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Ier dimanche de l’Avent (A)

Une cité de lumière, la ville de l’espérance -



Vue de Jérusalem du Mont Josaphat,

Auguste de Forbin dit Comte de Forbin (La Roque d'Anthéron, 1777 - Paris, 1841) ,

Huile sur toile, 97 x 128 cm, 1825,

Musée du Louvre, Paris (France)


Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 2, 1-5)


Parole d’Isaïe, – ce qu’il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem. Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : « Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. » Oui, la loi sortira de Sion, et de Jérusalem, la parole du Seigneur. Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur.


Psaume 121 (122), 1-2, 3-4ab, 4cd-5, 6-7, 8-9)


Quelle joie quand on m’a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur ! » Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem !


Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un ! C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur.


C’est là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur. C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David.

Appelez le bonheur sur Jérusalem : « Paix à ceux qui t’aiment ! Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais ! »

À cause de mes frères et de mes proches, je dirai : « Paix sur toi ! » À cause de la maison du Seigneur notre Dieu, je désire ton bien.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 13, 11-14a)


Frères, vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ.


L’artiste

Louis Nicolas Philippe Auguste est né le 19 Août 1777 au Château de La Roque d’Anthéron, fils de François Anne Gaspard Palamède de Forbin et de Françoise Marthe de Milan. Leur résidence aixoise était l’hôtel de Forbin sur le cours Mirabeau. Élève à l’école de dessin de Jean Antoine Constantin, il part à Lyon avec sa famille en 1791. Dans cette ville, il sera l’élève du peintre aquafortiste Jean-Jacques Boissieu. Son père et son frère aîné sont guillotinés à Lyon en 1793, il suit sa mère à Grasse, puis reviendra à Aix où il fréquentera à nouveau l’école de dessin avant de rejoindre à Paris son ami Granet. Il entre dans l’atelier de Jacques Louis David et expose au Louvre en 1796. Il se marie le 27 Juin 1799 avec Roseline de Dortans et part la même année au service militaire. Libéré le 21 mai 1800, il reprend ses études artistiques. En 1805, il rencontre Pauline Bonaparte, princesse de Borghèse, Pauline et Auguste sont séparés de leurs conjoints, ils vivent publiquement ensemble pendant deux ans. Après avoir été le chambellan de Napoléon, Auguste de Forbin sera celui de Pauline. Pauline séjournera à Aix dans l’Hôtel des Forbin en Mai 1807. Leur liaison se terminera en octobre 1807. D’octobre 1807 à juillet 1810, Auguste de Forbin occupe divers postes dans l’armée. Membre de la légion d’honneur à titre militaire à compter du 3 décembre 1809, il est fait Baron d’Empire le 31 janvier 1810. Après un court séjour à Naples, il revient à Paris. Nommé le 18 juin 1816 par Louis XVIII directeur du musée royal, il réorganise le musée du Louvre. Il prendra la direction des Musées de France le 20 juillet 1822, il crée le musée Charles X pour les antiquités orientales et le musée du Luxembourg pour les artistes vivants. Il est mort à Paris le 23 Février 1841 ; il sera inhumé à Aix, auprès de sa mère.


Le site du quotidien « La Croix » nous précise :

Selon le prophète Joël, c'est dans la vallée de Josaphat (de l'hébreu ' yehôsâphât ', « Dieu juge ») qu'aura lieu le Jugement dernier : « En ces jours-là, je rassemblerai toutes les nations, je les ferai descendre dans la vallée de Josaphat ; là j'entrerai en jugement avec elles au sujet d'Israël, mon peuple et mon héritage » (Jl 3, 2).


Le prophète ne précise pas où se trouve ce qu'il appelle aussi plus loin la « vallée de la décision » ; une tradition chrétienne tardive (IVe siècle) va l'identifier avec la vallée du Cédron (de l'hébreu ' qidrôn ', « sombre »), le torrent - aujourd'hui à sec une partie de l'année - qui coule entre le mur oriental de la vieille ville et le mont des Oliviers. C'est dans cette vallée que le roi Asa de Juda fit brûler les idoles. Pour le prophète Jérémie, la vallée du Cédron est appelée à être consacrée au Seigneur.

