Baptême de Jésus (C)

La vraie joie -



Baptistère quadrilobé,

Anonyme,

Mosaïques, deuxième moitié du VIe siècle, 330 x 330 cm,

Demna, région de Kélibia,

Musée National duBardo, Tunis, (Tunisie)


Évangile selon saint Luc (Lc 3, 15-16.21-22)

En ce temps-là, le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. » Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »


Le baptistère

Extrait de Wikipédia


Le baptistère de Kélibia, ou baptistère du prêtre Félix de Demna, est une cuve baptismale paléochrétienne richement décorée de mosaïques. Découverte à Demna, dans la délégation de Hammam Ghezèze en Tunisie, elle constitue la pièce majeure du département paléochrétien du musée national du Bardo, situé dans la proche banlieue de Tunis.


Christian Courtois a dit à son propos qu'elle était « un des plus beaux ensembles de mosaïques chrétiennes qui aient été trouvés en Afrique, et même, en son espèce, dans l'ensemble du monde romain ». Le baptistère était situé au sud-ouest de la basilique, dans une sorte de kiosque autonome de la basilique à laquelle était relié son angle nord.


Le baptistère est un carré de 3,30 mètres de côté. La cuve de 2,10 mètres de diamètre est située à environ dix centimètres du sol ; elle est élevée sur un pavement de mosaïque de forme carrée, décorée sur les angles par quatre cratères desquels s'échappent des rinceaux ou pampres de vigne.


Le pavement comporte un seuil sur lequel est inscrit : Pax fides caritas (Paix, foi, charité). Là était sans doute située l'entrée du bâtiment, entraînant une orientation du chrisme présent au fond de la cuve baptismale et, de fait, la disposition des divers participants aux cérémonies.


La cuve, en forme de croix grecque, possède un bassin quadrilobé dont chaque bras comporte un degré pour la descente. Tout le rebord est décoré par deux lignes de textes avec, représentées en coupe, les bases des colonnes : « En l'honneur du saint et bienheureux évêque Cyprien, chef de notre église catholique avec le saint Adelphius, prêtre de cette église de l'unité, Aquinius et Juliana son épouse ainsi que leurs enfants Villa et Deogratias ont posé cette mosaïque destinée à l'eau éternelle » ; les dédicants et dédicataires sont ainsi nommés. Un chrisme scande chaque alvéole du bassin.


L'intérieur polychrome est richement décoré : colombe à plumes blanches et jaunes porteuse de rameau d'olivier, coupe de lait et miel, caisse, baldaquin abritant la croix, dauphins supportant un chrisme, image du Christ, poissons, cierges, arbres et fleurs dont des lys. Christian Courtois relève en outre des abeilles, l'arche de Noé, un calice et un ciborium. Les arbres sont très stylisés et peuvent être identifiés un figuier, un palmier, un olivier ; le dernier est soit un pommier soit un oranger selon Mohamed Yacoub. Ce dernier considère que « l'exécution technique de l'œuvre est assez médiocre », l'effet global donné étant lié aux contrastes des coloris.


Christian Courtois a évoqué la disposition des personnages : après avoir passé le seuil, le catéchumène trouvait à sa gauche l'évêque. Le message divin était dans sa direction, et il pouvait accéder à la fois à la connaissance de la religion chrétienne ainsi qu'à la récompense par le calice de lait et de miel, un mélange offert au nouveau baptisé.


Tout le décor est symbolique : l'aspirant au baptême était représenté sous la forme d'une colombe. La colombe avec le rameau d'olivier annonce la paix du croyant, l'arche de Noé témoigne de l'unité et de la pérennité de l'Église. Un baldaquin témoigne de la victoire du christianisme. La coupe annonce la communion et les cierges symbolisent la foi et le Christ. Les poissons symbolisent les âmes et les arbres évoquent le jardin du Paradis. L'arche de Noé, symbole de l'unité de l'Église, peut témoigner des circonstances d'élaboration de l'œuvre : il s'agit des luttes entre donatistes et catholiques, le donatisme persistant en Afrique jusqu'à la conquête arabe.


