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IIe Dimanche du temps ordinaire (A)

Mouvement perpétuel...



Le baptême du Christ,

Théodore Caruelle d’Aligny (Chantenay-Saint-Imbert, 1798 - Lyon, 1871),

Huile sur toile, 130 x 110 cm, 1852,

Église Saint-Paul-Saint-Louis (Paris, France)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1,29-34

En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »


Le peintre

Arrivé à Paris à l'âge de dix ans, il aurait débuté en réalisant des dessins paysagers pour une fabrique de porcelaine. Ses maîtres dans l'apprentissage du pinceau sont Jean-Baptiste Regnault et Louis Étienne Watelet. Ensuite, Aligny se spécialise dans le genre du paysage historique, et présente un tableau représentant Daphnis et Chloé pour sa première participation au Salon en 1822.


Il consacre ensuite plusieurs années au traditionnel voyage artistique en Italie, au cours duquel il se lie avec Camille Corot. Ce séjour dure de 1824 à 1827. Une fois revenu en France, Aligny commence à exposer régulièrement au Salon à partir de 1827. Il retourne en Italie de 1834 à 1836, et effectue en 1843 un voyage en Grèce afin de réaliser une série de dessins des principaux sites antiques que lui avait commandés l'Ecole des Beaux-Arts. Il publie le fruit de ce labeur sous la forme d'un recueil d'eaux-fortes : Vues des sites les plus célèbres de la Grèce antique dessinées sur nature et gravées à l'eau forte (Paris, 1845). Il décore la chapelle des fonds baptismaux de l'église Saint-Étienne-du-Mont à Paris en 1851.


Deux fois médaillé au Salon en 1831 et 1837, il est décoré de la Légion d'honneur en 1842 et finalement admis à l'Académie des Beaux-Arts. En 1860, il est nommé directeur de l'école des Beaux-Arts de Lyon, ville où il décède le 24 février 1871. Sa dépouille est rapatriée dans la capitale et inhumée au cimetière du Montparnasse. Sa tombe y subsiste ornée d'un buste en marbre réalisé par Antoine Etex, un des sculpteurs de l'Arc de Triomphe. Le paysagiste François-Auguste Ravier fut un des élèves de son atelier.


Ce que je vois

Un ciel de coucher de soleil, une nature romantique, des rocs idéalisés... Tout est peint dans ce paysage pour orienter notre regard vers l’essentiel : le baptême du Christ. Mais un baptême plus simple, plus humain. Aucun ange, aucune chose extraordinaire. Même cette colombe semble simplement voler devant le soleil, plus qu’être entouré d’un halo de sainteté. Il s’agit de nous emmener dans un orient idéal : une foule habillé de robes longues et de voiles, une eau calme d’un ruisseau qui s’assèche, des rochers blonds couverts de poussières, une ville basse et blanche sur le promontoire, et pour accentuer cette impression, un inévitable dattier ! Au centre, dans un des coudes du ru, Jésus debout, les pieds dans l’eau, simplement vêtu d’un pagne blanc noué, reçoit l’eau baptismale versée à l’aide d’une coquille par Jean. Lui-même est vêtu comme la Bible le décrit : manteau en poils de chameau, ceinture de cuir, et il tient de l’autre main son bâton pastoral. Derrière Jean, quelque peu masquée par deux hommes assis, une femme semble tenir le vêtement du Christ, prête à lui rendre. À droite, juché sur un rocher, un adolescent presque nu regarde la scène : attendait-il son propre baptême ? De l’autre côté, une barque transporte un vieil homme accompagné de son passeur. Charron ? Ou Virgile et Dante descendant la Divine Comédie ? Toujours est-il que c’est bien un passage que vit le Christ... Presque au premier plan, un homme s’extasie, levant les bras au ciel, devant cette colombe. On ne peut que penser au vitrail de l’Esprit qui culmine au fond de la Basilique Saint-Pierre de Rome. L’Esprit est devenu le soleil...


