top of page

IIe dimanche de l’Avent (B)

Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent…



Le procès de Paradis,

Attribué au Maître de Jacques de Besançon, XVe siècle à Paris (attesté entre 1485-1498 ),

Ou au Maître des Très Petites Heures d'Anne de Bretagne, XVe-XVIe siècle à Paris (attesté vers 1490-1510),

Miniature au début du premier dimanche de l’Avent,

codex, parchemin enluminé, 45,9 x 32,2 cm, Ms 0412, folio 1, vers 1492,

Bibliothèque Mazarine, Paris (France)


Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 40, 1-5.9-11)

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes. Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. » Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.


Psaume 84

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?

Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.

Son salut est proche de ceux qui le craignent,

et la gloire habitera notre terre.


Amour et vérité se rencontrent,

justice et paix s’embrassent ;

la vérité germera de la terre

et du ciel se penchera la justice.


Le Seigneur donnera ses bienfaits,

et notre terre donnera son fruit.

La justice marchera devant lui,

et ses pas traceront le chemin.


Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre apôtre (2 P 3, 8-14)

Bien-aimés, il est une chose qui ne doit pas vous échapper : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. Cependant le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper. Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution, vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu, ce jour où les cieux enflammés seront dissous, où les éléments embrasés seront en fusion. Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix.


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 1, 1-8)

Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés. Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »


Le manuscrit



Ce folio est extrait d’un Missel à l’usage de Paris, peut-être réalisé pour le mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII (1491) et destiné à l’un des chanoines de Paris. L’image est tirée du premier folio enluminé qui suit les deux pages de calendrier.

L'Incarnation, dans la miniature principale, répond à l'Annonciation figurée dans la marge inférieure. Sept miniatures marginales représentent des groupes d'hommes priant Dieu pour  demander l'Incarnation, les termes de leur prière correspondant aux sept antiennes "en O" qui précèdent Noël :


Ô Sagesse,

Qui es sortie de la bouche du Très-Haut, atteignant d’une extrémité à une autre extrémité, et disposant toutes choses avec force et douceur :Viens pour nous enseigner la voie de la prudence.


Ô Adonai,

Chef de ton peuple Israël, tu te révèles à Moïse dans le buisson ardent et tu lui donnes la Loi sur la montagne :Viens, Seigneur, nous délivrer par la vigueur de ton bras.


Ô Rameau de Jessé,

Étendard dressé à la face des nations, devant lequel les rois ferment leur bouches, tandis que les peuples t’implorent :Viens, Seigneur, nous délivrer, ne tarde plus.


Ô Clé de David,

Et Sceptre d’Israël, tu ouvres et nul ne fermera, tu fermes et nul n’ouvrira :Viens, Seigneur, et arrache de sa prison le captif, qui est assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort.


Ô Orient,

Splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice :Viens, Seigneur, illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort.


Ô Roi de l’univers,

Et Désiré des nations, pierre angulaire qui unifie les deux peuples :Viens, et sauve les hommes que tu as formé du limon.


Ô Emmanuel,

Notre Législateur et notre Roi, espérance et salut des nations :Viens nous sauver, Seigneur, notre Dieu.


Ce que je vois

Regardons l’image de haut en bas. Au milieu d’un ciel étoilé, apparaissant dans une ouverture d’un nuage rayonnant, se tient à mi-corps Dieu le Père, couronné de la tiare papale, revêtu d’une pluvial cramoisi sur une aube blanche, et tenant de la main gauche l’orbe. De la main droite, il bénit l’homoncule nu de l’Enfant-Jésus descendant sur terre (vers la scène de l’Annonciation) et tenant la croix (en forme de Tau) et le fouet de la Passion. Il est précédé par la colombe de l’Esprit-Saint. C’est toute la Trinité qui agit. En-dessous, un cortège d’anges rougeoyants contemple la divinité, alors que trois anges musiciens jouent du luth et de la viole pour accompagner cette descente sur terre. L’ange du centre, agenouillé, semble chanter le louange de Dieu, le visage tourné vers l’homoncule, alors que les deux autres regardent les quatre vertus.


Ces quatre vertus sont nommés par une inscription en lettres gothiques dorées. De gauche à droite, Miséricorde, Vérité, Justice et Paix. Les deux premières se serrent les mains, en signe d’accord, alors que les deux suivantes s’embrassent, justice tenant son épée, attribut traditionnel, et la seule à en posséder un sur cette image. Elles illustrent, à elles quatre, le verset du psaume : « Amour (miséricorde) et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ». Mais la scène représente plus que la simple illustration du verset, elle est aussi la vision de ce que l’on appelle le « Procès de Paradis ».


