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IIe dimanche de Pâques - Dimanche de la Divine Miséricorde (A-B-C)

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle…




Jésus, pierre angulaire

Anonyme

« Speculum humanae salvationis » de Ludolphe le Chartreux, Ms Latin 511, folio 33r,

Parchemin, 35 x 26 cm, XIX-XVe siècle,

Bibliothèque nationale de France, Paris (France)


Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 4, 32-35)

La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous. Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient, et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun.


Psaume 117

Oui, que le dise Israël :

Éternel est son amour !

Que le dise la maison d’Aaron :

Éternel est son amour !

Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :

Éternel est son amour !


Le bras du Seigneur se lève,

le bras du Seigneur est fort !

Non, je ne mourrai pas, je vivrai,

pour annoncer les actions du Seigneur.

Il m’a frappé, le Seigneur, il m’a frappé,

mais sans me livrer à la mort.


La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs

est devenue la pierre d’angle :

c’est là l’œuvre du Seigneur,

la merveille devant nos yeux.

Voici le jour que fit le Seigneur,

qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !


Lecture de la première lettre de saint Jean (I Jn 5, 1-6)

Bien-aimés, celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu ; celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui. Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ; et ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 20, 19-31)

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.


Le manuscrit

Le livre est composé de 49 folios à deux colonnes, illustré de lettrines peintes et de 183 peintures donnant l’illustration du texte. Au folio 1, on peut lire la signature de Jean Bellesdens (XVIIe), avocat parisien qui en fut le propriétaire. La couverture est constituée d’une demi-reliure chagrin rouge au chiffre de Louis-Philippe.


Le « Speculum »

Ce livre, dont le titre pourrait être traduit en français par « le miroir de la rédemption de l’humanité », fait encore couler beaucoup d’encre. Les érudits se disputent sur son auteur, ses illustrations ou ses nombreuses versions, illustrées ou non. La Bibliothèque Nationale de France en détient un très bel exemplaire, édité à la fin du XVIe siècle et traduit en français par Jean Miélot (14…-1472), connu sous le nom de « Miroir d’humaine salvation » (Français 188), ainsi que deux textes latins plus ancien pour l’un (début XIVe - Latin 511) et un du XVIe (Latin 512).


Ce texte fut longtemps attribué au dominicain Vincent de Beauvais (1194-1264) par Jean Miélot qui en a fait la traduction en français au mitant du XVIe siècle. Cependant, le début du texte indique qu’il fut rédigé après le déplacement de la papauté en Avignon, c’est-à-dire en 1309. Anachronisme qui obligea à réfléchir à un autre auteur ! Actuellement, la plupart des spécialistes y voit la main de Ludolphe le Chartreux, moine d'origine saxonne, devenu dominicain en 1314, mais entré en 1340 au couvent des chartreux de Strasbourg. Il est l'auteur d'une Vita Christi dont des passages sont repris in extenso dans le Speculum. Toujours est-il qu’on pense que sa rédaction daterait du premier quart du XIVe siècle. On connaît aujourd’hui plus de 350 exemplaires dans les diverses bibliothèques, traduits en plusieurs langues.


Mais tout aussi important que le texte en est l’illustration. Le Speculum expose, selon la méthode typologique, l’histoire de la chute et de la Rédemption. Chaque chapitre comprend ainsi quatre parties : le fait de l’histoire évangélique et trois préfigures. À chacun de ses exemples est associée une miniature. Outre ses quarante-deux chapitres, le Speculum comporte une préface (prologus) et une table (proemium). Ceci nous fait en tout 192 illustrations.


Il est à noter que ce texte eut un retentissement important auprès du peuple comme ouvrage de piété du Moyen-âge, même s’il fut écrit par un moine à destination des moines. Mais le plus surprenant est que nous n’en connaissons aucune traduction en italien, ni même une impression. La péninsule était encore sous une influence orientale qui ne fit jamais grand usage de la méthode typologique. Ainsi, l’influence qu’il eut sur l’art occidental ne laissa aucune trace en Italie.


