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1er dimanche de l’Avent (B)

Dieu, fais-nous revenir !



Psaume 79 (80),

Anonyme,

Psautier d’Utrecht, MS Bibl. Rhenotraiectinae I Nr 32., IXe siècle,

folio 47 recto, 33 x 25 cm, 108 feuilles en vélin,

Bibliothèque de l’université, Utrecht (Pays-Bas)


Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 63, 16b-17.19b et 64, 2b-7)

C’est toi, Seigneur, notre père ; « Notre-rédempteur-depuis-toujours », tel est ton nom. Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ? Reviens, à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées devant ta face. Voici que tu es descendu : les montagnes furent ébranlées devant ta face. Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend. Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins. Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés. Tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes. Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main.


Psaume 79 (80)

Berger d’Israël, écoute,

resplendis au-dessus des Kéroubim !

Réveille ta vaillance

et viens nous sauver.


Dieu de l’univers, reviens !

Du haut des cieux, regarde et vois :

visite cette vigne, protège-la,

celle qu’a plantée ta main puissante.


Que ta main soutienne ton protégé,

le fils de l’homme qui te doit sa force.

Jamais plus nous n’irons loin de toi :

fais-nous vivre et invoquer ton nom !


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 1, 3-9)

Frères, à vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus ; en lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la parole et de la connaissance de Dieu. Car le témoignage rendu au Christ s’est établi fermement parmi vous. Ainsi, aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ. Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur.


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 13, 33-37)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment. C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »


Le texte complet du psaume

02 Berger d'Israël, écoute, toi qui conduis Joseph, ton troupeau : resplendis au-dessus des Kéroubim,

03 devant Éphraïm, Benjamin, Manassé ! Réveille ta vaillance et viens nous sauver.

04 R / Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s'éclaire et nous serons sauvés !

05 Seigneur, Dieu de l'univers, vas-tu longtemps encore opposer ta colère aux prières de ton peuple,

06 le nourrir du pain de ses larmes, l'abreuver de larmes sans mesure ?

07 Tu fais de nous la cible des voisins : nos ennemis ont vraiment de quoi rire !

08 R / Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s'éclaire et nous serons sauvés !

09 La vigne que tu as prise à l'Égypte, tu la replantes en chassant des nations.

10 Tu déblaies le sol devant elle, tu l'enracines pour qu'elle emplisse le pays.

11 Son ombre couvrait les montagnes, et son feuillage, les cèdres géants ;

12 elle étendait ses sarments jusqu'à la mer, et ses rejets, jusqu'au Fleuve.

13 Pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ;

14 le sanglier des forêts la ravage et les bêtes des champs la broutent.

15 [R / ] Dieu de l'univers reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la,

16 celle qu'a plantée ta main puissante, le rejeton qui te doit sa force.

17 La voici détruite, incendiée ; que ton visage les menace, ils périront !

18 Que ta main soutienne ton protégé, le fils de l'homme qui te doit sa force.

19 Jamais plus nous n'irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom !

20 R /Seigneur, Dieu de l'univers, fais-nous revenir ; que ton visage s'éclaire, et nous serons sauvés.


Introduction

L’année dernière (année A), je me suis appuyé sur les premières lectures dominicales extraites de l’Ancien Testament. Pour cette nouvelle année B, je méditerai uniquement sur les psaumes (en se rappelant qu’ils sont « responsoriaux », c’est-à-dire qu’ils « répondent » à la première lecture), que trop rarement nous commentons.


Beaucoup d’oeuvres, comme aujourd’hui, seront tirées du Psautier d’Utrecht, mais aussi d’autres manuscrits enluminés. Bref, une année de psaumes et d’enluminures ! Cependant, comme pour chaque dimanche, je mets aussi en ligne une homélie plus « classique » à partir de l’évangile.


Dans les textes en annexe, vous ne trouverez aucune prière, puisque le psaume est une prière en lui-même. Prenez donc le temps de le méditer. Quant au texte en annexe, il sera extrait des audiences générales des papes Jean-Paul II ou Benoît XVI.


Bon(ne) avent(ure) !


Le psautier d’Utrecht

Le Psautier d’Utrecht est un manuscrit sur vélin réalisé vers 820. Il mesure 33 cm de haut par 25 cm de large et est conservé dans les collections de la bibliothèque universitaire d’Utrecht.


