25 janvier — Conversion de saint Paul

L’instrument que Jésus a choisi -



Le baptême de Paul par Ananie,

Anonyme,

Mosaïques du XIIe siècle,

Chapelle Palatine, Palerme (Sicile, Italie)


Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 9, 1-22)

En ces jours-là, Saul était toujours animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur. Il alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il trouvait des hommes et des femmes qui suivaient le Chemin du Seigneur, il les amène enchaînés à Jérusalem. Comme il était en route et approchait de Damas, soudain une lumière venant du ciel l’enveloppa de sa clarté. Il fut précipité à terre ; il entendit une voix qui lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? » Il demanda : « Qui es-tu, Seigneur ? » La voix répondit : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes. Relève-toi et entre dans la ville : on te dira ce que tu dois faire. » Ses compagnons de route s’étaient arrêtés, muets de stupeur : ils entendaient la voix, mais ils ne voyaient personne. Saul se releva de terre et, bien qu’il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien. Ils le prirent par la main pour le faire entrer à Damas. Pendant trois jours, il fut privé de la vue et il resta sans manger ni boire. Or, il y avait à Damas un disciple nommé Ananie. Dans une vision, le Seigneur lui dit : « Ananie ! » Il répondit : « Me voici, Seigneur. » Le Seigneur reprit : « Lève-toi, va dans la rue appelée rue Droite, chez Jude : tu demanderas un homme de Tarse nommé Saul. Il est en prière, et il a eu cette vision : un homme, du nom d’Ananie, entrait et lui imposait les mains pour lui rendre la vue. » Ananie répondit : « Seigneur, j’ai beaucoup entendu parler de cet homme, et de tout le mal qu’il a fait subir à tes fidèles à Jérusalem. Il est ici, après avoir reçu de la part des grands prêtres le pouvoir d’enchaîner tous ceux qui invoquent ton nom. » Mais le Seigneur lui dit : « Va ! car cet homme est l’instrument que j’ai choisi pour faire parvenir mon nom auprès des nations, des rois et des fils d’Israël. Et moi, je lui montrerai tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon nom. » Ananie partit donc et entra dans la maison. Il imposa les mains à Saul, en disant : « Saul, mon frère, celui qui m’a envoyé, c’est le Seigneur, c’est Jésus qui t’est apparu sur le chemin par lequel tu venais. Ainsi, tu vas retrouver la vue, et tu seras rempli d’Esprit Saint. » Aussitôt tombèrent de ses yeux comme des écailles, et il retrouva la vue. Il se leva, puis il fut baptisé. Alors il prit de la nourriture et les forces lui revinrent. Il passa quelques jours à Damas avec les disciples et, sans plus attendre, il proclamait Jésus dans les synagogues, affirmant que celui-ci est le Fils de Dieu. Tous ceux qui écoutaient étaient stupéfaits et disaient : « N’est-ce pas lui qui, à Jérusalem, s’acharnait contre ceux qui invoquent ce nom-là, et n’est-il pas venu ici afin de les ramener enchaînés chez les grands prêtres ? » Mais Saul, avec une force de plus en plus grande, réfutait les Juifs qui habitaient Damas, en démontrant que Jésus est le Christ.


Ce que dit l'Église

Six ans après l'Ascension, l'Église reçoit du Christ une grâce particulière qui sera déterminante pour l'avenir. Sur le chemin de Damas, le pharisien Saul de Tarse, qui avait obtenu des lettres de mission pour persécuter les sectateurs du charpentier de Nazareth, est jeté à bas de son cheval par un éblouissement de lumière. Toute la doctrine de saint Paul découlera de l'extraordinaire dialogue qui s'en suivit. L'Église et le Christ ne font qu'un et c'est ce Corps Mystique qui sera l'une des bases de l'ecclésiologie de saint Paul. C'est la résurrection qui s'affirme à lui comme une réalité incontournable. C'est un vivant qui lui parle et l'humanité du Christ s'établit dans la gloire de la divinité. L'Évangile s'impose avec une telle intensité qu'il en est aveuglé et terrassé jusqu'au moment où la lumière baptismale lui révèlera le mystère.


Cité du Vatican, le 25 janvier 2009 - Le saint-Père François a consacré l'angélus dominical à la conversion de Paul célébrée aujourd'hui, et à la semaine de prière pour l'unité des chrétiens qui se termine aussi. Commentant le récit de Marc, où le Christ invite à la conversion et à croire en l'Évangile, il a expliqué aux fidèles réunis Place St.Pierre que, dans le cas de Paul, "certains préfèrent ne pas utiliser le terme conversion. Ils soutiennent qu'il était déjà croyant, et même un juif fervent. Parce qu'il n'est pas passé de l'absence de foi à la foi, des idoles à Dieu, et qu'il n'a pas dû abandonner la foi juive pour adhérer au Christ. En réalité, l'expérience de l'Apôtre peut servir de modèle pour chaque véritable conversion chrétienne".


