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Ier dimanche de Carême (B)

Noé -   




L’histoire de Noé,

Anonyme,

Vitrail du transept nord, entre 1205 et 1240,

Cathédrale Notre-Dame, Chartres (France)


Lecture du livre de la Genèse (Gn 9, 8-15)

Dieu dit à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair. »


Psaume 24

Seigneur, enseigne-moi tes voies,

fais-moi connaître ta route.

Dirige-moi par ta vérité,

enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve.


Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,

ton amour qui est de toujours.

Dans ton amour, ne m’oublie pas,

en raison de ta bonté, Seigneur.


Il est droit, il est bon, le Seigneur,

lui qui montre aux pécheurs le chemin.

Sa justice dirige les humbles,

il enseigne aux humbles son chemin.


Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre (I P 3, 18-22)

Bien-aimés, le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ; il a été mis à mort dans la chair, mais vivifié dans l’Esprit. C’est en lui qu’il est parti proclamer son message aux esprits qui étaient en captivité. Ceux-ci, jadis, avaient refusé d’obéir, au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. C’était une figure du baptême qui vous sauve maintenant : le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ, lui qui est à la droite de Dieu, après s’en être allé au ciel, lui à qui sont soumis les anges, ainsi que les Souverainetés et les Puissances.


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 1, 12-15)

En ce temps-là, Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »


Changement !

Ayant déjà commenté ce psaume lors du IIIe dimanche, je me reporte aux deux lectures qui parlent de Noé et de l’Alliance.



Le vitrail de la cathédrale de Chartres, baie 47

Le mythe du déluge est commun à diverses religions du Proche-Orient ancien, mais c'est essentiellement un mythe babylonien. L'eau a toujours fasciné car elle peut être à la fois dévastatrice et source de vie.


La Bible raconte au livre 1 et de la Genèse, comment Dieu,, constatant que humanité s'est corrompue, décide de son anéantissement par un Déluge pour une re-création par Noé, « homme juste et bon ». Ensuite, Dieu conclut une alliance de paix avec Noé et ses descendants, sous le signe de l'arc-en-ciel, visible par tous.


Le Déluge a été relu par les Pères de l'Eglise à travers son aspect positif plutôt que destructeur, puisque c'est le récit d'un renouveau, qui préfigure le baptême.


Déjà saint Pierre, dans sa première lettre (3, 20-21) affirmait : « ...aux jours où Noé construisait l'arche, dans laquelle peu de gens, huit personnes, furent sauvées par l'eau. C'était l'image du baptême qui vous sauve maintenant. »


Plus tard, Origène, dans son Homélie 2 sur la Genèse, affirma que le déluge était une figure de l'avènement de Jésus-Christ. Noé préfigure le Christ, le véritable « nouvel Adam », celui qui peut seul donner la vraie renaissance par l'eau du baptême.

L'arche, elle, est une figure de l'Église en pleine tourmente en cette période du Moyen-âge, Église secouée par les hérésies.


Ce que je vois



26 - Dieu conclut une alliance avec Noé et sa femme

Dieu dit : « J'ai mis mon arc dans la nuée pour qu'il devienne un signe d'alliance entre moi et la terre. » Gn 9, 13


L'arc-en-ciel est symbolique : c'est la preuve de la confiance de Dieu en son nouveau peuple. Dieu apparaît en buste au-dessus de l'arc-en-ciel. Noé et sa femme sont agenouillés, les mains tendues vers le ciel. Ils rendent grâce à Dieu et écoutent ses paroles pleines d'espérance.


Noé porte les couleurs de l'arc-en-ciel. Les vêtements de son épouse sont blancs et pourpre, comme ceux de Dieu, qui est de plus nimbé de blanc (c'est la seule fois dans un vitrail). Le déluge est comme un baptême et elle a « revêtu le Christ » comme le dit saint Paul (Gal 3, 27).


21 - Plantation de la vigne

On insiste beaucoup sur la culture de la vigne dans cette partie du vitrail. Au Moyen-âge, la culture de la vigne s'étendit et, compte tenu de l'importance liturgique et symbolique du vin, la vigne s'imposa dans l’iconographie comme en témoigne le vitrail voisin de saint Lubin. A l'instar d'Adam qui a rompu l'harmonie de la création et qui dut travailler la terre, Noé travaille la terre à la force de ses bras avec une houe, pendant que ses fils plantent les ceps.


