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IIIe dimanche de l’Avent (A)

En chemin vers le Royaume -



Le Paradis,

Marc CHAGALL (Vitebsk, 1887 - Saint-Paul-de-Vence, 1985),

Huile sur toile, 198 x 288 cm, 1961,

Musée national Marc Chagall, Nice (France)


Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 35, 1-6a.10)

Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuient.


Psaume 145 (146), 7, 8, 9ab.10a

Le Seigneur fait justice aux opprimés, aux affamés, il donne le pain, le Seigneur délie les enchaînés.


Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes.


Le Seigneur protège l’étranger, il soutient la veuve et l’orphelin. D’âge en âge, le Seigneur régnera.


Lecture de la lettre de saint Jacques (Jc 5, 7-10)

Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte. Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.


L’artiste

Né le 7 juillet 1887 à Vitebsk en Biélorussie, Marc Chagall, de son vrai nom Moïche Zakharovitch Chagalov, est issu d'une famille modeste d'origine juive. C'est dans sa ville natale qu'il découvre la peinture, avant de partir en 1907 suivre des études aux Beaux-arts de Saint-Pétersbourg. Il y travaille dans l'atelier d'un peintre biélorusse, Léon Bakst. Il y rencontre également Bella Rosenfeld en 1909, dont il tombe fou amoureux. Rêvant de découvrir Paris, Chagall s'y installe alors en 1911. Il y rencontre de nombreux artistes comme Blaise Cendrars et Guillaume Apollinaire, puis réalise ses premières grandes œuvres, dont Golgotha. Il expose pour la première fois en 1912, puis en 1914 à Berlin. À cause de la Première Guerre mondiale, Marc et Bella retournent à Vitebsk. Ils s'y marient en 1915 et ont une fille l'année suivante. Chagall exerce un temps comme commissaire aux Beaux-arts, puis prend la tête de l'École artistique de Vitebsk. Il poursuit son œuvre avec La promenade (1917), et réalise le décor du théâtre juif de Moscou.


En 1922, Marc Chagall s'installe à Berlin, où il réalise ses premières gravures et écrit son autobiographie Ma vie. Il revient ensuite en France en 1923 et produit, entre autres, des dessins et des gouaches. Il peint également les tableaux le Cirque (1927) et les Amoureux au lilas (1930). Alors qu'il obtient la nationalité française en 1937, la Seconde Guerre mondiale oblige Marc Chagall à partir en zone libre pour finalement rejoindre les États-Unis en 1941 grâce à l'aide du journaliste américain Varian Fry, comme de nombreux autres artistes. Sa femme Bella rejoint elle aussi les États-Unis, mais décède d'une infection virale en 1944. En 1948, la fin de la guerre signe le retour en France de Marc Chagall, mais également sa reconnaissance au niveau international avec plusieurs rétrospectives organisées dans le monde entier. Il produit alors des céramiques murales pour l'église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d'Assy, des vitraux, des peintures pour l'Opéra Garnier de Paris, des mosaïques et des tapisseries. En 1966, il offre à l’État français son œuvre Message biblique. Marc Chagall, célèbre dans le monde entier, travaille à son art jusque dans ses derniers jours. Il meurt à 97 ans, le 28 septembre 1985, à son domicile de Saint-Paul-de-Vence.


L’oeuvre

Notice du Musée de Nice


Le Paradis évoque pour Chagall le lieu même de l’intimité entre tous les membres de la Création, hommes, bêtes et de nombreuses figures hybrides y vivent en harmonie dans une luxuriance de végétaux et d’eau soulignée par les tons de vert et de bleu. La juste répartition des masses colorées équilibre la composition.


Le tableau, conçu comme un diptyque, présente la création d’Eve et la tentation.


À gauche, au-dessus d'Adam assis en tailleur et levant le bras comme pour faciliter l'accès à sa côte, Dieu est représenté par une nuée blanche, sorte de cocon mystérieux soulignant le prodige de la création, d'où sort une Eve au geste pudique.


À droite, le couple primordial, enlacé à ne faire plus qu’un, avec seulement deux bras et trois jambes, comme le représente généralement Chagall, s’apprête à partager le fruit défendu, celui de l’arbre de la connaissance du bien et du mal qui fera d’eux les égaux de Dieu.


