Ascension (B)

Ils prendront à la main des serpents



Saint Jean l’évangéliste

Doménikos Theotokópoulos dit El Greco (Heraklion, 1541 — Tolède, 1614)

Huile sur toile, 99 x 78 cm, vers 1605

Musée du Prado, Madrid (Espagne)


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 16, 15-20)

En ce temps-là, Jésus ressuscité se manifesta aux onze Apôtres et leur dit : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. » Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.


Le peintre

Né en Crète, peintre, sculpteur et architecte, El Greco s’est installé en Espagne et est considéré comme le premier grand génie de l’école espagnole. Il était connu comme El Greco (le grec), mais son vrai nom était Domenikos Theotokopoulos ; et c’est ainsi qu’il a signé ses peintures tout au long de sa vie, toujours en caractères grecs, et parfois suivie par Kres (Crétois).


On sait peu de chose de sa jeunesse, et il ne subsiste que quelques œuvres dans la tradition byzantine de la peinture d’icônes, notamment la Dormition de la Vierge découverte en 1983 (Eglise du Koimesis tis Theotokou, Syros). En 1566, il est mentionné dans un document crétois comme un maître peintre ; peu après, il est allé à Venise (Crète était alors une possession vénitienne), puis en 1570 il a déménagé à Rome. Le miniaturiste Giulio Clovio, qu’il a rencontré là-bas, le décrit comme un élève du Titien, mais de tous les peintres vénitiens, Tintoretto l’a certainement le plus influencé (par exemple, Christ guérissant les aveugles, c. 1570), et l’impact de Michel-Ange sur son développement a également été important (par exemple, Pietà, c. 1572, Philadelphia Museum of Art).


Parmi les œuvres survivantes de sa période italienne nous restent deux peintures de la Purification du Temple (Minneapolis Institute of Arts), un thème très répété, et le Portrait de Giulio Clovio (Museo di Capodimonte. Naples). En 1577, il était à Tolède, où il est resté jusqu’à sa mort, et c’est là qu’il a mûri son style caractéristique dans lequel les figures allongées en forme de flamme et généralement peintes dans des couleurs froides, étranges, bleuâtres expriment un intense sentiment religieux. La commande qui l’a conduit à Tolède — le haut retable de l’église de S. Domingo el Antiguo — a été acquise par Diego de Castilla, doyen des chanoines de la cathédrale de Tolède, que le Greco avait rencontré à Rome. La partie centrale du retable, une haute toile (4 mètres) de l’Assomption de la Vierge (Art Institute of Chicago, 1577), a été indubitablement son plus grand travail à ce jour, mais il a réaliser une composition dynamique. Une succession de grands retables suivit tout au long de sa carrière, les deux plus célèbres étant El Espolio (Christ dépouillé de ses vêtements) (cathédrale de Tolède, 1577-79) et L’enterrement du comte Orgaz (S. Tome, Tolède. 1586-88). Ces deux œuvres puissantes véhiculent l’émerveillement de grands événements spirituels avec un sentiment d’extase mystique, et dans son œuvre tardive, El Greco est allé encore plus loin en libérant ses figures des restrictions terrestres : L’adoration des bergers (Prado, Madrid, 1612-1614), peint pour sa propre tombe, en est un excellent exemple.


El Greco excella aussi comme portraitiste, principalement d’ecclésiastiques (Felix Paravicino, Boston Museum, 1609) ou messieurs, bien que l’une de ses plus belles œuvres est un Portrait d’une dame (Art Gallery & Museums Kelvingrove, Glasgow, c. 1577-80), traditionnellement identifié comme une ressemblance de Jeronima de las Cuevas, son épouse en union libre. Il a également peint deux vues de Tolède (Metropolitan Museum, New York, et Museo del Greco, Tolède), à la fois des œuvres tardives, et une peinture mythologique, Laocoön (National Gallery of Art, Washington, c. 1610), qui est unique dans son travail. Le choix inhabituel du sujet s’explique peut-être par la tradition locale disant que Tolède avait été fondée par les descendants des chevaliers de Troie.


El Greco a également conçu des compositions complètes d’autel, travaillant comme architecte et sculpteur ainsi que peintre, par exemple à l’hôpital de la Caridad, Illescas (1603). Pacheco, qui a visité El Greco en 1611, se réfère à lui comme écrivain, citant son excellence en peinture, sculpture et architecture. El Greco avait un tempérament fier, se concevant comme un artiste-philosophe plutôt qu’un artisan, et avait un style de vie somptueux, bien qu’il ait eu peu de succès à obtenir le patronage royal qu’il désirait et semble avoir eu quelques difficultés financières vers la fin de sa vie.