Le Procès de Paradis

La plupart des grands mystères théâtraux du XVe siècle qui mettent en scène la totalité de la vie du Christ sont encadrés par ce qu’on appelle un « Procès de Paradis ». Intervenant après le péché originel, cette scène allégorique permet de mettre à nu le débat intérieur au cœur de Dieu, exposant sous la forme d’un procès le pro et contra d’une éventuelle rédemption ainsi que ses modalités. L’issue de ce débat permet d’introduire l’Annonciation, l’incarnation, et toute la vie du Christ expliquée préalablement par le procès. Lorsque le Christ remonte au ciel pour rendre compte de sa mission, les personnages allégoriques qui s’opposaient lors du débat initial se réconcilient, ce qui clôt le drame.


Mais en quoi consiste ce procès qui suit la faute originelle ? Saint Bernard utilisa les allégories bibliques pour faire de Justice, Miséricorde, Paix et Vérité, les quatre filles de Dieu et montrer leur affrontement au cours d’un procès où est en cause le salut de l’homme pécheur. De là est donc né le célèbre débat entre Justice et Miséricorde, personnages allégoriques qui représentent et figurent les deux points de vue entre lesquels la conscience même de Dieu est partagée après le péché originel : Miséricorde plaide en faveur de l’homme, tandis que Justice exige sa damnation ou le prix à verser pour le rachat de sa faute. Ainsi est décidée au cours de ce procès toute l’économie du salut de l’humanité.


Trois grands auteurs vont mettre en scène ce procès :


  • Guillaume de Digulleville (1295-1360) dans Le Pèlerinage de Jésus-Christ (1358) ;

  • Eustache Mercadé (+ 1440 à qui l’on attribue le Mystère de la Passion d’Arras (avant 1440) ;

  • Arnoul Gréban (1420-1471) dans le Mystère de la Passion (avant 1452).


Le procès chez Gréban

Le texte de Digulleville sera modifié par Mercadé et Gréban. C’est ce dernier qui peut nous éclairer sur le débat et les étapes de ce procès.


  • Prologue de la première journée : plainte des justes aux limbes.

  • Débat entre Justice, Miséricorde, Vérité, sapience et Paix en présence de Dieu le Père :

  • Miséricorde se fait avocate de l’homme qui selon elle ne doit pas être jugé comme le diable.

  • Justice au contraire l’accuse : l’homme ne doit pas être sauvé de l’enfer, son châtiment doit être le même que celui du diable car son péché est similaire ; et même si ce n’était pas le cas, la réparation serait impossible.

  • Vérité l’approuve : une offense contre l’Infini requiert une peine infinie (mais laisse la possibilité d’une autre issue).

  • Miséricorde rappelle que ce châtiment prive tous les hommes (hérédité du péché) de la fin pour laquelle ils ont été créés, évoque l’envie du diable, la faiblesse et l’ignorance de l’homme (n’est que pèlerin), son repentir et sa pénitence (face au diable).

  • Justice rappelle la similitude de la nature du pécheur (noble et libre), de la nature de l’offense (orgueil), de la nature de l’offensé (Dieu) (= diable).

  • Miséricorde argumente en « six raisons » : différence de connaissance, de nature, de péché, de génération (deux conséquences), et d’état (cf. pèlerin).

  • Paix et Vérité soutiennent Miséricorde (référence aux Écritures et injustice de la damnation systématique).

  • Justice ne s’oppose plus à la Rédemption mais exige un paiement suffisant, équivalent à la faute.

  • Intervention de sapience qui rappelle le devoir de satisfaire Justice. Elle compare l’homme à un malfaiteur condamné à mort et donc incapable de se racheter.

  • Vérité émet la possibilité d’une substitution pénale ; mais Sapience précise qu’aucun être n’est suffisant pour réparer l’offense infinie : seul Dieu infini peut sauver sa créature. Or l’homme doit être racheté par un homme, d’où la nécessité de l’incarnation. Choix du Fils pour quatre raisons.

  • Accord des allégories.

  • Soumission de leur délibération à Dieu. Lamentation du Père puis accord.

  • Choix de l’incarnation en la Vierge Marie / Annonciation.


Que comprendre ?

