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IIIe Dimanche de Carême (B)

Quatre colonnes vertueuses



Jésus chasse les marchands du Temple

Anonyme

Mosaïques, Bas-côté Nord, 1179 - 1182

Santa Maria Nova à Monreale, Sicile (Italie)


Évangile selon saint Jean 2, 13-25

Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem. Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment. Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait. Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.


Les mosaïques

Sur le mur supérieur droit de la nef de la merveilleuse cathédrale de Monreale (Province de Palerme en Sicile), on peut apercevoir cette superbe mosaïque de Jésus chassant les marchands du Temple.



Construite à l’initiative du Roi Guillaume II, de 1172 à 1176, elle est surtout connue pour son style arabo-normand byzantin, témoignage des trois grandes cultures présentes en Sicile à cette époque. La structure massive de l’édifice en est particulièrement normande, alors que les arcades intérieures et les décorations extérieures rappellent le style arabe, tandis que les mosaïques intérieures illustrent le style byzantin. Ainsi, les murs hauts de l’intérieurs de la cathédrale (760 m2) sont entièrement recouverts de mosaïques (1179-1182) représentant, avec un programme iconologique précis, et une volonté catéchétique, les scènes se déroulant de la création du monde jusqu’au salut offert par le Christ aux hommes. Les mosaïques sont composées de tesselles de pierre naturelle, essentiellement du calcaire local, de pâte de verre, de pâte vitrée et dorée.


Que voit-on ?

En haut de l’image, on peut lire en latin médiéval le verset 14 de l’évangile de Jean :

« et invenit in templo vendentes boves et oves et columbas et nummularios sedentes ».

Sur un fond or, on distingue un grand bâtiment couvert d’un toit en pierres grises, percé de quatre fenêtres, dont l’ouverture prend la forme d’un ciborium d’église porté par quatre colonnes. Au centre, Jésus renverse la table des changeurs de la main gauche, tandis que la main droite menace d’un fouet les marchands qui s’enfuient. L’un porte deux colombes dans une cage portée au bout d’un bâton, tandis que les autres, portant leur bourse, paraissent pousser le troupeau de bœufs et de brebis, devant la colère du Christ. Derrière Jésus, deux personnages regardent la scène. On peut facilement y reconnaître Pierre avec sa belle barbe blanche bouclée.


Jésus vole ?

Ce Jésus en colère semble flotter dans les airs. Le vent s’est engouffré dans sa tunique, ses pieds ne paraissent plus toucher le sol, comme s’il volait. Jésus vole devant ceux qu’il traite de voleurs ! Même la table des changeurs est en suspension dans les airs. Tout est mouvement dans cette mosaïque, seul le Temple se dresse, massif et immobile. Quant aux marchands, eux aussi volent ! On ne voit même pas leurs pieds. Ils quittent le sol ferme du pavement du Temple, pour se lancer, tout en le refusant de la main, vers une sorte de mer qui semble couler sous les animaux. Un passage de la Mer Rouge ? Une Mer Rouge qui va aussi noyer la table et l’argent qui se déverse en elle. Le péché est noyé dans les eaux du baptême…


Un Temple eucharistique

Entre les deux groupes, on remarque cette curieuse construction en forme de ciborium. Le ciborium est cette sorte de dais, soutenu de quatre colonnes, qui protège les autels que l’on appellera ensuite un baldaquin. Ils sont courants dans les antiques églises italiennes. Ici, on pourrait le prendre pour une des portes d’entrée du Temple. Il l’est peut-être, mais pas du Temple dont parlent les juifs. Plutôt du Temple qu’est Jésus, car il l’a dit, il est le nouveau Temple. Jésus renverse l’ancien autel, celui qui n’était que négociation avec Dieu, autel du débit-crédit, autel du « si je fais ça, tu me donneras ça, Seigneur ? », celui que ces marchands avaient érigé en lieu de culte. Ils avaient choisi entre Dieu et l’argent ; ils en avaient fait leur dieu. Jésus vient prendre la place. Il renverse ce culte de Mammon, il vient se mettre sous le ciborium. Ne sera-t-il pas nourriture pour son peuple ? Ne deviendra-t-il pas le grand prêtre ? N’est-il pas la manne, le pain descendu du ciel ? Il sait ce qu’il y a dans le regard de ces marchands qui lui demandèrent un signe :

« Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme. »

Il connaît notre coeur…

Eh oui, nous aussi sommes des négociateurs avec Dieu ! Nous aussi nous marchandons les grâces attendues et demandées. Nous aussi, nous nous sommes fabriqué notre petit Temple bien au chaud, bien organisé. Bien sûr, nous savons qu’il jouxte, pour ne pas dire qu’il empiète, sur la mer du péché. Bien sûr, nous savons que nous nous sommes fait des veaux d’or. Mais bon sang, Seigneur, si tu crois que c’est si facile ! C’est vrai. Peut-être pourrions-nous faire quelques petits efforts qui nous rendraient un semblant de bonne conscience ? C’est souvent comme ça que nous négocions notre vie spirituelle, mais aussi humaine. Par des compromissions, des combinazioni… Il connaît notre cœur… Mais il sait aussi que notre raisonnement est faux, mal fait.


