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IIe Dimanche de Carême (C)

Le roi priant



Le roi en oraison

Attribué à Félix DA COSTA MENSEN (1639 – 1712)

Peinture sur toile (Vers 1687)

Église Saint-Louis des Français, Lisbonne (Portugal)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 9, 28b-36)

Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.


Ce que je vois

Sur cette demi-lune, Louis est à genoux devant une table couverte d’un grand voile rouge, sur laquelle il a posé sa couronne. Bras écartés, il regarde le ciel où lui apparaît un ange. Ce dernier, à genoux sur un nuage, tend à Louis sa main de justice et un livre, certainement les Évangiles. L’association de ces deux symboles montre que Dieu désire que Louis assume, comme roi, sa tâche de juste juge auprès de ses sujets. Sa justice se doit d’être évangélique…


Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre…

Dès son plus jeune âge, Louis a appris à prier avec sa mère Blanche de Castille. Cette espagnole au fort tempérament avait la foi chevillée au corps, et elle transmit à son fils cet amour de Dieu, un amour qui s’entretient dans la lecture de la Parole de Dieu et l’oraison. De fait, sa mère lui enseignera les trois colonnes de sa vie spirituelle, ses trois vertus personnelles :

  • Obéir en toute vérité aux préceptes évangéliques,

  • Servir l’Église et sa mission spirituelle avec fidélité,

  • Exercer pour la société une justice digne de Salomon.

Il est important de noter que la dissociation de ces trois principes mènerait à un appauvrissement fatal de la foi et de sa mise en œuvre tant spirituelle que dans l’art de gouverner. Ils sont intimement liés. Et c’est d’autant plus intéressant à prendre en compte pour notre saint patron que celui-ci n’avait pas un caractère facile… Je sais ce que c’est… vous aussi ! Enfant, sa mère lui reprocha souvent son manque de docilité, sa difficulté à écouter les avis des autres, voire à obéir… Cependant, il essaiera de faire preuve d’exemplarité, faisant ce qu’il dit plus qu’à dire ce qu’il fait. Nous le savons, le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit…


Cette exigence peut nous paraître bien difficile, voire inaccessible pour nous. Cela dut aussi être le cas pour Louis. Mais il a compris que tout ce qu’il ne pouvait réussir à la force du poignet (sombrant par là dans l’hérésie du pélagianisme), il pouvait le réussir en se préparant dans la prière pour agir mieux (évitant alors l’hérésie du quiétisme). « Toute activité quelconque se prépare d’abord à genoux dans la prière » disait le Père Sevin.


Sous le regard de Dieu

Louis se met donc sous le regard de Dieu. Et aussi à son « escoute », lisant, méditant, priant, relisant la Parole de Dieu, pratiquant cette méthode ancestrale qu’on appelle la Lectio Divina : Lectio, Meditatio, Oratio, Contemplatio. Lire, méditer, prier et contempler. Il comprit très vite, au contact des moines qu’il fréquentait entre autre à Royaumont, que la lecture priée de la Bible l’aiderait à structurer sa vie et ses projets, et qu’il pourrait ainsi vivre humblement sous le regard de Dieu. Il en est encore ainsi aujourd’hui : tout homme qui se met à l’écoute de la parole de Dieu laisse le Seigneur corriger sa faiblesse naturelle. Tout homme qui se tient sous le regard du Christ est illuminé dans sa vie. Louis fut à « l’escoute » du Seigneur et nous montre le chemin de ce Carême pour redresser la voie tortueuse que nous avons empruntée. Devant le Christ, notre Lumière, avec Louis, nous sommes nous-mêmes transfigurés dans nos vies intérieures.


La rencontre

Cette rencontre se fait véritablement en écoutant le Fils bien-aimé. Louis obéit au précepte évangélique du Père : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Continuellement, dans tous les actes de sa vie, mais aussi de son gouvernement, il essaye de se mettre sous la lumière de Dieu. Il écoute ce que l’ange dit aux Églises. Écouter la Parole de Dieu… Ce que le Père nous demande dans l’évangile de ce jour…


La Bible en trois actes

Car c’est bien de la Parole de Dieu dont il nous parle, de la Bible. Et le signe nous en est donné par la présence de Moïse et d’Élie. Que viennent-ils donc faire là ? Leur présence n’est pas anodine et nous enseigne plus qu’on ne pourrait le croire de prime abord. Moïse est la figure emblématique des cinq premiers livres de la Bible : la Torah. C’est lui qui a donné la Loi au peuple de la part de Dieu. Quant à Élie, il est le prophète par excellence, celui qui fut enlevé au ciel dans son char de feu. Chaque juif attend son retour qui inaugurera la fin des temps. Jean-Baptiste, habillé comme lui, se fera interroger pour savoir s’il est le nouvel Élie. Et Jésus reproduira presque à l’identique les gestes du prophète (pensons à la Résurrection du fils de Naïm). La Loi (Moïse) et les Prophètes (Élie) entourent le Christ. Comme une Bible juive… qui comporte trois grandes parties : la Loi, les Prophètes et les autres Écrits, que l’on appelle très souvent les Écrits de Sagesse.