25 - Les fils de Noé

Les deux fils de Noé et leurs femmes (Cham ayant été exclu de la famille) sont agenouillés, tournés vers le médaillon supérieur où Dieu conclut une alliance avec Noé et sa femme. Ils ont la même attitude que leurs parents, à genoux, les yeux et les mains levés vers Dieu.


Dans ce médaillon, ces représentants du nouveau peuple écoutent Dieu qui les a sauvés ; sur le même plan, dans le médaillon voisin, ils travaillent à la vigne.


Dieu promet qu'il n'y aura plus jamais de déluge, les hommes sont maintenant sauvés par le baptême et par leur travail à la vigne du Seigneur, la vigne étant ici le symbole du Royaume de Dieu. « Allez, vous aussi, travailler à ma vigne » Mt 20.


Noé le patriarche

Évidemment, nous nous rappelons tous l’histoire de Noé. Dieu, agacé par les hommes qui n’acceptent pas de respecter ses commandements, a envoyé pendant quarante jours (un premier Carême) une pluie diluvienne pour noyer tous les êtres humains, extirper le mal de ce monde et recommencer sa création. Mais il permet à Noé et sa famille d’y réchapper en leur demandant de construire une immense arche en laquelle il feront monter un couple de chaque espèce, car eux doivent être sauvés, ils n’ont pas péché. Une fois l’embarquement terminé, c’est Dieu lui-même qui ferme la porte (on pense alors aux hôtesses qui demandent en avion de remonter la tablette !) Après les quarante jours de pluie, l’eau commence à se retirer et laisse l’arche s’échouer sur le mont Ararat. Noé enverra d’abord un corbeau, puis à deux reprises une colombe qui revient avec un rameau d’olivier, et enfin ne revient plus : les terres sont asséchées. Il descend alors avec sa famille et les animaux. Et nous en sommes là de notre récit aujourd’hui.


Un Dieu méchant ?

Une première question se pose à nous : Dieu est-il méchant, vengeur pour aller noyer tous les hommes ? N’est-ce pas bien loin du Dieu de miséricorde et d’amour que nous prêchons continuellement ? À cela, deux réponses.


La première : je vous rappelle que la relation entre Dieu et les hommes peut être comparée, analogiquement, à celle des parents avec leurs enfants. Petits, on commence par leur interdire : « tu ne dois pas faire ça. » Plus grand, on leur donne des obligations : « tu dois faire ça. » Et presqu’adultes, on les invite à progresser : « tu devrais faire ça ». Il en est de même pour Dieu avec nous. Au début de notre humanité, Dieu nous donne des interdictions : un seul des dix commandements est positif. Puis, au temps de l’Évangile, il nous donne des obligations : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… ». Dans le temps de la Pentecôte de l’Esprit, le temps de l’Église, il nous invite à la sainteté. Les hommes et femmes du temps de Noé sont dans la période de l’interdiction : interdiction de faire le mal. Interdiction qu’ils ne respectent pas et qui provoquent le courroux divin (Gn 6, 5-7) : « Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur se portaient uniquement vers le mal à longueur de journée. Le Seigneur se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre ; il s’irrita en son cœur et il dit : Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés – et non seulement les hommes mais aussi les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel – car je me repens de les avoir faits. »


Deuxième réponse : le Dieu de la Bible n’est pas celui de l’épopée de Gilgamesh. En effet, vers 1600 avant Jésus-Christ, une légende circule en Mésopotamie racontant également un déluge, avec une histoire dont le déroulement est assez semblable au récit de la Genèse. Mais entre les deux histoires, il y a une énorme différence. Pour les Babyloniens, ce sont les dieux qui sont fatigués par les hommes qu’ils avaient créés pour leur bon plaisir et leur service : ils troublent leur tranquillité. Alors, ils décident de mettre un terme à cette aventure humaine. Dans la Bible, la raison du déluge est toute différente. Dieu ne fait pas un caprice, comme les dieux babyloniens. Il met fin à son projet initial parce que les hommes ont une conduite mauvaise et refusent de vivre dans le bonheur prévu par le Créateur. Alors, il préfère recommencer. Et pour recommencer l’humanité, comme il l’avait fait avec Adam et Ève, il choisit ici Noé et sa famille car, comme le précise la Bible (Gn 6, 8) : « Noé trouva grâce aux yeux du Seigneur. »


Ainsi, nous pouvons en tirer deux conclusions simples. D’abord, que ce sont les hommes qui sont responsables du mal et de ses conséquences, pas Dieu. Notre destin est entre nos mains. Dieu, lui, ne fait que nous fournir tous les moyens pour réussir. Et avec ces moyens, les grâces qu’il nous distribue, nous devons tout faire pour prendre en main nos vies. Le résultat sera l’affaire de Dieu, comme il le rappelle au prophète (2 Ch 20, 15) : « Ce combat n’est pas le vôtre, mais celui de Dieu ».


