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Dimanche des Rameaux

Sauve-nous ! -



L’entrée du Christ à Jérusalem,

Hippolyte Flandrin (Lyon, 1809 - Rome, 1864),

Peinture murale à fresque du choeur, côté nord, 1842-1846,

Église Saint-Germain-des-Près, Paris (France)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 2, 1-11

Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent en vue de Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : ‘Le Seigneur en a besoin’. Et aussitôt on les laissera partir. » Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète : Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? » Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »


L’artiste

Peintre et lithographe français, membre d’une famille d’artistes, frère d’Auguste et de Paul Flandrin. Il fut d’abord découragé de réaliser son premier désir de devenir un artiste par le manque de succès d’Auguste, mais en 1821 le sculpteur Denys Foyatier, un vieil ami de la famille, a persuadé Hippolyte et Paul de se former comme artistes. Il les initie à la sculpture avec Jean-François Legendre-Héral (1796-1851) et à la peinture avec André Magnin (1794-1823), avec qui ils travaillent à copier des gravures et des plâtres. Hippolyte et Paul avaient tous deux appris les techniques de lithographie d’Auguste à un âge précoce, et entre 14 et 19 ans, Hippolyte produit un certain nombre de lithographies, qu’il a vendu pour compléter le revenu familial. Beaucoup reflétaient sa passion pour les sujets militaires.


En 1826, les deux frères entrent à l’École des Beaux-Arts de Lyon, où Hippolyte étudie sous Pierre Révoil. Faisant preuve d’un talent précoce, il lui fut bientôt conseillé de s’installer à Paris, et ayant quitté l’École des Beaux-Arts de Lyon en 1829, il se rendit à la capitale avec son frère Paul ; ensemble, ils s’inscrivirent dans l’atelier d’Ingres.


Après plusieurs tentatives infructueuses, Hippolyte remporte le Grand Prix de Rome en 1832 avec Thésée reconnu par son Père (1832 ; Paris, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts), malgré le choléra qu’il contracte pendant le concours. Son succès est d’autant plus spectaculaire que l’hostilité générale à l’égard d’Ingres est généralisée ; Hippolyte est le premier de ses élèves à recevoir ce prix prestigieux.


Hippolyte arriva à Rome en 1833 ; Paul le rejoignit en 1834. Après avoir d’abord travaillé sur des sujets tels que Virgile et Dante en enfer (1836, Lyon, Musée des Beaux-Arts), Hippolyte a développé un goût pour les œuvres religieuses pendant ce séjour. De 1836 à 1837, il travailla à Saint Clair rendant la vue à un aveugle pour la cathédrale de Nantes (tableau détruit lors de l’incendie de la cathédrale en 2020), remportant une médaille de première classe au Salon de 1837, et, en 1838, il peignit le Christ bénissant les enfants (Lisieux, Musée Vieux-Lisieux), exposé au Salon de 1839. D’autres peintures religieuses incluent ses décorations pour l’église Saint-Séverin à Paris, et ses fresques pour Saint-Germain-des-Prés de Paris.


Outre son travail religieux, Flandrin est l’auteur de très beaux portraits. Dans cette branche de la peinture, il est loin de posséder le sens aigu et puissant de la vie dont Ingres possédait le secret. Néanmoins, des images telles que la Jeune Fille à la Rose, et la Lecture de la jeune fille, du Louvre, seront toujours admirées. Ses portraits d’hommes sont parfois magnifiques. Ainsi, dans le Napoléon III du Musée de Versailles, le visage pâle et massif de César et ses yeux troublés par le rêve révèlent l’empreinte du destin.



Ci-dessus : Modello de présentation du décor du mur gauche de l'église Saint-Germain des Prés. Petit-Palais, Paris.


La fresque

Entre 1821 et 1854, l'église, mise à rude épreuve sous la période révolutionnaire, est restaurée par les architectes Étienne-Hippolyte Godde et Victor Baltard. Elle est classée aux monuments historiques par liste de 1862, et les vestiges de l'abbaye sont inscrits par arrêté du 26 octobre 1953.