Les donateurs témoignaient, par le don de l'ouvrage, de leur attachement à l'orthodoxie catholique.Courtois écartait l'identification du Cyprien mentionné dans le texte à saint Cyprien car il s'agit selon lui du prêtre du lieu. Yacoub pour sa part considère que c'est bien saint Cyprien qui est nommé, comme prélat prééminent en Afrique ; Adelphius, l'évêque de Thasvalte, est qualifié de prêtre peut-être pour affirmer la prépondérance de l'évêque martyr. La valeur symbolique est forte, témoignant du triomphe du Christ et de la croix ainsi que du Paradis promis aux fidèles.


Pour de plus amples informations

https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1956_num_100_2_10570


Extrait de la revue Codex (Janvier 2022, n°22)


Le baptême est un sacrement essentiel puisqu'il introduit le catéchumène au sein de la communauté des fidèles et lui ouvre la voie du Salut. Il occupe donc une place primordiale dans l'Église d'Afrique. Plusieurs dizaines de baptistères y ont été retrouvés ; pour beaucoup d'entre eux, seule la cuve baptismale est encore conservée. L'examen de ces monuments permet de reconstituer en partie le déroulement des cérémonies, qui avaient lieu au cours de la nuit pascale. C'est l'évêque qui administrait le sacrement, puis ses représentants lorsque les baptêmes se sont multipliés en des lieux souvent éloignés. À l'origine, le baptême se fait par immersion : le catéchumène était plongé entièrement dans l'eau de la cuve, qui était pour cette raison le plus souvent creusée dans le sol et relativement profonde, avant que, progressivement (mais sans doute pas avant le VIe siècle), avec la multiplication des baptêmes d'enfants, on procède par effusion dans des cuves moins profondes, le célébrant se contentant de verser de l'eau sur la tête du futur baptisé. Le baptistère, en Afrique, se trouvait à l'extérieur de l'église, sauf rares exceptions. D'abord assez simples, carrés ou circulaires, les cuves baptismales se sont ensuite compliquées, à l'époque byzantine en particulier, où, s'inspirant peut-être de certains bassins de thermes, elles adoptent des formes complexes, avec un riche décor de mosaïques. C'est le cas pour le baptistère polylobé retrouvé dans une église à Demna, dans le cap Bon, datable du Vie siècle. Une croix monogrammatique flanquée de deux lettres apocalyptiques en occupe le fond et un décor complexe les parois : êtres marins et oiseaux, mais aussi des cierges allumés, une croix sous un dais, et une inscription qui mentionne les donateurs de la mosaïque, un couple et ses enfants, le prêtre responsable de l'église et, peut-être, saint Cyprien. Dans les angles de la pièce, quatre artères d'où sortent des rinceaux de vigne évoquent deux symboles particulièrement forts : la Fontaine de Vie et la vigne. Le baptistère de Demna est, avec celui de Bekalta, le plus riche retrouvé à ce jour.



Baptistère de Bekalta

Anonyme

Mosaïque, 220 x 250 cm, VIe-VIIe siècle

Musée archéologique, Sousse (Tunisie)


Quelques notes historiques


Théologie


L’institution par Jean d’un baptême de repentance

  • Il œuvre rituellement par un bain d’eau de conversion et de purification du cœur.

  • Le ministre est joué par lui. C’est la première fois qu’un rite est défini par sa relation avec une personne (Jean le Baptiste).

  • Son rôle est actif et souligne l’importance de sa mission prophétique (ce baptême vient de Dieu – Jn 1, 33).

  • Ainsi, Jean « proclame » son baptême, comme si celui-ci faisait l’objet même de son message (Mc 1, 4)

Quelques points de repère sur ce baptême johannique…

  • C’est un baptême pour le pardon des péchés que l’on confesse.

  • Ce baptême exprime symboliquement cette conversion, mais semble aussi l’opérer (on peut presque déjà parler d’une dimension sacramentelle au sens large).

Ce baptême est ouvert à tous. Il ne s’agit pas de constituer un groupe de « séparés ». C’est une démarche collective

  • Ce baptême est donné une fois pour toutes.

  • Cette unicité lui donne l’allure d’un rite d’initiation, sans pour autant faire entrer dans un groupe particulier.

  • Le baptême de Jean prépare la venue du Messie.

  • On peut dire que Jean est l’inventeur d’un rite nouveau.

Les représentations du baptême de Jésus au cours des siècles

  • Le "guide de la peinture" a codifié à une époque ancienne, les préceptes et les règles à suivre pour la décoration d'un baptistère, dans un chapitre intitulé : "Comment peindre la fontaine."