Un mystère

Ce baptême de Jésus est un mystère, mais entendons bien ce mot dans son sens juste : un sacrement ! Car en théologie, ce mot descend du terme « ministerion », l’office divin. Comme lorsque nous proclamons qu’il est grand le mystère de la foi. Mais il est aussi un mystère car on pourrait le voir comme une pierre angulaire sur l’arc qui va de la naissance à la Croix, en passant par la Transfiguration. Mystère d’un voile qui se lève doucement à notre entendement. Chaque étape révèle un aspect de celui qui sera de nouveau appelé « Fils de Dieu » sur la Croix.


Un mystère qui inaugure aussi un retournement, une metanoïa, une conversion. En effet, Jean qui ne se jugeait pas digne de dénouer la courroie des sandales du Christ, qui s’estimait moindre qu’un esclave, devient le maître devant Jésus. C’est le Christ lui-même qui va s’abaisser devant le Baptiste. Le Maître, anticipant le geste du Jeudi Saint, se met aux pieds des disciples, il prend la dernière place, la nôtre. Plus tard, dans cette merveilleuse épître aux Philippines, Paul le proclamera avec force (Ph 2, 5b-11) :

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

« Il s’est abaissé » que l’on pourrait traduire « il s’est vidé de lui-même », ce que l’on appelle la kénose, l’abandon de soi. Et ce mystère se continue, pour ne pas dire qu’il prend consistance dans les mouvements.


Mouvements

Nous pourrions voir en cette scène un quadruple mouvement. D’abord, le mouvement physique du Christ qui descend dans les eaux du Jourdain et en remonte. Comme nous-mêmes le vivons à notre baptême (même si les baptêmes par immersion sont malheureusement devenus rares). Le mot « baptiser » ne veut-il pas dire plonger, descendre dans les eaux ? Ce même plongeon qu’a vécu le peuple hébreu passant au milieu des eaux de la Mer Rouge. Ces mêmes eaux qui noyèrent les Égyptiens, comme les eaux du baptême noient aujourd’hui nos péchés qui nous poursuivent et nous harcèlent. Ces mêmes eaux qui seront précédées par cette nuée de ténèbres et de lumières, préfiguration de l’Esprit, mais aussi du Cierge Pascal qui émerge du baptistère la nuit de Pâques. Premier mouvement...


Mais rappelons-nous encore notre credo : « Il est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux... » Encore ce même mouvement de descente et de remontée. Il descend dans la mort et remonte par la résurrection. N’oublions pas que le verbe ressusciter en grec veut dire « se mettre debout, se relever ». Tout est affaire de mouvement, tout est labile dans notre foi. Rien de figé. En descendant dans les eaux du Jourdain, Jésus ne préfigurait-il pas sa descente future dans le Royaume des morts pour en ressortir triomphant, victorieux, ressuscité ? Deuxième mouvement...


Dans les premiers siècles, les fêtes de la Nativité, de l’Épiphanie, du Baptême et des Noces de Cana étaient associées comme autant d’épiphanies, de manifestations de l’humanité et de la divinité du Christ. Divinité décelable dans les Noces de Cana et dans la visite des mages, humanité révélée dans la Nativité et le baptême. Comme si Jésus venait inaugurer ici sa naissance à son ministère prophétique de trois années au milieu des hommes. Image mystérieuse, préfiguration de ce double mouvement déjà commencé : celui de sa descente comme homme au milieu des hommes, parmi nous (Et le Verbe s’est fait chair et il a dressé sa tente parmi nous - Jn 1, 14) et de sa remontée comme Fils de Dieu auprès de son Père (Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Ac 1, 9) Incarnation puis ascension : troisième mouvement...


Et enfin, le dernier mouvement. Peut-être plus discret mais ô combien capital. Celui de l’Esprit. Il est le complément aux trois précédents. Mais surtout, il est encore en cours ! L’esprit, sous l’aspect d’une colombe descend bien le jour du baptême. Mais nul ne parle de sa remontée ! Car elle est toujours là... virevoltante et cherchant une tête où se poser, comme les langues de feu de la Pentecôte se reposèrent sur la tête des apôtres. Quatrième mouvement éternel...


Et nous ?

Et nous ? Hormis ces rappels historiques et bibliques, en quoi ça nous concerne, en quoi cela change quoi que ce soit en nos vies ? Et bien, tout simplement parce que c’est un appel à comprendre que nos vies spirituelles s’appuient sur ces quatre mêmes mouvements.