Extrait du site de restauration de l’église


Histoire

Entre 1842 et 1870, la restauration (après les destructions révolutionnaires) est à nouveau reprise lors d’une campagne majeure engagée sous la direction de l’architecte Victor Baltard, qui succède à Godde à la tête de la deuxième section des travaux d’architecture de la ville de Paris. Un programme iconographique sur le thème de l’Ancien et du Nouveau Testament, se déployant sur l’ensemble des parois de l’église, est confié à un seul artiste, le peintre Hippolyte Flandrin (chœur et nef) qui participe au renouveau de la peinture monumentale sacrée, mémoire de la peinture murale romane ou italienne, dans une perpétuelle réinvention des arts décoratifs chrétiens. Ces références conditionnent également la recherche et l’application des techniques de peinture à la cire. Hippolyte Flandrin est assisté du peintre décorateur Alexandre Denuelle pour le riche décor ornemental. Après la mort d’Hippolyte, son frère Paul lui succède pour achever les peintures de la nef et Sébastien Cornu réalise le décor peint du transept sur toiles marouflées. L’église de Saint-Germain-des-Prés est classée au titre des monuments historiques en 1862, à la suite de ces restaurations, reconnaissance de la valeur exceptionnelle de l’édifice que le renouveau du regard porté sur le XIXe siècle saura justement célébrer par les recherches et publications des années 1970. Qu’il soit ainsi rendu hommage au travail de Bruno Foucart.


Afin de réaliser le décor du sanctuaire de Saint- Germain des Prés, l’architecte Victor Baltard fait appel en 1842 à deux grandes figures de la vie artistique contemporaine : le décorateur Alexandre Denuelle et le peintre Hippolyte Flandrin.


La fresque proprement dite

Sur les deux parois encadrant autrefois le maître autel, les artistes établissent un même principe de composition avec deux grands tableaux surmontés de figures isolées qui s’inscrivent pour certaines dans les baies murées de l’abbatiale romane. Au nord, les Vertus Théologales et des figures ayant trait à l’histoire de l’église occupent les parties hautes tandis que le tableau central représente l’Entrée du Christ à Jérusalem. Pour cette scène s’inspirant des modèles byzantins et romains, Hippolyte Flandrin associe au fond doré la technique de la peinture à la cire, technique qui connaît alors un vrai renouveau et de nombreuses expérimentations.


Restauration et enjeux

Très fortement encrassé, ce décor pictural exceptionnel est aujourd’hui difficilement lisible depuis le sol. Le projet de restauration prévoit le nettoyage et le refixage de la couche picturale afin de redonner à l’œuvre son unité de lecture. Ce projet de restauration sera également l’occasion d’étudier plus précisément la technique de peinture à la cire mise au point par Hippolyte Flandrin.


Ce que je vois

Sur un fond guilloché au tons rouge-orangé, les remparts blancs de Jérusalem se découpent dans des reflets nacrés.


Une foule hiératique, presque rigide, acclame l’entrée de Jésus. On peut être surpris par un glissement d’attitude. À gauche, les disciples, sérieux, pour ne pas dire graves, tiennent en main les palmes. On devine Pierre à un premier plan et derrière lui Jean, le seul glabre. Puis, de déplaçant vers la droite, la foule se rapproche plus de la plèbe. Ils sont aussi graves. Aucun sourire, mais des regards profonds, des attitudes « romaines » d’acclamation. Tous les âges sont représentés, du bébé élevé par son père, aux enfants, adolescents et adultes. Mais aucun vieillard. Et assez peu de femmes... Nous ne sommes pas ici devant l’habituelle représentation que nous nous ne faisons de cette scène évangélique, pleine de chants, de cris et d’acclamations, pour ne pas dire d’une certain désordre. Ici, on a semble plutôt devant une entrée triphasé militaire, calme, sérieuse et ordonnée. Même le Christ sur son âne est empli de cette gravité. Le visage figé, mise en valeur par cette auréole en forme de disque mécanique. De fait, les deux éléments les plus naturels sont l’âne et l’ânon ! On comprend que ces fresques n’ont pas vraiment suscités l’enthousiasme, au point qu’on a hésité à les détruire dans les années 1960 ! Mais il n’en demeure pas moins que c’est un ensemble, récemment restauré, qui témoigne de cet étonnant renouveau de la peinture religieuse en France au milieu du XIX° siècle. Flandrin sort ici du style académique traditionnel à cette époque sans sombrer le pré-raphaélisme. Au moins nous rend-il la gravité de la scène que nous aurions tendance à oublier...


