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19 jours après la Pentecôte — Sacré-Cœur

Joie dans le ciel -



Sacré-Coeur ,

George Desvallières (Paris, 1861 - Paris, 1950),

1920, huile sur carton, 115 x 85 cm,

Donation Les Amis de la maison d’Ananie


Année A : Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 11, 25-30)

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »


Année B : Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (Jn 19, 31-37)

Jésus venait de mourir. Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé. Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.


Année C : Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc (Lc 15, 3-7)

En ce temps-là, s’adressant aux pharisiens et aux scribes, Jésus disait cette parabole : « Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t‑il pas les 99 autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !” Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. »


Le peintre

George Desvallières est un artiste français trop peu connu. Sa petite fille, Catherine Ambroselli de Bayser, en est la spécialiste incontestée. Je ne peux que vous inviter à vous reporter au site consacré au peintre pour une biographie détaillée : http://www.georgedesvallieres.com


Il eut une vie longue, 90 ans, qui traversa trois guerres (1870, 1914, 1940), marquée par des événements cruciaux pour ce peintre, que ce soit sa conversion au catholicisme en 1905, la Grande Guerre où il servit comme chef de bataillon, la mort de son fils Daniel, âgé de dix-sept ans en 1915, ou des rencontres exceptionnelles comme celle de Jules-Élie Delaunay, Gustave Moreau, Georges Rouault, Henri Matisse ou Jacques Rouché. Avec Maurice Denis, il créera en 1912 les fameux Ateliers d’Art Sacré.


Le tableau

Extrait du site sus-nommé

À son retour de la guerre de 1914, où il a perdu un fils, Desvallières fait le vœu de se consacrer exclusivement à la peinture religieuse et fonde en 1919 avec Maurice Denis les Ateliers d’art sacré, qui vont œuvrer pour le renouveau de l’art dans les églises. Le Sacré-Cœur représente la figure douloureuse du Christ penchée au-dessus des couleurs tricolores et des dates du conflit. Dans cette image puissante, le corps torturé du Sauveur rappelle ses souffrances et évoque l’horreur de la guerre. À l’arrière-plan, la silhouette de la basilique du Sacré-Cœur à Paris et le profil d’une colonne à l’antique font allusion au rôle de médiation de l’Église entre Dieu et les hommes.


Ce que je vois

J’ai déjà longuement commenté une de ces œuvres picturales influencée par la Première Guerre Mondiale (VIe dimanche de Pâques, année B). Ayons ici un regard plus simple, voire plus spirituel sur cette œuvre.


Le peintre a été durement éprouvé dans sa chair par cette guerre : son fils tué à 17 ans. Cette souffrance transpire de ces oeuvres. Tout y est affrontement de couleurs de sang rouge, de bleu de la France, et d’un jaune céleste, signe de cette espérance. Les corps et les visages deviennent de plus en plus crayonnés, comme déchirés par l’affrontement. Tout est recherche d’apaisement dans un monde de chaos, de douleurs et de déchirures.


Mais au centre, entre l’Église (le Sacré-Cœur) et le Monde des hommes (les colonnes) se dresse le Christ qui offre aux hommes « ce cœur qui a tant aimé les hommes ». Il est le point nodal de la composition, son équilibre, sa porte d’entrée. Comme si Jésus n’avait plus que son Coeur à offrir pour réconcilier le monde, ultime don.


Je ne parviens pas à déchiffrer l’inscription qui encadre la peinture. Elle semble faire référence à Don Luis de Ayala, ambassadeur de Charles-Quint...


Dévotion dévoyée

L’imagerie sulpicienne a corrompu cette dévotion au Sacré-Coeur de Jésus. Noyée dans les images sirupeuses, enfermé dans un miel suranné, le Coeur de Jésus se serait comme desséché ! Pourtant...


Origine

Tout commence vraiment avec la célèbre apparition du Sacré-Cœur à Sainte Marguerite-Marie à Paray-le-Monial en 1673, qui met l’accent sur l’amour de ce Cœur pour les hommes et la nécessité d’y répondre pour réparer les refus qui lui sont opposés : « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes et qui en est si peu aimé ».


Le 23 août 1856, le pape Pie IX, à la demande des évêques français, étend la fête du Sacré-Cœur à toute l’Église catholique. Il l’inscrit ainsi au calendrier liturgique universel, et bénira le projet d’édification de la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.


Le 11 juin 1899, le Pape Léon XIII consacre le genre humain au Sacré-Cœur de Jésus.

Ainsi, la dévotion au Sacré-Cœur devient populaire surtout au XIXe siècle. Les poètes Verlaine et Claudel le chantent. Sa représentation figurée, malgré ses déficiences artistiques, fait le tour du monde. Les chrétiens soucieux de justice sociale y trouvent même le principe de leur action.