  • " En haut, dans la coupole, faites le ciel avec le soleil, la lune et les étoiles. Hors du cercle où est le ciel, faites une gloire avec la multitude des anges. Au-dessous des anges et circulairement, représentez dans une première rangée, ce qui est arrivé au précurseur dans le Jourdain. Du côté de l'Orient, faites le baptême du Christ, dans un rayon descendant du ciel, et, à l'extrémité du rayon, le Saint-Esprit . Sur le milieu du rayon et de haut en bas : Celui-ci est mon Fils bien-aimé dans lequel j'ai mis mes connaissances. Au-dessous, dans une seconde rangée, faites tous les miracles de l'Ancien Testament qui étaient la figure du divin baptême : Moïse sauvé des eaux, les Egyptiens engloutis dans la mer, Moïse adoucissant les eaux amères, les 12 plaies d'Egypte, l'eau de la contradiction, l'arche d'alliance traversant le Jourdain, la toison de Gédéon, le sacrifice d'Elie, Elie traversant le Jourdain, Elisée purifiant les eaux, Naaman lavé dans le Jourdain, la fontaine de vie. Sur les chapiteaux représentez les prophètes et ce qu'ils ont annoncé touchant le baptême. » (Le guide de la peinture, éditions Didron, Paris 1845, page 438.)

Représentations du baptême de Jésus

  • Les premiers chrétiens n'ont pas représenté Jésus. Les premières images chrétiennes apparaissent vers 200 après Jésus dans la peinture, et au début du III° siècle pour la sculpture.

  • À l'origine, elles sont presque exclusivement utilisées dans l'art funéraire des catacombes et des sarcophages. Il s'agit d'images peu détaillées, qui ne décrivent pas l'événement mais l'évoquent à l'aide de quelques signes identifiables par les chrétiens de l'époque.

  • Aucune composition n'a obtenu la consécration qui sera réservée à des représentations comme la résurrection de Lazare, la crucifixion, ou une guérison de Jésus.

  • L'iconographie du baptême reflète plus l'évolution de la liturgie baptismale que les textes évangéliques. On voit le baptême administré par immersion dans un fleuve ou une piscine, ou par infusion sur la rive du Jourdain.

  • Le baptême de Jésus apparaît dès le III° siècle, dans toutes les formes d'art, jusque sur des monnaies. Sa figuration resta longtemps incomplète et privilégia le geste de Jean-Baptiste.

  • Dans les Catacombes on voit parfois la colombe. Les plus anciennes représentations du baptême de Jésus "trinitaires" sont du VI° siècle : un ivoire et deux médaillons en or, une miniature du codex de Rabula de 586 et une autre de l'évangéliaire arménien d'Etchmiadzin.

Evolution dans l'âge de Jésus

  • Jésus est représenté lors de son baptême :

  • Enfant sur les ivoires du IV° siècle du British Muséum.

  • Enfant sur certains sarcophages, comme celui de Sainte Quitterie du V° siècle et celui d'Arles du IV° - V° siècle.

  • Enfant barbu sur les miniatures de Rabula du VI° siècle.

  • Adolescent dans l'évangéliaire d' Etchmiadzin du X° siècle.

  • Adulte dans les représentations postérieures.

Evolution dans l'eau du baptême de Jésus

  • L'eau du baptême de Jésus provient :

  • Du Jourdain

  • De la colombe

  • Une coquille ( chez les artistes italiens)

  • Une cruche (chez les artistes allemands)

  • De la main de Jean-Baptiste (Pays-Bas)

La scène du baptême de Jésus se développe.

  • Par la suite le Jourdain remonte vers sa source et un dialogue s’engage entre Jésus et Jean-Baptiste pour avoir l’eau nécessaire au baptême.

  • Les représentations du baptême de Jésus sont influencées par ces récits égyptiens.

  • Si le psaume 113:4 fut appliqué de bonne heure au baptême de Jésus, les Pères de l’Eglise ne privèrent pas d'ajouter tout ce que leur imagination leur suggérait.

Evolution dans le lieu du baptême de Jésus

  • Jésus est représenté lors de son baptême :

  • Dans l'eau du Jourdain

  • Sur la rive du Jourdain

  • Dans une cuve

Evolution dans l'attitude de Jésus

  • Jésus est représenté lors de son baptême : debout au milieu du Jourdain

  • Debout sur le Jourdain pratiquement à sec ou sur la rive, les mains jointes

Evolution dans les vêtements de Jésus

  • Jésus est représenté lors de son baptême : entièrement dévêtu dans les baptêmes par immersion de l'art byzantin des VI° au XII° siècle.