Formée d’une centaine de feuilles assemblées en cahiers de huit pages, il est écrit en majuscules rustiques et orné de croquis faits à la plume avec une encre bistre.


Dans cet ouvrage, chaque psaume débute par une scène où s’affairent de nombreux personnages. Les images sont facilement identifiables grâce cette façon de rendre le mouvement ou par la manière d’étayer les différents plans par des lignes de sols.


L’influence de l’art romain (voir même du style byzantin) est visibles dans les représentations architecturales.


Les dessins n’illustrent pas forcément le psaume en entier mais peuvent décrire un verset en particulier ou ne pas se référer du tout au texte qu’il décorent.


Le Psautier d’Utrecht a sûrement été réalisé à Hautvilliers près de Reims (alors un grand centre de production de manuscrits) pour un commanditaire inconnu, même si de nombreux auteurs suggèrent une réalisation pour Louis le Pieux, fils de Charlemagne.


Les livres enluminés comme les peintures murales sont une source primordiale pour la connaissance des arts graphiques et le Psautier d’Utrecht est un bel exemple de dessin de la période carolingienne.


Ce que je vois

Tout en haut de l’image, le Christ-Logos imberbe, siège dans une mandorle tenue par deux chérubins aux ailes déployées (verset 2 : « resplendis au-dessus des Kéroubim »). De la main gauche, il tient le livre de la Parole, alors que sa main droite bénit d’une geste traditionnel (verset 2 : « Berger d’Israël » ).


De chaque côté, six anges participent au chant au Dieu Sabaoth (verset 4 : « Dieu (Sabaoth), fais-nous revenir ; que ton visage s'éclaire et nous serons sauvés ! »).


Sous le Christ-Logos (le Verbe) se tient le Verbe fait chair, Jésus, sans barbe ni croix, hormis son auréole crucifère. C’est le « Fils de l’homme » (versets 16 et 18), le « Pasteur d’Israël » (verset 2). Il porte une couronne au-dessus de la tête, il est notre Roi, notre Dieu (verset 4), à moins que ce soit le rayonnement de son visage (« Que brille ta face et nous serons sauvés. »).


Quatre personnages se tiennent sur la colline. Il s’agit certainement de Joseph, Éphraïm, Benjamin et Manassé (versets 2 et 3 : « toi qui conduis Joseph, ton troupeau : resplendis au-dessus des Kéroubim, devant Éphraïm, Benjamin, Manassé ! »). Le troupeau mené par Joseph (verset 2 : « toi qui conduis Joseph, ton troupeau ») se tient à droite sur la colline.


En dessous des brebis se trouve un homme qui pleure et tient une coupe dans sa main (« ...le nourrir du pain de ses larmes, l'abreuver de larmes sans mesure », verset 6).


Sous le Christ incarné, deux hommes brisent un mur comme le décrit le verset 13 : « Pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ».


À côté d'eux se trouvent des vignes, des palmiers et des cèdres (versets 9-12 : « La vigne que tu as prise à l'Égypte, tu la replantes en chassant des nations. Tu déblaies le sol devant elle, tu l'enracines pour qu'elle emplisse le pays. Son ombre couvrait les montagnes, et son feuillage, les cèdres géants ; elle étendait ses sarments jusqu'à la mer, et ses rejets, jusqu'au Fleuve. »). Les cèdres à gauche créent une ombre sur le flanc de la colline comme décrit au verset 11 : « Son ombre couvrait les montagnes, et son feuillage, les cèdres géants » .


Au milieu, trois hommes ont « cassé la haie », et les passants « l'ont arrachée » (verset 13 : « Pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin »).


Sorti du bois, un « sanglier des forêts la ravage » (verset 14) et dévore une partie de la vigne.


Au bas de l'image se trouve la mer : « elle étendait ses sarments jusqu'à la mer, et ses rejets, jusqu'au Fleuve » (verset 12).


Méditation

Les psaumes ne se lisent pas, ils se prient. Car les mots du psalmiste sont les nôtres, les joies et les peines qu’ils décrivent correspondent souvent à nos vies. Il n’est pas de texte plus proche de notre intimité, de notre expérience de vie, de notre spiritualité personnelle. Une nouvelle fois, je l’affirme, chacun devrait avoir un psautier à portée de main ! Et n’oublions pas que Jésus lui-même priait avec les psaumes, rédigés mille ans avant sa venue. Venons-en au psaume de ce jour.