En 1956, l’encyclique du pape Pie XII sur le Culte et la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, « Haurietis aquas in gaudio » (" Vous puiserez les eaux dans la joie aux sources du Sauveur " – cf. Is 12) met en lumière la théologie du Sacré-Cœur, symbole de l’amour divin.


Plus proche de nous, en 1995, le Bienheureux Pape Jean-Paul II institue la Solennité du Sacré-Cœur comme Journée mondiale de prière pour la sanctification des prêtres.


Mais pourquoi ?

Mais pourquoi cette dévotion est-elle tombée en désuétude et battue en brèche dans l’Église par des chrétiens qui se veulent plus « modernes » ? Il y a, à mon avis, plusieurs raisons. La première est, comme je l’ai déjà dit, l’imagerie qui l’a accompagnée. En voici quelques exemples révélateurs...



Tout y est devenu ou sanguinolent, ou ressemble à la grenade des artilleurs,, ou se fond dans la mièvrerie du regard bleu de Jésus. Bien sûr, ça correspond à une époque. Mais en même temps, remarquez que depuis les Ateliers d’Art Sacré, plus aucune production nouvelle n’existe vraiment. Nous sommes à cour d’idées ! Peut-être aussi parce que nous sommes comme anesthésiés...


La dévotion au Sacré-Coeur a connu ses heures de gloire populaire aux grands moments où l’avenir semblait bousculer : la guerre de 1870 et la défaite de la France (ce sera l’origine du vœu national et de la construction de la Basilique de Montmartre), la guerre de 1914-1918 et la seconde guerre mondiale. Aux heures sombres, nous nous réfugions dans ce Coeur... Quand tout semble aller à peu près, cahin-caha, quand nous sommes tous dans une sorte de torpeur humaine et spirituelle, alors, la dévotion au Sacré-Coeur a moins de raison d’être !


Il est une troisième raison : l’incompréhension ! C’est un des gros souci de notre catéchèse. Lorsque les chrétiens ne comprennent pas un élément de la foi, ou de la vie spirituelle, ils s’en écartent. Pensez à la Virginité de Marie, ou à l’Immaculée Conception, voire au Salut, au Jugement Dernier, ou encore au sacrement de Réconciliation, sans parler de l’eucharistie. Peut-on leur en vouloir ? Certainement pas. C’est simplement que l’Église a failli dans sa mission d’enseignement, la chantonnant souvent à un simple exposé de règles morales, pour ne pas dire moralisatrices.


Eh bien, c’est la même chose pour le Sacré-Coeur, avec en plus, ce substrat historique et iconographique un peu lourd. Alors, essayons de comprendre !


Que dit l’Écriture ?

La Bible fait bien référence au cœur du Christ. Peut-être pas avec l’épithète « sacré », mais elle en parle. Il suffit de penser à sa mort sur La Croix (Jn 19, 32-34) :

« C’était après la mort de Jésus. Des soldats allèrent briser les jambes du premier, puis du deuxième des condamnés que l’on avait crucifiés avec Jésus. Quand ils arrivèrent à celui-ci, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. »

Un cœur d’où coule le sang de l’eucharistie et l’eau du baptême. Cette eau qu’il avait déjà promis à tous (Jn 7, 37-38) :

« Au jour solennel où se terminait la fête, Jésus, debout, s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! » Comme dit l’Écriture : Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur. »

Et, ressuscité, Jésus ne montrera-t-il pas à Thomas ce Coeur, cette plaie, pour qu’il y plonge et nous invitant, à travers lui, à un acte de foi en la victoire de son amour sur le péché et sur la mort (Jn 20, 26-29) ? :

« Huit jours après Pâques, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Mais, déjà avant lui, l’Ancien Testament fait souvent appel à cette notion de cœur (Jr 31, 32-33) :

« Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai dans leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés. »

Alors, quel sens donne la Bible à ce mot « Coeur » ?


Le cœur biblique

Les Sœurs de Montmartre nous éclairent...


L’expression « cœur » est empruntée à l’Ancien et au Nouveau Testament pour exprimer la vie profonde de l’homme, avec tout à la fois son intelligence, sa volonté et sa sensibilité, la fine pointe de son être lorsqu’il est en contact avec Dieu. L’expression « cœur » est aussi employée par Saint Paul pour exprimer la profondeur insondable du mystère du Christ, parce que son humanité, qui est celle du Fils de Dieu, portée à sa perfection, nous communique les richesses de sa divinité.


La spiritualité du Cœur du Christ est très ancienne… Elle plonge ses racines dans l’Evangile lui-même, qui nous parle du Cœur de Jésus, ouvert sur la Croix par la lance d’un soldat, et d’où ont coulé l’eau et le sang, les « fleuves d’eau vive ».