Deux éléments semblent importants à comprendre dans ce contexte monastique. À plusieurs reprises, les allusions aux Juifs sont particulièrement dures : ils sont vus comme les responsables de la mort du Christ et l’ont attribuera de nombreuses légendes à leurs responsabilité, comme de dire que c’est eux qui ont voulu que le Christ soit cloué alors que les deux larrons n’ont été que liés à la croix. Un deuxième aspect est la présence nette d’une sorte de haine de la femme, objet de luxure et de péché. Ainsi, la seule qui trouve grâce aux yeux du rédacteur est la Vierge Marie, qui devient instrument du Salut, et femme par excellence. On peut dire qu’elle est au centre du Speculum.



Ce que je vois

L’image est séparée en deux. À gauche, l’histoire de Jonas qui sort du ventre du monstre marin après y avoir passé trois jours. Jonas est nu et sort, mains jointes du ventre du monstre, représenté sous la forme d’un énorme poisson muni de dents acérées. Le prophète est auréolé d’un nimbe doré et semble monter vers un ciel empli de fleurs.


À droite, la construction du Temple avec, au centre, la pierre angulaire dorée. Devant une chapelle gothique, dix ouvriers travaillent, montant le toit de bois, équarrissant des pierre de taille, maçonnant les blocs ou extrayant les pierres de la carrière à gauche. Ils édifient, sur le devant, une muraille crénelée qui protègera l’autel et les belles fenêtres géminées et quadrilobées. La clef de voûte (qu’on assimile à la pierre angulaire) au-dessus de l’autel est couverte d’or. Remarquons que tous les ouvriers ont le visage du Christ !


Le rapprochement des deux scènes peut paraître curieux, d’autant plus que, lorsque Jésus fait référence à ce psaume, c’est dans le contexte de la parabole du maître de la vigne et des vignerons homicides (Mt 21, 42 // Mc 12, 10 // Lc 20, 17). Le verset sera repris par Pierre dans une de ses lettres (I P 2, 7) et encore lors de son discours devant les grands prêtres (Ac 4, 11). Jésus fera encore référence à Jonas comme étant l’unique signe laissé à ses contemporains (Mt 12, 39-41 ; Mt 16, 04 // Lc 11, 29-32). Mais jamais, dans l’évangile, les deux événements ne sont liés. Pourquoi, alors, un tel rapprochement ?


Le psaume 117 intégral

00 Alléluia

01 Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour !

02 Oui, que le dise Israël : Éternel est son amour !

03 Que le dise la maison d'Aaron : Éternel est son amour !

04 Qu'ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur : Éternel est son amour !

05 Dans mon angoisse j'ai crié vers le Seigneur, et lui m'a exaucé, mis au large.

06 Le Seigneur est pour moi, je ne crains pas ; que pourrait un homme contre moi ?

07 Le Seigneur est avec moi pour me défendre, et moi, je braverai mes ennemis.

08 Mieux vaut s'appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ;

09 mieux vaut s'appuyer sur le Seigneur que de compter sur les puissants !

10 Toutes les nations m'ont encerclé : au nom du Seigneur, je les détruis !

11 Elles m'ont cerné, encerclé : au nom du Seigneur, je les détruis !

12 Elles m'ont cerné comme des guêpes : (- ce n'était qu'un feu de ronces -) au nom du Seigneur, je les détruis !

13 On m'a poussé, bousculé pour m'abattre ; mais le Seigneur m'a défendu.

14 Ma force et mon chant, c'est le Seigneur ; il est pour moi le salut.

15 Clameurs de joie et de victoire sous les tentes des justes : « Le bras du Seigneur est fort,

16 le bras du Seigneur se lève, le bras du Seigneur est fort ! »

17 Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du Seigneur :

18 il m'a frappé, le Seigneur, il m'a frappé, mais sans me livrer à la mort.

19 Ouvrez-moi les portes de justice : j'entrerai, je rendrai grâce au Seigneur.

20 « C'est ici la porte du Seigneur : qu'ils entrent, les justes ! »

21 Je te rends grâce car tu m'as exaucé : tu es pour moi le salut.

22 La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle :

23 c'est là l'œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.

24 Voici le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête et de joie !

25 Donne, Seigneur, donne le salut ! Donne, Seigneur, donne la victoire !

26 Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! De la maison du Seigneur, nous vous bénissons !

27 Dieu, le Seigneur, nous illumine. Rameaux en main, formez vos cortèges jusqu'auprès de l'autel.

28 Tu es mon Dieu, je te rends grâce, mon Dieu, je t'exalte !

29 Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour !


Contexte du psaume

Ce psaume est un chant de joie entonné au Temple à l’occasion de la fête des tentes. Il fait partie d’un groupe de psaumes qu’on appelle les psaumes du Hallel (Hallel signifie louange) qui étaient toujours chantés pour cette fête, et l’acclamation « Donne, Seigneur, donne le salut » est la traduction exacte du mot hébreu Hosanna. Son sens premier, « sauve donc » est bien une supplication comme on l’a entendu lors de l’entrée triomphale à Jérusalem le jour des Rameaux : Sauve-nous ! Permets-nous d’être replanté, tels des rameaux verts, dans le Paradis donc nous avons été exclus.

La fête des tentes, durant laquelle on dormait durant huit jours dans des tentes, rappelait aux juifs les campements du peuple dans le désert du Sinaï lors de l’Exode. Dieu les avait sauvés de l’esclavage, et, malgré les épreuves du désert, les avait relevés de leurs humiliations. Et c’est bien en ce sens qu’il faut comprendre le célèbre verset : « La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle : c'est là l'œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. »


Un autre regard

Toutes les religions de cette époque défendaient l’image d’un dieu vainqueur, puissant, d’un guerrier fort qui écraserait les ennemis et ne garderait de son peuple que les plus aguerris. Le Dieu d’Israël, lui, proclame qu’il sauvera et couronnera tous les exclus. Eux qui n’étaient vus que comme des pierres sans importance, des briquaillons — ces fragments de brique servant à bourrer des espaces libres — allaient devenir, par l’entremise de Yahvé, des pierres angulaires, celles qui tiennent l’édifice. Retirez la pierre d’angle, et tout l’édifice s’effondre. Ainsi, nul n’est moindre qu’un autre, tout le monde a sa place, tout le monde est essentiel. Personne n’est « nul », c’est-à-dire « zéro », rien, inexistant. Cette idée du psaume sera reprise avec force tant par Jésus que par ses disciples. Ainsi, Paul parlant de l’Église comme le Corps du Christ rappelle que tous les membres sont utiles et ont leur importance (I Co 12), et Pierre d’user avec force de cette image d’un corps comme construction où chacun a sa place (I P 2, 4-9) :

« Approchez-vous de lui : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. En effet, il y a ceci dans l’Écriture : Je vais poser en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie, précieuse ; celui qui met en elle sa foi ne saurait connaître la honte. Ainsi donc, honneur à vous les croyants, mais, pour ceux qui refusent de croire, il est écrit : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, une pierre d’achoppement, un rocher sur lequel on trébuche. Ils achoppent, ceux qui refusent d’obéir à la Parole, et c’est bien ce qui devait leur arriver. Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. »

L’espérance est ainsi rendue au peuple qui peut alors proclamer avec vigueur : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du Seigneur : il m'a frappé, le Seigneur, il m'a frappé, mais sans me livrer à la mort. »


La tentation du désespoir

Car le désespoir nous guette toujours. Devant les épreuves, nous pourrions parfois baisser les bras, croire que tout est fini et qu’il n’y a pas d’issue. Le psalmiste a connu cette épreuve confessant son angoisse. Mais perdu, aveugle sur sa destinée, il s’est tourné vers Dieu. Et là, tout a changé. Peut-être pas la disparition des ennemis : ils sont toujours là à tourner autour de lui comme un essaim de guêpes, à le frapper, l’encercler et l’écraser. Ce qui a changé, c’est son regard sur la situation. Il a compris que trop souvent il s’est réfugié dans les bras des hommes, mais ceux-ci l’ont trompé, abusé ou abandonné.


Le Christ lui-même en fit l’expérience : seul le jeune saint Jean est demeuré au pied de la Croix. Lui aussi a été frappé, encerclé, condamné, brutalisé. Lui aussi a été tenté par ce désespoir (Lc 22, 42) : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne » ; au point d’en suer des gouttes de sang (verset 44) : « Entré en agonie, Jésus priait avec plus d’insistance, et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient sur la terre. » Mais il savait son Père à ses côtés, avec lui. Il savait qu’il faisait sa volonté et que, comme pour le psalmiste, il serait sauvé. Il n’est pas pour rien qu’il entonne sur la croix le premier verset du psaume 21 (que tout bon Juif connaît par coeur), car le final en est éclairant (versets 30 à 32) : « Tous ceux qui festoyaient s'inclinent ; promis à la mort, ils plient en sa présence. Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ; on annoncera le Seigneur aux générations à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son oeuvre ! »