"Saul -a-t-il poursuivi- s'est converti parce que, grâce à la lumière divine, il a cru en l'Évangile. C'est en cela que consiste sa conversion et la nôtre: croire en Jésus mort et ressuscité et s'ouvrir à l'éclairage de sa grâce divine. A ce moment, Saul a compris que son salut ne dépendait pas des bonnes œuvres accomplies selon la loi, mais du fait que Jésus était mort pour lui aussi, le persécuteur, et qu'il était et est ressuscité. Cette vérité qui, grâce au baptême, éclaire l'existence de chaque chrétien, rejaillit complètement sur notre façon de vivre". Se confier à la puissance du pardon du Christ signifie "pouvoir sortir des sables mouvants de l'orgueil et du péché, du mensonge et de la tristesse, de l'égoïsme et de toute sécurité illusoire, pour connaître et vivre la richesse de son amour".


"Cette invitation à la conversion, avalisée par le témoignage de saint Paul, résonne aujourd'hui en conclusion de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, particulièrement importante aussi au plan œcuménique. L'apôtre nous indique l'attitude spirituelle adéquate pour progresser dans la voie de la communion. "Je n'en ai sûrement pas encore fait la moitié, écrit-il aux Philippiens; je ne suis pas arrivé à la perfection, mais je m'efforce de courir pour l'atteindre parce que moi aussi j'ai été atteint par Jésus-Christ. Certes, nous, chrétiens, nous n'avons pas encore atteint l'objectif de la pleine unité, mais en nous laissant continuellement convertir par le Seigneur Jésus, nous y arriverons sûrement".


Méditation

Dès le début de l’Église, deux apôtres entrèrent en combat : Paul et Pierre. Chacun avait sa conception de la mission, sa théologie propre, son histoire. Quand on regarde les premières mosaïques romaines, ou les fresques des catacombes, on découvre que c’est souvent Paul qui est à la droite du Christ, avant que Pierre ne le détrône vers le VIIIe siècle. Pour autant, le combat n’est pas terminé et, au cours des siècles, l’une ou l’autre figure fut mise en avant : parfois Pierre pour affirmer le rôle de puissance de la papauté, parfois Paul pour asseoir une conception missionnaire ou un ordre moral.


Mais, faut-il les séparer ? Voire les opposer ? Je ne crois pas. Car tous les deux furent choisis par le Christ. Pierre sur le bord du lac de Tibériade, du vivant de Jésus. Paul, sur le chemin de Damas, par le Christ ressuscité. Ananie lui-même est sceptique face à la demande du Ressuscité. Pourtant, le Christ va lui confirmer que « cet homme est l’instrument que j’ai choisi pour faire parvenir mon nom auprès des nations ». Il devra lui ouvrir les yeux sur sa nouvelle mission, sur sa vie d’homme nouveau et même le baptiser comme le montre cette mosaïque (on peut lire au-dessus : Ananie baptise Paul à la demande du Christ). Paul devient ainsi l’égal de Pierre.


Alors, pourquoi les opposer ? Ne sont-ils pas les deux faces d’une même Parole, celle du Verbe incarné ? Peuvent-ils même être l’un sans l’autre ? Pierre sans Paul serait certainement une Église de miséricorde mais sans beaucoup d’organisation ! Paul sans Pierre serait une Église solidement bâtie mais sans grande humanité… Faut-il voir les choses sous l’angle de la puissance ? Mais quelle puissance ont-ils ? Staline ne disait-il pas : « Le pape, combien de divisions ? » La seule vraie puissance est celle de la grâce, des sacrements et de la Parole de Dieu. Est-ce alors une question de pouvoir ? Ce fut le cas voici encore quelques siècles lorsqu’un pape pouvait démettre un roi ou un empereur. Mais aujourd’hui… La seule puissance de l’Église devrait être celle de l’amour miséricordieux.


Peut-être est-ce une question de souffle… Dans l’encyclique Ut unum sint (Qu'ils soient un) du 25 mai 1995, le pape Jean-Paul II parle ainsi des Églises occidentale et orientale : « l'Église doit respirer avec ses deux poumons ! » Ces deux poumons ne sont-ils pas aussi Pierre et Paul : l’un envoyé aux païens, l’autre aux juifs. L’un, apôtre de la miséricorde, l’autre de la foi ardente. L’un promoteur de l’unité, l’autre de la mission. Deux poumons qui doivent respirer ensemble, et non séparément ! Comme en chacun de nous…