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IIème Dimanche de Carême (A)

Sinon, Lui, Jésus seul



La Transfiguration

Anonyme

Mosaïques byzantines du VIème siècle, abside

Basilique Sant’Apollinare-in-classe, Ravenne (Italie)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17, 1-9

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »


La mosaïque

Extrait de Wikipedia

La basilique Saint-Apollinaire in Classe est une basilique du VIe siècle, située à Classis (en italien : Classe), ancien port antique de Ravenne, Italie, aujourd'hui ensablé.

Datant du VIe siècle et peu modifiée depuis, elle fait partie des plus belles églises primitives à plan basilical qui nous soit parvenue si bien conservée. Tout comme la Basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf dans la même ville, elle nous donne une bonne idée de ce que pouvait être la physionomie des églises de l'Antiquité tardive et du Haut Moyen Âge. Elle possède également un superbe ensemble de mosaïques byzantines du vie siècle. À ce titre elle est inscrite, avec d'autres monuments de Ravenne de la même période, sur la liste du patrimoine mondial tenue par l'Unesco.


Commencée par l'évêque Ursicinus, l'église fut inaugurée le 9 mai 549 par l'évêque Maximien. Les travaux ont été financés par le banquier Julianus Argentarius1.

Le terme in Classe vient de l'antique ville romaine de Civitas Classis (signifiant « ville de la flotte »), qui s'était développée autour du port de Ravenne et qu'Auguste avait renforcée pour la défense de toute la mer Adriatique. La ville était en partie peuplé par des Byzantins, dont beaucoup venaient des provinces orientales de l'empire, et dont faisait partie Apollinaire de Ravenne, venu d'Antioche à la fin du Ier ou au début du IIe siècle.


Apollinaire rassembla la première communauté chrétienne de Ravenne et en fut le premier évêque. La basilique de Classis fut bâtie sur son tombeau, mais ses ossements furent transférés au milieu du IXe siècle à Saint-Apollinaire-le-Neuf dont la position centrale près du palais offrait une meilleure sécurité, à l'abri d'éventuelles incursions ou pillages.


La mosaïque de l’abside : ce que je vois

Vous pourrez trouver sur internet de nombreuses descriptions scientifiques et élaborées. Je m’en tiens plutôt à un regard neutre...


La première chose qui capte le regard est cette grande croix baignant dans une auréole bleue, parsemée d’étoiles, qui se détache de ce fond or et vert. Le paysage semble champêtre. Des arbres, de s buissons, de l’herbe verte, des rochers, des oiseaux multicolores, des lis blancs. Mais tout semble bien rangé, ordonné, symétrique à cette croix qui domine. Comme cet évêque, saint Apollinaire qui ouvre grand les bras sous La Croix, en signe de prière (posture de l’ornant). Il porte sur son aube blanche la chasuble sacerdotale parsemée d'abeilles d'or, signes de son éloquence. À ses côtés, douze moutons le regardent. Moutons, agneaux, brebis ? Certains y voient les douze apôtres ou les douze tribus d’Israël, d’autres les fidèles du saint évêque martyr. Qu’importe. C’est le Peuple de Dieu.



Et puis on passe dans un registre supérieur, celui du ciel. Ce ciel doré où domine la main de Dieu le Père qui bénit la scène, et qui proclame son amour à son Fils. Deux hommes flottent dans les nuages. Leur nom est inscrit : à gauche Moïse, à droite Élie. Ils portent tous deux la toge prétexte des sénateurs romains.


Dans une bande intermédiaire, exceptionnelle virtuosité du mosaïste dans la disposition des tesselles colorées, nous passons de la terre verte au ciel doré par un jaune intermédiaire où se fondent les deux éléments, simplement réunis par cette croix encerclée. Notons que les trois apôtres appelés par Jésus à participer à la scène, Pierre, Jacques et Jean, sont présents, symbolisés par ces brebis qui contemplent la Croix.