Deuxième conclusion : Dieu ne condamne jamais l’innocent, mais le sauve. Seul le coupable périra. Une nouvelle fois, notre destin est entre nos mains… Mais Dieu ne nous abandonne pas, il ne nous dit pas « Maintenant, débrouillez-vous ! ». Car, comme avec Noé, il va faire alliance…


L’alliance

Rien que dans le petit texte que nous avons écouté, le mot « alliance » revient à cinq reprises. L’étymologie en est assez simple : du français « allier », constitué du préfixe latin ad-, près de, et de ligare, attacher, lier, unir. L’alliance, c’est une union, un lien qui rapproche deux personnes. Comme pour le lien conjugal qui nous met sous le même joug pour avancer à la même vitesse sans nous séparer. L’alliance est comme une corde.


Et cela me rappelle deux histoires. La première vient de la période de ma vie où je fus marin. Lorsque l’on ravitaillait en mer le porte-avions, un ravitailleur venait se mettre à quelques mètres du bateau. Les deux continuait de naviguer en ligne droite. On lançait alors une amarre qui allait permettre de passer ensuite l’ensemble des filins pour transférer la nourriture, et les conduites pour alimenter les cuves en essence pour les avions. Les deux commandants des navires, eux, ne surveillaient qu’un seul bout, la ligne de vie. C’est un câble sur lequel était disposé tous les cinq mètres un petit fanion, permettant aux deux pilotes de garder toujours une distance égale entre les navires. Trop près, on s’éperonne ; trop loin, le lien d’avitaillement entre les bateaux cède et tout part à la baille. Première leçon de l’alliance : garder la bonne distance !


Deuxième histoire. Elle vient d’un petit dessin dans une revue scoute. Malheureusement je ne l’ai pas conservé. Mais je peux vous le décrire. Il voulait faire comprendre aux scouts l’importance de la réconciliation avec Dieu, et prenait une image simple : Dieu a fait alliance avec nous, comme si nous étions reliés à lui par une corde. À chaque fois que le scout péchait, il donnait un coup de canif dans la corde qui, au bout d’un moment, cédait. Il allait alors voir son aumônier qui l’attendait dans le confessionnal. Et lorsque l’enfant recevait le pardon, Dieu renouait la corde. Mais quand on fait un noeud à une corde, celle-ci devient plus courte… Et au bout d’un moment, la corde se rétrécissant à force de réconciliation, l’enfant transperçait le toit du confessionnal, se rapprochant de Dieu ! Deuxième leçon de l’alliance : plus je me réconcilie, plus je me rapproche de Dieu !


La corde

Cette corde ? Quelle question de chercher à l’acquérir : elle nous a déjà été donnée au baptême. C’est à ce moment-là que Dieu a fait alliance avec nous et nous a dit, comme à Noé (Gn 9, 9-11) : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Oui, il a établi une alliance avec nous. Et pas n’importe quelle alliance. Non pas une alliance de force telles deux armées se liguant contre l’ennemi. Non pas une alliance commerciale basée sur le débit-crédit d’un marchandage. Ni une alliance de moyens pour mutualiser les risques et rentabiliser la relation. Ni même une alliance de paix illusoire basée sur un équilibre, telle une politique de dissuasion. Non, l’alliance que Dieu propose à l’homme est une alliance d’amour, de bienveillance, de protection. Dieu veut le bonheur de l’homme et fera tout « son possible » pour que l’homme l’accueille et fasse sa part du chemin. C’est la corde qu’il nous jette, nous quoi nous noyons dans nos calculs à bon marché.


Car cette alliance, en plus de venir de lui, a un caractère particulier, elle est éternelle : « J’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous ». Même si nous coupons involontairement (voire volontairement) la corde, Dieu viendra la renouer, pour nous, pour tous les hommes, et ce pour toutes les générations. Mais que demander de plus ?