Dieu ne nous abandonne pas

Et le psalmiste comprend que seul Dieu ne l’abandonnera pas : « Mieux vaut s'appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ». Que Dieu est sa véritable force : « Le Seigneur est pour moi, je ne crains pas ; que pourrait un homme contre moi ? » Mais pour que Dieu me protège, ne m’abandonne pas, il faut d’abord que moi je ne l’abandonne pas ! Combien de fois avons-nous eu l’impression que Dieu nous avait délaissé ? Mais la vraie question à se poser serait plutôt : combien de fois l’ai-je oublié, ne me tournant vers lui que quand j’en ai urgemment besoin ? Que penseriez-vous, comme ami, si une relation dont vous n’avez plus de nouvelles depuis vingt ans, débarque d’un seul coup chez vous pour vous demander une aide conséquente ? Bien sûr, nous l’aiderions, mais, avouons-le, avec un peu de rancoeur au fond de nous-même… Dieu, lui ne nous abandonnera pas, mais surtout, n’aura pas de rancoeur envers nous, car il est la Miséricorde. À un tel point qu’en plus de nous sauver, il nous élèvera jusqu’au rang de pierre angulaire ! Et ce pour l’éternité : « Éternel est son amour ! ».


Action de grâce

Le problème est, qu’une fois exaucés, nous en retournons tranquillement à notre état précédent… Salomon le constatait déjà dans le livre des Proverbes (Pr 26, 11) : « Comme le chien retourne à son vomi, l’insensé revient à ses folies »… Ce n’est pas ce que Dieu attend de nous, évidemment. Il attend surtout que nous rendions grâce. « Rendre », c’est-à-dire retourner le cadeau à celui qui l’a offert. Quand on dit merci c’est que nous avons bénéficié de quelque chose. Mais nous, souvent, nous avons reçu ce que nous demandions ou espérions, et nous repartons avec notre cadeau divin sans dire merci ! Oh, pour réclamer, aucune difficulté ! Pour demander pardon, un peu plus difficile (doux euphémisme)… Mais pour rendre grâce, nous sommes souvent aux abonnés absents. Peut-être parce que nous estimons que tout nous est dû… Et c’est là, enfin, où je me tourne vers Jonas !


Jonas

Prenez le temps d’aller lire son histoire dans la Bible. C’est une sorte de conte pour nous faire comprendre notre manque de courage et, surtout, notre difficulté à remercier Dieu. Ce sont quatre chapitres qui ne vous demanderont pas plus de vingt minutes.


Jonas refuse d’abord d'obéir à Dieu qui lui demande d’aller à Ninive pour annoncer aux habitants un châtiment s’ils ne se convertissent pas. Par manque de courage, il prend un autre bateau qui risque de sombrer devant la colère de Dieu. Jonas comprend que c’est de sa faute et demande aux matelots de le jeter à l’eau pour que cesse la tempête. Au lieu de se noyer, il tombe dans le ventre d’une énorme bête marine qui l’engloutit durant trois jours (vous voyez l’allusion pascale). Enfin, il prie, reconnaît son péché, comprend qu’il a abandonné le Seigneur et promet de revenir à lui (Jon 2, 10) : « Mais moi, au son de l’action de grâce, je t’offrirai des sacrifices ; j’accomplirai les vœux que j’ai faits : au Seigneur appartient le salut. » Le poisson le vomit et Jonas se retrouve sur la terre ferme, comme l’image nous le montre. Jonas qui avait abandonné le projet de Dieu redevient la pierre d’angle, ayant enfin le courage d’annoncer la prophétie que Dieu lui avait confiée. Première leçon : Courage ! (Jn 16, 23) : « Je vous ai parlé ainsi, afin qu’en moi vous ayez la paix. Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde. »


Jonas accomplit alors sa mission. Mais il est en colère : il pensait (pour ne pas dire « espérait ») que Dieu allait détruire tous ces mécréants ; mais voici qu’à l’annonce du prophète, ils se convertissent et que Dieu les épargne (Jon 4, 2b-3) : « Je savais bien que tu es un Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Eh bien, Seigneur, prends ma vie ; mieux vaut pour moi mourir que vivre. » Il part dépité se mettre à l’ombre, loin de la cité. Dieu fait alors pousser un ricin pour lui donner de l’ombre. Mais le lendemain, le ricin est mort, et Jonas se met encore en colère demandant la mort. Le dialogue est alors savoureux :

