédemption Marie. Marie mène à Jésus. Comme le disait Louis-Marie Grignon de Montfort : Par Marie à Jésus. Sans Marie, pas de Jésus. Sans Jésus, une Marie qui ne remplit pas sa fonction ! Ils sont indissociables, mais ont un ordre, un sens. Je ne peux ici que vous reportez à l’homélie que j’ai écrite pour l’Immaculée Conception.


Comprendre

Ainsi, permettez-moi l’image même si elle peut paraître quelque peu triviale, Marie est la serrure dans laquelle se glisse la clé christique. Marie permet de comprendre, c’est-à-dire prendre avec soi (cum-prendere en latin) le message de son Fils et son Fils en lui-même. Si j’ai la clé sans la serrure, il me manque beaucoup. Je ne trouve pas la porte. Mais si j’ai la serrure sans la clé, je ne peux non plus l’ouvrir. En mon âme, je dois unir les deux.


Premier enseignement

Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance.

J’en reviens à mon texte. Remarquez bien que le Dragon attend la naissance pour dévorer l’enfant. Pourquoi ne dévore-t-il pas la mère et tue ainsi l’enfant ? Car il voit l’essentiel. C’est malheureusement une des grandes forces du Diable ! Il préfère attendre que l’enfant soit là, que le fruit arrive, pour attaquer. N’avez-vous pas remarqué que c’est souvent la même chose dans nos vies spirituelles. Le Diable s’attaque rarement à nous dans le quotidien. Il sait que d’une pichenette il nous reprend en main. Par contre, dès que nous en sommes profondément revenus à Dieu, au retour d’une retraite par exemple, il est là, prêt à dévorer le Christ qui germe en nous. Il préfère attendre l’essentiel. Saint Pierre le savait (1 Pierre 5, 8-10) :

Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui avec la force de la foi, car vous savez que tous vos frères, de par le monde, sont en butte aux mêmes souffrances. Après que vous aurez souffert un peu de temps, le Dieu de toute grâce, lui qui, dans le Christ Jésus, vous a appelés à sa gloire éternelle, vous rétablira lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables.

Le premier enseignement à tirer est donc de ne pas nous inquiéter si le Dragon est à nos portes. C’est le signe que l’Enfant-Dieu est venu faire sa demeure en nous. Même si l’enfantement peut être douloureux…


Deuxième enseignement

Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles.

Marie nous invite à laisser grandir en nous Jésus son Fils. Mais peut-être faut-il que nous soyons le plus proche d’elle. Du moins du signe qu’elle représente… Avoir le soleil pour manteau. Soleil de la joie, la joie la plus profonde, pas un fugace bonheur. Savoir que ce soleil de vie grandit en notre tréfonds, et qu’ainsi, nous-mêmes, devenons rayonnants. La lune sous les pieds. Cette lune de nos soucis, de nos nuits sans sommeil. Asseyons-nous dessus ! Que nos soucis nous portent et nos apportent plutôt qu’ils ne nous importent ! Sur la tête, une couronne de douze étoiles. Ô bien sûr, je pense à notre drapeau européen qui n’en est que l’illustration : mettre toute l’Europe sous la protection de Marie. Elle en a besoin… Mais ces douze étoiles ne sont-elles pas aussi les douze apôtres, les douze tribus d’Israël, les douze colonnes de l’Église ? pour recevoir le Christ, il me faut me mettre sous la Parole de Dieu, comme Marie qui « méditait tout cela en son cœur » (Luc 2, 19). Si Marie est la serrure, Jésus la clé, alors la Parole de Dieu sera l’huile des rouages, pour ne pas dire le mode d’emploi !


Troisième enseignement

L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place.

L’enfant fut enlevé. En fait, le terme latin est « assumé », mis au plus haut. Comme Marie… Elle sera enlevée au ciel, sans connaître la corruption de la mort. Elle sera assumée, d’où le terme d’assomption. Ainsi le déclare le Pape Pie XII :

« Par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par Notre propre autorité, Nous prononçons, déclarons, et définissons comme un dogme divinement révélé que l'Immaculée Mère de Dieu, la Vierge Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste »

Constitution dogmatique Munificentissimus Deus, § 44.


Par la suite, la constitution dogmatique Lumen Gentium du concile Vatican II de 1964 a énoncé :

« Enfin, la Vierge immaculée, préservée de toute tache de la faute originelle, au terme de sa vie terrestre, fut élevée à la gloire du ciel en son âme et en son corps et elle fut exaltée par le Seigneur comme Reine de l'univers afin de ressembler plus parfaitement à son Fils, Seigneur des seigneurs et vainqueur du péché et de la mort. »

Constitution dogmatique Lumen Gentium sur l'Église, § 59.


Pour nous aussi, Jésus est allé préparer une place au ciel. Mais avant, comme Marie, il nous emmène quelque peu au désert, à l’image de ce qu’annonçait le prophète Osée (Osée 2, 8.16) :

C’est pourquoi je vais obstruer son chemin avec des ronces, le barrer d’une barrière : elle ne trouvera plus ses sentiers. (…) C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur.

