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Dimanche de la Transfiguration (A)

Vieillir… -




L’Ancien des jours,

Enlumineur : Anonyme ; Texte d’Eusèbe de Césarée,

Tétraévangile adapté à l’usage liturgique, Constantinople, XIe siècle,

Enluminure sur parchemin, 18,1 x 14 cm, grec ancien, 225 folio,

Mes grec 64, folio 158v,

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France)


Lecture du livre du prophète Daniel (Dn 7, 9-10.13-14)

La nuit, au cours d’une vision, moi, Daniel, je regardais : des trônes furent disposés, et un Vieillard prit place ; son habit était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine immaculée ; son trône était fait de flammes de feu, avec des roues de feu ardent. Un fleuve de feu coulait, qui jaillissait devant lui. Des milliers de milliers le servaient, des myriades de myriades se tenaient devant lui. Le tribunal prit place et l’on ouvrit des livres. Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.


Psaume 96, 1-2, 4-5, 6.9)

Le Seigneur est roi ! Exulte la terre ! Joie pour les îles sans nombre ! Ténèbre et nuée l'entourent, justice et droit sont l'appui de son trône.

Quand ses éclairs illuminèrent le monde, la terre le vit et s'affola ; les montagnes fondaient comme cire devant le Seigneur, devant le Maître de toute la terre.

Les cieux ont proclamé sa justice, et tous les peuples ont vu sa gloire. Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre, tu domines de haut tous les dieux.


Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre Apôtre (2 P 1, 16-19)

Bien-aimés, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur. Car il a reçu de Dieu le Père l’honneur et la gloire quand, depuis la Gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé ; en lui j’ai toute ma joie. Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. Et ainsi se confirme pour nous la parole prophétique ; vous faites bien de fixer votre attention sur elle, comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs.


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17, 1-9

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »


Le manuscrit

Au XVIe siècle, le manuscrit a appartenu au cardinal Niccolò Ridolfi avant d'intégrer la bibliothèque de Catherine de Médicis - et de rejoindre à l'extrême fin du siècle la bibliothèque royale (v. D. Muratore, La biblioteca del cardinale Niccolò Ridolfi, Alessandria 2009, II, p. 273). Au f. I figure un πίναξ du manuscrit dû à Matthieu Devaris et la cote du manuscrit dans la collection Ridolfi: n° 130 - qui a été barré ultérieurement - suivi de τῆς ιθης κιβωτοῦ, puis n° 131 suivi de vigesimę primę. Sur le folio III sont portées les trois cotes successives du manuscrit dans les catalogues de la bibliothèque royale du XVIIe siècle: MMXIV (Rigault), 2232 (Dupuy), 2868 (Clément).


Ce que je vois

Deux éclipses s’ouvrent de chaque côté de la page, telles des fenêtres sur le ciel : une vision. À droite, le Christ Pantocrator siège sur un arc, alors que ses pieds reposent sur un deuxième arc. Le nimbe qui l’entoure est composé de trois couleurs, du blanc cassé, au bleu ciel puis au vert. Vêtu d’une tunique brune rappelant son humanité (la couleur de l’humus), il porte un manteau bleu, signe de sa divinité. La tête ceinte d’une auréole crucifère, il bénit de la main droite alors que sa main gauche tient le rouleau de la Loi divine. Son regard se porte vers sa droite sur l’Ancien des jours.


Lui aussi siège sur deux arcs et est entouré d’un nimbe dégradé de bleus, comme s’il siégeait au plus profond des cieux. Les gestes, comme l’auréole, sont identiques à ceux du Christ. Mais il paraît beaucoup plus âgé, la barbe et le cheveu gris. Son manteau est rouge (la couleur a bruni), rappel du feu divin dont parle le prophète. Notons qu’il n’a pas représenté son vêtement blanc, rayonnant, préfiguration de celui du Christ lors de la Transfiguration. Ses yeux se tournent vers l’autre côté de la page, vers le Christ.