Les Pères des premiers siècles, tant en Orient qu’en Occident, ont vu l’Eglise entière jaillir de cette blessure du côté du Christ (l’eau étant le symbole de l’Esprit Saint et du Baptême, le sang, symbole de l’Eucharistie) - Saint Ambroise de Milan :

« Abreuve-toi auprès du Christ, car il est le rocher d’où coulent les eaux ;
Abreuve-toi auprès du Christ, car il est la source de vie ;
Abreuve-toi auprès du Christ, car Il est le fleuve dont le torrent réjouit la cité de Dieu ;
Abreuve toi auprès du Christ, car Il est la Paix ;
Abreuve-toi auprès du Christ, car des fleuves d’eau vive jaillissent de son sein ! »

Une dévotion grandissante

Tout au long des siècles, l’Esprit-Saint a suscité dans l’Eglise des saints et des saintes qui ont approfondi et développé cette spiritualité du Sacré-Cœur tels que Sainte Gertrude, Saint Jean-Eudes, Sainte Marguerite-Marie, Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, le Bienheureux Charles de Foucauld…


Le culte du Sacré-Cœur rappelle ainsi que l’Évangile et la religion chrétienne est une religion de l’amour, ouverte à tous les hommes :

« Je tâche de montrer … que notre religion est toute charité, toute fraternité, que son emblème est un Cœur… » (Lettre du Bienheureux Charles de Foucauld à l’Abbé Huvelin 15 juillet 1904)
« Le Sacré-Cœur… étendant ses bras pour embrasser, serrer, appeler tous les hommes et se donner pour tous, en leur offrant son cœur… » (Bienheureux Charles de Foucauld, description de la peinture du Sacré-Cœur de son ermitage de Béni-Abbès).

Une spiritualité

La spiritualité du Sacré-Cœur, en particulier avec l’Ecole française du XVIIe siècle (Bérulle, Saint Jean-Eudes…), vise à développer une vie de foi profonde, dans l’intériorité : demeurer dans le Cœur du Christ, et faire de notre cœur une demeure de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit.


La prière au Sacré-Cœur de Jésus nous ouvre à la confiance et à l’abandon, en réponse à l’appel du Seigneur :

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Matthieu 11, 28-30)
« Ah ! Mon cher petit Frère, depuis qu’il m’a été donné de comprendre aussi l’amour du Cœur de Jésus, je vous avoue qu’il a chassé de mon cœur toute crainte. Le souvenir de mes fautes m’humilie, me porte à ne jamais m’appuyer sur ma force qui n’est que faiblesse, mais plus encore ce souvenir me parle de miséricorde et d’amour. » (Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Lettre 127, à l’abbé Bellière)

Ce culte nous entraîne à conformer notre être et notre vie aux dimensions du Cœur du Christ, à coopérer à son œuvre de salut par la conversion intérieure, la prière, l’offrande de soi et l’expiation pour les pécheurs :

« Ayez entre vous les sentiments qui sont dans le Christ Jésus : lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur » ,pour la gloire de Dieu le Père. » (Philippiens 2, 5-11)

Conclusion

Laissons plutôt la parole au Christ lui-même lorsqu’il s’adresse à Sœur Marguerite-Marie le 16 juin 1675, jour de la Fête-Dieu, pour lui faire ces douze promesses. À tous ceux qui prieront et se consacreront à son Coeur, Jésus promet...

  1. Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires à leur état.

  2. Je mettrai la paix dans leur famille.

  3. Je les consolerai dans toutes leurs peines.

  4. Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à la mort.

  5. Je répandrai d'abondant bénédictions sur toutes leurs entreprises.

  6. Les pécheurs trouveront dans mon Cœur la source et l'océan infini de la miséricorde.

  7. Les âmes tièdes deviendront ferventes.

  8. Les âmes ferventes s'élèveront à une grande perfection.

  9. Je bénirai moi-même les maisons où l'image de mon Sacré-Cœur sera exposée et honorée.

  10. Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs les plus endurcis.

  11. Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom écrit dans mon Cœur, où il ne sera jamais effacé.

  12. Je te promets, dans l'excès de la miséricorde de mon Cœur, que son amour tout-puissant accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis du mois, neuf fois de suite, la grâce de la pénitence finale, qu'ils ne mourront point dans ma disgrâce, ni sans recevoir leurs Sacrements, et que mon divin Cœur se rendra leur asile assuré à cette dernière heure.

Puissions-nous redécouvrir avec Coeur (!) cette dévotion !



Prière au Sacré-Coeur de Sainte Marguerite-Marie Alacoque

Père éternel,

je vous offre le Coeur de Jésus-Christ,

votre Fils bien-aimé,

comme il s’est offert lui-même

en sacrifice pour moi.

Recevez cette offrande que je vous fais,

comme aussi tous les désirs,

tous les sentiments,

toutes les affections,

tous les mouvements,

tous les actes de ce Sacré-Coeur.

Ils sont miens,

puisqu’il s’est immolé lui-même pour moi,

et je veux à l’avenir ne désirer que lui seul.

Recevez-les en satisfaction pour mes péchés,

et en action de grâce pour vos bienfaits.