Le peuple se souvient de ces glorieux moments où Dieu siégeait au milieu d’eux. Il était leur pasteur. Et pour les Hébreux, l’image du pasteur est essentielle. N’est-ce pas un peuple de bergers ? Ne sont-ils pas confrontés, au cours de leur histoire aux « mauvais bergers » qui emmènent les brebis dans les crevasses (Ez 34, 10-11) : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Me voici contre les bergers. Je m’occuperai de mon troupeau à leur place, je les empêcherai de le faire paître, et ainsi ils ne seront plus mes bergers ; j’arracherai mes brebis de leur bouche et elles ne seront plus leur proie. Car ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles » ?


Dieu avait délégué à des hommes cette mission de guider le peuple, à la suite de la nuée qui les avait conduits dans le désert. Mais ceux-ci se sont doucement éloignés de Dieu. Au lieu de s’incliner devant l’Arche d’Alliance surmontée des Chérubins, ils se sont prosternés devant un veau d’or. La bête élevée dans le troupeau avait pris la place du Pasteur. Mais ce temps béni où le(s) pasteur(s) conduisait la destinée des hommes semble bien loin… Après les heures de gloire, les heures de peine.


Alors, pris dans la tourmente, abandonné, le peuple crie vers son Dieu sauveur. Mais ce cri n’est pas celui que nous pourrions imaginer. Ce n’est pas : « Seigneur, reviens ! », comme si c’était Dieu qui avait pris le large. Non, c’est eux qui se sont éloignés, toutes les tribus d’Israël, de Joseph à Ephraim, de Benjamin à Manassé. Lui, le Seigneur, siège toujours devant eux, immuablement. C’est eux, c’est nous, qui lui avons tourné le dos.


Le temps de l’Avent, temps pénitentiel comme le Carême ne l’oublions pas, n’est-il pas le moment choisi pour prendre conscience de nos oublis, de notre éloignement, de nos manques de prière ? Je pense alors aux larmes de Jésus sur Jérusalem (Lc 19, 41-42) : « Lorsque Jésus fut près de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : « Ah ! si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! Mais maintenant cela est resté caché à tes yeux », ajoutant ailleurs (Mc 23, 37) : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! » Voulons-nous retourner à l’ombre de ses ailes ? Désirons-nous sécher les larmes du Christ ?


Mais dans un accès de lucidité, pleurant leurs souvenirs, les Hébreux prennent conscience de leur infidélité. Ils se rappellent tout ce qu’ils doivent à ce Dieu sauveur, qui les a tirés de l’esclavage, des mains de Pharaon. Dieu est bien celui qui nous a donné la vie, qui nous a protégé et nous a fait grandir. Mais qu’ont-ils fait de cette vigne ?


Nous sommes sa vigne qu’il entretient amoureusement. Jésus lui-même reprendra cette image à de nombreuses reprises, entre autre dans l’évangile selon saint Jean, nous rappelant que l’entretien peut être douloureux (Jn 15, 5-6) : « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. » C’est sa main puissante qui nous a plantés. Mais il faut que les sarments acceptent d’être émondés pour donner du fruit…


Quand on ne veut plus être rattaché au Christ, quand on préfère son autonomie, quand on refuse d’être émondé, alors, la vigne finit par dépérir de son ingratitude…

  • Les bêtes sauvages viennent la dévorer : nos tentations nous assaillent et l’on n’est plus capable d’y mettre une barrière ;

  • Les passants y grappillent en chemin : au point d’être abusés par les profiteurs, par ceux qui nous susurrent de fausses vérités ;

  • Nous voici détruits, incendiés : comme quand on cède aux sirènes du pessimisme, du défaitisme, et surtout du manque d’espérance.

  • Et l’on sombre dans le péché de l’acédie, on n’a plus de goût à rien — c’est le démon de midi des moines, le « bof, à quoi ça sert » qui nous retire tout enthousiasme, qui nous éloigne de Dieu.

