Dimanche de Pâques (A)

Soyez sans crainte !



La visite des myrophores au Sépulcre

Anonyme

Ancien chapiteau du XIIème siècle transformé en bénitier dans l’église Saint-Pierre,

Restauré en 2014 et déposé au Musée de Dreux (France)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 28, 1-10

Après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre. Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect de l’éclair, et son vêtement était blanc comme neige. Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, se mirent à trembler et devinrent comme morts. L’ange prit la parole et dit aux femmes : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : ‘Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez.’ Voilà ce que j’avais à vous dire. » Vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »


L’œuvre

Le musée de Dreux présente des oeuvres religieuses qui nous plonge dans les plus grandes périodes du Moyen-Age et de la Renaissance. En témoignent ces chapiteaux romans historiés et uniques. Offerts par le défunt comte de Paris et classés par les Monuments historiques, ils présentent plusieurs scènes religieuses : la Nativité, L'Annonce aux bergers, une exceptionnelle Vierge allaitant l'enfant Jésus, les femmes au tombeau... Ces chapiteaux proviennent de l'ancienne Collégiale Saint-Etienne de Dreux détruite à la Révolution française. Sur son emplacement, la Chapelle royale domine aujourd'hui la ville.


Ce que je vois

La description en est assez simple, même si cette œuvre récemment restaurée et transformée en bénitier, respire le calme, la joie sereine. À gauche, deux soldats habillés comme des chevaliers moyenâgeux devaient garder le tombeau. Sont-ils encore endormis ? Puis trois femmes en processions portent les aromates pour embaumer le corps de Jésus, d’où leur nom de myrophores (porteuses de myrrhe). Elles portent de belles tuniques ouvragées, bordées de rubans aux motifs géométriques. Toutes les trois sont auréolées d’un disque orné de perles. Remarquons leur allure hiératiques mais aussi souriante et apaisée. Devant elle, ce que l’on ne voit pas sur cette photographie, on distingue l’entrée du Sépulcre.


Les représentations habituelles (d’après Louis Réau)

Jusqu’au XIIIème siècle, c’est sous la forme indirecte de la visite des saintes femmes au tombeau que l’art chrétien d’Occident a évoqué la Résurrection du Sauveur. Cette représentation est d’ailleurs la seule conforme au récit des Évangiles. Mais dans certains cycles se place avant la visite au tombeau une scène pittoresque popularisée par le théâtre religieux : l’achat des parfums.


Dans l’art byzantin, le Sépulcre a la forme du « tugurium » : chapelle sépulcrale en forme de cabane, dressée dans la rotonde de l’église de la Résurrection à Jérusalem. Les artistes d’Occident, moins familiers avec les monuments de la Terre Sainte, le remplacent par un sarcophage.


Les saintes femmes sont tantôt trois, tantôt deux, suivant que les artistes s’inspirent de l’évangile de Marc ou de Matthieu. La première balance un encensoir. Sur la pierre renversée du sarcophage est assis « l’homme vêtu de blanc » assimilé à un ange ailé. Il montre du doigt le tombeau vide ou parfois, comme à Orvieto, le ciel où est remonté le Christ. Souvent les Saintes Femmes sont accueillies à l’entrée du Sépulcre par deux anges lumineux.


Méditons...

Il fait encore nuit lorsqu’elles quittent leur maison. Elles ont certainement préparé les aromates chez elles, dans les pleurs. Mais pour être plus fortes, elles se sont donné rendez-vous. À trois, ce sera plus facile d’aborder cette dure réalité de la mort de celui qu’on pensait être le Messie.