Recevez-les

et accordez-moi par ses mérites,

toutes les grâces qui me sont nécessaires,

et surtout la grâce de la persévérance finale.

Recevez-les comme autant d’actes d’amour,

d’adoration, de louanges

que j’offre à votre divine majesté,

puisque c’est par le Coeur de Jésus

que vous pouvez être dignement honoré et glorifié.


Prière de Saint Claude La Colombière

Sacré Cœur de Jésus, apprenez-moi le parfait oubli de moi-même, puisque c’est la seule voie par où l’on peut entrer en vous. Puisque tout ce que je ferai à l’avenir sera à vous, faites en sorte que je ne fasse rien qui ne soit digne de vous ; enseignez-moi ce que je dois faire pour parvenir à la pureté de votre amour, duquel vous m’avez inspiré le désir. Je sens en moi une grande volonté de vous plaire, et une plus grande impuissance d’en venir à bout sans une lumière et un secours très particuliers que je ne puis attendre que de vous. Faites en moi votre volonté, Seigneur; je m’y oppose, je le sens bien, mais je voudrais bien ne pas m’y opposer : c’est à vous à tout faire, divin Cœur de Jésus-Christ, vous seul aurez toute la gloire de ma sanctification, si je me fais saint ; cela me paraît plus clair que le jour; mais ce sera pour vous une grande gloire, et c’est pour cela seulement que je veux désirer la perfection. Ainsi soit-il.


George Desvallières, une figure paradoxale



George Desvallières, Montée au ciel du poilu encadré par des saints, le Chœur, 1931, Huile sur toile marouflée, fresque et vitraux, 590 x 831 cm, Paris, Chapelle Saint-Yves ©P.Sebert


Narthex: Pourquoi avoir choisi d’appeler votre chapitre du catalogue « Une figure paradoxale » ?


Isabelle Saint-Martin: En accord avec Isabelle Collet et Catherine Ambroselli de Bayser*, je voulais souligner la diversité des dimensions qui traversent l’œuvre de Desvallières : artiste fort reconnu dans le milieu de l’art de son temps, il offre une peinture qui n’a rien d’académique et demeure très personnelle. Son style expressionniste parfois très tourmenté, parfois très lumineux, ne cherche pas la facilité, les codes de séduction les plus évidents. Il dit d’ailleurs comprendre que sa peinture puisse surprendre ou déplaire.


Aussi il suggère de ne pas la mettre nécessairement en évidence dans une église, mais dans une chapelle de côté « où elle attirerait le visiteur et lui prêcherait à sa façon ». Sa peinture appelle donc à un dialogue plus intime, à une méditation singulière, même s’il a décoré des chapelles complètes comme la Chapelle Saint-Yves à Paris ou encore l’église de Wittenheim en Alsace. Le Père Couturier, que l’on connait comme le rénovateur de l’Art Sacré dans les années 1950, avait aussi senti ce côté paradoxal : « Il met en boule des gens qui devraient l’aimer et se fait respecter et admirer par d’autres qui rejettent en bloc tout son milieu et toutes ses idées. »



GEORGE DESVALLIÈRES, Dieu le père, 1920, huile sur toile marouflée, 375 x 533 cm, Chapelle Saint-Privat © P.Henriot


Pourquoi qualifie-t-on plus George Desvallières d’artiste « chrétien » que de « peintre religieux »?



George Desvallières, Morts pour vous, vers 1919, huile sur toile, 100x90 cm, Collection particulière


Les expressions peuvent être équivalentes mais le terme « peintre religieux » peut être pris dans un sens réducteur. Or, Desvallières casse les attendus de l’iconographie traditionnelle – pour ne pas dire de son refus de l’art saint-sulpicien qui fait florès dans ces années ’20 et ’30 et contre lequel Maurice Denis et lui se sont élevés. Un critique de l’époque résumait bien l’art de Desvallières : « Les âmes sensibles ne reconnaitront pas ici leur joli Dieu à la barbe frisée, à la chevelure bien peignée qui les regarde d’un œil si tendre ».


Ce qui fait de Desvallières un artiste chrétien, c’est sa méditation profonde sur l’Incarnation. Il est un peintre de la Passion parce que cette thématique de la souffrance, qui va revenir dans son œuvre de façon parfois obsédante notamment après la Guerre et le drame de la perte de son fils, cette thématique de la Passion est toujours profondément liée à la thématique de l’Incarnation, de la chair, de la vie.



GEORGE DESVALLIÈRES, Sacré-coeur dans un éclatement, 1920, Huile sur toile, 81x65,5 cm, Collection Catherine et Xavier de Bayser ©P.Sebert


Desvallières, comme Maurice Denis dont il était très proche, connaissait les écrits de Jacques Maritain. Dans les années vingt, dans Art et Scolastique, Jacques Maritain revient sur cette notion de l’art chrétien en disant « Soyez chrétien, ne cherchez pas à ‘ faire chrétien’ ». C’est bien ce qu’exprime Desvallières : il vit véritablement sa foi dans son quotidien, dans sa pratique religieuse. C’est son engagement personnel qui transfigure tous ses sujets qui en fait un artiste chrétien.