Et Jean-François Féraud (Dictionnaire critique de la langue française ; Marseille, Mossy 1787-1788) précise au XVIIIe siècle que l'expression « Nous ne nous reverrons qu'à la vallée de Josaphat » laissait entendre qu'on se séparait pour ne plus se revoir, hormis dans l'au-delà ; la vallée de Josaphat étant le lieu « où le vulgaire pense que doit se faire le Jugement Universel », c'est-à-dire là où — pour certains catholiques — les morts devraient ressusciter au jour du jugement dernier.


L’oeuvre d’art

Le tableau fut offert au Roi Charles X par le peintre qui venait de créer, l’année précédente, la collection orientale « Charles X » au musée du Louvre.


Ce que je vois

La ville se prépare à essuyer un orage violent. Le vent puissant effiloche les nuages gris jusqu’à masquer les quelques rares coins de ciel bleu. Mais un rayon de soleil réussit à s’infiltrer et à illuminer le dôme rutilant de la mosquée du rocher. La ville est ceinte d’une longue muraille protectrice ; on peut même y distinguer la fameuse « porte dorée » par laquelle le Messie doit entrer dans la ville aux fins dernières. Mais le ravin qui entoure la ville, dont la vallée de Josaphat au premier plan, est peut-être sa meilleure défense, soutenue par la forteresse de David que l’on distingue sur la gauche, au second plan. Au-devant de la ville constituée de maisons basses, le terre-plain du Temple domine. Sur la gauche, on peut distinguer le petit dôme de la mosquée Al Aqsa construite sur l’enfilade des écuries de Salomon, là où les chevaliers Templiers établirent le siège de leur Ordre. Puis le dôme du rocher élevé sur un octogone. Avant d’être livré au culte musulman, ce fut une église consacrée au temps des Croisades. Sous le dôme, affleure le célèbre rocher où Abraham aurait lié son fils Isaac. Percé d’un trou en son centre, il représente pour les mystiques juifs le lieu de naissance du monde. À droite, les bâtiments ensoleillés constituent ce qui reste de la forteresse Antonia où le gouverneur romain siégeait. Quelques minarets émergent des toits bas, mais on ne distingue pas le Saint-Sépulcre masqué par une fumée (ou un nuage bas) qui semble provenir d’un bâtiment en feu. Au premier plan, un bédouin armé d’un long fusil chevauche un dromadaire. Il est accompagné d’un autre homme qui porte des bijoux (est-ce un marchand de colifichets ?) Et d’un franciscain revêtu de sa bure brune.


Introduction

Pour ces nouvelles homélies dominicales, j’ai fait le choix :

  • de n’aborder que les deux lectures et le psaume,

  • de ne choisir que des oeuvres d’art extraites des musées français ou visibles en France,

  • de vous proposer un ou plusieurs textes de prière pour poursuivre votre méditation.

Méditation

Les Juifs ont l’habitude de dire : « l’an prochain à Jérusalem ! » Le Musée d’art et d’histoire du judaïsme (MAHJ) nous l’explique :


Les juifs considèrent Jérusalem comme le nombril du monde destiné à recevoir le Messie et à devenir une « ville de justice », « ville de beauté », « ville de vérité » et « ville de Dieu ». Dans leurs maisons et leurs synagogues, les juifs marquent la direction de Jérusalem et se tournent vers elle dans leurs prières ; dans leurs actions de grâces, ils demandent sa reconstruction, répétant inlassablement le célèbre verset des Psaumes : « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite m’oublie » (137, 5). Ils ne marquent pas moins de trois journées de jeûne annuelles pour porter son deuil et ne concluent pas la cérémonie de la Pâque et le service du jour du Grand Pardon (Yom Kippour) sans déclarer : « L’an prochain à Jérusalem. » Pendant des siècles, quand ils en avaient la possibilité, ils choisissaient de mourir à Jérusalem pour être enterrés sur le mont des Oliviers, au pied duquel devait se produire la résurrection des morts et vers lequel devaient converger toutes les nations de la terre.