Son atelier a produit un grand nombre de répliques de ses peintures, mais son travail était si personnel que son influence était faible, ses seuls disciples étant son fils Jorge Manuel Theotokopoulos et Luis Tristan. L’intérêt pour son art a repris à la fin du XIXème siècle et avec le développement de l’expressionnisme au XXème siècle, il fut reconnu comme un réel inspirateur de cette modernité. L’étrangeté de son art a inspiré diverses théories, par exemple qu’il était fou ou aurait souffert d’astigmatisme, mais ses peintures ont tout leur sens comme une expression de la ferveur religieuse de son pays d’adoption.


La peinture

De ce Saint Jean l’évangéliste existe une version analogue dans la cathédrale de Tolède qui fait partie d’une série des douze apôtres, appelés Apostolados. Certains chercheurs supposent que cette peinture du Prado a également appartenu à une série similaire, mais disparue.


Ce que je vois

Dans un fond de nuages gris, l’évangéliste est représenté jeune, garçon d’une vingtaine d’année. Les cheveux châtains bouclés, portant un manteau d’un rose profond sur une tunique vert amande, il désigne de la main gauche le calice doré ouvragé qu’il tient de l’autre main. Son regard juvénile, est assez peu expressif, comme s’il prouvait à celui qu’il regarde que ce calice atteste des paroles qu’il a prononcées. De ce calice « tulipe » sort un dragon ailé, gueule ouverte, ailes étendues et queue nouée. Il semble se noyer dans le sang du Christ.


Une conclusion

Aujourd’hui, je n’aborderai pas le thème de l’Ascension que j’ai déjà développé les deux autres années. En effet, l’évangile de Marc ne relate l’évènement que par un simple verset : Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Par contre, l’évangéliste va développer le dernier discours du Christ avant qu’il ne rejoigne son Père, comme une conclusion de tout son texte.


Consignes

C’est la dernière apparition. Il vient de leur reprocher leur incrédulité, et leur dureté de cœur. Mais il garde confiance en eux. Alors, il leur donne des consignes. Il part, certes, mais il ne les laisse pas seuls. Et surtout, il ne les laisse pas oisifs. Vous avez une mission. Elle est simple et tient en trois points :

  1. Allez dans le monde entier.

  2. Proclamez l’Évangile à toute la création.

  3. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné.

Mission 1 : Roi - Guider un peuple

C’est bien une mission. Ils sont envoyés. Il ne s’agit pas de rester, apeurés, à la maison. Ce qu’ils vont quand même faire jusqu’à ce que l’Esprit descende sur eux au jour de la Pentecôte. Et dans l’évangile de Marc, ils ne sont pas envoyés uniquement à Israël, mais au monde entier. Il n’y a plus de limites, plus de frontières, plus de limes.


Je pense alors à l’une des trois missions du prêtre qui agit comme Christ-Roi : nous devons guider un peuple, dont le Christ est le Roi, Roi de l’Univers, du monde entier. Ne pas s’asseoir, ne pas s’arrêter... Cette petite troupe d’apôtres avait déjà eu trois ans d’entraînement. Ils avaient même appris à partir, tels de bons scouts, sans habits de rechange. Ils sont devenus débrouillards, et n’ont peur de rien... Hormis peut-être... (Peur ? Chant de Jacques Sevin, 1929) : 1er couplet


Ohé les scouts, l'orage gronde : d'aller camper, n'avez-vous peur ?

Nous n'avons qu'une peur au monde c'est d'offenser Notre Seigneur.


Mais c'est en vous que monte et gronde la sourde voix du tentateur !

Nous n'écoutons de voix au monde que la voix de Notre Seigneur.


De quolibets on vous inonde, on veut s'en prendre à votre honneur.

Nous n'avons qu'un honneur au monde, c'est l'honneur de Notre-Seigneur.


Si c'est sur vous qu'elle se fonde, votre espérance me fait peur.

Nous n'avons qu'une force au monde, la force de Notre-Seigneur.


Mais pour sauver encor le monde, si Dieu réclame votre coeur ?

Nous n'avons qu'un amour au monde, c'est l'amour de Notre-Seigneur.


Mission 2 : Prophète - Proclamer

C’est leur deuxième mission : proclamer l’évangile, la Bonne Nouvelle (c’est le sens grec du mot). Même s’il n’est pas encore écrit ! Ce qui importe est de transmettre espérance, foi et charité. Et pas seulement aux hommes, à toute la création. Saint François d’Assise parlera aux oiseaux. Antoine de Padoue aux poissons !