Toute la Bible est devant nos yeux lors de la Transfiguration ! Et Jésus en est la Sagesse par excellence. Les liturgistes de Charlemagne, voulant unifier ce qui deviendra l’Europe, par un culte commun, reprendront cette image. Ainsi, lorsque le prêtre lira l’Évangile, lui qui est le Christ agissant, la Sagesse incarnée, il sera entouré de Moïse et d’Élie, sous la forme de deux luminaires portés par les servants d’autel. À la lecture de l’Évangile, c’est toute l’Écriture, Premier et Nouveau Testament, Loi, Prophètes et Sagesse que nous contemplons. L’Écriture dans son ensemble nous transfigure ! Oui, comme le dit le Père : Écoutez-le ! C’est toute la Bible, Loi, Prophètes et Sagesse qu’a écoutée et appliquée saint Louis.


Écoutez-le

Cet ordre du Père est bien la clé du texte. Un Carême pour écouter Jésus. Un Carême pour entendre la Loi, les Prophètes et la Sagesse. Un Carême pour planter notre tente auprès de Jésus. Un Carême pour nous laisser couvrir de la nuée. Un Carême pour être transfiguré par sa Parole, par LA Parole. Un Carême pour taire les paroles afin qu’elles n’étouffent pas LA Parole. Un Carême pour le regarder, le contempler, vivre dans l’espérance de la Résurrection. Un Carême pour nous plonger dans sa Parole, dans la Bible, le libre le plus vendu et le plus mal lu au monde ! Un Carême pour chercher Jésus et l’écouter dans TOUTE l’Écriture. Saint Jérôme le disait : Ignorer l’Écriture, c’est ignorer le Christ !


Priez en tout temps

« Les hommes sont étranges. On me fait un crime de mon assiduité à la prière ; on ne dirait mot si j’employais les heures que j’y passe à jouir aux jeux de hasard, à courir la bête fauve ou à chasser aux oiseaux. »

Cette phrase aurait été prononcé lors d’un mariage en 1262 par Louis. Louis a choisi de prier pour tant de raisons : à cause de son éducation qui a mis Dieu au centre de sa vie. Mais aussi parce qu’il sait que Dieu a sa place dans son gouvernement royal, et même, comme le dira plus tard Jeanne d’Arc, qu’il doit être le « premier servi ». Il sait que la prière le préservera des distractions mondaines qui pourraient lui faire oublier les motifs de son action royale. Il comprend que la prière le préservera de tout orgueil et recherche du pouvoir (rappelons-nous les tentations de Dimanche dernier). Et il sait aussi que sa vie de prière doit être un enseignement pour son peuple. Si ce dernier voit le Roi vivre en vérité sa foi, prier publiquement, chercher en tout temps la vérité, se montrer charitable et juste, alors ses sujets en tireront un enseignement, alors, il rendra sa place au vrai Roi qu’est le Christ.


Ce sens de la dévotion, de la prière continuelle de ce Roi doit être pour nous un modèle. Et d’autant plus que c’était un homme occupé et laïc. Comme nous… D’autant plus qu’on aurait pu lui pardonner, ou au moins comprendre des entorses à la vérité, ce qu’il n’a jamais fait. Il a découvert, dans sa prière et sa méditation de la Bible, que le Christ était « le chemin, la vérité et la vie ». Il a fait ce choix de le prendre comme chemin, et de prendre le chemin avec lui. Il a fait le choix de vivre en vérité (ce dont notre monde, et notre église auraient bien besoin aujourd’hui…). Il a fait le choix de chercher la vie éternelle. Demandons-lui, en ce carême, d’être nous-mêmes des êtres de prière qui recherchent le Christ dans sa Parole et qui essayent de le suivre, sur le chemin, en vérité, et pour la vie.