Que demander de plus ?

C’est saint Pierre qui nous donne la réponse : « C’était une figure du baptême qui vous sauve maintenant : le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ, lui qui est à la droite de Dieu, après s’en être allé au ciel, lui à qui sont soumis les anges, ainsi que les Souverainetés et les Puissances. » Pierre use d’un procédé que l’on appelle la typologie. Dans le Premier Testament, un certain nombre d’histoires préfigurent ce qui se déroulera dans le Nouveau Testament. Ainsi, le passage par les eaux du baptême est comparable au Déluge où Dieu noie notre méchanceté, comme il noiera ensuite nos égyptiens (nos péchés) dans les eaux de la Mer Rouge. Le baptême est un passage, une Pâque. Mais Pierre va affiner le sens de ce baptême. Ce n’est pas une simple purification : « le baptême ne purifie pas de souillures extérieures », c’est bien plus que cela, c’est un « engagement envers Dieu d’une conscience droite ».


Pour le dire autrement. Dieu a pris l’initiative de faire alliance pour nous sauver. Mais il ne le fera pas sans nous. Comme le rappelle la morale de la fable Le Chartier embourbé de Jean de la Fontaine : « Aide-toi et le ciel t’aidera » (citation que 90 % des gens croient être biblique). Prenons-en main cette corde de l’alliance. Faisons tout pour l’entretenir, la préserver, et ce, d’une conscience droite. Et si par malheur, nous avons rompu la corde d’alliance, retournons chez le cordonnier du ciel (vous voyez de qui je parle…) qui refera le noeud salvateur.


Mais surtout, ne croyons pas que nous n’en sommes pas dignes. Puisque nous avons été sauvés des eaux du déluge, c’est donc que Dieu nous aime à un point que nous ne pouvons imaginer (Is 49, 15-16) : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. Car je t’ai gravée sur les paumes de mes mains, j’ai toujours tes remparts devant les yeux. »


Ne croyons pas non plus que nous pouvons nous en passer car (II Co 5, 20) : « nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »


Et si nous avons besoin d’un petit rappel, d’un signe que nous fait Dieu comme témoignage de son alliance, levons les yeux vers le ciel (Gn 9, 9-16) : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair. L’arc sera au milieu des nuages, je le verrai et, alors, je me souviendrai de l’alliance éternelle entre Dieu et tout être vivant qui est sur la terre. » Cet arc-en-ciel qui semble unir ciel et terre, qui coïncide avec le retour de la lumière après la tristesse de la pluie, est un beau symbole pour l'Alliance entre Dieu et l'humanité ; sans compter le jeu de mots valable en hébreu comme en français : c'est le même mot qui désigne l'arc en ciel et l'arc de tir qui servait alors pour la guerre : l'image qui nous est suggérée, c'est Dieu qui laisse son arme posée au mur. Et si pécher, c’est manquer sa cible, alors l’arc sera là pour nous aider à atteindre notre cible : la sainteté !


Bien sûr, cela demande un peu de courage et de détermination. Mais qu’est-ce donc pour obtenir le salut de notre âme, à côté de tous les autres moments de détermination ridicules que nous avons dans notre vie ? Je vous le redis, avec Pierre, comme un mantra de Carême (II P 1, 10) : « C’est pourquoi, frères, redoublez d’efforts pour confirmer l’appel et le choix dont vous avez bénéficié ; en agissant de la sorte, vous ne risquez pas de tomber. »




Brassens, « L’arc-en-ciel d’un quart-d’heure »

Cet arc-en-ciel qui nous étonne,

Quand il se lève après la pluie,

S'il insiste, il fait monotone

Et l'on se détourne de lui.

L'adage a raison : la meilleure

Chose en traînant se dévalue.


L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure

Personne ne l'admire plus.

L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure

Est superflu.


Celui que l'aura populaire

Avait mis au gouvernail quand

Il fallait sauver la galère

En détresse dans l'ouragan,

Passé péril en la demeure,

Ne fut même pas réélu.


L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure

Personne ne l'admire plus.

L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure

Est superflu.


Cette adorable créature

Me répétait : "je t'aime tant

Qu'à ta mort, sur ta sépulture,

Je me brûle vive à l'instant !"

A mon décès, l'ordonnateur(e)

Des pompes funèbres lui plut.