  • Vêtu par le reflux du Jourdain ou d'un linge lui ceignant les reins quand il n'est plus baptisé par immersion.

Evolution dans l'attitude de Jean-Baptiste

  • Jean-Baptiste est représenté lors du baptême de Jésus : hissant Jésus sur la berge du Jourdain, II° - III° siècle, crypte de Lucine.

  • Sur la berge, imposant les mains à Jésus. Sa main, paume vers le bas, se pose sur la tête de Jésus. (Peut-être s'agit-il d'un geste accompagnant l'accroupissement de Jésus dans l'eau ? Il semble difficile d'y voir le geste d'une aspersion.)

  • Versant de l'eau sur la tête de Jésus, après le XII° siècle. (La mosaïque de Ravenne est restaurée)

  • Agenouillé devant Jésus

Evolution dans le mode du baptême

  • Jésus est représenté lors de son baptême :

  • Recevant l'eau que déverse la colombe : l'ivoire du British Muséum du IV° siècle, mosaïque du V° siècle du baptistère des Ariens de Ravenne,

  • Recevant l'eau d'un petit récipient tenu par Jean-Baptiste : baptistère des Néoniens, V° siècle, Ravenne

  • Recevant l'eau que déverse la colombe dans un petit récipient

  • Écrasant le démon sous ses pieds, Cologne XIII° siècle

  • Recevant l'eau d'une coquille Saint-Jacques, Piero della Francesca XV° siècle.

  • Accroupi dans le Jourdain avec de l'eau jusqu'aux pieds, Van Haarlem XVII° siècle, Louvre

  • Recevant l'eau que Jean-Baptiste fait couler de sa main, Joachim de Patinir XVI° siècle

Evolution dans le niveau d'immersion de Jésus

  • Le niveau d'eau du Jourdain lors du baptême de Jésus varie.

  • Jésus est représenté :

  • Sur la berge, peinture du XV° siècle de Piero della Francesca, G. Vannini musée de Nantes, Vannucci chapelle Sixtine, peintures du XVI° siècle

  • Sur un rocher, peinture d'El Greco, XVII° siècle.

  • Jésus a de l'eau :

  • Aux chevilles, ivoire d'Amiens, V° siècle, nécropole d'Akhmin du VI° siècle Egypte.

  • Aux genoux, ivoire de Milan du V° siècle, coffret de Werden du VI° siècle,

  • Aux aisselles, miniature d'Etchmiadzin du X° siècle, Erevan, mosaïques de Daphni, XI° siècle Grèce,

  • Aux mollets, céramique du XVI° du Louvre, peinture du XV° siècle de Joachim de Patinir.

  • À la taille, mosaïques de Ravenne, Giotto XIV° siècle, fresque de Castiglione Olona du XV° siècle, Notre-Dame de la paix Yamoussoukro Côte d'Ivoire XX° siècle.

  • L’eau s'élève sur son corps pour former une sorte de cloche liquide dont la fluidité non transparente est soulignée par des ondulations parallèles voilant toute nudité.

Evolution dans les personnages assistant au baptême

  • On remarque les personnages suivants

  • Un ange barbu, ivoires du British Muséum, IV° siècle

  • Jourdain personnifié, mosaïques de Ravenne V° siècle.

  • Main céleste sortant d'un nuage pour envoyer la colombe : miniatures de Rabula du VI° siècle

  • Au moins 2 anges, mosaïque de Daphni du XI° siècle

  • Au moins 3 anges, Giotto fresque de Padoue du XIV° siècle,Castiglione Olona, fresque XV° siècle, El Greco XVII° siècle.

Evolution dans la représentation de la colombe

  • La colombe est représentée

  • Un rameau d'olivier dans le bec : assimilation du baptême de Jésus avec le déluge de Noé.

  • Déversant l'eau

  • Planant

  • Descendant en piqué

Evolution dans la représentation du Jourdain

  • Le Jourdain est représentée

  • Par un vieillard personnifié : mosaïques ou le panneau du siège de Maximien de Ravenne du V° siècle.

  • Par un fleuve

  • Par un filet d'eau

Ce que l’on peut trouver :

  • Un arbre sur la rive, attaqué à la base de son tronc par une hache, pour illustrer Matthieu 3:10 : "Déjà la cognée est mise à la racine des arbres: tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu."