Regardons-la de plus près, ou plutôt, contemplons-la ! Un rinceau rouge, semé alternativement de deux pierres précieuses carrées ou ovales, entoure le disque bleu. C’est le vrai ciel, celui de Dieu. Le ciel de la création parsemé des étoiles promettant une abondante génération à Abraham. Et au centre, cette Croix pattée et dorée, parsemée de douze gemmes (les douze tribus, mais aussi les douze portes de l’Apocalypse, car la porte du ciel, c’est la Croix !). Au centre, la plus précieuse des pierres, la Face du Christ.



Aux quatre branches de La Croix, une inscription :

  • en haut : le ictus grec, acrostiche de Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur.

  • À gauche et à droite : l’alpha et l’omega, il est le commencement et la fin.

  • En bas : une inscription latine, Salus Mundi (le Salut du monde) car c’est La Croix qui nous sauve.

Cette interprétation de la Transfiguration est exceptionnelle. Pas uniquement par sa qualité esthétique et la virtuosité de sa réalisation, mais surtout par son interprétation théologique. La transfiguration annonce la crucifixion, mais elle est aussi et surtout la porte du ciel, la porte du salut.


La porte du salut

Il pourrait paraître curieux de reprendre en ce deuxième dimanche du Carême cet évangile que l’on entend l’été au moment de la Transfiguration. Mais peut-être la clé nous est-elle donnée dans la préface que nous allons entendre :

Vraiment, il est juste et bon de te rendre
gloire, de t'offrir notre action de grâce,
toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint,
Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ
notre Seigneur.
Après avoir prédit sa mort à ses disciples, il
les mena sur la montagne sainte; en présence
de Moïse et du prophète Elie, il leur a
manifesté sa splendeur :
Il nous révélait ainsi que sa passion le
conduirait á la gloire de la résurrection.
C'est pourquoi, avec les anges dans le ciel,
nous pouvons te bénir sur la terre et t'adorer
en (disant) chantant :

Car c’est bien après avoir prédit sa mort à ses disciples. Quelques versets plus tôt, Jésus avait dit à ses disciples (Mt 16, 21) :

À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.

Pierre se révoltera contre cette annonce dramatique. À un tel point que Jésus lui rétorquera sans ambages : « Vade Retro Satanas ! » (Mt 16, 23). Alors, comme pour leur expliquer le secret de ses paroles, il va leur révéler en actes cette annonce. Et c’est la Transfiguration. Saint Léon le Grand le commentera ainsi :

Devant des témoins choisis, le Seigneur dévoile sa gloire... Ce qu’il entendait faire par cette transfiguration, c’était bannir du cœur des disciples le scandale de La Croix, et que l’humiliation de sa Passion volontaire ne troublât pas leur foi, puisqu’il leur révélait d’abord l’éminence de sa dignité cachée.
Mais en même temps, et par une égale providence, il fondait la foi de la sainte Église, pour que le Corps total du Christ sache de quelle heureuse transformation il serait gratifié, et que les membres se promettent d’avoir part à l’honneur qui resplendissait dans le Chef ». (Sermon 51)

Ainsi, pourrions-nous traduire simplement, si la liturgie nous propose aujourd’hui cette périscope de la Transfiguration, c’est pour nous encourager. Et nous encourager à prendre nous-mêmes notre Croix pour suivre Jésus dans sa marche vers Pâques, assurés que nous serons illuminés par la Transfiguration de sa Résurrection.

Mais avant, notons l’infime différence que l’on peut noter dans le message que Dieu le Père délivre aux apôtres. Au baptême, Dieu annonce déjà que Jésus est son Fils bien-aimé. Mais ici, en plus, il nous invite fermement à l’écouter.


Écoutez quoi ?