Prière de saint Louis

O DIEU, l’Être des êtres qui êtes mon DIEU,

prosterné devant Votre divine Majesté, je Vous adore et je Vous aime.

Daignez accepter l’offrande que je Vous fais de toutes mes pensées,

de toutes mes paroles et de toutes mes actions.

Je me propose d’agir aujourd’hui et toujours pour Votre amour,

pour Votre gloire, pour accomplir Votre sainte volonté,

pour Vous servir, Vous louer et vous bénir,

pour satisfaire à Votre justice, pour le soulagement des âmes du Purgatoire,

pour obtenir aux pécheurs la grâce d’une véritable conversion.

Je désire faire tout en union, aux intentions et aux dispositions qu’ont eues sur la terre tous les Saints du Ciel, l’auguste Vierge Marie et Jésus-Christ, mon Sauveur.

Je voudrais pouvoir signer de mon sang la protestation

que je Vous fais en ce jour et la réitérer à tous les moments jusqu’à mon dernier soupir.

Recevez, ô mon Dieu, l’hommage de mon cœur et de toutes ses affections

et daignez m’accorder la grâce de ne commettre

aucun péché mortel au cours de ma vie,

surtout en ce jour pendant lequel je désire gagner

toutes les indulgences dont je serai capable.

Je Vous prie de me faire participant des fruits

de toutes les messes qu’on célèbrera

et que toutes les bonnes œuvres qu’on fera servent à la conversion des pécheurs.

Tout dans l’amour de DIEU, Pour l’amour de DIEU, Par amour pour DIEU.

Louis IX, roi de France



Homélie de saint Cyrille d'Alexandrie (+ 444), Homélie sur la Transfiguration, 9, PG 77, 1011-1014.

Jésus gravit la montagne avec les trois disciples qu'il a choisis. Puis, il est transfiguré par une lumière éclatante et divine, au point que son vêtement semblait briller comme la lumière. Ensuite, Moïse et Élie, encadrant Jésus, parlaient entre eux de son départ qui devait s'accomplir à Jérusalem, c'est-à-dire du mystère de son Incarnation et de sa passion salvatrice, qui devait se réaliser sur la croix. Car il est vrai que la loi de Moïse et la prédication des prophètes avaient montré à l'avance le mystère du Christ. Sans doute la Loi décrivait cela comme sur un tableau, mais par des reflets et des esquisses; quant aux prophètes, ils le prédisaient sous des formes fragmentaires et variées (He 1,1), annonçant que nous verrions à découvert, le moment venu: qu'il ne refuserait pas de souffrir la mort sur le gibet, pour le salut et la vie de tous.


Quant à cette présence de Moïse et d'Élie et à leur entretien, ils avaient pour but de montrer que la Loi et les prophètes formaient comme l'escorte de notre Seigneur Jésus Christ, le Seigneur qu'ils avaient montré par des indications concordantes. En effet, les annonces des prophètes ne contredisaient pas la Loi. Après être apparus, ils ne se taisaient pas, mais ils parlaient de la gloire dont le Seigneur allait être comblé à Jérusalem par sa passion et sa croix, et surtout par sa résurrection.


Peut-être le bienheureux Pierre, ayant cru que l'avènement du règne de Dieu était arrivé, a-t-il désiré demeurer sur la montagne, car il a dit qu'il fallait dresser trois tentes, ne sachant ce qu'il disait (Lc 9,33). Car ce n'était pas le temps de la fin du monde, et ce n'est pas dans le temps présent que les saints jouiront de l'espérance qui leur a été promise. Car saint Paul affirme : Il transfigurera nos pauvres corps à l'image de son corps de gloire (Ph 3,21), celui du Christ.


Puisque le plan de salut n'était pas encore achevé, n'étant qu'à son commencement, il n'était pas possible que le Christ, venu par amour dans le monde, renonce à vouloir souffrir pour lui. Car il a gardé la nature humaine pour subir la mort dans sa chair, et la détruire par sa résurrection d'entre les morts.


D'ailleurs, outre ce spectacle étonnant et mystérieux de la glorification du Christ, il s'est produit quelque chose de nécessaire pour confirmer la foi en lui, non chez les disciples seulement, mais aussi chez nous. Du haut du ciel se fit entendre la voix de Dieu le Père, qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour: écoutez-le (Mt 17,5) !


Prière

Tu nous as dit, Seigneur, d'écouter ton Fils bien-aimé ; fais-nous trouver dans ta parole les vivres dont notre foi a besoin: et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire. Par Jésus Christ.

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