25 juillet - Saint Jacques, apôtre

Ma coupe, vous la boirez



Le Christ rencontrant la femme et les fils de Zébédée

Paolo Caliari dit Véronèse (Vérone, 1528 - Venise, 1588)

Huile sur toile, 194 x 337 cm, vers 1565

Musée des Beaux-Arts, Grenoble (France)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 20, 20-28)

En ce temps-là, la mère de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, s’approcha de Jésus avec ses fils Jacques et Jean, et elle se prosterna pour lui faire une demande. Jésus lui dit : « Que veux-tu ? » Elle répondit : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. » Jésus répondit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » Ils lui disent : « Nous le pouvons. » Il leur dit : « Ma coupe, vous la boirez ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé par mon Père. » Les dix autres, qui avaient entendu, s’indignèrent contre les deux frères. Jésus les appela et dit : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »


Méditation

« J'aimerais mieux être le premier dans ce village que le second à Rome » aurait Jules César lors de sa campagne d’Espagne. La famille de Zébédée avait dû lire Plutarque in Vies parallèles des hommes illustres, même si son livre fut rédigé entre 100 et 120 ! En tous les cas, il est sûr que César n’aurait jamais accepté l’évangile : vouloir être le dernier, même sans être sûr de devenir premier... Trop révolutionnaire pour un dictateur ! Chercher d’abord à servir les autres sans chercher à être servi, trop décadent.


C’est pourtant là que se situe le noeud gordien de l’évangile : inverser les fausses valeurs pour leur rendre toute leur vérité. Et devant la demande de la mère des fils de Zébédée, le Christ appelle les deux jeunes hommes au sacrifice, sans qu’il n’en aient vraiment conscience. Oui, ils vivront le martyr, oui, ils boiront à cette coupe amère. Car « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15, 13). Ce sera leur façon de rendre témoignage à la Parole de Dieu.


Il leur parle aussi de ce deuxième inversement de valeurs : le service. Il serait plus important de servir que d’être servi. Comment César, avec ses innombrables esclaves, aurait-il pu comprendre cela ? Comment aurait-il pu imaginer que servir les autres vous fait frère des autres, et même plus, ami ? Ne déclarait-il pas : « La nature a établi deux lois nécessaires au salut des hommes : les uns doivent commander, les autres obéir. Sans ces lois, il n'est rien qui puisse durer même un instant » ?


Comment aurait-il pu entendre, et encore plus comprendre ce que dit Jésus : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. » (Jn 15, 14-17) Une seule chose importe : devenir l’ami du Christ ! Ni esclave, ni soumis, ni roi, ni maître, ni même dieu ! Simplement ami de Jésus, même s’il faut passer par le martyr. Non pas premier dans un village, mais peut-être premier dans le cœur de Dieu...