Par sa capacité à rendre sensible, à figurer l’idée, l’allégorie devient à partir du XIIIe siècle le moyen favori de l’enseignement. Dans notre Procès de Paradis, c’est surtout sa force didactique qui est utilisée. Les quatre « filles » ou attributs de Dieu fournissent une représentation accessible d’une réflexion théologique ardue et complexe : pourquoi l’homme a-t-il pu être racheté et par quel moyen, sachant que Dieu, s’il est miséricordieux, est également juste ? L’appréhension de la pensée de Dieu par personnifications interposées permet d’éclairer des points théologiques obscurs.


Les personnifications, enfermées dans un concept qu’elles figurent, vont s’affronter verbalement. Dans ce contexte, Justice ne peut que s’obstiner dans sa rigueur et Miséricorde dans sa compassion. Le caractère infini de la justice et de la miséricorde divines et l’égalité de leur poids et de leur influence dans l’esprit de Dieu ne peut qu’engendrer un conflit.


La doctrine utilisée dans le Procès de Paradis est celle de saint Anselme de Cantorbéry (Anselme de Cantorbéry, Cur Deus Homo, éd. et trad. de René Roques, Paris, Cerf), essaya de démontrer rationnellement la nécessité de l’incarnation et surtout de la Rédemption par la mort sur la croix. Par la théorie de la « satisfaction », il s’attache à considérer les rapports entre Dieu et l’homme sur le modèle des rapports juridiques. Par le péché, l’homme s’est rendu coupable d’avoir détruit l’ordre juste et rationnel du monde tel que Dieu l’a établi. De ce fait, Dieu a été infiniment blessé dans son honneur, d’où la nécessité absolue de « restaurer l’honneur de Dieu ». Ainsi c’est en suivant les arguments proposés par les théologiens que se mettront en place ceux de Miséricorde qui cherche désespérément à sauver l’homme, et ceux de Justice qui impose le prix à payer pour le rachat de l’humanité.

Il faut également souligner que ce goût pour la rhétorique et le droit, trahissant peut-être la fréquente formation juridique du clerc-écrivain, est celui du public médiéval que reflète alors la littérature du Moyen Âge, le lecteur prenant du plaisir à suivre une argumentation, à assister au triomphe d’une plaidoirie.


Le psaume complet

02 Tu as aimé, Seigneur, cette terre, tu as fait revenir les déportés de Jacob ;

03 tu as ôté le péché de ton peuple, tu as couvert toute sa faute ;

04 tu as mis fin à toutes tes colères, tu es revenu de ta grande fureur.

05 Fais-nous revenir, Dieu, notre salut, oublie ton ressentiment contre nous.

06 Seras-tu toujours irrité contre nous, maintiendras-tu ta colère d'âge en âge ?

07 N'est-ce pas toi qui reviendras nous faire vivre et qui seras la joie de ton peuple ?

08 Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut.

09 J'écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu'il dit, c'est la paix pour son peuple et ses fidèles ; qu'ils ne reviennent jamais à leur folie !

10 Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre.

11 Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent ;

12 la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice.

13 Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit.

14 La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin.


Notre psaume

Il fut rédigé au retour de l’Exil. Malgré l’espoir que provoquait ce retour tant attendu, le peuple se trouve confronté à son humanité, son péché et ses déviances… Ce qui aurait dû être une période heureuse s’avère moins idyllique qu’attendu. Comme le disait François de Sales : « Où il y a l’homme, il y a de l’hommerie »  ! Malgré les bonnes résolutions établies lors de l’Exil, l’homme se relâche dès qu’il n’est plus sous le joug de la crainte. Qui plus est parce qu’après un exil de cinquante ans, ceux qui reviennent ne sont plus ceux qui ont été déportés, mais leurs enfants. Et eux ne rêvent pas de retrouver une époque qu’ils n’ont pas connue, mais plutôt de vivre enfin librement et sans contrainte. C’est bien ce que nous montrent les premiers versets que la liturgie a omis.