  • Sur la berge opposée, un ange qui ne tient pas les vêtements de Jésus, mais selon la conception orientale, a les "mains voilées" en signe de respect. Les artistes occidentaux, ne comprenant pas la signification de ces voiles, s'imaginèrent que les anges tenaient un peignoir de bain pour essuyer les baptisés, ou portaient les vêtements de Jésus, pendant son baptême.

Ce que je vois

Je ne vais pas revenir sur la longue description que nous trouvons à un début de ce texte, mais plutôt décrire ce qui me marque. Et si je reprends le texte, il est surprenant de lire qu’il existait un véritable programme iconographique qui donnait sens aux gestes qu’allait vivre le catéchumène :

  • Il passe un seuil : de la vie terrestre à la vie divine. Il va se dépouiller, comme Jésus avant La Croix, mais aussi comme s’il retrouvait sa nature première, celle de la condition paradisiaque d’Adam. En se dépouillant du vieil Adam, il retrouve son état premier, comme Naaman passé par les eaux du Jourdain.

  • Il vit un parcours : commençant par l’enseignement donné par l’évêque, gardien de la Parole de Dieu, puis se dirigeant vers le calice de lait et de miel, le calice de l’eucharistie. N’oublions pas l’ordre primitif des sacrements d’initiation était : baptême - confirmation - eucharistie.

  • L’eau le transfigure : quittant le vieil homme, passant par les eaux de la mort, décimant les égyptiens qui le poursuivent, suivant la nuée lumineuse (le cierge pascal), il est imprégné des grâces dont Dieu le comble et reçoit la paix divine à laquelle tout chrétien aspire. Associé au Christ Sauveur (et c’est le sens du poisson, ichtus), devenant par l’onction à l’égal du Christ, il rejoint le Paradis symbolisé par les arbres en montant dans la barque de l’Église, symbolisée par cette arche de Noé, qui protège du Déluge et permet de rejoindre la terre ferme, la terre promise.

De fait, toute une catéchèse s’élabore visuellement pour le catéchumène qui comprend alors mieux les gestes vécus. Comme il serait bon de revenir à ces principes fondateurs !


Un baptême de volonté

Jean vient annoncer qu’un autre baptême sera donné par le Christ : un baptême dans l’Esprit-Saint et le feu. Pourtant, l’évangile de Jean nous dit le contraire (Jn 4, 1-2) :

Les pharisiens avaient entendu dire que Jésus faisait plus de disciples que Jean et qu’il en baptisait davantage. Jésus lui-même en eut connaissance. – À vrai dire, ce n’était pas Jésus en personne qui baptisait, mais ses disciples.

Le baptême johannique n’est en fait qu’une étape préparatoire. Par l’eau, il purifie, appelle à la conversion, à la pénitence. Le geste montre la volonté de chacun de se débarrasser de ces scories, de passer par la Mer Rouge, comme les hébreux, pour nous libérer des Égyptiens qui nous harcèlent et qui se nomment « péchés ». Toute son efficacité semble tenir dans la volonté de celui qui accepte et désire passer par ces eaux purificatrices. Et ce besoin de poser un acte volontaire a bien été précisé au préalable par le Baptiste (Luc 3, 7-14) :

Jean disait aux foules qui arrivaient pour être baptisées par lui : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc des fruits qui expriment votre conversion. Ne commencez pas à vous dire : “Nous avons Abraham pour père”, car je vous dis que, de ces pierres, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. » Les foules lui demandaient : « Que devons-nous donc faire ? » Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. » Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. »

Vous voulez recevoir le baptême de purification ? Très bien, mais avant toute chose, il faut vous convertir. Et vous convertir vraiment, sans arguer que de toute façon vous êtes déjà sauvés puisqu’issus d’Abraham. Non, il faut montrer concrètement votre désir de conversion : partagez ce que vous avez, combattez votre égoïsme ! Soyez honnêtes ! Et soyez droits, sans violence ni mensonge. Soyez des hommes de bonne volonté...