Changez de perspective !

Nous cherchons toujours à aménager notre Temple, à y faire quelques réparations, voire à le décorer pour masquer sa décrépitude. Il a fallu quarante-six ans pour le construire, voire plus, voire moins suivant notre âge ! Et voici que Jésus vient nous dire, à nous les marchands, qu’en trois jours il peut en édifier un nouveau. Mais notez bien, ce n’est pas lui qui va détruire ce Temple, c’est à nous de le faire. Ce Temple dont il parle, c’est son Corps. Mais où est donc ce Temple aujourd’hui, si ce n’est dans l’Église, nouveau Temple dont nous sommes les Pierres vivantes (1 P 2, 4), ce Temple que Jésus a fait de mon Corps, ce Temple où réside l’Esprit (1 Cor 6, 19) :

« Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ? Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu. »

Notre tâche…

À nous de le laisser prendre possession de notre corps, de tout notre être, de notre temple intérieur. À nous de détruire l’homme ancien, de jeter dans la Mer Rouge notre côté mercantile, de purifier dans le renouvellement des eaux du baptême nos veaux d’or. Détournons le regard de nos faux dieux, des temples souillés, des repaires de brigands. Alors, en trois jours, il viendra reprendre sa place. Il viendra dresser un nouvel autel, il viendra offrir son corps eucharistique, il viendra dresser en nous les quatre colonnes vertueuses qui protégeront le corps du Christ que nous accueillerons : patience, force, justice et tempérance.


« Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »

Un temps de Carême pour détruire notre ancien Temple, pour faire mourir l’homme ancien qui est en nous, pour revêtir l’homme nouveau. Un temps pour méditer une belle illustration de ce texte d’évangile et de cette mosaïque, avec saint Paul :


Éphésiens 4


Moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous exhorte donc à vous conduire d’une manière digne de votre vocation : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous. À chacun d’entre nous, la grâce a été donnée selon la mesure du don fait par le Christ. C’est pourquoi l’Écriture dit : Il est monté sur la hauteur, il a capturé des captifs, il a fait des dons aux hommes. Que veut dire : Il est monté ? – Cela veut dire qu’il était d’abord descendu dans les régions inférieures de la terre. Et celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers. Et les dons qu’il a faits, ce sont les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude. Alors, nous ne serons plus comme des petits enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d’idées, au gré des hommes qui emploient la ruse pour nous entraîner dans l’erreur. Au contraire, en vivant dans la vérité de l’amour, nous grandirons pour nous élever en tout jusqu’à celui qui est la Tête, le Christ. Et par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux articulations qui le maintiennent, selon l’énergie qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l’amour. Je vous le dis, j’en témoigne dans le Seigneur : vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leur pensée. Ils ont l’intelligence remplie de ténèbres, ils sont étrangers à la vie de Dieu, à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de l’endurcissement de leur cœur ; ayant perdu le sens moral, ils se sont livrés à la débauche au point de s’adonner sans retenue à toute sorte d’impureté. Mais vous, ce n’est pas ainsi que l’on vous a appris à connaître le Christ, si du moins l’annonce et l’enseignement que vous avez reçus à son sujet s’accordent à la vérité qui est en Jésus. Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur. Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité. Débarrassez-vous donc du mensonge, et dites la vérité, chacun à son prochain, parce que nous sommes membres les uns des autres. Si vous êtes en colère, ne tombez pas dans le péché ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère. Ne donnez pas prise au diable. Que le voleur cesse de voler ; qu’il prenne plutôt la peine de travailler honnêtement de ses mains, afin d’avoir de quoi partager avec celui qui est dans le besoin. Aucune parole mauvaise ne doit sortir de votre bouche ; mais, s’il en est besoin, que ce soit une parole bonne et constructive, profitable à ceux qui vous écoutent. N’attristez pas le Saint Esprit de Dieu, qui vous a marqués de son sceau en vue du jour de votre délivrance. Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté. Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ.



Prière des Chevaliers (Père Jacques SEVIN)


Seigneur Jésus, de qui descend toute noblesse et toute chevalerie, apprenez-nous à servir noblement.

Que notre fait ne soit point parade ni littérature, mais loyal ministère et sacrifice coûteux.

Tenez nos âmes hautes, tout près de Vous, dans le dédain des marchandages, des calculs et des dévouements à bon marché.

Car nous voulons gagner notre paradis non pas en commerçants, mais à la pointe de notre épée, laquelle se termine en croix, et ce n'est pas pour rien.