09 Dieu dit à Jonas : « As-tu vraiment raison de te mettre en colère au sujet de ce ricin ? » Il répondit : « Oui, j’ai bien raison de me mettre en colère jusqu’à souhaiter la mort. »
10 Le Seigneur répliqua : « Toi, tu as pitié de ce ricin, qui ne t’a coûté aucun travail et que tu n’as pas fait grandir, qui a poussé en une nuit, et en une nuit a disparu.
11 Et moi, comment n’aurais-je pas pitié de Ninive, la grande ville, où, sans compter une foule d’animaux, il y a plus de cent vingt mille êtres humains qui ne distinguent pas encore leur droite de leur gauche ? »

Deuxième leçon : RENDONS GRÂCE !


Je me répète (c’est l’âge), mais peut-être devrions-nous plus prier avec les psaumes. Et rendre grâce avec les mots même du psaume de ce dimanche :

21 Je te rends grâce car tu m'as exaucé : tu es pour moi le salut.

22 La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle :

23 c'est là l'œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.

24 Voici le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête et de joie !

25 Donne, Seigneur, donne le salut ! Donne, Seigneur, donne la victoire !

26 Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! De la maison du Seigneur, nous vous bénissons !

27 Dieu, le Seigneur, nous illumine. Rameaux en main, formez vos cortèges jusqu'auprès de l'autel.

28 Tu es mon Dieu, je te rends grâce, mon Dieu, je t'exalte !

29 Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour !




Jean-Paul II. Mercredi 5 décembre 2001

1. Lorsque le chrétien, en harmonie avec la voix en prière d'Israël, entonne le Psaume 117 que nous venons d'entendre retentir, il ressent une émotion particulière. En effet, il trouve dans cette hymne, qui possède une profonde empreinte liturgique, deux phrases qui retentissent au sein du Nouveau Testament avec une nouvelle intensité.


La première est constituée par le verset 22 : « La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la tête de l'angle ». Cette phrase est citée par Jésus, qui l'applique à sa mission de mort et de gloire, après avoir raconté la parabole des vignerons homicides (cf. Mt 21, 42). La phrase est également rappelée par Pierre dans les Actes des Apôtres : « C'est lui la pierre que vous, les bâtisseurs, avez dédaignée, et qui est devenue la pierre d'angle. Car il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Ac 4, 11-12).


Cyrille de Jérusalem commente : « Nous disons qu'il n'y a qu'un seul Seigneur Jésus-Christ, afin que la filiation soit unique; nous disons un seul, afin que tu ne penses pas qu'il y en ait un autre... En effet, il est appelé pierre, une pierre qui n'est pas inanimée, ni taillée par des mains d'homme, mais pierre d'angle, car celui qui aura cru en elle ne sera pas déçu ».


La seconde phrase que le Nouveau Testament tire du Psaume 117 est proclamée par la foule le jour de l'entrée messianique solennelle du Christ à Jérusalem : « Béni celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Mt 21, 9; cf. Ps 117, 26). L'acclamation est encadrée par un « Hosanna » qui reprend l'invocation juive hoshia'na', « deh, sauve-nous ! ».


2. Cette splendide hymne biblique appartient au petit groupe de Psaumes, allant du 112 au 117, appelé le « Hallel pascal », c'est-à-dire la louange psalmique utilisée par le culte juif pour la Pâque juive et également pour les principales solennités de l'année liturgique. Le rite de procession scandé par les chants alternés du soliste et du chœur, avec en arrière-plan la ville sainte et son temple, peut être considéré comme le fil conducteur du psaume 117. Une belle antienne ouvre et conclut le texte : « Rendez grâce à Yahvé, car il est bon, car éternel est son amour ! » (vv. 1.29).


La parole « amour » traduit la parole juive hesed, qui désigne la fidélité généreuse de Dieu à l'égard de son peuple allié et ami. Trois catégories de personnes chantent cette fidélité : Israël en entier, la « maison d'Aaron », c'est-à-dire les prêtres, et ceux « qui craignent Yahvé », une locution qui indique les fidèles et également par la suite les prosélytes, c'est-à-dire les membres des autres nations souhaitant adhérer à la loi du Seigneur (cf. vv. 2-4).