Remettons-nous dans le contexte. J’ai déjà expliqué que cette vision des deux prophètes entourant Jésus rappelait les trois parties de la Bible : Moïse, figure emblématique de la Loi (la Torah) ; Élie, le prophète enlevé au ciel que l’on attend pour qu’il inaugure la venue du Messie, figure emblématique des prophètes ; et Jésus, figure emblématique de la Sagesse. La Loi, les Prophètes et la Sagesse. Toute la Parole de Dieu est devant nos yeux.


Ainsi donc, la première parole à écouter est celle du Premier Testament. Une nouvelle fois... lisons la Bible, « le livre le plus vendu, le plus traduit, et le plus mal lu » ! Ne tombons pas non plus dans l’hérésie de Marcion :

Le marcionisme est un courant de pensée théologique dans l'Église primitive, et une croyance dualiste issue du gnosticisme suivant laquelle l'évangile du Christ est un évangile de pur Amour, ce qui n'est pas le cas de la Loi ancienne de Moise et du peuple d'Israël. En conséquence, l'Ancien Testament est rejeté.

Donc, première écoute, celle de la Parole de Dieu, de la Bible.


Deuxième écoute

Celle du silence ! Si vous en avez l’occasion, lisez ce très bon livre d’André Corbin : Histoire du Silence (Albin Michel, 2016). Car Dieu ne s’entend et ne s’écoutent que Dans le silence. Rappelez-vous l’expérience d’Élie :

Le Seigneur dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer. » À l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère. 1 Rois 19, 11-12

Faire silence pour entendre le murmure d’une brise légère : ce sont les paroles de l’Esprit. Faire silence pour calmer la tempête en nous...

Selon la remarque d’un ancien, celui qui vit dans l’agitation, celui qui vit dans l’agitation et les soucis, dans le bruit intérieur ou extérieur, ressemble à une bouteille d’eau trouble qu’on a secouée. « Quand la bouteille est restée quelque temps immobile, la saleté se dépose et l’eau redevient claire et limpide. Ainsi, notre cœur quand il trouve la quiétude et un profond silence, reflète Dieu. » (André Louf, Seigneur, apprends-nous à prier, Bruxelles, 1974)

Est-il possible d’être plus explicite ? Faire silence, se laisser envahir par le silence. Ou se laisser couvrir par le silence comme les apôtres furent recouverts de cette nuée qui les obombra. Et c’est de cette nuée de silence que Dieu peut parler à notre cœur.


Troisième écoute

Celle du regard... Dès qu’ils ont entendu la voix, ils cherchent autour d’eaux d’où cela a bien pu venir. Mais ils ont beau regarder, ils ne voient rien. En fait si... Ils ne voient que Jésus, seul avec eux. Ils rentrent dans la dernière étape : celle de la contemplation. Comme lorsque le Curé d’Ars, intrigué de voir chaque jour un vieux paysan assis en silence dans l’église, lui demanda : « Mais que fais-tu ici, mon ami ? », et s’entendit répondre : « Je l’avisé et il me ravise ». Tout est dit. Cet échange de regard n’est autre que la contemplation : ce qui nous fait entrer dans le Temple.


Quatre étapes

Car, à bien y regarder, tout le texte nous montre les quatre étapes de la Lectio Divina, la prière à partir de la Parole de Dieu.


1- Lectio : je lis.

N’est-ce pas ce qu’ils font lorsque Jésus les emmène « lire » les évènements sur la montagne ?

2- Meditatio : je médite, je réfléchis.

N’est-ce pas ce que fait Pierre lorsqu’il veut édifier trois tentes ?

3- Oratio : je prie.

N’est-ce pas ce qu’ils vivent lorsqu’ils sont pris de peur dans la nuée ?

4- Contemplatio : je contemple.