J’imagine bien ce combat dans leur cœur. À la fois, cet enthousiasme d’avoir suivi cet homme, de l’avoir écouté, d’avoir crû en ses paroles, de sentir naître en elles l’enthousiasme, c’est-à-dire la présence de Dieu, l’inhabitation divine. Et puis cette pénible réalité. Ils l’ont crucifié. Et rien ne s’est passé. Hormis ce curieux tremblement de terre et ce soleil qui se masque. Certains ont même dit que des morts auraient retrouvé la vie (Mt 27, 52-53). Mais, ce qui est pur, c’est que nous l’avons vu être déposé dans ce tombeau de pierre. Et que nous n’avons même pas eu le temps de l’embaumeur, comme l’exige la tradition. Tout est allé si vite, et le sabbat qui approchait à grand pas.


Alors, à trois, à la lumière naissante, elles parent. Elles partent vers ce jardin. Comme celui de l’Éden qui fut clos par deux anges. Dans leur cœur doit résonner ce passage du Cantique des Cantiques (Ct 4, 12 - 5, 2) :

LUI : Jardin fermé, ma sœur fiancée, fontaine close, source scellée. Tes formes élancées : un paradis de grenades aux fruits délicieux, le nard et le cyprès, le nard et le safran, cannelle, cinnamome, et tous les arbres à encens, la myrrhe et l’aloès, tous les plus fins arômes. Ô source des jardins, puits d’eaux vives qui ruissellent du Liban !
ELLE : Éveille-toi, Vent du nord ! Viens, Vent du sud ! Souffle sur mon jardin et ses arômes s’exhaleront ! Qu’il entre dans son jardin, mon bien-aimé, qu’il en mange les fruits délicieux.
LUI : Je suis entré dans mon jardin, ma sœur fiancée : j’ai recueilli ma myrrhe, avec mes aromates, j’ai mangé mon pain et mon miel, j’ai bu mon vin et mon lait.
CHŒUR : Mangez, amis ! Buvez, bien-aimés, enivrez-vous !
ELLE : Je dors, mais mon cœur veille… C’est la voix de mon bien-aimé ! Il frappe !
LUI : Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, ma toute pure, car ma tête est humide de rosée et mes boucles, des gouttes de la nuit.

Le jardin est fermé. S’ouvrira-t-il un jour ? Retrouverons-nous la joie et la paix du Paradis ? Toujours ce combat entre la foi du possible et la réalité de l’impossible...

Mais quel est ce bruit, ce tonnerre ? Il ressemble à celui que nous avons entendu voici deux jours, celui qui retentit au moment de la mort de Jésus, quand le voile du Temple se déchira. Pourtant, Élie nous avait dit que Dieu venait dans « le murmure d’une brise légère » (1 R 19, 12). Mais aujourd’hui, il vient, il vient pour inaugurer un nouveau monde (Ap 21, 1-5) :

Alors j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus. Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari. Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. » Et il dit : « Écris, car ces paroles sont dignes de foi et vraies. »

Ce que promettra Jean est déjà en cours. C’est le propre de notre foi : Hic et nunc, ici et maintenant, déjà là et pas encore réalisé. Nous sommes pris entre deux feux ! Le feu créateur, et le feu de l’Apocalypse. En attendant le feu de l’Esprit...


Et voici que sous leurs yeux, l’ange roule la pierre et s’assied dessus. Il est curieux cet envoyé divin. Même si elles n’ont pas assisté à la transfiguration, les disciples ont dû leur raconter comment Jésus devint blanc comme la neige. Comme cet homme ! Serait-ce lui ? Est-ce une transfiguration ? Il y’a. De quoi avoir peur comme les apôtres sur le mont Thabor.


Mais là, le tremblement de terre ne se fait pas dans le cœur des femmes, mais dans celui des gardes ! Ils devinrent comme morts. Quand Jésus est mort, les morts devinrent comme des vivants. Et ici, les vivants deviennent comme des morts... pour eux, le séisme est intérieur !