Unifie mon coeur

Une chose est sure : Dieu nous a fait revenir de l’exil. Et ses raisons sont évidentes : il aime cette terre, il pardonne à son peuple et a mis fin à sa colère. Ne retrouve-t-on pas ici les éléments du Procès de Paradis ? L’homme ne tire aucune leçon de l’Histoire et recommence les mêmes fautes, fait les mêmes erreurs. Nous sommes faibles, nous le savons, nous en avons pleinement conscience. Et malgré notre péché, nous gardons quelque espoir : être de nouveau pardonné… Mais Dieu aura-t-il encore une telle patience avec nous (verset 6) : « Seras-tu toujours irrité contre nous, maintiendras-tu ta colère d'âge en âge ? » Nous ne sommes pas bien différents ! Nous non plus, nous ne tirons pas toujours les leçons de nos expériences malheureuses. Nous aussi nous savons que nous ne réussissons pas à vaincre notre nature pécheresse. Nous encore, nous savons que malgré les grâces reçues quand nous sommes rétablis dans notre dignité, nous allons recommencer ! C’en est même désespérant, pour ne pas dire infernal ! Ou plutôt diabolique. Dia-bole : la division intérieure, alors que nous devrions être symbole, unifié, ce que dira le psaume suivant (Ps 85, 11) : « Montre-moi ton chemin, Seigneur, que je marche suivant ta vérité ; unifie mon coeur pour qu'il craigne ton nom. »


Fais-nous revenir

Ainsi, devant ce constat que l’on pourrait presque qualifier d’échec (l’échec de nos résolutions jamais tenues), nous repoussons le cri entendu la semaine dernière : « Fais-nous revenir, Dieu, notre salut, oublie ton ressentiment contre nous »… Ne nous fais pas seulement revenir de notre exil terrestre, mais surtout fais-nous revenir à notre désir de dignité. Fais-nous faire demi-tour devant la tentation. Peut-être avec les mots de saint Benoît-Joseph Labre (texte complet en annexe) : « Le troisième (coeur), de bronze, rigoureux pour moi-même, me rendant vainqueur des pièges de la chair, me gardera de tout amour-propre, me délivrera de l’entêtement, me poussera à l’abstinence et m’incitera à me défier du péché. » Fais-nous revenir… ou autrement dit : convertis-nous car nous en sommes bien incapables ! Ce qui est entre nos mains, n’est pas de réussir, mais… d’en avoir le profond désir ! C’est ça ce que tu attends d’abord de nous, désirer d’un grand désir (Lc 22, 15) : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! »


Comment ?

Comment avoir se désir, comment se convertir ? D’abord, en écoutant la Parole de Dieu (verset 9) : « J'écoute : que dira le Seigneur Dieu ? » Écouter dans le sens biblique a un sens précis : c’est celui de l’attitude résolue (le désir d’un grand désir), tourné vers Dieu, et prêt à obéir à ce qu’il me demande car j’ai la ferme intuition, pour ne pas dire la ferme conviction, que Lui seul peut me donner bonheur et paix (verset 9) : « J'écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu'il dit, c'est la paix pour son peuple et ses fidèles ; qu'ils ne reviennent jamais à leur folie ! »


Alors…

Alors, si je prends la ferme résolution (rappelez-vous l’acte de contrition : « Mon Dieu, j'ai un très grand regret de vous avoir offensé, parce-que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable et que le péché vous déplaît. Je prends la ferme résolution, avec le secours de votre sainte grâce, de ne plus vous offenser et de faire pénitence. »), si je reviens de ma folie, je retrouverai la confiance. N’oublions pas que ce dernier mot a une racine commune (fides en latin) avec la foi et la fidélité… Alors (verset 10) : « Mon salut sera proche car je le crains et l’aime, et la gloire habitera ma terre, mon coeur ». Comment oublier que ces jours bénis, ce temps de l’Avent est d’abord celui de l’attente du Sauveur, un Sauveur qui désire notre conversion, notre pénitence… Car Dieu nous laisse libres, libres de refuser son pardon, libres de ne pas le demander. Mais alors ce salut si proche s’éloignera de ma vie. Il est temps de me convertir, tant qu’il me fasse revenir à Lui. Car, alors, je reviendrai de ma folie et retrouverai la confiance.


Alors, ce qui était divisé en moi retrouvera son unité indéfectible. Je désirais aimer, mais la vérité que je croyais entrevoir chez l’autre m’empêchait d’aller jusqu’au bout ? Maintenant « Amour et vérité se rencontrent. » Je cherche la paix dans ma vie, mais je ne l’envisage pas sans une justice ferme pour les autres qui viennent troubler ma vie ? Maintenant « justice et paix s’embrassent ».


Tout se réalisera

Oui, tout se réalise et se réalisera. Tout à Noël, un peu à l’image de Thérèse de Lisieux qui à Noël voulait tout !


  • « Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre » ? Noël n’est-il pas le moment où « Dieu sauve » se rapproche des hommes ? Et où sa Gloire, chantée par les anges, vient sur terre ?

  • « La vérité germera de la terre » ? N’est-ce pas l’autre nom du Sauveur, celui que prédisait Jérémie (Jr 33, 15) : « En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai germer pour David un Germe de Justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice. » Oui, à Noël, le germe de justice naît au milieu de nous.

  • « Et du ciel se penchera la justice » ? Cette justice qui est l’autre nom de Jésus. Cette justice qui veut faire de nous, en ce temps de pénitence, des justes, nous ajuster à sa Parole.

  • « Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit » ? Quel meilleur bienfait que la venue du Sauveur ? Quels meilleurs fruits que les grâces qu’Il offre aux hommes ?

  • « La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin », comme l’avait promis Zacharie (Lc 1, 68-79) :

68 « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple.

69 Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur,

70 comme il l’avait dit par la bouche des saints, par ses prophètes, depuis les temps anciens :

71 salut qui nous arrache à l’ennemi, à la main de tous nos oppresseurs,

72 amour qu’il montre envers nos pères, mémoire de son alliance sainte,

73 serment juré à notre père Abraham de nous rendre sans crainte,

74 afin que, délivrés de la main des ennemis,

75 nous le servions dans la justice et la sainteté, en sa présence, tout au long de nos jours.

76 Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins

77 pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés,

78 grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en haut,

79 pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. »


Oui, les mystères théâtraux avaient vu juste ! Dans quelques jours, par l’Incarnation, amour et vérité se rencontreront, justice et paix s’embrasseront…



Trois cœurs en un seul (St Benoît-Joseph Labre)

« Mon Dieu, accordez-moi, pour vous aimer, trois cœurs en un seul.

Le premier, pour vous, pur et ardent comme une flamme, me tenant continuellement en votre Présence et me faisant désirer parler de vous, agir pour vous, et, surtout, accueillir avec patience les épreuves qu’il me sera donné de devoir surmonter au cours de ma vie.


Le second, tendre et fraternel envers le prochain, me portant à étancher sa soif spirituelle en lui confiant votre Parole, en étant votre témoin comme en priant pour lui. Que ce cœur soit bon pour ceux qui s’éloignent de vous, et plus particulièrement encore s’ils me rejettent ; qu’il s’élève vers vous, vous implorant de les éclairer afin qu’ils parviennent à se libérer des filets du chasseur. Qu’il soit, enfin, plein de compassion pour celles et ceux qui ont quitté ce monde dans l’espérance de vous voir face à face.


Le troisième, de bronze, rigoureux pour moi-même, me rendant vainqueur des pièges de la chair, me gardera de tout amour-propre, me délivrera de l’entêtement, me poussera à l’abstinence et m’incitera à me défier du péché. Car je sais que plus je maîtriserai les séductions de la nature, plus grand sera le bonheur dont vous me comblerez dans l’éternité. Ainsi-soit-il. »



AUDIENCE GÉNÉRALE DE JEAN-PAUL II, Mercredi 25 septembre 2002


Psaume 84

Notre salut est proche

1. Le Psaume 84 que nous venons de proclamer est un chant joyeux et rempli d'espérance dans l'avenir du salut. Il reflète le moment exaltant du retour d'Israël sur la terre des pères après l'exil babylonien. La vie nationale recommence dans ce foyer bien-aimé, qui avait été éteint et détruit lors de la conquête de Jérusalem par les armées du roi Nabuchodonosor en 586 av. J.-C.


En effet, dans l'original hébreu du Psaume, on entend résonner de façon répétée le verbe shûb, qui indique le retour des déportés, mais qui signifie également un "retour" spirituel, c'est-à-dire la "conversion". La renaissance ne concerne donc pas seulement la nation, mais également la communauté des fidèles, qui avaient ressenti l'exil comme une punition pour les péchés commis et voyaient à présent le retour dans leur patrie et la nouvelle liberté comme une bénédiction divine, due à la conversion qui avait eu lieu.


2. Le Psaume peut être suivi dans son déroulement selon deux étapes fondamentales. La première est rythmée par le thème du "retour", qui comprend toutes les interprétations que nous avons mentionnées.


On célèbre tout d'abord le retour physique d’Israël : « Yahvé..., tu fais revenir les captifs de Jacob » (v. 2) ; « Fais-nous revenir, Dieu de notre salut... Ne reviendras-tu pas nous vivifier ? » (vv. 5-7). Il s'agit d'un don précieux de Dieu, qui se soucie de libérer ses fils de l'oppression et qui s'engage pour leur prospérité. « Tu aimes en effet tout ce qui existe... Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie » (cf. Sg 11, 24-26).