C’est au désert, désert qu’il a barré d’un buisson d’épines, comme pour Jésus, qu’il va nous emmener pour parler à notre cœur…


Alors, par Marie, avec Jésus, nous pourrons entendre ce qu’il dit à nos cœurs :

Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »

Homélie de saint Bernard (+ 1153) pour l'Assomption, Sermon 1 pour l'Assomption de la bienheureuse Marie, Opéra, éd J Leclercq et H. Rochais, vol 5, Rome, 1968, 228-231

En montant aujourd'hui dans les cieux, la Vierge glorieuse a certainement beaucoup ajouté à la joie des citoyens du ciel et les a remplis d'allégresse. C'est elle, en effet, qui par sa salutation fit tressaillir de joie un enfant encore enfermé dans le sein de sa mère. L'âme d'un enfant qui n'était pas encore né s'est fondue de bonheur à la voix de Marie. Comment, dès lors, pourrions-nous imaginer ce que fut la jubilation des bienheureux quand ils eurent le bonheur d'entendre sa voix, de contempler son visage et de jouir de sa présence bénie ?


Et pour nous, mes bien-aimés, à quelle fête son assomption ne donne-t-elle pas lieu ? Quelle joie et quel bonheur ne nous procure-t-elle pas ? La présence de Marie a fait resplendir la terre entière, si bien que maintenant la patrie céleste elle-même, illuminée des rayons de cette lampe virginale, brille d'un éclat plus vif. C'est donc avec raison que les actions de grâce et les chants de louange (Is 51,3) retentissent dans les cieux. Ne pensez-vous pas pourtant que nous avons plus de motifs de gémir que d'applaudir ? Car nous ne pouvons manquer ici-bas de pleurer le départ de Marie dans la mesure même où le ciel se réjouit de sa présence.


Cessons toutefois de nous lamenter puisque la cité que nous avons ici-bas n'est pas définitive (He 13,14) et que nous aspirons au contraire à celle où la bienheureuse Marie fait aujourd'hui son entrée. Si nous devons un jour être comptés parmi ses habitants, il est vraiment juste que, même dans notre exil, même au bord des fleuves de Babylone, nous nous souvenions (Ps 136,1) de la cité céleste, nous prenions part à sa joie et participions à son allégresse. Nous aspirons surtout à rejoindre celle qui remplit aujourd'hui de sa joie, comme d'un torrent, la ville de Dieu (cf. Ps 45,5), au point que nous en recevions quelques gouttes tombant sur la terre.


Oui, notre Reine nous a précédés et le glorieux accueil qui lui est fait nous engage, nous, ses serviteurs confiants, à suivre Notre Dame en nous écriant : Entraîne-nous après toi, courons : tes parfums ont une odeur suave (Ct 1,3-4) ! Notre exil a envoyé en avant une avocate qui, en sa qualité de Mère de notre juge et de Mère de la miséricorde, consacrera ses prières efficaces à la cause de notre salut.


Aujourd'hui notre terre a envoyé un don précieux au ciel pour que d'heureux liens d'amitié unissent les hommes à Dieu, la terre au ciel, la petitesse à la grandeur, grâce aux présents échangés. Car c'est au ciel que le fruit sublime de la terre est monté, au ciel d'où descendent les dons excellents, les dons parfaits (cf. Jc 1,17). La Vierge bénie, élevée dans les hauteurs, dispensera donc à son tour des dons aux hommes (cf. Ep 4,8). Pourquoi ne le ferait-elle pas, puisque le pouvoir ne lui en fera pas défaut, ni la volonté ? Elle est la reine des cieux, une reine compatissante, pour tout dire, elle est la Mère du Fils unique de Dieu. Il n'y a rien, en effet, qui puisse mieux nous faire comprendre l'étendue de sa puissance et de sa bonté, à moins que l'on ne croie pas que le Fils de Dieu honore sa Mère. Pourrait-on d'ailleurs douter vraiment que les entrailles de Marie se soient remplies de sentiments de charité, alors que la Charité même, venue de Dieu, y est demeurée corporellement pendant neuf mois ? <>


Qui pourra raconter la génération (cf. Is 53,8) du Christ et l'assomption de Marie ? Elle est comblée dans les cieux d'une gloire d'autant plus singulière qu'elle a obtenu sur la terre une grâce plus insigne que toutes les autres femmes. Si personne n'a vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, si le coeur de l'homme n'a pas imaginé ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment (1Co 2,9), qui pourra dire ce qu'il a préparé pour celle qui l'a engendré et qui l'aime, c'est certain, plus que tous ?


Pleinement heureuse, mille fois heureuse est Marie, soit qu'elle reçoive le Sauveur, soit qu'il la reçoive. Dans l'un et l'autre cas, la dignité et la virginité de cette Mère sont admirables, et la faveur dont la majesté divine l'honore mérite nos louanges.