Si vous avez déjà eu l’occasion de vous rendre dans cette ville, vous ne pouvez que comprendre ce qu’elle provoque dans les âmes. En flânant dans ses rues, passant d’un quartier à l’autre (juif, arménien, chrétien, arabe) on est submergé par les odeurs d’épices, les cris des marchands, le fouillis du bazar où tissus et babouches côtoient des viandes pendues à un crocher (et qui font la joie des mouches), les bars chics du quartier juif, les innombrables magasins de chapelet et de crucifix, ou les vitrines surchargées d’icônes. Tous les sens sont en éveil entre le tintement des cloches, le chant du muezzin, les fragrances multiples, les rues sombres et les places ensoleillées, les dalles usées par les pèlerins et les murs rugueux, sans parler des saveurs des plats tellement différents d'un quartier à l’autre. On fait un saut dans le temps, s’attendant à croiser au détour d’une rue Agatha Christie ou Indiana Jones ! On plonge dans l’Orient et ses mystères…


Et après y avoir séjourné, chacun peut dire, comme le psalmiste : « Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite m'oublie ! Je veux que ma langue s'attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je n'élève Jérusalem, au sommet de ma joie. » (Ps 136 (137), 5-6). Et vous rêvez en vous disant du fond de l’âme : l’an prochain à Jérusalem. Car la ville ne laisse personne indemne, que l’on soit croyant ou non.


Mais encore plus si l’on est croyant. Pour le juif, c’est la ville de Dieu, là où fut édifié le Temple qui contenait les Tables de Loi, là où la nuée divine, la Shekinah est allée s’enterrer au pied du mur des Lamentations, là où il attend la venue glorieuse du Messie. Pour le musulman, Jérusalem est le lieu d'où le prophète de l'islam Mahomet aurait effectué son voyage nocturne (Isra), et laisse sous le dôme du Rocher la trace de la patte de son cheval le projetant jusqu’au ciel. Quant aux chrétiens, Jérusalem est le lieu par excellence où s’incarne sa foi, que ce soit celle de l’histoire biblique, mais surtout celle du Christ. Jésus y vint en pèlerinage, il y fut condamné, crucifié, ressuscita et monta au ciel de cette ville sainte. Lieu aussi de la naissance de l’Église lorsque l’Esprit descendit sur les apôtres à la Pentecôte. Et la diversité que j’évoquais plus haut se retrouve encore quand on entre au Saint-Sépulcre ! Entre une certaine austérité franciscaine et une rutilance orthodoxe, sans parler des coptes, on est spirituellement ébouriffé, pour ne pas dire décontenancé.


Ce qui est encore plus surprenant est que la digression que je viens de vous faire ne m’est pas particulière : il suffit de relire la première lecture d’Isaïe et le psaume de ce dimanche.

Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : « Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. »

Quelle joie quand on m’a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur ! » Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un !

Joie ineffable et de tout temps pour ceux qui montent à la ville du Seigneur. Ville de la paix, comme le chantera Isaïe. À quelques kilomètres de Jérusalem, dans une bourgade à la funeste renommée (cf Mi 5), Bethléem, la maison du pain. C’est là où va naître le Prince de la Paix (Lc 2), paix qu’il établira sur toutes les nations, en commençant par Jérusalem (Lc 24, 46-48) :

Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins.

L’Avent est-il autre chose qu’attendre la venue de la paix donnée par ce Prince ? L’Avent est-il autre chose que le temps où naît l’espérance ? Si le temps ordinaire nous aide à faire grandir notre foi par un évangile distillé dimanche après dimanche, si le Carême est la période où nous sommes appelés à la charité, l’Avent est le temps par excellence pour retrouver la vertu d’espérance, car, comme le dit saint Paul (Rm 5, 5) :

L’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

N’est-ce pas cette espérance que l’on sent poindre dans les propos d’isaïe ?