  • Au point que pour arroser cette vigne, il ne nous reste… que nos larmes ! « Seigneur, Dieu de l'univers, vas-tu longtemps encore opposer ta colère aux prières de ton peuple, le nourrir du pain de ses larmes, l'abreuver de larmes sans mesure ? »

  • On peut comprendre que nos voisins, nos familiers nous moquent, et même parfois nous conspuent… « Tu te dis chrétien, et tu n’as plus d’espoir, et encore moins d’espérance ? C’était donc du flan ta foi ! »


Il y a de quoi déprimer ! Nous avons laissé notre propre vigne dépérir, sans soin, abandonnée, comme le chantent les Impropères du Vendredi Saint :

1 – O mon peuple que t’ai-je fait ?En quoi t’ai-je contristé ?Réponds-moi !
2 – T’ai-je fait sortir du pays d’Egypte,T’ai-je fait entrer en Terre Promise,Pour qu’à ton Sauveur,Tu fasses une Croix ?
3 – T’ai-je guidé quarante ans dans le désertEt nourri de la manne,Pour qu’à ton Sauveur,Tu fasses une Croix ?
4 – Moi, je t’ai planté, ma plus belle vigne,Et tu n’as eu pour Moi que ton amertumeEt du vinaigre pour ma soif !

N’est-il pas temps de se remémorer ce que nous étions, ce que nous vivions aux premiers jours de nos amours avec le Seigneur :  « Tu déblaies le sol devant elle, tu l'enracines pour qu'elle emplisse le pays. Son ombre couvrait les montagnes, et son feuillage, les cèdres géants ; elle étendait ses sarments jusqu'à la mer, et ses rejets, jusqu'au Fleuve. »


  • Oui, tu as déblayé le sol devant nous, tu nous as donné toutes les grâces dont nous avions besoin, tu nous as purifié dans l’eau du baptême, et tu redonnes « un coup de balai » à chaque sacrement de réconciliation.

  • Oui, tu nous as enraciné dans une vie qui était pleine de promesses, tu nous as enraciné dans notre culture, notre famille, notre travail, et surtout notre foi.

  • Oui, tout ce qui nous semblait insurmontable, les montagnes de nos vies, trop éclatantes, trop hautes, tu es venu étendre ton ombre sur elles pour nous donner foi et courage.

  • Oui, tu as étendu nos sarments jusque’à la mer, tu nous as appelé au voyage mystique, comme l’avait annoncé Isaïe (Is 5, 1-7) :

01 « Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile.
02 Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais.
03 Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne !
04 Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ?
05 Eh bien, je vais vous apprendre ce que je ferai de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée.
06 J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie.
07 La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris. »

« La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. » Et le psalmiste d’ajouter : « Que ta main soutienne ton protégé, le fils de l'homme qui te doit sa force. Jamais plus nous n'irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom ! »


Alors, on comprend mieux le cri qui émaille à plusieurs reprises le psaume :

  • « Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s'éclaire et nous serons sauvés ! »,

  • « Dieu de l'univers reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la, celle qu'a plantée ta main puissante, le rejeton qui te doit sa force. »

  • « Seigneur, Dieu de l'univers, fais-nous revenir ; que ton visage s'éclaire, et nous serons sauvés. »


Plus que de croire que Dieu a abandonné sa vigne, le psalmiste nous redit que c’est nous qui nous sommes éloignés, qui avons abandonné le vigneron, qui, tel Adam et Ève, avons cru que nous pourrions être autonomes, sans Dieu pour nous surveiller…


Mais on voit le résultat… On ne peut que constater que nous sommes perdus, que nous ne donnons pas de bons fruits, que nous sommes livrés à nous-mêmes, et tellement déracinés que notre vigne ne peut plus se nourrir que du « pain de nos larmes ».


Alors, ce n’est pas à nous de demander à Dieu de revenir. Ce n’est même pas à Lui de nous le demander, car il est là et n’attend que ça, comme le père du Fils prodigue qui chaque jour va voir si son enfant revient (Lc 15, 20) : « Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. »


Mais c’est à nous de demander à Dieu de nous donner la force, le courage, pour ne pas dire la témérité, de retourner à Lui : « Seigneur, Dieu de l'univers, fais-nous revenir ; que ton visage s'éclaire, et nous serons sauvés. » Redonne-nous la force de faire ce rêve, même si nous sommes faibles. Même si nous sommes faibles, si nous doutons de notre pugnacité, nous te lançons ce cri du coeur : « Jamais plus nous n'irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom ! » Le père Jacques Sevin le dit avec des mots similaires dans sa Prière des Chevaliers :