Quelques symboles

Suivons pas à pas le texte :

  • Jésus arrive dans un village appelé Bethphagé, ce qui se traduit par « figues pas mûres ». Quand on se rappelle que le figuier symbolise la loi, il semble que les fruits de cette loi divine ne soient pas encore mûrs !

  • Quel est donc ce village en face, si ce n’est Jérusalem ? Notons aussi que Jésus a besoin de nous, pour aller chercher l’âne, mais aussi tout simplement pour que nous l’acclamions et appelions à son Salut (verset 3 : le Seigneur en a besoin.)

  • Bien sûr, l’âne fait référence à la prophétie de Zacharie (9, 9). Jésus réalise la prophétie : il est bien le roi et le messie. Il n’entre pas triomphalement comme un général romain (l’Imperator victorieux), mais humblement, comme pour les patriarches (Gn 49, 11) ou les Juges (Jn 5, 10) :

Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse.
  • Le dépouillement des disciples et du peuple : tous se déshabille et mettent leur vêtement à terre. Ce qui ne doit pas rendre la descente facile pour Jésus ! Assis déjà sur un âne recouvert de douze manteaux, descendant vers le fond de la vallée où coule le torrent du Cédron, avec une foule qui met des manteaux au sol, remue des branchages et crie : quel exploit !

  • La foule brandit des lulav, c’est-à-dire des rameaux réunis de saule, de myrte et de palmes, comme ils étaient utilisés lors de la fête juive des Tabernacles (fête des tentes).

  • Et ils crient « Hosanna ». Contrairement à ce que nous pourrions croire, ce mot ne veut pas dire « Gloire à toi » mais « donne le salut ! Sauve ! ». Oui, le peuple reconnaît son besoin d’être sauvé, et voit en Jésus l’unique Sauveur. Je vous invite à vous reporter à l’annexe où je vous donne un texte que j’ai écrit sur le besoin d’être sauvé.

  • Et voilà, qu’après être passés par le torrent du Cédron, ils remontent vers les murs de Jérusalem.

  • La foule est en émoi, et du haut des remparts, elle crie « Qu’est-ce que c’est ? ». N’est-ce pas le même mot que dira le peuple lorsqu’il découvrit dans le désert ce pain descendu du ciel qui allait les sauver ? « Mann’hou », Qu’est-ce que c’est ? (Ex 16, 15) :

Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Mann hou ? » (ce qui veut dire : Qu’est-ce que c’est ?), car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger.

Un petit dessin



En évoquant le figuier, on ne peut que penser au livre de la Genèse. Adam et Ève vont cueillir le fruit défendu. Se découvrant nus, ils s’habillent de feuilles de figuier, de feuilles de loi. Ils sont alors expulsés du Paradis, fermé par deux anges. Cet arbre, situé dans le Paradis, appelé aussi Eden, ce qui se traduit par Jardin... Comme le jardin dans lequel Jésus sera mis au tombeau, comme celui dans lequel l’arbre de La Croix est planté... La nouvelle Loi n’est pas encore mure. Quant à l’ancienne, elle ne donne plus de fruits, comme l’attestera Jésus quelques versets plus loin (Mt 21, 18-19) :

Le matin, en revenant vers la ville, il eut faim. Voyant un figuier au bord du chemin, il s’en approcha, mais il n’y trouva rien d’autre que des feuilles, et il lui dit : « Que plus jamais aucun fruit ne vienne de toi. » Et à l’instant même, le figuier se dessécha.