Jésus seul... Car... Dieu seul suffit ! Comme le disait Thérèse d’Avila (1515-1582) :

Que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie, tout passe, Dieu seul demeure, la patience tout obtient ; qui possède Dieu, rien ne lui manque : Dieu seul suffit.
Élève ta pensée, monte au ciel, ne t'angoisse de rien, que rien ne te trouble. Suis Jésus-Christ d'un grand cœur, et quoi qu'il arrive, que rien ne t'épouvante.
Tu vois la gloire du monde ? C’est une vaine gloire ; il n'a rien de stable, tout passe. Aspire au céleste, qui dure toujours ; fidèle et riche en promesses, Dieu ne change pas. Aime-Le comme Il le mérite, Bonté immense ; mais il n'y a pas d'amour de qualité sans la patience.
Que confiance et vive foi maintiennent l'âme, celui qui croit et espère obtient tout. Même s'il se voit assailli par l'enfer, il déjouera ses faveurs, celui qui possède Dieu.
Même si lui viennent abandons, croix, malheurs, si Dieu est son trésor, il ne manque de rien. Allez-vous-en donc, biens du monde ; allez-vous-en, vains bonheurs : même si l'on vient à tout perdre, Dieu seul suffit. Amen.

Paul Claudel, la Transfiguration, dans Corona Benignitatis Anni Dei, NRF p. 154.

Montons au Thabor avec lui : Jésus est mûr.

L’hostie va être un instant élevée, voici le centre des saints Mystères.

L’Homme parfait dans le Christ atteint sa parfaite figure,

Et ses pieds comme d’eux-mêmes se séparent de la terre ;

Les temps sont venus que Dieu enfin couronne Sa création toute entière.

Ce qui est vêtement devient comme de la neige, ce qui est chair brille comme de la lumière.

La loi et les prophètes aussitôt apparaissent en sa présence.

Comme l’iris où ne manque pas le soleil, et le Fils quand voici le Père :

« Tu es mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis ma complaisance. »


Poème du Cardinal John Henry Newman (1833) : Lead, Kindly Light

Conduis-moi, douce lumière, parmi l'obscurité qui m'environne, conduis-moi !

La nuit est sombre, et je suis loin du foyer, conduis-moi !

Garde mes pas ; je ne demande pas à voir

Les scènes éloignées : un seul pas est assez pour moi


Je n'ai pas toujours été ainsi : je n'ai pas toujours prié que tu me conduises ;

J'aimais choisir et voir mon chemin, mais maintenant conduis-moi.

J'aimais le jour éclatant, et, malgré mes craintes,

L'orgueil dominait mon vouloir : ne te souviens pas des années passées.


Aussi longtemps que Ta puissance m'a béni, aussi longtemps elle me conduira encore,

À travers landes et marécages, rochers et torrents, jusqu'à ce que la nuit s'achève

Et qu'avec ce matin sourient ces visages angéliques

Que j'ai longtemps aimés et perdus pour une heure.


Homélie attribuée à saint Éphrem (+ 373), Sermon sur la Transfiguration, 1, 3-4, Opera omnia quae exstant graece, vol 2, Rome, 1743, 41-43.

Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière (Mt 17,1-2).

Il les emmena sur la montagne pour leur montrer la gloire de sa divinité et leur faire connaître qu'il était le Rédempteur d'Israël, comme il l'avait montré par ses prophètes et afin de prévenir aussi tout scandale à la vue des souffrances librement consenties qu'il allait subir pour nous dans sa nature humaine. Ils le connaissaient en effet comme homme, mais ils ignoraient qu'il fût Dieu; ils le connaissaient comme fils de Marie, un homme qui vivait avec eux dans le monde, mais sur la montagne il leur fit connaître qu'il était le Fils de Dieu, et Dieu lui-même.

Ils l'avaient vu manger et boire, se fatiguer et prendre du repos, s'assoupir et dormir, subir l'effroi jusqu'au gouttes de sueur, toutes choses qui ne semblaient guère en harmonie avec sa nature divine et ne convenir qu'à son humanité. Voilà pourquoi il les emmena sur la montagne, afin que le Père l'appelât son Fils et leur montrât qu'il était vraiment son Fils, et qu'il était Dieu.