L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure

Personne ne l'admire plus.

L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure

Est superflu.


Ce cabotin naguère illustre,

Et que la foule applaudissait

A tout rompre durant trois lustres,

Nul à présent ne sait qui c'est ;

Aucune lueur ne demeure

De son étoile révolue.


L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure

Personne ne l'admire plus.

L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure

Est superflu.



Une alliance qui embrasse toute la création - Méditation du frère dominicain Marie-Augustin

Avant que chacun ne retourne fouler la terre pour y gambader et mener ses activités, il faut que Dieu pose un signe de réconciliation et d’alliance. Et pas n’importe quelle alliance: « entre moi et vous » dit Dieu, « et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais ». Le Seigneur ne fait pas seulement alliance avec l’homme, mais avec toute créature, avec l’univers entier. Il est difficile de nous représenter ce que peuvent signifier le don de la paix et cette promesse de salut pour une marguerite, un baleineau ou une cigogne, ou même pour une étoile ou une galaxie qui brille faiblement à des milliards de kilomètre de nous, mais il reste que le Christ nous envoie proclamer la Bonne Nouvelle du salut vers eux aussi, et non seulement vers notre prochain en humanité, comme Il le dit aux disciples après sa Résurrection: « Allez, proclamez l’Évangile à toute la Création ! » (Mc 16,15)


Il nous faudrait retrouver cette familiarité avec toute la création, à commencer par les animaux, comme Noé la vivait au sein de l’arche, et retisser un lien avec la nature qui nous entoure. Oh que j’aimerais, comme saint François d’Assise, pouvoir prêcher le salut aux oiseaux ! En attendant, je tâche de m’émerveiller. Par exemple devant la douceur chatoyante et insaisissable de l’arc-en-ciel qui me rappelle que Dieu a fait alliance avec moi et avec tout homme, mais aussi avec les biches des bois et avec l’hirondelle qui profite du soleil revenu pour quitter son nid.



BENOÎT XVI, AUDIENCE GÉNÉRALE, Mercredi 1er mars 2006 - Le Carême:  un itinéraire de réflexion et d'intense prière


Chers frères et soeurs,


Aujourd'hui, avec la Liturgie du Mercredi des Cendres, commence l'itinéraire quadragésimal de quarante jours, qui nous conduira au Triduum pascal, mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur, coeur du mystère de notre salut. Il s'agit d'un temps favorable, où l'Eglise invite les chrétiens à prendre une conscience plus vive de l'oeuvre rédemptrice du Christ et à vivre plus profondément leur Baptême. En effet, en cette période liturgique, le Peuple de Dieu, depuis les premiers temps, se nourrit avec abondance de la Parole de Dieu pour se renforcer dans la foi, en reparcourant toute l'histoire de la création et de la rédemption.


De par sa durée de quarante jours, le Carême  possède  une  force évocatrice indéniable.  Il  entend  en  effet  rappeler plusieurs des  événements qui ont rythmé la vie et l'histoire de l'antique Israël, en nous en reproposant également la valeur de paradigme:  pensons, par exemple, aux quarante jours du déluge universel, qui aboutirent au pacte de l'alliance scellée par Dieu avec Noé, et ainsi, avec l'humanité, et aux quarante jours passés par Moïse sur le Mont Sinaï, qui furent suivis par le don des tables de la Loi. La période quadragésimale veut surtout nous inviter à revivre avec Jésus les quarante jours qu'il passa dans le désert, en priant et en jeûnant, avant d'entreprendre sa mission publique. Nous aussi, nous entreprenons aujourd'hui un chemin de réflexion et de prière avec tous les chrétiens du monde, pour nous diriger spirituellement vers le Calvaire, en méditant sur les mystères centraux de la foi. Nous nous préparerons ainsi à faire l'expérience, après le mystère de la Croix, de la joie de la Pâque de résurrection.