Le premier mouvement : notre baptême. Déjà fait, me direz-vous. Peut-être, mais ne l’avons-nous pas enterré sous les cordes et les cendres de la vie quotidienne ? Nous rappelons-nous que nous avons été identifiés au Christ, que par l’onction, comme le dit la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité, nous sommes devenus des Christ, des « humanités de surcroît » pour lui ?! « France, qu’as-tu fait de ton baptême ? » rappelait Jean-Paul II au Bourget. Et moi, qu’en ai-je fait ? Qu’ai-je fait de cette âme que Dieu a allumé en moi ? Il m’a offert une âme, comme une page blanche, pour y écrire sa Parole, y dessiner son image (ne sommes-nous pas faits à son image ?). Est-elle au fond d’un tiroir, sous la poussière ? Ou transformée en cocotte en papier ? Ou avons-nous commencé à écrire ou dessiner ? Et qu’importe les ratures ou les mauvaises perspectives ! Ce qui compte c’est d’entretenir sa vie !


Deuxième mouvement : Peut-être un des plus difficile à notre condition humaine, accepter notre mort. Accepter de descendre avec le Christ au Royaume de la mort pour le rejoindre ensuite au Royaume des Cieux. La mort restera toujours une énigme à nos yeux. Comment pourrait-il en être autrement ? Mais, hormis la mort physique qui reste inéluctable, ne sommes-nous pas appelés à vivre une mort aujourd’hui : celle de notre orgueil ! De tous les péchés, il me semble qu’il est le plus grave, car il se met au-dessus de Dieu. Et du coup, comment Dieu pourrait-il nous enlever des ténèbres vers la lumière si nous nous croyions au-dessus de lui ?


Troisième mouvement : Prendre conscience de notre humanité n’est pas trop compliqué ! Mais de notre « noblesse » divine, de notre vie faite à l’image de Dieu ? Bien plus difficile. Ou alors par bribes, par petites touches. Mais comprendre que nous sommes « l’égal » du Christ, et le Temple de l’Esprit, et le comprendre à chaque instant de notre vie, c’est une autre paire de manches ! Alors, relisons saint Paul :

Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu, cet homme, Dieu le détruira, car le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous. 1 Cor 3, 16-17
Ne le savez-vous pas ? Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été achetés à grand prix. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps. 1 Cor 6, 19-20

Quatrième mouvement : Appeler l’Esprit à venir sur nous ! Joseph est le grand oublié de l’Évangile. L’Esprit est le grand oublié de notre prière ! Ou alors, par excès, on ne voit plus que Lui. Jésus dit de lui, dans l’Évangile de saint Jean : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». Il me semble que cette formule a un vrai sens trinitaire et pas simplement triple. Jésus est bien le Chemin : sans lui, on ne peut rejoindre Dieu.


Et Dieu est cette Vie par excellence que nous espérons. Mais, pour cela, nous avons besoin de la Vérité, de l’Esprit de Vérité qui est le lien d’amour entre le Père et le Fils. Alors, une seule sujétion : apprenez par cœur une prière à l’Esprit-Saint !

Prière à l'Esprit Saint enseignée à Karol Wojtyla par son père

Esprit saint,

Je te demande le don de la Sagesse,

pour une meilleure compréhension

de toi et de tes divines perfections.

Je te demande le don de l’Intelligence,

pour une meilleure compréhension

de l’esprit des mystères de la sainte foi.


Donne-moi le don de Science,

afin que que je sache orienter ma vie

Selon les principes de cette foi.

Donne-moi le don de Conseil,

pour qu’en toute chose je puisse

chercher conseil auprès de toi

et le trouver toujours auprès de toi.

Donne-moi le don de Force

afin qu’aucune peur ou considération

terrestre ne puisse m’arracher à toi.


Donne-moi le don de Piété,

afin que je puisse toujours servir

ta Majesté divine avec amour filial.

Donne-moi le don de Crainte (amour respectueux de Dieu)

pour qu’aucune peur ou considération terrestre

ne puisse m’arracher à toi.