Un baptême de feu

Mais, dit Jean, Jésus lui baptise dans le feu ! Quel est-il donc ce feu ? Est-ce l’ancêtre des ordalies ? Seuls ceux qui passeront indemnes à travers seront sauvés ? Ce baptême sera plus qu’une simple pénitence, signe de notre conversion ? Oui, dans le feu ! C’est-à-dire en Dieu, car Dieu est un feu. Rappelons-nous les théophanies vues par Moïse :

  • Le Buisson ardent qui brûlait sans se consumer (Ex 3, 1-14)

  • La colonne de nuée et de feu qui les précède (Ex 13)

  • Ou le don de le Loi sur le Sinaï au milieu du feu (Ex 20, 1-17).

Dieu est ce feu qui brûle sans consumer. Comme l’amour qui brûle le coeur de Marie sans consumer sa virginité. Comme ce feu qui descend sur la tête des apôtres pour les brûler intérieurement sans consumer leur chair (Ac 2). C’est dans ce feu divin, ce feu de l’Esprit-Saint que nous avons été baptisés. Souvenons-nous en...


Car il donne la joie

Il ne s’agit pas de s’en souvenir comme une menace, ni même comme le regret d’un éventuel gâchis. Mais plutôt comme la réactivation d’une joie profonde qui a été mise en nous ce jour-là. Permettez-moi une petite digression. Nous confondons souvent joie et bonheur. Le bonheur, comme son nom l’indique, est fugace. C’est la bonne heure ! La joie est plus profonde, plus durable. Partez en pleine mer en bateau et regardez les cartes marines. Elles ne sont pas d’un bleu uni, mais montre plusieurs couleurs et signes indiquant les profondeurs marines, les courants majeurs, etc. Mais tout cela n’a que faire de l’état de la mer en surface qui peut être bleue, verte, démontée, d’huile, moutonneuse, etc. Le bonheur, c’est l’état de la mer en surface. La joie, c’est le courant de fond ! Et bien, le baptême nous associe à cette joie du Christ, joie proclamée par le Père : « En lui, toute ma joie ».


Double mouvement

Jésus remonte de l’eau, l’Esprit descend sur lui. Comme pour nous, nous vivons ce même geste au baptême. Mais aussi dans le baptême de la vie et de la mort. Comme Jésus qui descend sur terre et remonte au ciel, nous suivrons le même parcours, ce double mouvement. Mais il nous faut humblement commencer par nous plonger dans les eaux de conversion. Car le ciel, fermé par le péché d’Adam, s’est réouvert, déchiré pour nous, comme s’ouvrît le Temple lorsque le rideau se déchira à la mort du Christ. Et du ciel descend cette colombe, ou plus exactement son apparence, car l’Esprit ne peut prendre forme de par sa nature.


La colombe de Noé

Est-ce elle qui descend du ciel, celle qui n’était pas revenue (Gn 8, 11) ? Elle apporte la preuve que le déluge du péché et de la mort est terminé, elle annonce les prémices d’une création nouvelle et la reprise de l’alliance avec Noé, comme le montre le baptistère. L’humanité sort de la mort des eaux, remonte, vit une vie nouvelle dans une création renouvelée, réconciliée avec Dieu par le sacrifice du Christ, nous introduisant dans la justice de Dieu. L’Apocalypse l’avait annoncé (Ap 21, 5) :

Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. » Et il dit : « Écris, car ces paroles sont dignes de foi et vraies. »

En nous aussi, le Père met sa joie, son bon plaisir. En nous aussi, par le baptême de son Fils, il vient faire en nos cœurs toutes choses nouvelles. Grégoire de Naziance conclura avec nous Or, 39, 16) :

Jésus remonte de l’eau, il fait monter avec Lui le cosmos ; Il voit les cieux ouverts qu’Adam avait fermés, pour lui et pour ceux qui viendraient après lui, comme Il avait fermé le Paradis par le glaive de feu. Et l’Esprit rend témoignage à sa divinité, il accourt vers Celui qui lui est semblable, et une voix vient du ciel, car c’est de là que vient Celui à il est rendu témoignage. Et il apparaît comme une colombe vue sous une forme corporelle : il veut en effet honorer le corps, puisque celui-ci aussi est Dieu par l’Incarnation. Et en même temps, depuis longtemps déjà, la colombe a l’habitude d’annoncer la fin du déluge...