3. La procession semble se dérouler dans les rues de Jérusalem, car l'on parle des « tentes des justes » (cf. v. 15). Une hymne d'action de grâce s'élève cependant (cf. vv. 5-18), dont le message est essentiel : même lorsqu'on éprouve de l'angoisse, il faut maintenir vive la flamme de la confiance, car la main puissante du Seigneur conduit son fidèle à la victoire sur le mal et au salut.


Le poète sacré utilise des images fortes et vivantes : les adversaires cruels sont comparés à un essaim d'abeilles ou à un front de flammes qui avance en réduisant tout en cendres (cf. v. 12). Mais la réaction du juste, soutenu par le Seigneur, est véhémente; à trois reprises, il répète : « Au nom de Yahvé, je les sabre » et le verbe hébreu souligne une intervention destructrice à l'égard du mal (cf. vv. 10.11.12). En effet, à la base se trouve la main droite puissante de Dieu, c'est-à-dire son œuvre efficace, et certainement pas la main faible et hésitante de l'homme. C'est pour cette raison que la joie pour la victoire sur le mal débouche sur une profession de foi très suggestive : « Ma force et mon chant, c'est Yahvé, il fut pour moi le salut » (v. 14).


4. La procession semble être parvenue au temple, aux « portes de justice » (v. 19), c'est-à-dire à la porte sainte de Sion. C'est là qu'est entonné un deuxième chant d'action de grâce, qui s'ouvre par un dialogue entre l'assemblée et les prêtres pour être admis au culte. « Ouvrez-moi les portes de justice, j'entrerai, je rendrai grâce à Yahvé ! », dit le soliste au nom de l'assemblée en procession. « C'est ici la porte de Yahvé, les justes entreront » (v. 20), répondent d'autres personnes, probablement les prêtres.


Une fois entré, on peut commencer à entonner l'hymne de gratitude au Seigneur, qui, dans le temple, s'offre comme une « pierre » stable et sûre sur laquelle édifier la maison de la vie (cf. Mt 7, 24-25). Une bénédiction sacerdotale descend sur les fidèles, qui sont entrés dans le temple pour exprimer leur foi, élever leur prière et célébrer le culte.


5. La dernière scène qui s'ouvre à nos yeux est constituée par un rite joyeux de danses sacrées, accompagnées par des rameaux qui sont agités en signe de fête : « Serrez vos cortèges, rameaux en main, jusqu'aux cornes de l'autel » (v. 27). La liturgie est joie, rencontre de fête, l'expression de toute l'existence qui loue le Seigneur. Le rite des rameaux fait penser à la fête juive des Tentes, en mémoire du pèlerinage d'Israël dans le désert, solennité au cours de laquelle une procession était accomplie avec des rameaux de palmiers, de myrtes et de saules.


Ce rite évoqué par le Psaume est reproposé au chrétien à l'entrée de Jésus à Jérusalem, qui est célébrée lors de la liturgie du Dimanche des Rameaux. Le Christ est honoré comme le « fils de David » (cf. Mt 21, 9) par la foule qui, « venue pour la fête.... prit les rameaux des palmiers et sortit à sa rencontre en s'écriant : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d'Israël ! » (cf. In 12, 12-13). Au cours de cette célébration de fête, qui prélude cependant à l'heure de la passion et de la mort de Jésus, se réalise également et acquiert sa pleine signification le symbole de la pierre d'angle, proposé à l'ouverture, et qui revêt une valeur joyeuse et pascale.


Le Psaume 117 encourage les chrétiens à reconnaître dans l'événement pascal de Jésus « le jour que fit Yahvé », où « la pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la tête d'angle ». Remplis de gratitude, ils peuvent donc chanter avec le Psaume : « Ma force et mon chant c'est Yahvé, il fut pour moi le salut » (v. 14) ; « Voici le jour que fit Yahvé, pour nous allégresse et joie » (v. 24).