Mais l’ange les rassure immédiatement, uniquement elles. « N’ayez pas peur ! » Comme il est important d’être conforté dans sa foi, dans ses choix. Un saint Pape le dira à tous les jeunes : « N’ayez pas peur ». Et Thérèse d’Avila, la grande Thérèse, priera dans le même sens :

Que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie, tout passe, Dieu seul demeure, la patience tout obtient ; qui possède Dieu, rien ne lui manque : Dieu seul suffit. Élève ta pensée, monte au ciel, ne t'angoisse de rien, que rien ne te trouble. Suis Jésus-Christ d'un grand cœur, et quoi qu'il arrive, que rien ne t'épouvante.

Sûrement, en juives pieuses, repensent-elles au Psaume (55, 4-5) :

Le jour où j'ai peur, je prends appui sur toi. Sur Dieu dont j'exalte la parole, sur Dieu, je prends appui : plus rien ne me fait peur ! Que peuvent sur moi des êtres de chair ?

Oui, plus rien ne leur fait peur. Ce qu’elles veulent, c’est retrouver le Seigneur. Oh, elles ont bien compris qu’elles ne retrouverons pas le corps, le tombeau est vide ! Mais au moins le chercher spirituellement, revoir son visage... (Chant d’Odette Vercruysse lorsqu’elle était infirmière) :


Je cherche le visage, le visage du Seigneur


Je cherche son image, tout au fond de vos cœurs.


1 - Vous êtes le corps du Christ

Vous êtes le sang du Christ,

Vous êtes l'amour du Christ.

Alors ? ... Qu'avez-vous fait de lui ?


2 - Vous êtes le corps du Christ,

Vous êtes le sang du Christ,

Vous êtes la Paix du Christ.

Alors ? ... Qu'avez-vous fait de lui ?

3 - Vous êtes le corps du Christ

Vous êtes le sang du Christ,

Vous êtes la Joie du Christ.

Alors ? ... Qu'avez-vous fait de lui ?

En fait, si le tombeau est vide, leur cœur est plein de sa présence. Si elles ne voient pas son visage, elles sont devenues son image. Et cela devrait suffire à convaincre les autres disciples. Et en plus, l’ange leur dit qu’elles le verront. Comment sera-t-il ? Elles n’osent l’imaginer ! De toutes les façons, pas le temps de poser des questions... l’ange clôt un peu brutalement le message : « C’est tout ce que j’avais à vous dire ». Mission accomplie !


Alors, ni une ni deux, elles partent. Oh, bien sûr, elles sont en joie d’avoir entendu ce message, d’avoir vu cet ange, et le tombeau vide. Bien sûr, la foi se ranime en elle. Bien sûr, un espoir vient de naître. Mais est-ce déjà l’espérance ? Apparemment non, elles sont encore remplies de crainte...


Alors elles vont porter la nouvelle. Pas encore la bonne nouvelle, mais au moins la nouvelle ! Mais Jésus va transformer cet espoir en espérance, cette nouvelle en bonne nouvelle, en Évangile ! Tout simplement en se montrant à elles ! Vous vouliez me voir ? Me voici !!!


Elles n’en reviennent pas. Maintenant c’est elles qui ressentent le séisme intérieur. Mais pas celui de la peur, pas comme les gardes. Celui de la foi, la foi qui nous dépasse, ou plutôt la foi qui nous envahit, nous transfigure ; cette foi qui vient faire toutes choses nouvelles en nous...


Comment ne pas se prosterner devant lui ? Les apôtres en ont fait l’expérience. Et tous ceux qui ont expérimenté le pouvoir de Jésus prophète, thaumaturge, Fils de Dieu.

Une nouvelles fois, filles de Jérusalem, ne craignez pas ! Allez, partez, bougez ! Allez annoncer, allez partager votre foi, soyez enthousiastes ! Pâques, c’est plus que ça, mais c’est déjà ça ! Alors, chacun d’entre-nous, vivons la même expérience que ces femmes ! C’est à nous que Jésus se donne à voir aujourd’hui...


Méliton de Sardes, Sur la Pâque

"Comprenez-le, mes bien aimés : le mystère de la Pâque est ancien et nouveau, provisoire et éternel, corruptible et incorruptible, mortel et immortel.