Les représentations de l’Ancien des jours évoqué par Daniel est assez rare en art occidental, encore plus quant il est associé au Christ comme ici. Il est, par contre, plus courant en art byzantin, et trône souvent sur les voûtes près de l’abside. Le manuscrit que nous regardons est au croisement de ces deux traditions, comme l’était la cité de Constantinople.


L’Ancien des Jours

Il est assez facile d’interpréter la vision de Daniel dans la perspective du Nouveau Testament. L’Ancien des Jours représenterait le Père éternel, alors que le « Fils d’homme » serait l’image du Logos, le Christ avant son incarnation, qui viendrait prendre mission auprès de son Père : « Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. »


Mais il nous faut peut-être éviter d’aller trop vite. En effet, ce titre d’« Ancien des Jours » n’apparaît tel quel qu’à trois reprises dans tout le corpus biblique, et uniquement chez le prophète Daniel (versets 9, 13 et 22 de ce chapitre 7). Cette vision du prophète lui est donc bien propre et personnelle, et ne peut donc se lire que dans ce contexte : une personne ancienne ou vénérable est assise sur un trône flamboyant avec des roues de feu, ses cheveux et ses vêtements blancs comme la neige.


Le trône flamboyant symbolise le jugement, tandis que les cheveux blancs et le titre Ancien indiquent que Dieu existait avant le début des temps. En effet, si nous allons lire le prophète Isaïe (43, 13), nous découvrons que Dieu lui-même se présente comme celui qui existe avant que les jours ne soient : « Oui, depuis toujours, moi, Je suis : personne ne délivre de ma main ; ce que je fais, qui s’y opposera ? » N’est-il pas, comme on le lit dans le livre de la Genèse (chapitre 1) celui qui a créé le temps, les jours et les nuits ? Et c’est parce qu’il est de toute éternité qu’il est vu comme un ancien, un vieillard vénérable, tel que le décrit le psalmiste (Ps 89, 2) : « Avant que naissent les montagnes, que tu enfantes la terre et le monde, de toujours à toujours, toi, tu es Dieu » ; mais encore comme celui est à l’origine de l’origine et la fin de la fin, le premier et le dernier (Is 44, 6) : « Ainsi parle le Seigneur, le roi d’Israël, son rédempteur, le Seigneur de l’univers : Je suis le premier et je suis le dernier, hors moi, pas de Dieu. »


L’Apocalypse, aboutissement de la vision de Daniel

La vision de Daniel ne se limite pas à cette perspective d’éternité : il le voit aussi comme le Juge par excellence qui siège au tribunal de la justice divine : « Le tribunal prit place et l’on ouvrit des livres. » Cette image se retrouvera dans le livre de l’Apocalypse lorsque le Christ, appelé comme dans la vision de Daniel « Fils d’Homme », sera décrit comme ayant des cheveux blancs comme neige et des yeux flamboyants (Ap 1, 12-18) :

Je me retournai pour regarder quelle était cette voix qui me parlait. M’étant retourné, j’ai vu sept chandeliers d’or, et au milieu des chandeliers un être qui semblait un Fils d’homme, revêtu d’une longue tunique, une ceinture d’or à hauteur de poitrine ; sa tête et ses cheveux étaient blancs comme la laine blanche, comme la neige, et ses yeux comme une flamme ardente ; ses pieds semblaient d’un bronze précieux affiné au creuset, et sa voix était comme la voix des grandes eaux ; il avait dans la main droite sept étoiles ; de sa bouche sortait un glaive acéré à deux tranchants. Son visage brillait comme brille le soleil dans sa puissance. Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort, mais il posa sur moi sa main droite, en disant : « Ne crains pas. Moi, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant : j’étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles ; je détiens les clés de la mort et du séjour des morts.

Dans l'Apocalypse, Dieu le Fils est dépeint avec le même pouvoir de jugement sur son Église , comme l'Ancien des Jours décrit comme ayant ce pouvoir pour juger Israël. En fait, son regard perçant juge les sept églises d'Apocalypse 1-3 avec une clarté totale de la réalité de tout ce qu'il y a à savoir.