Le Père Couturier invite à « méditer la grande leçon de Desvallières qui n’a rien voulu d’autre que de parler du Christ aux hommes de son temps ». Comment s’y prend-t-il ?

Il donne une image du Christ parfois très violente qui n’est pas du tout celle de son temps : il exalte la dimension sacrificielle pour exprimer l’amour du Christ. Il exploite d’ailleurs d’une manière toute particulière la thématique du Sacré-Cœur qui parle à tous (à la fin du XIXe siècle, le Pape Léon XIII ayant consacré le monde entier au Sacré-Cœur de Jésus). George Desvallières ne reprend que rarement la représentation traditionnelle du cœur avec la petite croix au-dessus. En 1905, il représente un Christ déchirant sa poitrine pour mieux offrir son cœur.


Léon Bloy en a fait un magnifique commentaire en découvrant un Sacré Cœur « à pleurer et à trembler » ! Il estime que l’œuvre risque de provoquer « l’indignation » de certains, mais il y voit le thème du Pélican qui saigne pour ses petits. Pour ma part, je trouve que cette œuvre vient en écho aux mots attribués à Saint-Bonaventure : « Par la blessure visible de la chair nous voyons la blessure invisible de l’amour ». Ce Sacré-Cœur de 1905 est pathétique et très saisissant mais en fait peu sanglant par rapport à l’iconographie de l’époque. On est frappé par la tonalité minérale de l’ensemble, la blancheur du Sacré-Cœur de Montmartre à l’arrière-plan qui forme un cadre apaisant.



GEORGE DESVALLIÈRES, LE SACRÉ-COEUR, 1905, HUILE SUR CARTON MONTÉ SUR PANNEAU PARQUETÉ, 106,5X72 CM, COLLECTION PARTICULIÈRE © CATHERINE AMBROSELLI DE BAYSER, 2010




GEORGE DESVALLIÈRES, LE SACRÉ-COEUR, 1920, HUILE SUR CARTON, 104X74 CM, SAINT-GERMAIN-EN-LAYE, MUSÉE DÉPARTEMENTAL MAURICE-DENIS


Très différent, le Christ du Sacré-Coeur de 1920 est représenté comme il l’est rarement : vieilli avec un visage buriné, couvert de haillons. Parce que Desvallières maitrise parfaitement les codes de l’iconographie chrétienne, il sait aussi s’en affranchir pour donner sa propre vision. Sa représentation de la Vierge par exemple est également singulière : il a tant médité sur les souffrances de Marie qu’il la place souvent non pas au pied de la Croix mais presque confondue avec la Croix. Il crée ainsi un parallèle puissant entre les douleurs de la Vierge et les douleurs du Fils.


Maurice Denis estimait que Desvallières « par son originalité » avait « plus de chance d’atteindre et de remuer l’esprit des masses hostiles ou indifférentes », or, Desvallières a reçu peu de commandes officielles pour des églises. Comment expliquez-vous cette ambivalence ?



MAURICE DENIS, LE SACRÉ-CŒUR, 1930, HUILE SUR TOILE, 54X45 CM, MUSÉE EUCHARISTIQUE DU HIÉRON


En effet, il a participé avec les Ateliers d’Art sacré à l’église du Saint-Esprit comme à l’église des Missions d’Epinay et il y a eu la commande officielle pour la cathédrale d’Arras, mais il a répondu aussi beaucoup à des commandes privées et fait des dons à certaines églises. Les grandes commandes reçues pour des églises restent rares. C’est une des difficultés rencontrées par les Ateliers d’Art Sacré. Lorsque Maurice Denis et George Desvallières fondent ce groupement d’artistes chrétiens, en 1919, ils espèrent bénéficier des commandes de la reconstruction. Mais les Ateliers d’Art Sacré étaient souvent trop novateurs pour l’Eglise des années ’20-30.


Maurice Denis était-il plus sollicité parce qu’il était plus lisible ?


Un critique de l’époque qualifie « Maurice Denis de peintre des Mystères joyeux » tandis que, Desvallières serait « celui des Mystères douloureux ». Ce qui ne veut pas dire que dans ces Mystères douloureux il n’y ait pas l’espérance de la Résurrection, au contraire, mais cette espérance est vécue à travers la Passion. Alors que Denis est apparemment plus lumineux et plus accessible même si c’est beaucoup plus complexe que cela quand on y regarde de plus près.


Dans l’art, nombreux sont les parallèles entre le sacrifice du soldat mort pour la patrie, et le Christ mort pour sauver les hommes (on le voit dans les monuments aux morts ou les vitraux commémoratifs notamment).