Il est ancien en raison de la Loi, mais nouveau en raison du Verbe ; provisoire en ce qu'il est figuratif, mais éternel parce qu'il donne la grâce ; corruptible puisqu'on immole une brebis, mais incorruptible parce qu'il contient la vie du Seigneur ; mortel, puisque le Seigneur est enseveli dans la terre, mais immortel par sa résurrection d'entre les morts.

Oui, la Loi est ancienne, mais le Verbe est nouveau ; la figure est provisoire, mais la grâce est éternelle : la brebis est corruptible, mais le Seigneur est incorruptible, lui qui a été immolé comme l'agneau, et qui ressuscita comme Dieu.

Car il a été conduit comme une brebis vers l'abattoir, alors qu'il n'était pas une brebis ; il est comparé à l'agneau muet, alors qu'il n'était pas un agneau. En effet, la figure a passé, et la vérité a été réalisée : Dieu a remplacé l'agneau, un homme a remplacé la brebis, dans cet homme, le Christ, qui contient toute chose.

Ainsi donc, l'immolation de la brebis et le rite de la Pâque et la lettre de la Loi ont abouti au Christ Jésus en vue de qui tout arriva dans la loi ancienne et davantage encore dans l'ordre nouveau.

Car la Loi est devenue le Verbe, et, d'ancienne, elle est devenue nouvelle (l'une et l'autre sorties de Sion et de Jérusalem), le commandement s'est transformé en grâce, la figure en vérité, l'agneau est devenu fils, la brebis est devenue homme et l'homme est devenu Dieu. [...]

Le Seigneur, étant Dieu, revêtit l'homme, souffrit pour celui qui souffrait, fut enchaîné pour celui qui était captif, fut jugé pour le coupable, fut enseveli pour celui qui était enseveli. Il ressuscita des morts et déclara à haute voix : Qui disputera contre moi ? Qu'il se présente en face de moi ! C'est moi qui ai délivré le condamné ; c'est moi qui ai rendu la vie au mort ; c'est moi qui ai ressuscité l'enseveli. Qui ose me contredire ? C'est moi, dit-il, qui suis le Christ, qui ai détruit la mort, qui ai triomphé de l'adversaire, qui ai lié l'ennemi puissant, et qui ai emporté l'homme vers les hauteurs des cieux ; c'est moi, dit-il, qui suis le Christ.

Venez donc, toutes les familles des hommes, pétries de péchés, et recevez le pardon des péchés. Car c'est moi qui suis votre pardon, moi la Pâque du salut, moi l'agneau immolé pour vous, moi votre rançon, moi votre vie, moi votre résurrection, moi votre lumière, moi votre salut, moi votre roi. C'est moi qui vous emmène vers les hauteurs des cieux ; c'est moi qui vous ressusciterai ; c'est moi qui vous ferai voir le Père qui existe de toute éternité ; c'est moi qui vous ressusciterai par ma main puissante."

(Homélie sur la Pâque, 2, 7, 65-71, Sources Chrétiennes n° 123, pp. 60-64, 120-122)


Cantique d’Éphrem


Heureux es-tu, humble tombeau,

auprès de toi les anges veillent ;

en toi s'endort le Roi des rois,

puis se relève et monte aux cieux.


Toi qui cherchais le mort vivant,

heureuse es-tu, ô Madeleine,

qui suppliant le jardinier

as rencontré le Fils de Dieu.


Aujourd'hui dans tous les pays

se réjouit la Sainte Eglise:

aujourd'hui est ressuscité

le Premier-né d'entre les morts.


De son sang il nous racheta,

prépara le festin des noces.

Avec lui nous ressuscitons,

entrons au Royaume aujourd'hui.

Gloire à toi, Christ ressuscité

qui nous précède auprès du Père,

avec l'Esprit Consolateur

dans tous les siècles éternels.