Le verset 22 se réfère spécifiquement à Jésus dont le jugement fera partie des événements de la fin des temps. Dans Daniel 7, 13, le terme « Ancien des jours » fait référence à Dieu le Père, et nous le voyons sur son trône comme Jésus, le Fils de l'Homme, s'approche du trône sur les nuages. Dieu est un Dieu trinitaire pour qui, à différents moments, l'Ancien des Jours se réfère à Jésus-Christ et à d'autres moments, à Dieu le Père. Mais au sens prophétique, il se réfère clairement à Jésus, l'Ancien des Jours revenant prononcer un jugement sur le monde (Daniel 7, 22).


La Transfiguration

Pourquoi alors avoir pris cette première lecture comme éclairage de l’épisode évangélique ? Bien sûr parce les disciples, décrivant le Christ transfiguré, ne purent que penser à la vision de Daniel. De plus, l’évangéliste nous glisse des indices d’interprétation :

  • Comme pour le tribunal de la vision de Daniel, nous ne devons pas avoir peur, car notre Dieu nous invite à nous relever.

  • Mais aussi que cette transfiguration vient confirmer ce qu’avait entendu Daniel : « Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. » Au Christ est donné la royauté sur tout l’univers.

  • Si nos yeux s’ouvrent à cette vision, si notre cœur est assez pur pour voir en cet homme Jésus le Fils de Dieu, alors rayonnera sur nous son Esprit car de « son trône fait de flammes de feu, avec des roues de feu ardent » coule « un fleuve de feu, qui jaillissait devant lui ».

  • Comme pour les apôtres présents lors de la Transfiguration, comme pour les myriades de l’Apocalypse, nous devons, à l’image de la vison de Daniel, servir le Roi des rois, nous tenir joyeusement devant lui : « Des milliers de milliers le servaient, des myriades de myriades se tenaient devant lui. »

Moi, Ancien des jours !

Je vous invite à lire la méditation du Pape François en annexe. Il fait un rapport amusant entre la vision de l’ « Ancien des jours » et notre propre vie. Il est vrai que nous vieillissons de jour en jour ! Moi-même comme prêtre, je suis ancien depuis trente-deux ans ! En effet, le mot « ancien » en grec se dit πρεσβύτερος / presbutéros : prêtre !


Il est vrai que notre monde contemporain est à la recherche de l’éternelle jeunesse : le mythe de la fontaine de Jouvence est toujours d’actualité ! Que ce soit par des recherches scientifiques afin de repousser les limites de la vie de l’homme (alors que tant de personnes âgées attendent la mort) — phénomène accentué ces derniers temps par la folie de l’intelligence artificielle — ou par un simple effet de mode appelé le « jeunisme ». Ainsi, on voit parfois des femmes d’un âge certain s’habiller comme des adolescentes, ou des hommes presque blets se balader avec la casquette à l’envers sur la tête. Sans parler de l’usage d’un vocabulaire qui se veut « dans le vent » : on joue au « djeun’s ». On peut en sourire, on devrait surtout s’en inquiéter… Car l’idée sous-jacente n’est pas neutre : seule la jeunesse aurait le droit d’exister ; elle seule aurait la perception juste du monde ; la sagesse n’appartiendrait plus aux cheveux blancs (ou aux chauves dans mon cas), mais à une génération X, Y ou Z (je ne sais plus où on en est dans cette désignation sociologique) qui aurait compris ce qu’est le monde, le futur à bâtir, la politique à mettre en œuvre, l’écologie à tout vent, etc. Les « vieux », eux, sont « out », finis, décatis. Et en plus, ils coûtent cher à la société !


Je ne dis pas que les « vieux » ont toujours raison. Mais ils ont au moins pour eux l’expérience des années passées. Je sais bien que Confucius disait que « l'expérience est une lanterne attachée dans notre dos, qui n’éclaire que le chemin parcouru ». Mais il n’empêche que c’est en éprouvant le chemin parcouru, avec les bons passages et les embûches, que l’on évite de refaire les mêmes erreurs !