Jean-Paul II. Mercredi 12 février 2003

Dans toutes les festivités les plus significatives et joyeuses de l'antique religion juive - en particulier lors de la célébration de la Pâque - on chantait la séquence des Psaumes qui va du 112 au 117. Cette série d'hymnes de louange et d'action de grâce à Dieu était appelé le « Hallel égyptien », car dans l'un d'eux, le Psaume 113 A, était évoqué de façon poétique et presque visible l'exode d'Israël loin de la terre de l'oppression, l'Egypte des Pharaons, et le merveilleux don de l'alliance divine. Le dernier Psaume qui scelle ce « Hallel égyptien » est précisément le Psaume 117, qui vient d'être proclamé et que nous avons déjà médité dans une réflexion précédente.


Ce chant révèle clairement un usage liturgique à l'intérieur du temple de Jérusalem. Dans sa trame, en effet, semble se dérouler une procession, qui commence parmi les « tentes des justes » (v. 15), c'est-à-dire dans les maisons des fidèles. Ces derniers exaltent la protection de la main divine, capable de protéger celui qui est droit et confiant, même lorsque des adversaires cruels font irruption. L'image utilisée par le Psalmiste est expressive : « Ils m'ont entouré comme des guêpes, ils ont flambé comme feu de ronces, au nom de Yahvé je les sabre » (v. 12).


Face à ce danger auquel il a échappé, le Peuple de Dieu lance des « clameurs de joie et de salut » (v. 15) en l'honneur de la « droite de Yahvé [qui] a fait prouesse » (cf v. 16). Il y a donc la conscience de n'être jamais seuls, en proie à la tempête déchaînée des méchants. En réalité, le dernier mot est toujours celui de Dieu qui, s'il permet la mise à l'épreuve de son fidèle, ne le livre cependant pas à la mort (cf. v. 18).


3. À ce point, il semble que la procession atteigne l'objectif évoqué par le Psalmiste à travers l'image des « portes de justice » (v. 19), c'est-à-dire de la porte sainte du temple de Sion. La procession accompagne le héros auquel Dieu a accordé la victoire. Il demande qu'on lui ouvre les portes, afin qu'il « puisse rendre grâce à Yahvé » (cf. v. 19). « Les justes entrent » avec lui (cf. v. 20). Afin d'exprimer la dure épreuve qu'il a surmontée et la glorification qui a suivi, il se compare lui-même à la « pierre qu'ont rejeté les bâtisseurs », qui est ensuite « devenue la tête de l'angle » (v. 22).


Le Christ reprendra précisément cette image et ce verset, au terme de la parabole des vignerons homicides, pour annoncer sa Passion et sa glorification (cf. Mt 21, 42).


4. En appliquant le Psaume à lui-même, le Christ ouvre la voie à l'interprétation chrétienne de cet hymne de confiance et de gratitude au Seigneur, pour son hesed, c'est-à-dire pour son amour fidèle, qui retentit dans tout le Psaume (cf. Ps 117, 1.2.3.4.29).


Les symboles adoptés par les Pères de l'Église sont au nombre de deux.


Tout d'abord celui de la « porte de justice », que saint Clément Romain commentait ainsi dans sa Lettre aux Corinthiens : « De nombreuses portes sont ouvertes, mais celle de la justice est en Christ. Bienheureux sont tous ceux qui y entrent et suivent leur chemin dans la sainteté et dans la justice, en accomplissant tout tranquillement » (48, 4 : Les Pères apostoliques, Rome 1976, p. 81).


5. L'autre symbole, lié au précédent, est précisément celui de la pierre.


Nous nous laisserons alors guider dans notre méditation par saint Ambroise, dans son Commentaire de l'Évangile selon Luc. En commentant la profession de foi de Pierre à Césarée de Philippe, il rappelle que « le Christ est la pierre » et que, « même à son disciple, le Christ ne refusa pas ce beau nom, de façon à ce que lui aussi soit Pierre, afin que de la pierre il ait la fermeté de la persévérance, le caractère inébranlable de la foi ».


Ambroise introduit alors l'exhortation suivante : « Efforce-toi d'être une pierre toi aussi. Mais pour cela ne cherche pas en dehors de toi, mais cherche la pierre qui est en toi. Ta pierre sont tes actions, ta pierre est ta pensée. Sur cette pierre est édifiée ta maison, afin qu'elle ne soit menacée par aucune tempête des esprits du mal. Si tu es une pierre, tu seras dans l'Église, car l'Église se trouve sur la pierre. Si tu es dans l'Eglise, les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre toi ».

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