Nous avons fait de beaux rêves pour Votre amour dans l'obscurité des journées banales, préparez-nous aux grandes choses par le fidélité aux petites et enseignez-nous que la plus fière épopée est de conquérir notre âme et de devenir des saints.

Nous n'avons pas visé moins haut, Seigneur, et nous sommes bien ambitieux, mais heureusement nous sommes faibles et cette grâce, nous l'espérons de Votre miséricorde, nous conservera humbles.

Demandez-nous beaucoup, et aidez-nous ô Vous donner davantage.

Et puisque nous sommes livrés à Vous, ne Vous gênez pas pour nous prendre au mot et pour nous sacrifier :

Nous Vous le demandons malgré le tremblement de notre chair, car nous voulons n'avoir qu'une crainte, celle de ne pas Vous aimer assez.

Et quand, au soir de notre dernière bataille, Votre voix de Chef sonnera le ralliement de tous Vos chevaliers, faites, Seigneur, c'est notre suprême prière, faites que notre mort serve à quelque chose, et accordez-nous la grâce de mourir debout.

Ainsi soit-il.



Homélie de saint Augustin (+ 430) sur le psaume 130, Homélies sur les psaumes, ps 130 ; CCL 40, 1899-1900.


Nous ne devons pas écouter la voix qui chante les psaumes comme celle d'un individu, mais comme celle de tous les hommes appartenant au Corps du Christ. Et parce que tous font partie de son corps, ils parlent comme un corps unique, et cet homme unique est aussi une multitude. En effet, ils sont multiples en eux-mêmes, et ils ne font qu'un en lui qui est unique. Lui-même est aussi le Temple de Dieu, dont l'Apôtre écrit : Il est saint, ce temple de Dieu que vous êtes (1 Co 3,17), c'est-à-dire : tous ceux qui croient au Christ et qui croient de manière à aimer. Car croire au Christ, c'est aimer le Christ, et non pas comme les démons croyaient, sans aimer (Jn 2,19), et c'est pourquoi ils pouvaient bien croire, mais ils disaient : Qu'y a-t-il de commun entre nous et toi, Fils de Dieu (cf. Mt 8,29) ? Pour nous, croyons de telle sorte que, si nous croyons en lui, ce soit en l'aimant, et que nous ne disions pas : Qu'y a-t-il entre nous et toi ? Mais plutôt : Nous t'appartenons, à toi, qui nous as rachetés. Tous ceux qui croient ainsi sont comme les pierres vivantes dont le temple de Dieu est bâti (1 P 2,5), et comme les bois incorruptibles dont était composée cette arche que le déluge n'a pu submerger (Gn 6,14). Ce temple, c'est-à-dire les hommes eux-mêmes, c'est là que l'on prie Dieu, et qu'il exauce. <>


Être exaucé par rapport à la vie éternelle est accordé seulement à celui qui prie dans le temple de Dieu. Or on prie dans le temple de Dieu quand on prie dans la paix de l'Église, dans l'unité du Corps du Christ, lequel est constitué de tous ceux qui croient en lui, sur la terre entière, et c'est pourquoi celui qui prie dans ce temple-là est exaucé. Car il prie en esprit et en vérité (Jn 4,24), celui qui prie dans la paix de l'Église, non dans ce temple qui n'en était que la figure.


Car c'est en figure que le Seigneur chasse du Temple ces hommes qui y recherchaient leurs intérêts, c'est-à-dire qui allaient au Temple pour vendre et acheter. Car si ce Temple était figuratif, il est évident que le corps du Christ, qui est le vrai temple dont l'autre n'était que l'image, contient lui aussi, mélangés, des acheteurs et des vendeurs, c'est-à-dire des hommes qui recherchent leurs intérêts personnels, et non ceux de Jésus Christ (Ph 2,21).


C'est parce que les hommes sont frappés pour leurs péchés, que le Seigneur a fait un fouet de cordelettes et a ainsi chassé du Temple tous ceux qui cherchaient leurs intérêts personnels, non ceux de Jésus Christ.


C'est donc la voix de ce temple qui retentit dans le psaume. Dans ce temple, ai-je dit, on implore Dieu, et il exauce en esprit et en vérité, mais non dans le temple matériel. Car il n'y avait là qu'une ombre où était montré le temple de l'avenir. C'est pourquoi celui-là est maintenant tombé. Notre maison de prière serait-elle tombée ? Nullement. Car vous avez entendu ce qu'a dit notre Seigneur Jésus Christ : Il est écrit : Ma maison s'appellera maison de prière pour toutes les nations (Mc 11,17).


Prière

Tu es la source de toute bonté, Seigneur, et toute miséricorde vient de toi; tu nous a dit comment guérir du péché par le jeûne, la prière et le partage ; écoute l'aveu de notre faiblesse : nous avons conscience de nos fautes, patiemment relève-nous avec amour. Par Jésus Christ.

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