Qu’est ce qui fait que le traitement du sujet par Georges Desvallières, se démarque des autres artistes ?


George Desvallières et Jean Hébert-Stevens, la rédemption, 1927, vitrail, 230x140 cm, Douaumont, chapelle de l’ossuaire, collection particulière, France ©P.Sebert



Ce n’est pas seulement parce qu’il y vit le drame personnel de la mort de son fils, c’est aussi le style, l’originalité de l’artiste. Par exemple dans les vitraux de Douaumont, il exalte le sacrifice du soldat en le plaçant dans les bras d’un Christ puissant montant au Ciel. Il le fait en sortant des schémas convenus avec un côté très maternel. C’est ce contraste entre la violence et la tendresse, - ce joue contre joue du Christ et du poilu -, qui est particulièrement frappant.


Qu’avez-vous découvert de Desvallières en travaillant sur ce catalogue ?


En étudiant un personnage, on peut parfois relever des contradictions entre différentes prises de position, entre la vie et l’œuvre. Or, plus on entre dans l’intimité de Desvallières, plus on découvre une concordance entre sa vie, et sa peinture. Des témoignages parlent d’une profonde générosité pour son entourage, pour les jeunes artistes qu’il encourage au Salon d’Automne. Son courage est souligné : c’est un peintre qui a vraiment fait la guerre, comme chef d’un bataillon de chasseurs alpins, il a vu ses hommes mourir mais il n’a pas été peintre de guerre : il lui était impossible de remplir ses carnets de croquis pendant ses années de combat, c’est plus tard qu’il en nourrit son oeuvre. Sa foi est vécue.


Le Père Couturier disait en son temps : « Si notre art chrétien aujourd’hui a si peu de portée, c’est que ceux qui en font ne mettent presque rien de leur vie profonde et de leur cœur dans leurs œuvres ». Or dans sa peinture, Desvallières peint ses engagements, ses convictions, ses émotions, sa vie.

* Isabelle Collet, conservateur en chef au Petit Palais, commissaire et Catherine Ambroselli de Bayser, conseiller scientifique



Homélie de saint Bruno de Segni (+ 1123), Sermon pour le Vendredi saint 1, PL 165, 1007-1008

Cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. Vivez dans l'amour comme le Christ nous a aimés et s'est livré pour nous en offrant à Dieu le sacrifice qui pouvait lui plaire (Ep 5,1).


Notre Seigneur Jésus Christ, par tout ce qu'il a fait et a dit, nous a laissé, frères très chers, un modèle d'humilité et les principes d'une vie vertueuse. Il n'a pas voulu seulement nous enseigner par ses paroles, mais aussi par ses exemples. Aussi est-il écrit de lui que dès le commencement il se mit à agir et à enseigner (Ac 1,1).


Quant à l'humilité, il a dit de lui-même: Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur (Mt 11,29). Oui, alors qu'il est tout-puissant, qu'il est le Seigneur, il a voulu pour nous être pauvre, il a méprisé les honneurs, il a subi volontairement sa passion, il a prié pour ses persécuteurs. Et il a fait tout cela pour qu'en toutes choses, selon les possibilités de notre faiblesse, nous ne négligions pas de le suivre, car autrement nous ne serions pas de vrais chrétiens. Celui qui prétend aimer le Christ doit marcher lui-même dans la voie où lui, Jésus, a marché (1 Jn 2,6). <>


Mais c'est parce qu'il a subi de plein gré la passion et la croix qu'il nous a arrachés par sa mort au pouvoir du démon. Cloué à la croix, il a prié pour les pécheurs. Il nous a donné cet exemple afin que ceux que d'autres font souffrir supportent avec une âme égale les maux que leur infligent leurs semblables. Lui-même les a subis avec tant de douceur de la part des esclaves, alors qu'il est le Seigneur de tous, et de la part des pécheurs, alors qu'il est le Juste.


Quant à nous, frères, quand nous sommes soumis à des épreuves, nous devons redoubler de prières, car il y a deux sortes d'épreuves. Il y a l'épreuve qui nous fait subir des dommages temporels. Et il y a l'épreuve bien plus grave par laquelle nous sommes portés à pécher. Mais il faut prier de telle façon que notre prière ne se transforme pas en péché.


En même temps, nous devons faire l'aumône, et la faire de façon parfaite. L'aumône parfaite consiste en deux choses : donner et pardonner. C'est pourquoi le Seigneur dit dans l'Evangile : Donnez, et vous recevrez une mesure bien pleine; pardonnez, et vous serez pardonnés (Lc 6,37).


Tels sont les moyens de parvenir au Royaume des cieux. Que le Christ, notre Seigneur, nous y conduise, lui qui vit et règne pour les siècles des siècles.