Alors, que vont-ils proclamer ? Le Kérygme ! Le Kérygme est un mot issu de grec  : kérygma signifie proclamation. Ce terme a été utilisé pour désigner le contenu essentiel de la foi en Jésus-Christ annoncée et transmise aux non croyants par les premiers chrétiens. Le kérygme est le noyau de la première prédication des Apôtres : Jésus Messie est Seigneur et Sauveur. On le trouve exprimé en plusieurs lieux du Nouveau Testament, par exemple dans le discours de Pierre le jour de la Pentecôte (Actes 2,14-36) :

Alors Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles. Non, ces gens-là ne sont pas ivres comme vous le supposez, car c’est seulement la troisième heure du jour. Mais ce qui arrive a été annoncé par le prophète Joël : Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai mon Esprit sur toute créature : vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions, et vos anciens auront des songes. Même sur mes serviteurs et sur mes servantes, je répandrai mon Esprit en ces jours-là, et ils prophétiseront. Je ferai des prodiges en haut dans le ciel, et des signes en bas sur la terre : du sang, du feu, un nuage de fumée. Le soleil sera changé en ténèbres, et la lune sera changée en sang, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et manifeste. Alors, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Hommes d’Israël, écoutez les paroles que voici. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence. Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez. David, en effet, n’est pas monté au ciel, bien qu’il dise lui-même : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : “Siège à ma droite, jusqu’à ce que j’aie placé tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds.” Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. »

C'est l'attestation de la résurrection de Jésus crucifié, l'annonce du pardon, une invitation à la conversion et à l'attente du retour glorieux du Christ.


Alors, je pense à la deuxième mission du prêtre-prophète : annoncer à tous la Parole de Dieu. Et ce, à temps et à contretemps. Car, comme le dit saint Paul (1 Co 9, 16) :

En effet, annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !

Mission 3 : Prêtre - Baptiser

Il vous faut baptiser, effacer la trace du péché originel, car c’est la porte d’entrée pour le Paradis. Et ce baptême demande la foi, ou donne la foi. Toujours est-il que nul ne peut y échapper. Et l’on comprend alors un peu mieux pourquoi Cyprien de Carthage (200-258) déclarait : Extra Ecclesiam nulla salus Hors de l'Église il n'y a pas de salut »)


Quoi que l’on en pense, il faut passer, ou mieux, recevoir avec foi les sacrements !

Et je repense à la troisième mission du prêtre : dispenser les sacrements pour sanctifier un peuple. Et ce, dans la foi, comme le rappelle la formule prononcée par l’évêque le jour de l’ordination diaconale :

« C’est pourquoi, en faisant de la Parole l’objet de ta réflexion continuelle, crois toujours ce que tu lis, enseigne ce que tu crois, vis ce que tu enseignes. De cette manière, en même temps que la doctrine, tu donneras un aliment au Peuple de Dieu, et avec le bon exemple de ta vie, tu lui seras un réconfort et un soutien, tu deviendras constructeur du temple de Dieu qu’est l’Église. »

Vérifications !

Mais comment être sûr que l’on fait bien, que l’on suit le bon chemin ? Eh bien, Jésus nous connaît, il sait nos doutes. Alors, il nous donne des signes :

Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien.

Les croyants deviendront « exorcistes » et repousseront Satan, ils auront le don de glossolalie, ils imposeront les mains, dons de l’Esprit, et ils résisteront à tous les poisons !


Un saint en a au moins fait l’expérience : Jean l’évangéliste, et c’est pourquoi j’ai choisi ce tableau du Greco.


Hagiographie johannique

Après la mort du Christ, il emmené Marie à Éphèse. Puis, Marie assumée au ciel, il commence à prêcher l’évangile en Judée et part ensuite à Rome, au beau milieu de la persécution de Domitien. Accusé de magie, il s’exile à Patmos, une des îles des Sporades, où il écrit l’Apocalypse.


Après la mort de l’empereur Domitien, il est autorisé à revenir à Éphèse. Le grand-prêtre du temple de Diane lui fait boire une coupe empoisonnée qui avait foudroyée deux malfaiteurs ; mais il fait le signe de la Croix et en absorbe le contenu sans éprouver aucun mal. C’est à Éphèse qu’il aurait écrit l’évangile, à l’âge de 90 ans...