De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur.

N’est-ce pas cette espérance qui habite le coeur des pèlerins qui vont à Jérusalem entonnant les psaumes des montées ?

Appelez le bonheur sur Jérusalem : « Paix à ceux qui t’aiment ! Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais ! »
À cause de mes frères et de mes proches, je dirai : « Paix sur toi ! » À cause de la maison du Seigneur notre Dieu, je désire ton bien.

Pourtant, cette espérance n’est pas toujours évidente… D’abord parce que nos yeux, nos oreilles et nos coeurs sont submergés par les événements de ce monde : pandémies, guerres, catastrophes, meurtres, sociétés en perdition… la liste pourrait être longue et l’année écoulée n’a pas manqué de désillusions sur l’homme… À la limite, on garde quelque infime et fragile espoir, mais on est souvent aux limes de la tentation du désespoir que dénonçait un Georges Bernanos (Sous le soleil de Satan, chapitre 3) : « Un découragement absurde, un désespoir presque enfantin lui fit monter les larmes aux yeux. (…) Cette humble évidence verse tout à coup dans son cœur un flot d’amertume. Sa déception est de nouveau si grande, son désespoir si soudain, si véhément qu’une telle disproportion de l’effet à la cause inquiète tout de même ce qui lui reste encore de bon sens ou de raison, à travers son délire grandissant. » Le pauvre prêtre, devant ce diable qui a pris les traits d’un maquignon, est saisi dans le filet du désespoir, ne voyant plus rien, jusqu’à en oublier les grâces que Dieu lui a faites. Son désespoir risque de l’entraîner dans la désespérance…


L’espoir n’est qu’à vue humaine alors que l’espérance est à vue divine ! Mais sans espoir, il est difficile de trouver l’espérance. Et encore moins si l’on est dans le désespoir !


La théologie précise ce qu’est l’espérance :

Vertu théologale dont l’objet principal est le salut, la béatitude éternelle, la participation à la gloire de Dieu. Cette vertu qui dispose le chrétien à mettre sa confiance dans les promesses du Christ, à prendre appui non sur ses forces, mais sur le secours de la grâce du Saint Esprit, le conduit par le fait même, à résister au mal et à l’épreuve et à garder confiance en l’avenir. L’Espérance s’exprime et se nourrit dans la prière. Elle se différencie de l’espoir en lui donnant sous le regard de la foi, une perspective d’éternité.

L’Avent est le temps de l’espérance. Espérance de la paix en Jésus-Christ, espérance d’un monde meilleur qui ne peut être que celui du Royaume de Dieu, espérance d’un enfant qui viendra changer nos coeurs, nos âmes, nos corps et qui transformera notre « désespoir presque enfantin qui (nous) fait monter les larmes aux yeux » en espérance d’une joie profonde devant la Face du Dieu vivant.


Mais pour cela, il faut se réveiller ! Pour reprendre le mot d’Isaïe, on ne marche pas à la lumière du Seigneur en… restant assis ! Pour obtenir l’espérance, il faut faire un petit effort : se lever. Saint Paul, dans l’épître aux Romaines (deuxième lecture) ne nous dit pas autre chose :

Frères, vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière.

Se lever, sortir de notre sommeil, nous mettre en marche (sans allusion politique), faire preuve de courage, voire dépasser nos limites (où celles que nous pensions être les nôtres). Là est la clef de l’espérance. Chercher, sans se lasser, à revêtir le Seigneur. Ne jamais le laisser seul disait Elisabeth de la Trinité.


Première étape de notre Avent : l’espérance ! Avec ces mots du psaume qui suit : « Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur et mon Dieu ! »

Pour avancer dans la foi et la prière


PSAUME 41

02 Comme un cerf altéré cherche l'eau vive, ainsi mon âme te cherche toi, mon Dieu.

03 Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ; quand pourrai-je m'avancer, paraître face à Dieu ?