Il les emmena sur la montagne et il leur montra sa royauté avant de souffrir, sa puissance avant de mourir, sa gloire avant d'être outragé et son honneur avant de subir l'ignominie. Ainsi, lorsqu'il serait pris et crucifié par les Juifs, ses Apôtres comprendraient qu'il ne l'avait pas été par faiblesse, mais par consentement et de plein gré pour le salut du monde.

Il les emmena sur la montagne et leur montra, avant sa résurrection, la gloire de sa divinité. Ainsi, lorsqu'il ressusciterait d'entre les morts dans la gloire de sa divinité, ses disciples reconnaîtraient qu'il ne recevait pas cette gloire en récompense de sa peine, comme s'il en eût besoin, mais qu'elle lui appartenait bien avant les siècles, avec le Père et auprès du Père, ainsi que lui-même le dit à l'approche de sa Passion volontaire: Père, glorifie-moi de la gloire que j'avais auprès de toi avant le commencement du monde (Jn 17,5).


Homélie de saint Léon le Grand (+ 461), Sermon 51, 3-4, CCL 138 A, 290-300

Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu'il a choisis, et il éclaire d'une telle splendeur cette forme corporelle qu'il a en commun avec les autres hommes que son visage a l'éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige.

Par cette transfiguration il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la splendeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa Passion volontaire ne bouleversent leur foi.

Mais, il ne prévoyait pas moins de fonder l'espérance de l'Église, en faisant découvrir à tout le Corps du Christ quelle transformation lui serait accordée; ses membres se promettraient de partager l'honneur qui avait resplendi dans leur chef.

Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu'il parlait de la majesté de son avènement: Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père (Mt 13,43). Et l'apôtre saint Paul atteste lui aussi: J'estime qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que le Seigneur va bientôt révéler en nous (Rm 8,18). Et encore: Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi vous paraîtrez avec lui en pleine gloire (Col 3,3-4).

Cependant, pour confirmer les Apôtres et les introduire dans une complète connaissance, un autre enseignement s'est ajouté à ce miracle. En effet, Moïse et Élie, c'est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent en train de s'entretenir avec le Seigneur. Ainsi, par la réunion de ces cinq hommes s'accomplirait de façon certaine la prescription: Toute parole est garantie par la présence de deux ou trois témoins (Dt 19,15).

Qu'y a-t-il donc de mieux établi, de plus solide que cette parole? La trompette de l'Ancien Testament et celle du Nouveau s'accordent à la proclamer; et tout ce qui en a témoigné jadis s'accorde avec l'enseignement de l'Évangile.

Les écrits de l'une et l'autre Alliance, en effet, se garantissent mutuellement; celui que les signes préfiguratifs avaient promis sous le voile des mystères est montré comme manifeste et évident par la splendeur de la gloire présente. Comme l'a dit saint Jean, en effet: Après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ (Jn 1,17). En lui s'est accomplie la promesse des figures prophétiques comme la valeur des préceptes de la Loi, puisque sa présence enseigne la vérité de la prophétie, et que sa grâce rend praticables les commandements. <>

Que la foi de tous s'affermisse avec la prédication de l'Évangile, et que personne n'ait honte de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.

Que personne donc ne craigne de souffrir pour la justice, ni ne mette en doute la récompense promise; car c'est par le labeur qu'on parvient au repos, par la mort qu'on parvient à la vie. Puisque le Christ a accepté toute la faiblesse de notre pauvreté, si nous persévérons à le confesser et à l'aimer, nous sommes vainqueurs de ce qu'il a vaincu et nous recevons ce qu'il a promis. Qu'il s'agisse de pratiquer les commandements ou de supporter l'adversité, la voix du Père que nous avons entendue tout à l'heure doit retentir sans cesse à nos oreilles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour; écoutez-le! (Mt 17,5).


Prière

Tu nous as dit, Seigneur, d'écouter ton Fils bien-aimé; fais-nous trouver dans ta parole les vivres dont notre foi a besoin: et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire. Par Jésus Christ.

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