Dans l’obscurité des journées banales,
Préparez-nous aux grandes choses par la fidélité aux petites,
Et enseignez-nous que la plus fière épopée
Est de conquérir notre âme et de devenir des Saints.
Nous n’avons pas visé moins haut, Seigneur,
Et nous sommes ambitieux,
Mais malheureusement, nous sommes faibles,
Et cette grâce, nous l’espérons de votre miséricorde, nous conservera humbles.
Demandez-nous beaucoup, et aidez-nous à vous donner davantage.
Et puisque nous sommes livrés à Vous,
Ne vous gênez pas pour nous prendre au mot et pour nous sacrifier,
Nous vous le demandons malgré le tremblement de notre chair,
Car nous voulons n’avoir qu’une crainte, celle de ne pas Vous aimer assez.

Voilà peut-être notre prière, notre psaume personnel de pénitence pour l’Avent :


Fais-moi revenir à Toi, Seigneur (Ps 80). Rends-moi la joie d’être sauvé (Ps 50). Fais rayonner sur moi ta sainte Face, et donne-moi ta grâce pour que je combatte ma paresse, mon acédie, Fais-moi revenir à ce rêve : conquérir mon âme et devenir un saint ! Ne te gêne pas pour me prendre au mot : car je n’ai qu’une crainte, celle d’être déplanté, perdu comme une feuille morte au vent d’automne, crainte de ne pas t’aimer assez. Et je n’ai qu’une espérance : celle de voir ta face rayonner sur mon humble vie.




Méditation du saint pape Jean-Paul II. Mercredi 10 avril 2002

Le Psaume que nous venons d'entendre se présente sous la forme d'une lamentation et d'une supplication de tout le peuple d'Israël. La première partie utilise un symbole biblique célèbre, le symbole du pasteur. Le Seigneur est invoqué comme « Pasteur d'Israël », celui qui « mène Joseph comme un troupeau » (Ps 79,2). Du haut de l'arche de l'alliance, entouré d'anges, le Seigneur guide son troupeau, c'est-à-dire son peuple et le protège face aux dangers.


C'est ce qu'il avait fait lors de la traversée du désert. À présent, il semble cependant absent, presque assoupi ou indifférent. Au troupeau qu'il devait guider et nourrir (cf. Ps 22), il n'offre qu'un pain pétri de larmes (cf. Ps 79, 6). Les ennemis se moquent de ce peuple humilié et offensé ; mais Dieu ne semble pas pour autant touché, il ne « se réveille » pas (v. 3) et ne révèle pas sa puissance, dressée en défense des victimes de la violence et de l'oppression.


L'invocation répétée de l'antienne (cf. vv. 4.8) cherche presque à secouer Dieu de son attitude détachée, pour faire en sorte qu'il redevienne le Pasteur qui défend son peuple.


2. Dans la deuxième partie de la prière, à la fois riche de tension et de confiance, nous trouvons un autre symbole cher à la Bible, celui de la vigne. Il s'agit d'une image aisément compréhensible, car elle appartient au paysage de la terre promise et est un signe de fécondité et de joie.


Comme l'enseigne le prophète Isaïe à travers l'une de ses plus belles images poétiques (cf. Is 5, 1-7), la vigne incarne Israël. Elle illustre deux dimensions fondamentales : d'une part, parce qu'elle a été plantée par Dieu (cf. Is 5, 2; Ps 79, 9-10), la vigne représente le don, la grâce, l'amour de Dieu ; de l'autre, elle requiert le travail du paysan, grâce auquel elle produit du raisin qui peut donner du vin, et elle représente donc la réponse humaine, l'engagement personnel et le fruit d'œuvres justes.


3. À travers l'image de la vigne, le Psaume évoque les étapes principales de l'histoire juive : ses racines, l'expérience de l'exode d'Egypte, l'arrivée dans la terre promise. Sous le règne de Salo-mon, la vigne avait atteint la plus vaste surface qu'elle devait jamais couvrir dans toute la région palestinienne et au-delà. Elle s'étendait, en effet, des monts septentrionaux du Liban plantés de cèdres, jusqu'à la mer Méditerranée et presque jusqu'au grand fleuve Euphrate (cf. vv. 11-12).