Permettez-moi une autre digression : notre approche de l’Histoire. La mode est à la contestation d’une histoire « historique » pour une histoire « relue, actualisée, engagée ». Il suffit de voir les ravages du wokisme qui, fort de sa vision d’une histoire travaillée à l’aune de nos jugements moraux d’aujourd’hui, jette le bébé avec l’eau du bain. Alors, ce qu’ont pu écrire des auteurs classiques, ce qu’a pu apporter l’époque de la colonisation, ou ce qu’a pu peindre Picasso, tout cela doit être éliminé au profit d’une relecture qui ne choquera plus une jeunesse nourrie à la moraline. Excusez-moi, mais on marche sur la tête ! Quand j’entends un politique écologiste m’expliquer qu’on ne doit pas tuer le moustique qui vous pique, car vous êtes coupable d’un matricide (mais oui, la maman moustique ne vous pique pas par méchanceté, elle veut seulement nourrir ses petits…), j’ai plus envie de pleurer de dépit que de rire ! Là encore, on devrait plutôt s’appuyer sur l’histoire pour éviter de refaire les mêmes erreurs, surtout les plus graves.


Vieillir

Revenons-en à notre sujet ! Notre drame humain, je l’ai déjà écrit, me semble être notre peur primale de l’abandon. Être abandonné de sa maman, ou de son époux, ou de sa famille, ou de ses amis, et même de ses relations professionnelles. Peur d’être oublié… Et la mort nous semble en être l’aboutissement. Qui de nous aimerait qu’aucun nom ne soit inscrit sur sa tombe ? Qui de nous n’espère « laisser sa trace » ? Et plus l’âge avance, plus la mort nous fait peur… Il est curieux que l’homme regrette continuellement un passé qui ne reviendra pas, est effrayé d’un avenir qu’il ne maîtrise pas, alors qu’il devrait s’occuper d’un présent qu’il a entre les mains.


Plus nous avançons en âge, plus nous sommes des « anciens des jours ». Et notre mission d’ancien est de témoigner (sans oublier que le mot « témoin » en grec se dit « martyr » , μάρτυς). Avant le Pape François, l’apôtre Pierre nous en donne la clef dans la seconde lecture : « mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur ». Nous devons être les témoins de Dieu, de notre foi, de notre espérance et de notre charité. Nous devons être une lampe pour les autres : « Et ainsi se confirme pour nous la parole prophétique ; vous faites bien de fixer votre attention sur elle, comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs » vient de dire Pierre. Et notre témoignage aura valeur d’enseignement pour les jeunes.


Voici quelques semaines, je citais Georges Bernanos : « Hélas ! c'est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale. Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents. » (Les Grands Cimetières sous la lune, 1938). Aujourd’hui, je voudrais plagier mon auteur fétiche et dire : Hélas, c’est la sagesse des anciens qui maintient le reste du monde à température normale. Quand les anciens démissionnent, le reste du monde s’enfonce !


Conclusion

Vous pourriez vous dire que j’ai bien peu parlé de la Transfiguration. C’est vrai, et pour cela, allez lire l’autre homélie sur le site internet ! Et, en même temps (locution adverbiale très à la mode) ce n’est pas vrai. Car la transfiguration annoncée n’est pas uniquement celle du Christ. C’est d’abord un appel à notre propre transfiguration. En premier lieu, la nôtre, les anciens. Nous devons transfigurer nos vies pour éclairer un mode désenchanté, et surtout une jeunesse perdue qui a soif d’espérance, soif de vérité, soif de sacré, soif d’amour comme le disait Guy de Larigaudie dans sa dernière lettre adressée à une carmélite : « Voulez-vous, lorsque vous apprendrez ma mort, écrire à ma maman pour la consoler. Vous lui direz qu'il ne faut pas qu'elle pleure. Je serai tellement heureux là-haut. Qu'elle pense que je suis parti pour une terre lointaine bien plus belle encore que les îles de corail, où je posséderai la lumière, toute la beauté, tout l'amour dont j'avais tellement, tellement soif. »


Car si nous ne nous laissons pas transfigurer par Dieu, nous risquons de tomber sous le couperet de Nietzsche : « Je croirai en Dieu lorsque les chrétiens auront des gueules de ressuscités » !