Quelques textes des Pères de l’Église

"Quand il [le baptisé] sera remonté, il sera oint par le prêtre de l'huile de l'action de grâces avec ces mots : Je t'oins d'huile sainte au nom de Jésus Christ. Et ainsi chacun après s'être essuyé se rhabillera, et ensuite ils entreront dans l'église. L'évêque en leur imposant la main dira l'invocation : Seigneur Dieu, qui les as rendus dignes d'obtenir la rémission des péchés par le bain de la régénération, rends-les dignes d'être remplis de l'Esprit Saint et envoie sur eux ta grâce, afin qu'ils te servent suivant ta volonté… Ensuite, en répandant l'huile d'action de grâce de sa main et en posant (celle-ci) sur la tête, il dira : Je t'oins d'huile sainte en Dieu le Père tout-puissant et dans le Christ Jésus et dans l'Esprit Saint. Et après l'avoir signé au front, il lui donnera le baiser et dira : Le Seigneur soit avec toi. Et celui qui a été signé dira : Et avec ton Esprit…" (Tradition apostolique d'Hippolyte, 21, IIIe siècle : Hippolyte (vers 170-235)).

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""Des soldats vinrent donc et rompirent les jambes du premier et de l'autre qu'on avait crucifié avec lui. Et s'approchant de Jésus, quand ils virent qu'il était déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ; mais un des soldats lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau" (Jn 19, 32, 34). L'Evangéliste s'est servi d'une expression choisie à dessein ; il ne dit pas : il frappa ou il blessa son côté, ou toute autre chose semblable ; mais : "Il ouvrit son côté", pour nous apprendre qu'il ouvrait ainsi la porte de la vie d'où sont sortis les sacrements de l'Eglise, sans lesquels on ne peut avoir d'accès à la véritable vie. Ce sang a été répandu pour la rémission des péchés ; cette eau vient se mêler pour nous au breuvage du salut ; elle est à la fois un bain qui purifie et une boisson rafraîchissante. Nous voyons une figure de ce mystère dans l'ordre donné à Noé d'ouvrir sur un des côtés de l'arche une porte par où pussent entrer les animaux qui devaient échapper au déluge et qui représentaient l'Eglise (Gn 6, 16). C'est en vue de ce même mystère que la première femme fut faite d'une des côtes d'Adam pendant son sommeil, et qu'elle fut appelée la vie et la mère des vivants. (Gn 2, 22). Elle était la figure d'un grand bien, avant le grand mal de la prévarication. Nous voyons ici le second Adam s'endormir sur la croix, après avoir incliné la tête, pour qu'une épouse aussi lui fût formée par ce sang et cette eau qui coulèrent de con côté après sa mort. O mort, qui devient pour les morts un principe de résurrection et de vie ! Quoi de plus pur que ce sang ? Quoi de plus salutaire que cette blessure ?" (Saint Augustin, Tr 120, 2).



Homélie attribuée à saint Hippolyte (+ 236), Sermon sur la sainte Théophanie 6-9; PG 10, 858-859.

Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau; voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j'ai mis tout mon amour" (Mt 3,16-17).


Voyez, mes bien-aimés, combien nous aurions subi la perte de biens nombreux et importants, si le Seigneur avait cédé à l'invitation de Jean et n'avait pas reçu le baptême. Auparavant les cieux étaient fermés, notre patrie d'en haut était inaccessible. Après être descendus au plus bas, nous ne pouvions plus regagner les hauteurs. Le Seigneur n'a pas été seul à recevoir le baptême. Il a renouvelé le vieil homme et il lui a confié de nouveau le sceptre de l'adoption divine. Car aussitôt les cieux s'ouvrirent. Les réalités visibles se sont réconciliées avec les invisibles ; les hiérarchies célestes ont été comblées de joie; sur la terre les maladies ont été guéries ; ce qui était demeuré caché s'est révélé ; ce que l'on rangeait parmi les ennemis est devenu amical. Car vous avez entendu l'évangéliste vous dire : les cieux eux-mêmes s'ouvrirent, pour les trois merveilles que voici. Il fallait ouvrir au Christ, l'Époux, les portes de la chambre nuptiale. Semblablement, comme l'Esprit descendait sous la forme d'une colombe et que la voix du Père retentissait en tout lieu, il fallait que s'élèvent les portes du ciel (cf. Ps 23,7). Et voici que les cieux s'ouvrirent et qu'une voix se fit entendre, qui disait : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j'ai mis tout mon amour. "