On accomplit aujourd'hui, dans toutes les communautés paroissiales, un geste austère et symbolique :  l'imposition des cendres, et ce rite est accompagné par deux formules riches de sens, qui constituent un appel pressant à se reconnaître pécheurs et à retourner à Dieu. La première formule dit :  « Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras à la poussière » (cf. Gn 3, 19). Ces paroles, tirées du livre de la Genèse, évoquent la condition humaine placée sous le signe de la précarité et de la limite, et entendent nous pousser à placer toutes nos espérances uniquement en Dieu. La deuxième formule se réfère aux paroles prononcées par Jésus au début de son ministère itinérant : « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile » (Mc 1, 15). C'est une invitation à adhérer de manière ferme et confiante à l'Evangile comme fondement du renouveau personnel et communautaire. La vie du chrétien est une vie de foi, fondée sur la Parole de Dieu et nourrie par elle. Dans les épreuves de la vie et face à chaque tentation, le secret de la victoire se trouve dans l'écoute de la Parole de vérité et dans le ferme refus du mensonge et du mal. Tel est le programme véritable et central du temps du Carême : écouter la Parole de vérité, vivre, parler et faire la vérité, refuser le mensonge qui empoisonne l'humanité et qui ouvre la porte à tous les maux. Il est donc urgent d'écouter à nouveau, au cours de ces quarante jours, l'Evangile, la Parole du Seigneur, parole de vérité, afin qu'en chaque chrétien, en chacun de nous, se renforce la conscience de la vérité qui lui est donnée, qui nous est donnée, afin que nous en vivions et en devenions le témoin. Le Carême nous invite à laisser pénétrer notre vie par la Parole de Dieu et à connaître ainsi la vérité fondamentale : qui sommes-nous, d'où venons-nous, où devons-nous aller, quel est le chemin à prendre dans la vie ? Et ainsi, le temps du Carême nous offre un parcours ascétique et liturgique qui, alors qu'il nous aide à ouvrir les yeux sur notre faiblesse, nous fait ouvrir notre coeur à l'amour miséricordieux du Christ.


En nous rapprochant de Dieu, le chemin quadragésimal nous permet de poser sur frères et leurs besoins un regard nouveau. Celui qui commence à voir Dieu, à regarder le visage du Christ, contemple avec un autre regard également son frère, découvre son frère, son bien, son mal, ses nécessités. C'est pourquoi le Carême, comme écoute de la vérité, est le moment favorable pour se convertir à l'amour, car la vérité profonde, la vérité de Dieu, est dans le même temps amour. En nous convertissant à la vérité de Dieu, nous devons nécessairement nous convertir à l'amour. Un amour qui sache adopter l'attitude de compassion et de miséricorde du Seigneur, comme j'ai voulu le rappeler dans le Message pour le Carême, qui a pour thème les paroles évangéliques : « Voyant les foules, Jésus eut pitié d’elles » (Mt 9, 36).


Consciente de sa mission dans le monde, l'Eglise ne cesse de proclamer l'amour miséricordieux du Christ, qui continue à tourner son regard plein d'émotion vers les hommes et les peuples de tous les temps. « Face aux terribles défis de la pauvreté d'une si grande part de l'humanité - ai-je écrit dans le Message de Carême susmentionné -, l'indifférence et le repli sur son propre égoïsme se situent dans une opposition intolérable avec le "regard du Christ". Avec la prière, le jeûne et l'aumône, que l'Eglise propose de manière spéciale dans le temps du Carême, sont des occasions propices pour se conformer à ce « regard » », au regard du Christ, et nous voir nous-mêmes, l'humanité et les autres, avec ce regard. Dans cet esprit, nous entrons dans le climat d'austérité et de prière du Carême, qui est véritablement un climat d'amour pour nos frères.


Que ce soient des jours de réflexion et d'intense prière, au cours desquels nous nous laissons guider par la Parole de Dieu, que la liturgie nous propose en abondance. Que le Carême soit, en outre, un temps de jeûne, de pénitence et de vigilance sur nous-mêmes, persuadés que la lutte contre le péché ne finit jamais, car la tentation est une réalité de chaque jour, et la fragilité et l'illusion sont l'expérience de tous. Enfin, que le Carême soit, à travers l'aumône et les actions de bien à l'égard de nos frères, une occasion de partage sincère des dons reçus avec nos frères et d'attention aux besoins des plus pauvres et des laissés-pour-compte. Que Marie, la Mère du Rédempteur, modèle d'écoute et de fidèle adhésion à Dieu, nous accompagne dans cet itinéraire pénitentiel. Que la Très Sainte Vierge nous aide à arriver, purifiés et renouvelés dans notre coeur et notre esprit, à célébrer le grand mystère de la Pâque du Christ. Avec ces sentiments, je souhaite à tous un bon et fructueux Carême.

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