N’est-ce pas non plus ce même arbre sur lequel Jésus ira s’accrocher, tel un fruit mûr ? Ne devrait-il pas se déshabiller pour entrer dans se jardin avant d’être crucifié, à l’inverse d’Adam et Ève ? Cet arbre planté sur le Golgotha, le lieu du crâne, du crâne d’Adam qui effleure, car Jésus est bien le nouvel Adam, l’Homme nouveau.


Mais pour cela, il nous invite à suivre le même parcours. Peut-être ne sommes-nous pas conscients de l’’avoir déjà commencé... Pour rejoindre notre Jérusalem terrestre, l’église, n’avons-nous pas dû nous déshabiller pour passer par la fontaine d’eau vive ? N’avons-nous pas été plongé dans le torrent de régénération, de renaissance que l’on appelle le baptême ?


Et remontant des eaux salvatrices, sauvé-nous Seigneur, n’entendons-nous pas du haut des remparts de l’Église, ce même appel : Mann Hou ? Ne sommes-nous pas appelés à partager ce pain venu du ciel, Jésus ?


Mais pour cela... sur ce chemin de la vie, crions-nous suffisamment notre besoin de salut ? Dirons-nous Hosanna ? Sentons-nous encore le besoin d’être sauvés ? En fait, voulons-nous retourner au Paradis ? N’est-ce pas pourtant ce que nous faisons en brandissant ces rameaux ? Seigneur, permets-nous d’être replantés dans ton jardin tels des rameaux verts, nous qui en avons été éjecté ?


Alors, si nous demandons avec cœur et ferveur, si c’est tout notre être qui crie « Hosanna », nous verrons ce jardin ouvert. Les deux anges qui le fermait aux origines viennent aujourd’hui nous dire de chercher ailleurs le crucifié, de le chercher en nous, là, où, comme de son cœur, coule une eau vive.


Il ne reste qu’une chose à faire... Crions « HOSANNA, DONNE LE SALUT, SAUVEUR ! »



Sommes-nous sauvés ?


Quelques flashs

Tout d’abord, quelques flashs (qui pourront vous paraître des clichés, dans tous les sens du terme !)...

  • Dans le dernier Superman, la journaliste amoureuse du bel héros publie deux articles dans son journal. Le premier, au début du film, se demande si Superman peut nous sauver. Et à la fin, le deuxième, en grosse lettres, questionne, comme une conclusion morale : « Avons-nous encore besoin d’être sauvés ? »

  • Les publicités à la télévision sont souvent emblématiques de ce que vit une société, ou du moins de ce qu’elle cherche à donner comme repérage pour une vie idéale. Ainsi de celles qui se réfèrent à l’habitat... De fait, je suis surpris de voir que les pièces de la maison que l’on met le plus en exergue aujourd’hui sont celles qui se rapportent au corps : la salle de bain et la cuisine. On donne moins d’importance au salon, lieu de repos et de partage, à une bibliothèque, lieu de culture et de méditation. Et je n’évoque pas toutes les publicités sur les diverses crèmes et produits amincissants !

  • Les grandes catastrophes créent souvent d’intenses émotions. Il suffit de se rappeler le tsunami, les tremblements de terre, ou les guerres. Cette émotion crée aussi une belle générosité, souvent très concrètes. mais il faut bien avouer que plus le drame est loin, plus il me touche le coeur. Le drame à portée de main (pensons à la misère des Roms ou à la main tendue des clochards) nous indiffère plus, voire nous révulse.

  • René GIRARD, philosophe, disait qu’il ne fallait pas se tromper. On prétend souvent que les hommes ont perdu le sens du péché. C’est faux. Ils n’ont jamais eu une telle acuité du mal. Par contre, ils ont perdu le sens de la rédemption : ils n’y croient plus. Il suffit de demander à celui qui sort de prison, ayant payé sa dette à la société, quel est le regard que les autres continuent à porter sur lui.