Ce Fils bien-aimé, qui apparaît ici-bas, ne s'est pourtant pas séparé du sein du Père : il est apparu sans apparaître. Ce qui apparaissait était différent, car, à ce qu'il semblait, le baptiseur était supérieur au baptisé. C'est pourquoi le Père envoya l'Esprit Saint sur le baptisé. Car, de même que, dans l'arche de Noé, la colombe a manifesté l'amour de Dieu po ur les hommes, ainsi maintenant, l'Esprit, descendant sous cette apparence, pareil à celle qui apportait une pousse d'olivier, s'est arrêté au-dessus de celui à qui il rend témoignage. Pourquoi ? Pour que l'on constate avec certitude que c'est bien la voix du Père, et que l'on ajoute foi à la prédiction prophétique annoncée longtemps auparavant. Quelle prédiction ? La voix du Seigneur domine les eaux, le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre, le Seigneur domine la masse des eaux (Ps 28,3). Que dit cette voix ? Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j'ai mis tout mon amour.


Je vous en prie, écoutez-moi attentivement: je veux remonter à la source de la vie et contempler la source d'où jaillissent les guérisons. Le Père de l'immortalité a envoyé dans le mon de son Fils vivant, son Verbe. Celui-ci est venu vers l'homme pour le laver dans l'eau et dans l'Esprit. Il l'a fait renaître pour rendre incorruptibles son âme et son corps, il a éveillé en nous son souffle de vie, il nous a revêtus d'une armure incorruptible.


Je proclame donc, avec la voix du héraut : Venez, toutes les tribus des nations, au bain de l'immortalité ! Par ce joyeux message, je vous annonce la vie, à vous qui demeurez encore dans la nuit de l'ignorance. Venez de la servitude à la liberté, de la tyrannie à la royauté, de la corruption à l'incorruptibilité. Vous voulez savoir comment ? Par l'eau et par l'Esprit Saint, cette eau par laquelle l'homme régénéré est vivifié, cet Esprit, ton Défenseur, envoyé pour toi, afin de montrer que tu es Fils de Dieu.



Homélie de Grégoire Palamas (+ 1359), Homélies, 16; PG 151, 198-199.

Lorsque Dieu voulut manifester et exposer clairement son dessein, qui dépasse toute expression, il envoya du désert Jean, appelé le Précurseur. Celui-ci baptise ceux qui se présentent et les exhorte à croire en celui qui doit venir. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint (Mt 3,11), dit-il. Il leur enseigne que celui-là est supérieur à lui-même autant que l'Esprit Saint est supérieur à l'eau. Il témoigne, en effet, que celui qui vient est le Maître, le Créateur de l'univers, qui a autorité sur les anges et sur les hommes. Tous les hommes constituent sa moisson spirituelle et il tient la pelle à vanner dans sa main (Mt 3,12), c'est-à-dire évidemment les puissances temporelles.


Sur lui-même, Jean atteste qu'il est seulement le Précurseur de celui qui vient ; il désigne également Isaïe comme étant le héraut du Seigneur. Quant à lui, il se proclame le serviteur envoyé pour annoncer à l'avance l'avènement de son maître, et pour préparer les fidèles à l'accueillir, car il dit : Je suis la voix qui crie à travers le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur (Jn 1,23).


Jésus vient au baptême pour obéir à celui qui envoya Jean, comme lui-même l'a dit : C'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement tout ce qui est juste (Mt 3,15). Car son baptême devait le manifester à Israël. Puisqu'il venait pour ouvrir le chemin du salut et assurer aux baptisés qui le suivraient ce que lui-même a montré et révélé : que l'Esprit Saint leur est donné et que, par lui-même, il instituerait le baptême comme un remède pour purifier les souillures provenant de notre origine et de notre vie esclave des sens.


Lui-même, en tant qu'homme, n'avait pas besoin de purification, étant né d'une Vierge sans tache, et toute sa vie étant exempte de péché. Mais, parce que c'est pour nous qu'il est né, c'est aussi pour nous qu'il est purifié. Donc il est baptisé par Jean et, comme il sort de l'eau, les cieux s'ouvrent pour lui, et voici qu'on entend, venant d'en haut, la voix du Père : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j'ai mis tout mon amour (Mt 3,17). Et, pareil à une colombe, l'Esprit de Dieu descend sur lui pour montrer quel est celui qui reçoit ce témoignage du ciel.


Prière

Dieu éternel, c'est dans la réalité de notre chair que ton Fils unique est apparu ; puisque nous reconnaissons que son humanité fut semblable à la nôtre, donne-nous d'être transformés par lui au plus intime de notre coeur. Lui qui règne.