Homélie de Nicolas Cabasilas (+ après 1388) sur la Dormition de la Mère de Dieu, Homélies mariales byzantines, PO 19, 390-391

Il fallait que la Vierge fût associée au Fils en tout ce qui regarde notre salut. De même qu'elle lui fit partager sa chair et son sang et qu'elle fut, en retour, gratifiée de ses bienfaits, de même elle eut part à toutes ses souffrances et à toutes ses peines. Il fut attaché à la croix et eut le côté percé par la lance. Elle eut le coeur transpercé par une épée, comme le divin Syméon l'avait annoncé. <>


La première, elle fut rendue conforme à la mort du Sauveur par une mort semblable à la sienne. C'est pourquoi, avant tous les autres, elle eut part à la résurrection. En effet, après que le Fils eut brisé la tyrannie de l'enfer, elle eut le bonheur de le voir ressuscité et de recevoir sa salutation, et elle l'accompagna autant qu'elle le put, jusqu'à son départ vers le ciel. Après son ascension, elle prit la place que le Sauveur avait laissée libre parmi ses Apôtres et ses autres disciples, ajoutant ainsi aux bienfaits que Dieu avait dispensés à l'humanité celui de compléter ce qui manquait au Christ (Col 1,24) beaucoup mieux que quiconque. Cela ne convenait-il pas à sa mère plus qu'à tout autre ?


Mais il fallait que cette âme très sainte se détache de ce corps très sacré. Elle l'a quitté et s'est unie à l'âme du Fils, elle, une lumière créée, à la lumière primordiale. Et son corps, après être resté quelque temps sur la terre, a été lui aussi emporté au ciel. Il fallait, en effet, qu'il emprunte tous les chemins que le Sauveur avait parcourus, qu'il resplendisse pour les vivants et les morts, qu'il sanctifie en toutes choses la nature et qu'il reçoive ensuite la place qui lui convenait. Le tombeau l'a donc abrité quelque temps, puis le ciel a recueilli cette terre nouvelle, ce corps spirituel, ce trésor de notre vie, plus digne que les anges, plus saint que les archanges. Et le trône fut rendu au roi, le paradis à l'arbre de vie, le monde à la lumière, l'arbre à son fruit, la Mère au Fils : elle en était parfaitement digne puisqu'elle l'avait engendré.


Qui, ô bienheureuse, trouvera les mots capables d'égaler ta justice et les bienfaits que tu as reçus du Seigneur, et ceux que tu as prodigués à toute l'humanité ? Quand bien même, comme dirait saint Paul, il parlerait les langues des hommes et des anges (1Co 13,1). Je pense que c'est aussi une part du bonheur éternel réservé aux justes, que de connaître tes privilèges et de les publier aussi bien que tu le mérites. Car cela fait partie également des choses que l'oeil n'a pas vues, que l'oreille n'a pas entendues (1Co 2,9) et que, selon saint Jean, l'immortel, le monde lui-même ne pourrait comprendre (Jn 21,25). Tes merveilles ne peuvent resplendir que dans ce théâtre, ce ciel nouveau et cette terre nouvelle (Ap 21,1), où luit le soleil de justice, que les ténèbres ne suivent ni ne précèdent. Tes merveilles, le Seigneur lui-même les proclame tandis que les anges applaudissent.


Prière

Dieu éternel et tout-puissant, toi qui as fait monter jusqu'à la gloire du ciel, avec son âme et son corps, Marie, la Vierge immaculée, mère de ton Fils, fais que nous demeurions attentifs aux choses d'en haut pour obtenir de partager sa gloire. Par Jésus Christ.


Prière

« Ô Notre-Dame Médiatrice couronnée de douze Étoiles, revêtue du Soleil avec la lune sous Tes pas »

« Ô Notre-Dame Médiatrice, comme Te voici devenue l'amie du Seigneur, ô Dame ! Combien proche, que dis-je, combien intime à cause de Tes mérites ; quelle grâce Tu as trouvé auprès de Lui ! En Toi Il demeure, et Toi en Lui ; Tu Le revêts et Tu es revêtue par Lui. Tu le revêts de la substance de Ta chair, et Lui, Il Te revêt de la gloire de sa Majesté ; Tu revêts le soleil d'une nuée, et Toi-même Tu es revêtue par le soleil. Et maintenant, ô Mère de Miséricorde, au nom de cette Tendresse même de ton Cœur très pur, la Lune - l'Église - prosternée à Tes pieds T'adresse ses pressantes supplications, à Toi la Médiatrice établie pour elle auprès du Soleil de justice, pour obtenir que dans Ta lumière elle voie la Lumière, pour mériter par Ton entremise les bonnes grâces de ce Soleil qui T'a aimée vraiment plus que tout, qui T'a faite si belle en Te parant d'un manteau de gloire et en plaçant sur Ton front la plus belle des couronnes. Nourris aujourd'hui Tes pauvres, ô Notre Dame, car Tu es vraiment la Vierge choisie par avance et destinée au Fils du Très-Haut qui est au-dessus de tout, Dieu béni à jamais. Ainsi soit-il. »

Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153)