Mais, à côté de ce "retour", qui réunit de façon concrète ceux qui sont dispersés, il y a un autre "retour" plus intérieur et spirituel. Le Psalmiste lui laisse une grande place, en lui attribuant une importance particulière, qui vaut non seulement pour l'antique Israël, mais pour les fidèles de tous les temps.


3. Le Seigneur agit de façon active dans ce "retour", révélant son amour en pardonnant l'iniquité de son peuple, en effaçant tous ses péchés, en retirant son emportement, en mettant fin à sa colère (cf. Ps 84, 3-4).


C'est précisément la libération du mal, le pardon des fautes, la purification des péchés qui créent le nouveau Peuple de Dieu. Cela est exprimé à travers une invocation, qui est également entrée dans la liturgie chrétienne : « Fais-nous voir, Yahvé, ton amour, que nous soit donné ton salut » (v. 8).


Mais à ce "retour" de Dieu qui pardonne doit correspondre le "retour", c'est-à-dire la conversion, de l'homme qui se repent. En effet, le Psaume déclare que la paix et le salut sont offerts à « qui revient à lui de tout son coeur » (v. 9). Celui qui se place de façon décidée sur la voie de la sainteté reçoit les dons de la joie, de la liberté et de la paix.


On sait que, souvent, les termes bibliques concernant le péché évoquent le fait de se tromper de route, de manquer l'objectif, de dévier du droit chemin. La conversion est précisément un "retour" sur la voie linéaire qui conduit à la maison du Père, qui nous attend pour nous embrasser, nous pardonner et nous rendre heureux (cf. Lc 15, 11-32).


4. Nous arrivons ainsi à la deuxième partie du Psaume (cf. Ps 84, 10-14), si chère à la tradition chrétienne. On y décrit un monde nouveau, dans lequel l'amour de Dieu et sa fidélité, comme s'il s'agissait de personnes, s’embrassent ; de même, la justice et la paix s'embrassent elles aussi lorsqu'elles se rencontrent. La vérité germe comme lors d'un nouveau printemps et la justice, qui pour la Bible est également salut et sainteté, se présente dans le ciel pour entamer son chemin au milieu de l'humanité.


Toutes les vertus, auparavant chassées de la terre en raison du péché, rentrent à présent dans l'histoire et, en s'entrecroisant, dessinent la carte d'un monde de paix. Miséricorde, vérité, justice et paix deviennent comme les quatre points cardinaux de cette géographie de l'esprit. Isaïe chante lui aussi : « Cieux, épanchez-vous là-haut, et que les nuages déversent la justice, que la terre s'ouvre et produise le salut, qu'elle fasse germer en même temps la justice. C'est moi, Yahvé, qui ait créé cela » (Is 45, 8).


5. Les paroles du Psalmiste, déjà au IIe siècle avec saint Irénée de Lyon, ont été lues comme une annonce de l’« engendrement du Christ par la Vierge » (Adversus haereses, III, 5, 1). La venue du Christ est, en effet, la source de la miséricorde, l'éclosion de la vérité, la floraison de la justice, la splendeur de la paix.


C'est pourquoi le Psaume, en particulier dans sa partie finale, est relu en liaison avec la nativité par la tradition chrétienne. Voilà comment l'interprète saint Augustin, dans l'un de ses discours pour Noël. Laissons-le conclure notre réflexion. « « La vérité a germé de la terre » : le Christ, qui a dit : « Je suis la vérité » (Jn 14, 6) est né d'une Vierge. « Et des cieux se penche la justice » : celui qui croit en celui qui est né ne se justifie pas lui-même, mais est justifié par Dieu. « La vérité a germé de la terre » : car « le Verbe s'est fait chair » (Jn 1, 14). « Et des cieux se penche la justice » : car « tout don excellent, toute donation parfaite, vient d’en-haut » (Jc 1, 17). « La vérité a germé de la terre », c'est-à-dire qu'elle a pris corps de Marie. « Et des cieux se penche la justice » : car « Un homme ne peut rien recevoir, si cela ne lui a été donné du ciel » (Jn 3, 27) » (Discours, IV/1, Rome 1984, p. 11).



6 vues

Posts récents

Voir tout
bottom of page