Mais la splendeur de cette floraison a été anéantie. Le Psaume nous rappelle que la tempête est passée sur la vigne de Dieu, c'est-à-dire qu'Israël a subi une dure épreuve, une terrible invasion qui a dévasté la terre promise. Dieu lui-même a démoli l'enclos de la vigne, comme s'il était un envahisseur, permettant ainsi qu'y fassent irruption les pillards, représentés par le sanglier, un animal considéré comme violent et impur selon les anciennes croyances. À la puissance du sanglier se sont associées toutes les bêtes sauvages, symbole d'une horde ennemie qui détruit tout (cf. vv. 13-14).


Comme l'enseigne le prophète Isaïe à travers l'une de ses plus belles images poétiques (cf. Is 5, 1-7), la vigne incarne Israël. Elle illustre deux dimensions fondamentales : d'une part, parce qu'elle a été plantée par Dieu (cf. Is 5, 2; Ps 79, 9-10), la vigne représente le don, la grâce, l'amour de Dieu ; de l'autre, elle requiert le travail du paysan, grâce auquel elle produit du raisin qui peut donner du vin, et elle représente donc la réponse humaine, l'engagement personnel et le fruit d'œuvres justes.


3. À travers l'image de la vigne, le Psaume évoque les étapes principales de l'histoire juive : ses racines, l'expérience de l'exode d'Egypte, l'arrivée dans la terre promise. Sous le règne de Salo-mon, la vigne avait atteint la plus vaste surface qu'elle devait jamais couvrir dans toute la région palestinienne et au-delà. Elle s'étendait, en effet, des monts septentrionaux du Liban plantés de cèdres, jusqu'à la mer Méditerranée et presque jusqu'au grand fleuve Euphrate (cf. vv. 11-12).


Mais la splendeur de cette floraison a été anéantie. Le Psaume nous rappelle que la tempête est passée sur la vigne de Dieu, c'est-à-dire qu'Israël a subi une dure épreuve, une terrible invasion qui a dévasté la terre promise. Dieu lui-même a démoli l'enclos de la vigne, comme s'il était un envahisseur, permettant ainsi qu'y fassent irruption les pillards, représentés par le sanglier, un animal considéré comme violent et impur selon les anciennes croyances. À la puissance du sanglier se sont associées toutes les bêtes sauvages, symbole d'une horde ennemie qui détruit tout (cf. vv. 13-14).


4. C'est alors qu'un appel pressant est adressé à Dieu, afin qu'il prenne à nouveau la défense des victimes, brisant son silence : « Dieu Sabaot, reviens enfin, observe des cieux et vois, visite cette vigne » (v. 15). Dieu sera encore le protecteur du cep vital de cette vigne soumise à une tempête aussi violente, en chassant tous ceux qui avaient tenté de la déraciner et de l'incendier (cf. vv. 16-17).


À ce point, le Psaume s'ouvre à une espérance aux couleurs messianiques. En effet, dans le verset 18, le Psalmiste prie ainsi : « Ta main soit sur l'homme de ta droite, le fils d'Adam que tu as confirmé ». Notre pensée se tourne peut-être avant tout vers le roi de la lignée de David qui, avec le soutien du Seigneur, viendra à la rescousse pour rétablir la liberté. Toutefois, la confiance dans le futur Messie est implicite, ce « fils de l'homme » qui sera chanté par le prophète Daniel (cf. 7, 13-14) et que Jésus assumera comme titre privilégié pour définir son œuvre et sa personne messianique. Les Pères de l'Église seront mêmes unanimes en indiquant dans la vigne évoquée par le Psaume une préfiguration prophétique du Christ « vraie vigne » (Jn 15, 1) et de l'Église.


5. Pour que le visage du Seigneur recommence à briller, il est bien sûr nécessaire qu'Israël se convertisse dans la fidélité et dans la prière au Dieu Sauveur. C'est ce que le Psalmiste exprime en affirmant : « Jamais plus nous n'irons loin de toi » (Ps 79, 19).


Le Psaume 79 est donc un chant profondément marqué par la souffrance, mais également par une confiance inébranlable. Dieu est toujours disposé à « revenir » vers son peuple, mais il est également nécessaire que son peuple « revienne » à Lui dans la fidélité. Si nous nous convertissons du péché, le Seigneur se « convertira » de son intention de châtier : telle est la conviction du Psalmiste, qui trouve également écho dans nos cœurs, en les ouvrant à l'espérance.

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