Conclusion

Nous aussi, si nous ne restons pas enfermés mais sortons, sortons pour proclamer la Bonne Nouvelle, et invitons aux baptêmes nos contemporains, nous résisterons à toutes les attaques de Satan. Et je le dis avec encore plus de force en ce temps où j’écris ce texte : en pleine épidémie de coronavirus ! Et je repense à la prière à Saint Michel Archange écrite par Léon XIII (1810-1903) :


Saint Michel Archange,

défendez-nous dans le combat ;

soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon.

Que Dieu lui fasse sentir son empire, nous vous en supplions.

Et vous, Prince de la Milice céleste,

repoussez en enfer, par la force divine,

Satan et les autres esprits mauvais qui rôdent dans le monde

en vue de perdre les âmes.

Ainsi soit-il

Très glorieux Prince des armées célestes,

Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat,

contre les principautés et les puissances,

contre les chefs de ce monde des ténèbres,

contre les esprits de malice répandus dans les airs (Eph 6,12).

Venez en aide aux hommes que Dieu a faits à son image et à sa ressemblance, et rachetés à si haut prix de la tyrannie du démon (Sg 2.23-24).

C'est vous que la Sainte Église vénère comme son gardien et son protecteur,

vous à qui le Seigneur a confié les âmes rachetées

pour les introduire dans la céleste félicité.

Conjurez le Dieu de paix qu'Il écrase Satan sous nos pieds,

afin de lui enlever tout pouvoir de retenir encore les hommes captifs,

et de nuire à l'Église.

Présentez au Très-Haut nos prières,

afin que, bien vite, descendent sur nous les miséricordes du Seigneur,

saisissez vous-même l'antique serpent,

qui n'est autre que le diable ou Satan,

pour le précipiter enchaîné dans les abîmes,

en sorte qu'il ne puisse plus jamais séduire les nations (Ap 20,2-3).



Homélie de saint Augustin (+ 430), Commentaire sur la Première Épître de Jean, 4,2-3; SC 75, 220-224

Nous croyons en Jésus que nous n'avons pas vu. Ceux qui l'ont vu et qui l'ont touché, qui ont entendu la parole de sa propre bouche, nous l'ont annoncé. Ils ont été envoyés par lui pour persuader le genre humain de la vérité. Ils n'ont pas eu l'audace d'y aller eux-mêmes. Et où ont-ils été envoyés ? Vous l'avez entendu, quand on nous a lu l'Évangile : Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création (Mc 16,15). Les disciples ont donc été envoyés partout. On les croyait parce que, confirmés par des signes et des prodiges, ils disaient ce qu'ils avaient vu. Et nous, nous croyons en celui que nous n'avons pas vu, et dont nous attendons le retour. Tous ceux qui l'attendent avec joie se réjouiront alors. Et ceux qui ne croient pas, lorsque viendra ce qu'ils ne voient pas maintenant, seront couverts de honte. <>


Demeurons donc dans ses paroles pour éviter d'être confondus quand il viendra. Car lui-même dit dans l'Évangile à ceux qui avaient cru en lui : Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples. Et comme s'ils avaient demandé pour quel avantage, il ajoute : Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres (Jn 8,31-32). Car, pour le moment, notre salut existe en espérance, pas encore en réalité.


Puisque nous ne tenons pas encore ce qui a été promis, nous espérons seulement que cela viendra. Il est fidèle, celui qui a promis, il ne te trompe pas. Mais de ton côté, ne succombe pas, attends la promesse, car la vérité ne peut pas tromper. Et toi, ne sois pas menteur en professant une chose tandis que tu en fais une autre. Garde la foi, et lui gardera sa promesse. Mais si tu ne gardes pas la foi, c'est toi qui es coupable de fraude, non celui qui a promis.


Puisque vous savez que Dieu est juste, reconnaissez aussi que tout homme qui vit selon la justice de Dieu est vraiment né de lui (1 Jn 2,29). Actuellement notre justice vient de la foi. La justice parfaite ne se trouve que chez les anges, et même pas chez eux si on les compare à Dieu. Pourtant s'il y a une justice parfaite dans les âmes et les esprits créés par Dieu, c'est bien chez les anges saints, justes et bons que nulle chute n'a fait dévier, qu'aucun orgueil n'a fait tomber, mais qui demeurent toujours dans la contemplation du Verbe de Dieu et qui trouvent leur unique douceur en celui qui les a créés. En eux la justice est parfaite, et en nous, par la foi, elle commence à exister selon l'Esprit.


Prière

Dieu qui élèves le Christ au-dessus de tout, ouvre-nous à la joie et à l'action de grâce, car l'Ascension de ton Fils est déjà notre victoire : nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c'est là que nous vivons en espérance. Par Jésus Christ.