04 Je n'ai d'autre pain que mes larmes, le jour, la nuit, moi qui chaque jour entends dire : « Où est-il ton Dieu ? »

05 Je me souviens, et mon âme déborde : en ce temps-là, je franchissais les portails ! Je conduisais vers la maison de mon Dieu la multitude en fête, parmi les cris de joie et les actions de grâce.

06 R / Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur et mon Dieu !

07 Si mon âme se désole, je me souviens de toi, depuis les terres du Jourdain et de l'Hermon, depuis mon humble montagne.

08 L'abîme appelant l'abîme à la voix de tes cataractes, la masse de tes flots et de tes vagues a passé sur moi.

09 Au long du jour, le Seigneur m'envoie son amour ; et la nuit, son chant est avec moi, prière au Dieu de ma vie.

10 Je dirai à Dieu, mon rocher : « Pourquoi m'oublies-tu ? Pourquoi vais-je assombri, pressé par l'ennemi ? »

11 Outragé par mes adversaires, je suis meurtri jusqu'aux os, moi qui chaque jour entends dire : « Où est-il ton Dieu ? »

12 R / Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur et mon Dieu !


Lettre de Fra Angelico

Ami, Il n’y a rien de ce que je pourrais vous offrir que vous ne possédiez déjà, mais il y a beaucoup de choses que je ne puis donner et que vous pouvez prendre. Le ciel ne peut descendre jusqu’à nous, à moins que notre cœur n’y trouve aujourd’hui même son repos.

Prenez donc le ciel.

Il n’existe pas de paix dans l’avenir qui ne soit cachée dans le court moment présent.

Prenez donc la Paix.

L’obscurité du monde n’est qu’une ombre. Derrière elle, et cependant à notre portée, se trouve la joie. Il y a dans cette obscurité une splendeur et une joie ineffables, si nous pouvions seulement les voir. Et pour voir, vous n’avez qu’à regarder.

Je vous prie donc de regarder.

La vie est généreuse donatrice, mais nous, qui jugeons ses dons d’après l’apparence extérieure, nous les rejetons, les trouvant laids ou pesants, ou durs. Enlevons cette enveloppe et nous trouverons au-dessous d’elle, une vivante splendeur, tissée d’amour par la Sagesse, avec d’abondants pouvoirs.

Accueillez-la, saisissez-la et vous toucherez la main de l’ange qui vous l’apporte.

Dans chaque chose que nous appelons une épreuve, un chagrin ou un devoir, se trouve, croyez-moi, la main de l’Ange ; le Don est là - ainsi que la merveille d’une présence adombrante.

De même pour nos joies : ne vous en contentez pas en tant que joies, elles aussi cachent des dons divins. La vie est tellement emplie de sens et de propos, tellement pleine de beautés au-dessous de son enveloppe, que vous apercevrez que la Terre ne fait que recouvrir votre ciel.

Courage donc pour le réclamer.

C’est tout, mais vous avez du courage et vous savez que nous sommes ensemble des pèlerins qui, à travers des pays inconnus, se dirigent vers leur patrie.

Ainsi, je vous salue, non pas exactement à la manière dont le monde envoie ses salutations mais avec la Prière : que pour vous, maintenant et à jamais, le jour se lève et les ombres s’enfuient.


Fra Angelico

L'espérance

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance. La foi, ça ne m’étonne pas, ça n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création. Mais l’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne. Ça c’est étonnant, que ces pauvres enfants voient comment tout ça se passe et qu’ils croient que demain ça ira mieux, qu’ils voient comment ça se passe aujourd’hui et qu’ils croient que ça ira mieux demain matin. Ça c’est étonnant et c’est bien la plus grande merveille de notre grâce. Et j’en suis étonné moi-même. Il faut, en effet, que ma grâce soit d’une force incroyable, et qu’elle coule d’une source et comme un fleuve inépuisable. La petite espérance s’avance entre ses deux grandes sœurs, et on ne prend seulement pas garde à elle. Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux sœurs, la petite espérance s’avance. C’est elle, cette petite, qui entraîne tout. Car la foi ne voit que ce qui est, Et elle, elle voit ce qui sera. La charité n’aime que ce qui est, Et elle, elle voit ce qui sera. La foi voit ce qui est dans le temps et l’éternité. L’espérance voit ce qui sera dans le temps et l’éternité. Pour ainsi dire dans le futur de l’éternité même.