  • Plus rien ne semble immuable. On nous explique que le monde est en continuelle expansion, que la morale évolue au rythme d’une société, et que tout le monde se trompe. Ni infaillibilité des politiques ou des médias, encore moins lorsqu’elle se prétend pontificale. À chacun sa vérité semble une bonne devise.

Cinq flashs, cinq clichés un peu forcés, je vous le concède. Mais aussi cinq indices pour mieux cerner ce qui prend doucement place dans le coeur des hommes. Ainsi, après cette lumière stroboscopique sur notre temps, j’aimerais figer ces images pour mieux les regarder...


Cinq indices

  1. Superman le sauveur ? : Je ne sais s’il faut assimiler Superman à l’image du Christ, mais il n’en reste pas moins que la question sotériologique est actuelle (la sotériologie est cette branche de la théologie qui s’intéresse à la question du salut). Et la question soulevée est pour moi une des clés de lecture de la déchristianisation actuelle. Nos contemporains ne semblent plus ressentir le besoin d’être sauvés. Peut-être même que la question devrait être posée autrement : « Sauvés de quoi ? » De quoi aurions-nous besoin d’être sauvés, hormis peut-être de la crise monétaire, de la pauvreté grandissante ou de diverses pandémies ? En fait, nous recherchons un salut purement horizontal, une délivrance des maux actuels, de ce que nous supportons et qui nous empêchent de mieux vivre, en paix. Une recherche qui se limite dans un espace purement humain, temporel (de la naissance à la mort), voire individualiste... Je recherche surtout ce salut pour moi : ne pas souffrir, ne pas être inquiet, éventuellement, ne pas mourir.

  2. La salle de bain ? : Ce qui m’importe en premier est la recherche d’un bien être. Et celui-ci passe souvent par un cadre dans lequel je dois me sentir bien. Et ce bien-être se recentre sur mon corps. On en revient presque au premier sens de cette vieille expression que nous utilisons tant : « Comment allez-vous ? » qu’il faut traduire : « Comment va votre transit intestinal ? Allez-vous bien à la selle ?! » Des trois, corps, âme et intelligence, le corps a pris le dessus et met les deux autres sous sa coupe. Si je suis bien dans mon corps, je le serai aussi dans ma tête, et dans mon coeur. Est-ce si sûr ? Cela voudrait-il dire que toute personne malade dans son corps ne peut trouver un équilibre, et ne soit pas apte à une vie de coeur ? Mais encore que le coeur aurait pris la place de l’âme ? Mon âme serait ainsi ma simple capacité à aimer, ou à être aimé des autres ? Le roman de Daniel PENNAC, Journal d’un corps, si passionnant soit-il, en est l’illustration.

  3. Le tsunami des émotions ? : Notre société aborde souvent les événements sur le mode affectif : ça me touche. J’ai déjà abordé ce point dans mon texte sur le mariage gay. On inverse le sens normal de la réflexion qui devrait aller de l’universel ou particulier (universel, général, singulier et particulier) en prenant comme point de départ le cas particulier qui me touche, qui m’émeut, et donc qui m’appelle, à partir de mes affects, à prendre une décision. Seul ce qui me touche a valeur, pourrait-on dire en forçant le trait. Mais, en ce cas, nous faisons souvent fi de la dimension communautaire, du sens du bien commun, ce qui nous touche pas que le cas particulier que je connais, mais toute une nation, ou une civilisation. Il est vrai que notre société semble plus généreuse dans ses actes qu'auparavant. Il est vrai aussi qu’elle semble plus tolérante aux autres, à la diversité, à la culture (même si je n’aime pas ce mot de tolérance qui exclut toute recherche de la richesse de l’autre mais la simple acceptation de sa différence si elle ne me gêne pas - « La tolérance, il y a des maisons pour ça ! » disait Paul CLAUDEL). Mais cette générosité est-elle vraiment incarnée, prend-elle concrètement corps ? N’est-ce pas plus facile d’être touché par les victimes du tsunami qui sont loin de moi que par le pauvre qui est à ma porte ? Rappelons-nous que le Christ nous invite à aimer et aider notre prochain... c’est-à-dire celui qui m’est proche, à côté de moi.