Pape François Audience Générale du 17 août 2022 - Catéchèse sur la vieillesse : L'" Ancien des Jours ". La vieillesse rassure quant à la destination de la vie qui ne meurt plus


Chers frères et sœurs, bonjour !


Les paroles du rêve de Daniel, que nous avons entendues, évoquent une vision de Dieu à la fois mystérieuse et lumineuse. Elle est reprise au début du livre de l’Apocalypse et se réfère à Jésus ressuscité, qui apparaît au Voyant comme Messie, Prêtre et Roi, éternel, omniscient et immuable (1, 12-15). Il pose sa main sur l’épaule du Voyant et le rassure : « Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant ; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles » (vv. 17-18). Ainsi disparaît la dernière barrière de peur et d’angoisse que la théophanie a toujours suscitée : le Vivant nous rassure, nous donne une sécurité. Lui aussi est mort, mais il occupe désormais la place qui lui est destinée : celle du Premier et du Dernier.


Dans cet enchevêtrement de symboles — il y a ici beaucoup de symboles — il y a un aspect qui aide sans doute à mieux comprendre le lien de cette théophanie, cette apparition de Dieu, avec le cycle de la vie, le temps de l’histoire, la seigneurie de Dieu pour le monde créé. Et cet aspect a précisément à voir avec la vieillesse. Qu’est-ce que ça a à voir ? Voyons.


La vision communique une impression de vigueur et de force, de noblesse, de beauté et de fascination. Le vêtement, les yeux, la voix, les pieds, tout est splendide dans cette vision : c’est une vision ! Cependant, ses cheveux sont blancs : comme la laine, comme la neige. Comme ceux d’un vieil homme. Le terme biblique le plus répandu pour désigner les personnes âgées est « zaqen » : de « zaqan », qui signifie « barbe ». La chevelure blanche est le symbole antique d’un temps très long, d’un passé immémorial, d’une existence éternelle. Il ne faut pas tout démythifier avec les enfants : l’image d’un Dieu vieillard aux cheveux blancs n’est pas un symbole infantile, c’est une image biblique, c’est une image noble et aussi une image tendre. La Figure qui dans l’Apocalypse se trouve entre les chandeliers d’or se superpose à celle de « l’Ancien des jours » de la prophétie de Daniel. Il est aussi vieux que toute l’humanité, mais plus encore. Il est ancien et nouveau comme l’éternité de Dieu. Parce que l’éternité de Dieu est ainsi, ancienne et nouvelle, parce que Dieu nous surprend toujours par sa nouveauté, il vient toujours à notre rencontre, chaque jour d’une manière spéciale, pour ce moment, pour nous. Il se renouvelle toujours : Dieu est éternel, il a toujours été, on peut dire qu’il y a comme une vieillesse en Dieu, ce n’est pas ainsi, mais il est éternel, il se renouvelle.


Dans les Eglises orientales, la fête de la Rencontre avec le Seigneur, qui est célébrée le 2 février, est l’une des douze grandes fêtes de l’année liturgique. Elle met en avant la rencontre de Jésus avec le vieux Siméon au temple, elle met en avant la rencontre entre l’humanité, représentée par les vieillards Siméon et Anne, et le Christ Seigneur enfant, le Fils éternel de Dieu fait homme. On peut en admirer une très belle icône à Rome, dans les mosaïques de Santa Maria in Trastevere.