Charles Péguy (1873-1914)


Un Père de l’Église


Le bienheureux Aelred de Rievaulx (abbé du XIIe siècle : 1110-1167) - Sermon (II) sur la naissance du Sauveur

Avant la naissance du Christ, il n’était pas pour l’homme de joie certaine, sinon dans la connaissance et l’espérance de ce jour. Aujourd’hui, il vous est dit : ne craignez pas, aimez ; ne soyez pas dans la tristesse : réjouissez-vous. Un ange descend du ciel et il vous annonce une grande joie. Réjouissez-vous pour vous, réjouissez-vous aussi pour les autres, car cette joie n’est pas pour vous seuls, elle est de tout le peuple.


Quelle joie : grande, remplissant le cœur de douceur ! quelle joie désirable ! Jusqu’ici vous étiez dans la tristesse parce que vous étiez morts ; maintenant, vous êtes dans la joie, car la vie est venue jusqu’à vous pour que vous viviez. Vous étiez dans la tristesse à cause des ténèbres de votre cécité ; réjouissez-vous, car aujourd’hui la lumière s’est levée dans les ténèbres pour les hommes au cœur droit. Vous étiez dans la tristesse, à cause de votre misère ; mais il vous est né, le Miséricordieux, le Compatissant, pour que vous ayez accès à la béatitude. Vous étiez dans la tristesse, car la montagne de vos péchés pesait sur vous, réjouissez-vous maintenant, car il vous est né un Sauveur qui sauvera son peuple de ses péchés. Voilà la joie que nous annonce l’Ange : il nous est né aujourd’hui un Sauveur.

(Lectionnaire…, René Bouchet, pp. 74-76)

Une réflexion personnelle

C’est curieux comme on entend plus ce mot espérance, même dans nos églises, hormis peut-être au moment des funérailles. Comme si notre monde n’avait plus grande espérance (ou De grandes espérances pour reprendre le titre de l’ouvrage de Charles Dickens), parfois quelques petits espoirs bien modestes… D’où cela vient-il ? Peut-être que nous sommes noyés sous les informations « dépressives », et que nous évitions de regarder la réalité en face ? Je ne prendrai qu’un seul exemple : la mort. Déjà, on ne parle plus de mort, mais plutôt de fin de vie. Façon élégante d’éluder le problème…


N’en est-il pas de même au sujet de la paix ? On parle de fin du conflit, d’armistice, de cessez-le-feu, ou d’autres métaphores. Mais rarement de paix. Et encore moins de ce qui pourrait vraiment la permettre.


Et j’y vois, bien modestement, deux points. Le premier tient à une citation de G.K. Chesterton : « Depuis que les hommes ne croient plus en Dieu, ce n'est pas qu'ils ne croient plus en rien, c'est qu'ils sont prêts à croire en tout. » Sans la foi en Dieu, tout est permis, même les discours les plus mensongers, les plus abjects, et les fausses illusions.


Le deuxième point est, c’est lié, relatif à l’espérance. On espère en Dieu, en la vie éternelle. Quand on a perverti la foi en Dieu, on finit par se prendre pour Dieu ! Alors, orgueilleusement, on pense qu’on est le sujet de l’espérance. N’est-ce pas ce que nous voyons dans les conflits actuels. N’est-ce pas la mise en acte, même pour un chef d’État qui se dit orthodoxe, de ce que réclamait Nietzsche : « Comment Dieu pourrait-il être, si je ne suis pas Dieu ? »


Ils n’ont pas compris qu’on ne prend pas la place de Dieu — ou ils l’ont compris mais n’acceptent pas d’être relégués en deuxième place —, mais qu’on se laisse adopter, diviniser par Dieu. On ne prend pas la paix, on ne l’impose pas, on laisse les peuples la désirer et l’adopter.

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