  4. Avoir encore confiance ? : Sommes-nous vraiment capables de pardonner ? Et quel sens donnons-nous à ce mot ? Ne l’aurait-on pas confondu avec l’oubli ? Et puis, se rendant compte qu’il est difficile d’oublier le mal qui a été fait, on en viendrait à ne plus croire que le pardon soit possible. Et l’on perdrait foi en l’autre. Comme il surprenant de voir que le mot latin fides a donné aussi bien foi, que confiance, que fidélité. Avoir foi en l’autre, ne serait-ce pas croire qu’il puisse se racheter, redevenir fidèle à ce qu’il est, et que l’on puisse lui faire de nouveau confiance ? Si je ne fais plus confiance, je n’ai plus foi en l’homme... Et si je n’ai plus foi en lui, comment pourrait-il se racheter ? Comment même puis-je encore lui êtr e fidèle ? Et lui, comment pourra-t-il retrouver foi en lui-même, retrouver sa confiance ?

  5. Les 1001 vérités ! : Chacun aurait donc sa vérité, et il n’est plus de vérité universelle possible. Même, explique-t-on en philo aux élèves, les vérités mathématiques peuvent être remises en cause. Descartes a peut-être été emmené plus loin qu’il ne l’aurait voulu. Le « je pense donc je suis » serait presque devenu « je pense donc je suis le seul dont je peux être sûr, la seule vraie pensée sur laquelle m’appuyer. » Bref, la seule vérité ne peut-être que la mienne, même si je ne retire pas la possibilité aux autres de penser la même chose pour eux ! Tout vérité serait donc valable puisque que je suis le point de référence. Un peu à l’image du pendule de Foucauld qui démontrait la rotation de la terre, l’homme se croirait le point 0, le point d’accroche, le point de départ. Le monde n’est que le reflet de sa propre vérité. Sur ce point, je vous invite à lire les premiers chapitres du livre éponyme d’Umberto ECO.


Des signes

Après les clichés, après les indices, tentons d’y lire des signes. ne les lisons pas comme des faits établis, des oukases, mais simplement comme des risques sociétaux ou des éléments qui peuvent permettre d’expliquer ce que nous vivons.


Le mot « salut » a perdu son sens pour nos contemporains. Alors, que penser de la notion de salut dont parle l’Église ? Cela paraît encore plus abscons, obscur.


De l’équilibre de l’homme préconisé par Platon, entre le corps, l’esprit comme intellect et l’âme, nous en serions venus à une dépendance de l’intellect et de l’âme au corps, et d’une âme qui se résume au ressenti du coeur.


Et ce ressenti du coeur, traduit en émotions, deviendrait mon unique clé de lecture des événements et des décisions à prendre. La charge émotive est le prisme de lecture du monde. À ce sujet, nous sommes pleinement dans une démarche post-moderne, si bien cerné dans l’ouvrage de Thierry-Dominique HUMBRECHT : L’évangélisation impertinente.


L’homme serait comme condamné par ses actes. En fait, il est tellement assimilé à ce qu’il a fait que lorsqu’on condamne l’acte, on condamne de fait l’acteur. Il me semble portant que l’homme est plus que ce qu’il fait.


S’il n’y a plus de vérité immuable, universelle, comment puis-je bâtir ma vie, comment puis-je avoir des points de repère objectifs hormis ceux que je me donne et qui sont subjectifs ? Et alors, si toutes les vérités se valent, existe-t-il encore la possibilité d’une vérité ? La vérité n’est-elle pas morte ?


De quoi suis-je sauvé ?