Sermon de saint Augustin (+ 430), Sermon 213, 2b, éd des Mauristes, 5, 942

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant. Voyez comme c'est concis, et comme c'est riche ! Il est Dieu, et il est Père: Dieu par sa puissance, Père par sa bonté. Que nous avons de la chance: trouver un Père en la personne de notre Seigneur ! Croyons donc en lui et attendons tout de sa miséricorde, parce qu'il est tout-puissant. Que personne ne dise: Il ne peut pas pardonner mes péchés. Comment, tout-puissant, ne le pourrait-il pas ? Mais tu insistes : Moi, j'ai beaucoup péché ! et je te réponds : Mais il est tout-puissant ! Et toi : J'ai commis de si grands péchés que je ne puis en être délivré et purifié. Je réponds : Mais lui est tout-puissant !


La rémission des péchés. Si elle n'existait pas dans l'Église, il n'y aurait aucun espoir, car alors nous ne poumons aucunement espérer la vie future ni la libération éternelle. Nous rendons grâce à Dieu qui a fait ce don à son Église.


Voici que vous allez venir à la fontaine sainte, que vous serez purifiés par le baptême, renouvelés par le bain salutaire de la nouvelle naissance. En remontant de ce bain, vous serez sans aucun péché. Tous les péchés passés qui vous poursuivaient seront détruits. Ils étaient semblables aux Égyptiens qui poursuivaient les Israélites jusqu'à la mer Rouge. Que veut dire: jusqu'à la mer Rouge ? Jusqu'à cette fontaine, consacrée par la croix et le sang de Jésus Christ. En effet, nous appelons rouge ce qui rougeoie. Or, ne voyez-vous pas que tout ce qui touche à Jésus Christ est rougeoyant ? Interrogez les yeux de la foi. Si tu regardes la croix, remarque le sang. Si tu vois celui qui est cloué, vois ce qu'il a versé. Le côté du Christ a été percé par la lance, et notre rançon en a jailli. Voilà pourquoi le signe du Christ imprime sa marque sur le baptême, c'est-à-dire sur l'eau où vous êtes plongés, comme si vous traversiez la mer Rouge.


Vos péchés, ce sont vos ennemis. Ils vous poursuivent, mais seulement jusqu'à la mer. Dès que vous y serez entrés, vous leur échapperez et ils seront détruits, de même que les Israélites s'échappèrent à pied sec, tandis que l'eau engloutissait les Égyptiens. Et que dit l'Écriture ? Il n'en resta pas un seul (cf. Ps 105,11).


Que vos péchés soient nombreux ou non, qu'ils soient grands ou petits : il n'en restera pas un seul.



Homélie de saint Ambroise (+ 497), Commentaire du psaume 118, 22, 3.27-30; CSEL 62, 489.502-504.

Le Seigneur Jésus lui-même, dans son Évangile, a déclaré que le berger avait abandonné quatre-vingt-dix-neuf brebis pour chercher la seule qui se soit perdue. La brebis dont on signale le vagabondage est donc la centième. La perfection et la plénitude signifiée par ce chiffre est instructive. Ce n'est pas sans raison que cette brebis est préférée aux autres, parce qu'il est plus difficile de se détourner du vice que de l'avoir presque entièrement ignoré. En effet, quand des âmes sont imprégnées par des vices, leur guérison, leur délivrance de la tyrannie des convoitises, exige non seulement une vertu accomplie, mais encore une grâce céleste. Se corriger dans l'avenir demande une vigilance humaine, mais pardonner les péchés passés est réservé à la puissance divine.


Quand le berger a enfin trouvé sa brebis, il la prend sur ses épaules. Vous reconnaissez là le mystère: comment la brebis épuisée retrouve ses forces. La nature humaine, quand elle est épuisée, ne peut se rétablir que par le sacrement de la passion du Seigneur et du sang de Jésus Christ, car l'insigne du pouvoir est sur ses épaules (Is 9,6). C'est sur la croix, en effet, qu'il a porté nos faiblesses, afin d'y anéantir tous nos péchés. Les anges ont raison de se réjouir, parce que celui qui s'était égaré désormais ne s'égare plus, il a oublié maintenant son égarement. <>


Je m'égare, brebis perdue: viens chercher ton serviteur. Je n'oublie pas tes volontés (Ps 118,176). <> Viens chercher ton serviteur, parce que le berger doit rechercher la brebis égarée pour la préserver de la mort. <> Celui qui s'est égaré peut être ramené sur la route.