Prière au Saint Esprit de saint Augustin

Respire en moi, Saint-Esprit,

afin que je pense ce qui est saint.


Agis en moi, Saint-Esprit,

afin que je fasse ce qui est saint.

Attire-moi, Saint-Esprit,

afin que j'aime ce qui est saint.

Affermis-moi, Saint-Esprit,

afin que je garde ce qui est saint.

Garde-moi, Saint-Esprit,

afin que je ne perde jamais

ce qui est saint.

Homélie de saint Cyrille d'Alexandrie (+ 444), Commentaire sur l'évangile de Jean, 2, Prol, PG 73, 192-193

Jean voit Jésus venir vers lui et il dit : Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29). Ce n'est plus le temps de dire : Préparez... (Mt 3,3), puisque Celui dont la venue a été préparée se laisse voir, il s'offre désormais aux regards. La nature de l'événement demande un autre discours. Il faut faire connaître Celui qui est là, expliquer pourquoi il est descendu du ciel et venu jusqu'à nous. C'est pourquoi Jean déclare : Voici l'Agneau de Dieu.


Le prophète Isaïe nous l'a annoncé en disant qu'il est traîné à l'abattoir comme une brebis, comme un agneau muet devant ceux qui le tondent (Is 53,7). La loi de Moïse l'a préfiguré, mais, étant figure et ombre, elle ne procurait qu'un salut incomplet et sa miséricorde ne s'étendait pas à tous les hommes. Or, aujourd'hui, l'Agneau véritable, représenté jadis par des symboles, la victime sans reproche est menée à l'abattoir.


C'est pour chasser le péché du monde, renverser l'Exterminateur de la terre, détruire la mort en mourant pour tous, briser la malédiction qui nous frappe et mettre désormais fin à ceci : Tu es poussière et à la poussière tu retourneras (Gn 3,19). Devenu ainsi le second Adam, d'origine céleste et non terrestre, il est la source de tout bien pour l'humanité, le destructeur de la corruption qui était étrangère à notre nature, le médiateur de la vie éternelle, le garant du retour à Dieu, le principe de la piété et de la justice, la voie qui mène au Royaume des cieux. Car un seul Agneau est mort pour tous, recouvrant pour Dieu le Père tout le troupeau de ceux qui habitent la terre; un seul est mort pour tous, afin de les soumettre tous à Dieu; un seul est mort pour tous afin de les gagner tous, afin que tous désormais n'aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux (2Co 5,15).


Nous vivions, en effet, dans nos nombreux péchés, et, de ce fait, nous avions à acquitter une dette de mort et de corruption. Aussi le Père a-t-il livré son Fils en rançon pour nous, un seul pour tous, car toutes choses sont en lui et il est au-dessus de tout. Un seul est mort pour tous afin que nous vivions tous en lui, car la mort, qui avait englouti l'Agneau sacrifié pour tous, les a tous restitués en lui et avec lui. En effet, nous étions tous dans le Christ qui est mort pour nous et à notre place, et qui est ressuscité.


Une fois le péché détruit, comment la mort qui a en lui son principe et sa cause, échapperait-elle à la destruction complète ? Une fois la racine morte, comment le germe qui en sort pourrait-il encore se conserver ? Une fois le péché effacé, pour quelle faute encore devrions-nous mourir? Célébrons donc dans la joie l'immolation de l'Agneau, en disant : O mort, où est ta victoire? O enfer, où est ton dard venimeux (1Co 15,55) ?


Comme le chantait le Psalmiste, toute injustice, en effet, fermera sa bouche (Ps 106,42), incapable qu'elle est désormais d'accuser ceux qui pèchent par faiblesse. Car c'est Dieu qui justifie (Rm 8,33). Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, en devenant pour nous objet de malédiction (Ga 3,13), afin que nous échappions à la malédiction du péché.


Prière

Seigneur notre Dieu, tu as fait reposer ton Esprit sur Jésus de Nazareth pour qu'il puisse remplir sa mission et enlever le péché du monde. Ranime en nous le souffle reçu au baptême, et nous pourrons témoigner de ton amour. Par Jésus Christ.

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