Alors, qu’est-ce que le salut ? De quoi suis-je sauvé ? Je n’apporterai ici aucune réponse théologique. D’abord, tout est dans le Catéchisme de l’Église Catholique, et ne suis ni ne prétendrai être théologien ! J’apporte donc une réponse toute simple : le mienne, celle issue de ma foi et de mon expérience. Au risque de me contredire avec mes propos précédents, elle ne se veut être la vérité, ni même ma vérité. Elle n’est que ma réalité...


De quoi, ou de qui, ai-je besoin d’être sauvé ? De moi-même ! Je suis mon premier ennemi, mon premier Diable. Cette division que je peux ressentir vient souvent de moi. Et mon premier péché n’est peut-être pas d’avoir des péchés et d’être pécheur (au contraire, c’est une grâce puisque le Christ est venu pour les pécheurs !), mon premier péché est de manquer de foi en moi, de manquer de courage, de force, de persévérance. De quoi ai-je besoin d’être sauvé ? De ma faiblesse que je n’arrive à surpasser. De ma faiblesse pour laquelle je ne fais pas suffisamment appel à Dieu pour m’aider à y surseoir. De mon orgueil qui me fait croire que je peux en sortir seul, que je n’ai besoin ni des autres, ni de Dieu. Oh oui, j’ai un profond besoin d’être sauvé, même si je n’ose toujours me l’avouer. Sauve-moi de moi-même, Seigneur !


De quoi ai-je besoin d’être sauvé ? De ce corps qui m’encombre et que je ne maîtrise pas. De ce corps qui devrait être le Temple de l’Esprit et que je transforme souvent en esprit du Temple ! De ce corps que mon esprit et mon âme doivent soumettre (mettre sous leur autorité). De ce corps que je dois aimer et respecter, de ce corps qui doit me rapprocher des autres plus que les éloigner. De ce corps que Dieu m’a donné. En fait, ce n’est pas de mon corps que dois être sauvé, mais de ma mauvaise façon de le gérer. Aide-moi, Seigneur, à faire de mon coeur, le Temple de ta présence.


De quoi ai-je besoin d’être sauvé ? De mes émotions qui parfois me submergent et me retire toute claire vision de la situation, de ce qui m’a été dit ou de ce que je vis.

Autant il ne faut pas que mon corps prenne le dessus sur le reste, autant il ne faudrait pas non plus que mon coeur, mes émotions empêchent le reste de vivre, tuent mon intelligence et ma capacité de raisonner. Que mon coeur m’aide à discerner mais ne retire rien à la justesse des faits, Seigneur ! Donne-moi un coeur juste et sage, disait Salomon.


De quoi ai-je besoin d’être sauvé ? De mon manque de foi, de mon manque de fidélité, de mes manques de confiance. Comme je manque de foi, oubliant que tout est dans la main de Dieu. Comme je manque parfois de confiance en moi, oubliant que si Dieu m’a mis là ce n’est pas pour rien. Comme je manque de fidélité dans ma prière ! Ô Seigneur, mets en mon coeur la fides, confiance en moi, en toi, en l’autre, foi en toi, en moi, en l’autre, fidélité à toi, à moi et à l’autre. Aide-moi à croire que tu m’aimes comme je suis. Aide-moi à comprendre que je peux être pardonné, que rien n’est jamais fini, et que même si je peux, par erreur, me condamner, toi, jamais tu ne me condamnes. Que tu crois en moi, plus que je ne crois en toi ! Aide-moi à croire que tu peux faire en moi ce que tu as promis par les mots d’Esaïe, repris par Jean-Baptiste :

Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits, et les escarpements seront changés en plaine. (Es 40.3-4).

Nivelle, Seigneur une route dans la steppe de mes déserts de foi et de savoir, dans mes aridités personnelles. Comble le ravin de mes misères, de mes faiblesses, de mes absences d’estime de moi-même. Abaisse la montagne de mes orgueils, de mes suffisances, de ma supériorité. Redresse et élargis les passages tortueux de mon coeur, de mes amours, de mes pensées. Fais de ma vie et de mon ministère une plaine de repos à l’herbe grasse et verte.