Viens donc, Seigneur Jésus, chercher ton serviteur, viens chercher ta brebis épuisée. Viens, berger, à la recherche de tes brebis, comme Joseph. Ta brebis s'est égarée, pendant que tu tardais en demeurant dans la montagne. Laisse là les quatre-vingt-dix-neuf brebis et va chercher la seule qui se soit égarée. <> Viens, non avec le bâton, mais avec charité, et dans un esprit de douceur. <>


Cherche-moi, parce que je te recherche. Cherche-moi, accueille-moi, porte-moi. Tu peux trouver celui que tu recherches ; daigne l'accueillir quand tu le trouveras; quand tu l'auras accueilli, mets-le sur tes épaules. Tu ne peux pas trouver fastidieuse cette oeuvre de bonté; tu ne peux pas trouver trop pesant le fardeau de la justice. Viens donc, Seigneur, car, si je me suis égaré, cependant je n'oublie pas tes volontés, je garde l'espérance de guérir. Viens, Seigneur, parce que tu es le seul qui puisse ramener la brebis errante. Et ceux que tu abandonneras ne seront pas attristés, car eux aussi se réjouiront de voir le retour des pécheurs. Viens, pour apporter sur la terre le salut, et dans le ciel la joie.


Viens donc, et maintenant ne cherche pas ta brebis par de pauvres serviteurs ni par des mercenaires, mais par toi-même. Accueille-moi, dans cette chair qui est tombée en la personne d'Adam. Accueille-moi comme un fils, non de Sara, mais de Marie, la vierge très pure, la vierge préservée par la grâce de toute souillure du péché. Porte-moi sur la croix salutaire aux égarés, seule capable de rendre des forces à ceux qui sont fatigués, et qui seule donne la vie à ceux qui meurent.



Homélie de saint Augustin (+ 430), De catechizandis rudibus, 1,7-8, PL 40, 314-315.

Quel est le motif le plus puissant de la venue du Seigneur ? N'est-ce pas afin que Dieu montre son amour pour nous de la façon la plus convaincante ? Car le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore ses ennemis (Rm 5,6-9). Et il en est ainsi, parce que la chanté est le but du précepte (1Tm 1,5) et l'accomplissement parfait de la Loi (Rm 13,10). Parce que nous devons nous aimer les uns les autres (1Jn 4,7) et que, comme lui-même a donné sa vie pour nous, nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères (1Jn 3,16). Quant à Dieu lui-même, parce qu'il nous a aimés le premier (1Jn 4,10) et qu'il n'a pas refusé son Fils unique, mais qu'il l'a livré pour nous tous (Rm 8,32), si autrefois il nous en coûtait de l'aimer, maintenant du moins devons-nous chercher à lui rendre son amour.


Car rien n'invite davantage à l'amour que d'aimer le premier. Et c'est avoir un coeur trop dur que refuser non seulement de donner l'amour, mais de le rendre. Donc, si le coeur qui sommeillait se réveille lorsqu'il se sent aimé, et si le coeur qui brûlait déjà s'enflamme davantage en découvrant qu'il est aimé de retour, il est évident qu'il n'y a rien de plus puissant pour susciter ou pour accroître l'amour que de se découvrir aimé quand on n'aimait pas encore, ou d'espérer qu'on pourra être aimé en retour, ou de l'éprouver enfin, quand on aimait le premier. <>


Bien que les supérieurs désirent être aimés par leurs inférieurs et prennent plaisir à leurs services empressés, et bien qu'ils les aiment d'autant plus qu'ils constatent ce dévouement, il vaut la peine de remarquer de quel amour s'enflamme un inférieur quand il se sent aimé par son supérieur. En effet, l'amour nous touche bien davantage quand il n'exprime pas le dessèchement de l'indigence, mais le ruissellement d'une bienfaisance généreuse. Dans le premier cas, il naît de la misère; dans le second, de la miséricorde.


En outre, si l'inférieur désespérait jusque-là de pouvoir seulement être aimé par son supérieur, il sera porté à l'aimer au-delà de toute expression si le supérieur, spontanément, a daigné montrer combien il l'aime, alors que cet inférieur n'aurait jamais osé se promettre un tel bonheur.


Qu'y a-t-il de plus élevé que Dieu dans son jugement, et de plus désespéré que l'homme dans son péché ? Car cet homme s'était livré aux puissances d'orgueil, qui ne peuvent faire son bonheur, pour qu'elles le protègent et l'asservissent ; et cela d'autant plus qu'il avait désespéré davantage de pouvoir intéresser la puissance qui veut s'élever non par le mal, mais par le bien.


Donc le Christ est venu surtout pour que l'homme sache que Dieu l'aime, et pour lui apprendre qu'il doit s'enflammer d'amour pour celui qui l'a aimé le premier. Et aussi pour qu'il aime son prochain comme le lui a ordonné et montré celui qui, en nous aimant, s'est fait notre prochain, alors que nous nous étions égarés au loin.


Prière

Seigneur notre Père, en vénérant le Cœur de ton Fils bien-aimé, nous disons les merveilles de ton amour pour nous; fais que nous recevions de cette source divine une grâce plus abondante. Par Jésus Christ.


ou bien


Seigneur notre Dieu, dans le Coeur de ton Fils meurtri par nos péchés, tu nous prodigues les trésors infinis de ton amour; permets qu'en lui rendant l'hommage de notre piété, nous lui rendions aussi les devoirs d'une juste réparation. Lui qui règne.

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