La liturgie byzantine prie avec Siméon : « Celui-ci est celui qui est né de la Vierge : il est le Verbe, Dieu né de Dieu, Celui qui pour nous s’est incarné et a sauvé l’homme ». Et elle poursuit : « Que s’ouvre aujourd’hui la porte du ciel : le Verbe éternel du Père, ayant assumé un principe temporel, sans sortir de sa divinité, est présenté selon sa volonté au temple de la Loi par la Vierge Mère et le vieillard le prend entre ses bras ». Ces paroles expriment la profession de foi des quatre premiers Conciles œcuméniques, qui sont sacrés pour toutes les Eglises. Mais le geste de Siméon est également la plus belle icône de la vocation particulière de la vieillesse : en regardant Siméon, nous regardons l’icône la plus belle de la vieillesse : présenter les enfants qui viennent au monde comme un don ininterrompu de Dieu, sachant que l’un d’eux est le Fils engendré dans l’intimité même de Dieu, avant tous les siècles.


La vieillesse, qui s’achemine vers un monde où pourra enfin irradier sans obstacles l’amour que Dieu a placé dans la création, doit accomplir ce geste de Siméon et Anne, avant de prendre congé. La vieillesse doit rendre témoignage — ceci est pour moi le noyau, le plus central de la vieillesse — la vieillesse doit rendre témoignage aux enfants de leur bénédiction : elle consiste dans leur initiation — belle et difficile — au mystère d’une destination à la vie que personne ne peut anéantir. Pas même la mort. Donner un témoignage de foi devant un enfant, c’est semer cette vie ; et donner un témoignage d’humanité et de foi, c’est la vocation des personnes âgées. Donner aux enfants la réalité qu’elles ont vécue comme un témoignage, passer le témoin. Nous, personnes âgées, sommes appelées à cela, à passer le témoin, pour qu’ils continuent de le porter de l’avant.


Le témoignage des personnes âgées est crédible pour les enfants : les jeunes et les adultes ne sont pas en mesure de l’apporter de façon aussi authentique, aussi tendre, aussi poignante, que ce que peuvent faire les personnes âgées, les grands-parents. Quand la personne âgée bénit la vie qui vient à elle, en déposant tout ressentiment à l’égard de la vie qui s’en va, elle est irrésistible. Elle n’est pas amère parce que le temps passe et qu’elle va s’en aller, non. Elle est avec cette joie du bon vin, du vin qui s’est bonifié avec les années. Le témoignage des personnes âgées unit les âges de la vie et les dimensions mêmes du temps: passé, présent et futur, parce qu’elles ne sont pas seulement la mémoire, elles sont le présent et également la promesse. Il est douloureux — et nuisible — de voir que l’on conçoit les âges de la vie comme des mondes séparés, en compétition entre eux, qui cherchent à vivre chacun aux dépends de l’autre: cela ne va pas. L’humanité est ancienne, très ancienne, si nous regardons le temps de la montre. Mais le Fils de Dieu, qui est né d’une femme, est le Premier et le Dernier de tous les temps. Cela veut dire que personne ne tombe en dehors de son éternelle génération, en dehors de sa force splendide, en dehors de sa proximité bienveillante.


L’alliance — et je dis alliance — l’alliance des personnes âgées et des enfants sauvera la famille humaine. Là où les enfants, là où les jeunes parlent avec les personnes âgées, il y a un avenir ; si ce dialogue n’existe pas entre les personnes âgées et les jeunes, l’avenir ne s’entrevoit pas clairement. L’alliance des personnes âgées et des enfants sauvera la famille humaine. Pourrions-nous, s’il vous plaît, rendre aux enfants, qui doivent apprendre à naître, le tendre témoignage des personnes âgées qui possèdent la sagesse de la mort ? Cette humanité qui, avec tous ses progrès, nous semble un adolescent né hier, pourra-t-elle retrouver la grâce d’une vieillesse qui tient fermement l’horizon de notre destination ? La mort est certainement un passage de la vie difficile, pour nous tous : c’est un passage difficile. Nous devons tous y aller, mais ce n’est pas facile. Mais la mort est également le passage qui ferme le temps de l’incertitude et se débarrasse de la montre : c’est difficile parce que c’est cela le passage de la mort. Parce que ce que ce que la vie a de beau, et qui n’a plus d’échéance, commence alors vraiment. Mais cela commence à partir de la sagesse de cet homme et de cette femme, âgés, qui sont capables de passer le témoin aux jeunes. Pensons au dialogue, à l’alliance des personnes âgées et des enfants, des personnes âgées avec les jeunes, et faisons en sorte que ce lien ne soit pas rompu. Que les personnes âgées aient la joie de parler, de s’exprimer avec les jeunes et que les jeunes cherchent les personnes âgées pour recevoir d’elles la sagesse de la vie.