De quoi ai-je besoin d’être sauvé ? De résister à la vérité. De réagir comme Pilate : « Mais qu’est-ce que la vérité ? » , mettant en doute tant de choses et tant de personne, Dieu le premier, sans entendre ce que dit le Christ : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». De me justifier ou de tomber dans des arguties qui m’éviteraient de regarder la Vérité en face. Ô Seigneur, donne-moi la force d’accepter la Vérité, de te recevoir comme la Vérité, mon unique espérance.


Conclusion

Tout cela n’est peut-être pas bien théologique ! Mais il n’empêche que je me pose toujours cette question : comment peut-on ne pas sentir ce besoin d’être sauvé, et tout faire pour obtenir ce salut, malgré nos faiblesses ? Comment ne pas chercher et crier à Dieu notre désir de vivre uni : Unifie mon coeur pour qu’il craigne ton Nom (Ps 85, 11). Est-ce de l’aveuglement, de l’orgueil démesuré ? Je ne sais pas. Mais je ne suis pas Superman, et moi, j’ai besoin d’être sauvé !!!



Homélie de Grégoire Palamas (+ 1359), Homélies, 15; PG 151, 184-195.

Le simple peuple, voyant tous les miracles du Christ, crut en lui, non seulement en ayant envers lui une foi silencieuse, mais aussi en proclamant sa divinité en actions et en paroles. Car, après avoir réveillé Lazare d'un sommeil de quatre jours, Jésus prit un âne que ses disciples lui avaient amené, selon la narration de l'évangéliste Matthieu, le monta et entra ainsi à Jérusalem selon la prophétie de Zacharie : Ne crains pas, fille de Sion, voici ton roi qui vient à toi, le juste, le Sauveur ; il est humble et monté sur un âne, le petit d'une ânesse (Za 9,9). Par ces paroles le prophète montre que le roi ainsi prédit était ce roi qui seul est appelé à juste titre "roi de Sion". Car il veut dire : Ton roi ne doit pas inspirer la crainte par son aspect, il ne doit être ni sévère ni cruel, il n'a pas de gardes du corps ni d'escorte, il n'entraîne pas derrière lui une foule de fantassins ni de cavaliers. Il n'agit pas avec rapacité, n'exige pas des impôts ni des taxes, ni des services ou des fonctions non moins viles que nuisibles. Mais ses attributs sont l'humilité, la pauvreté, la modestie. Il fait son entrée sur un âne, sans déployer aucune escorte humaine. C'est pourquoi lui seul est le roi juste qui sauve dans l'équité, et qui est doux en même temps, car la douceur est ce qui le caractérise.


Aussi le Seigneur a-t-il dit de lui-même: Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur (Mt 11,29).


Lui donc, qui avait ressuscité Lazare, ce roi trônant sur un âne, fait ainsi son entrée dans Jérusalem. Et toute la foule, presque tous les enfants, les hommes, les vieillards, étendant leurs vêtements et prenant des branches de palmier, qui sont l'insigne de la victoire, sont venus au-devant de lui comme vers l'auteur de la vie et le vainqueur de la mort, devant qui ils se prosternaient, et qu'ils escortaient non seulement au-dehors mais au-dedans des remparts de la ville, chantant d'une seule voix : Hosanna au Fils de David! Hosanna au plus haut des cieux (Mt 21,9) ! Cet hosanna est un hymne adressé à Dieu. Il se traduit : "Sauve-nous, Seigneur !" Ce qu'on ajoute : au plus haut des cieux, montre qu'il n'est pas célébré seulement sur terre ni seulement par les hommes, mais dans les cieux et par les choeurs des anges.


Prière

Dieu éternel et tout-puissant, pour montrer au genre humain quel abaissement il doit imiter, tu as voulu que notre Sauveur, dans un corps semblable au nôtre, subisse la mort de la croix: accorde-nous cette grâce de retenir les enseignements de sa passion et d'avoir part à sa résurrection. Lui qui règne.

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