Prière au jour de la Transfiguration du Seigneur

Gloire à Toi ô Christ, qui nous fais voir ta lumière !

Par ta transfiguration, tu ravives notre foi et notre espérance.

Nous attendons ce jour où tu transformeras nos pauvres corps, à l'image de ton Corps glorieux, ce jour où nous habiterons dans ta Lumière.

Béni sois-tu, Seigneur, d'illuminer toute notre vie,

Par cette espérance, déjà tu nous fais citoyens des cieux.

Tu nous donnes d'anticiper la vie du monde à venir.

Tu nous fais pressentir ta beauté.

Tu ouvres nos yeux sur ton royaume présent au milieu de nous,

Et nous contemplons ta gloire.

Fais-nous vivre, comme si nous voyions l'invisible.

Que notre foi touche ton cœur et hâte la venue de ton règne

Sur nous, fais briller ta Gloire éternelle. Amen.



Méditation sur la Transfiguration du pape Léon le Grand (vers 395-461

Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu'il a choisis, et il éclaire d'une telle splendeur cette forme corporelle qu'il a en commun avec les autres hommes que son visage a l'éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige.


Par cette transfiguration il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la grandeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa Passion volontaire ne bouleversent leur foi.


Mais il ne prévoyait pas moins de fonder l'espérance de l'Église, en faisant découvrir à tout le corps du Christ quelle transformation lui serait accordée ; ses membres se promettraient de partager l'honneur qui avait resplendi dans leur chef.


Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu'il parlait de la majesté de son avènement : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Et l'Apôtre saint Paul atteste lui aussi : J'estime qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que le Seigneur va bientôt répéter en nous. Et encore : Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. Cependant, pour confirmer les Apôtres et les introduire dans une complète connaissance, un autre enseignement s'est ajouté à ce miracle.


En effet, Moïse et Élie, c'est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent en train de s'entretenir avec le Seigneur. Ainsi, par la réunion de ces cinq hommes s'accomplirait de façon certaine la prescription : Toute parole est garantie par la présence de deux ou trois témoins.


Qu'y a-t-il donc de mieux établi, de plus solide que cette parole ? La trompette de l'Ancien Testament et celle du Nouveau s'accordent à la proclamer ; et tout ce qui en a témoigné jadis s'accorde avec l'enseignement de l'Évangile.


Les écrits de l'une et l'autre Alliance, en effet, se garantissent mutuellement ; celui que les signes préfiguratifs avaient promis sous le voile des mystères, est montré comme manifeste et évident par la splendeur de sa gloire présente. Comme l'a dit saint Jean, en effet : Après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. En lui s'est accomplie la promesse des figures prophétiques comme la valeur des préceptes de la Loi, puisque sa présence enseigne la vérité de la prophétie, et que sa grâce rend praticables les commandements.


Que la foi de tous s'affermisse avec la prédication de l'Évangile, et que personne n'ait honte de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.


Que personne donc ne craigne de souffrir pour la justice, ni ne mette en doute la récompense promise car c'est par le labeur qu'on parvient au repos, par la mort qu'on parvient à la vie. Puisque le Christ a accepté toute la faiblesse de notre pauvreté, si nous persévérons à le confesser et à l'aimer, nous sommes vainqueurs de ce qu'il a vaincu et nous recevons ce qu'il a promis. Qu'il s'agisse de pratiquer les commandements ou de supporter l'adversité, la voix du Père que nous avons entendue tout à l'heure doit retentir sans cesse à nos oreilles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis tout mon amour; écoutez-le !

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