Pourquoi ce tableau ?

Tant la première lecture que le psaume nous invitent à l’espérance. Mais l’espérance en quoi ? Ou de qui ? L’espérance d’un chemin qui aboutit à un Paradis, qui doit advenir (c’est bien le sens de l’Avent). Non un paradis comme celui qu’ont connu nos premiers parents, mais un paradis que nous appelons le Royaume des Cieux. Car Noël qui approche n’est autre que la première marche, la première étape qui mène à Pâques, la Résurrection. Témoin cette surprenante enluminure (le Cantique des cantiques - manuscrit produit à l’abbaye de Reichenau autour de l’an mil et conservé à la Bibliothèque de Bamberg en Allemagne) :



Du baptême, qui n’est autre que notre propre nativité à Dieu, jusqu’à la croix du Royaume, il nous faut gravir ce chemin. La route peut paraître longue et difficile, épuisante, harassante. Mais, sur ce chemin, nous ne sommes pas seuls. Nous pouvons nous encourager, nous soutenir, quel que soit notre état de vie. Foi, espérance et charité, ses trois femmes en haut, nous invitent à avancer pour rejoindre le Sauveur. Et le calice de l’eucharistie étanche notre soif, cette soif inextinguible d’amour comme le dira Guy de Larigaudie dans sa dernière lettre adressée à une carmélite : « Voulez-vous, lorsque vous apprendrez ma mort, écrire à ma maman pour la consoler. Vous lui direz qu'il ne faut pas qu'elle pleure. Je serai tellement heureux là-haut. Qu'elle pense que je suis parti pour une terre lointaine bien plus belle encore que les îles de corail, où je posséderai la lumière, toute la beauté, tout l'amour dont j'avais tellement, tellement soif. »


Ainsi, comme le dit Isaïe, « le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ». Et ce pays aride qui a fleuri, n’est-ce ps celui que nous montre Chagall ? Les mains défaillantes d’Adam et Ève ne sont-elles pas fortifiées ? N’est-ce pas vers ce paradis, ce Royaume des Cieux que nous devons courir aujourd’hui ? N’est-ce pas dans ce Royaume que va fleurir ce bel arbre (Arbre du Paradis, Séraphine Louis (1864-1942), 197 x 132 cm, 1928-1930, Musée Georges Pompidou, Paris) qu’a peint Séraphine de Senlis ?



Ainsi, en regardant le tableau de Chagall, n’y voyons pas uniquement le paradis perdu, Mais aussi un reflet du paradis à venir. Ou peut-être, le paradis retrouvé qui se cache derrière la croix de l’enluminure de Bamberg… N’y voyez-vous pas la luxuriance annoncée par le prophète ? L’amour qui enlace chaque coeur ? Et nous qui sommes sourds au message divin et aveugles à la Beauté : n’entendez-vous le chant des oiseaux ni l’ange qui sonne l’olifant ; ne voyez-vous pas la beauté de la création, nous qui en sommes le sommet et qui devrions dire avec le psalmiste (Ps 138, 14) : « Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis : étonnantes sont tes oeuvres toute mon âme le sait. » Ne distinguez-vous pas tout au bout, la cité céleste qui se dessine ? L’Avent, ce qui va advenir, c’est ça !


Méditation

Ces premières lectures, en fait, peuvent paraître surprenantes… D’abord, un encouragement : le désert va fleurir, les mains seront fortifiées, les genoux affermis, et l’on verra la gloire du Seigneur. Mais le message à transmettre à ceux qui s’affolent, qui manquent de foi, est dur : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » C’est la vengeance qui vient ? La revanche de Dieu ? Dieu se venge-t-il ? Et de quoi ? Dieu est il revanchard ? Et pourtant, on n’arrête pas de nous prêcher un Dieu d’amour et de miséricorde, de bonté ! Étymologiquement, le verbe « venger » veut dire : obtenir justice. Déjà, on est loin de l’acception courante du terme ! Dieu ne veut pas faire du mal à l’homme parce qu’il a été blessé, outragé, voire vexé. Dieu veut que la justice soit instaurée dans notre monde. N’appellera-t-on pas l’Enfant-Jésus, le Prince de la paix, tel que l’avait prédit Isaïe (Is 9, 5-6) :

Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers !

Une paix qui se bâtit sur la justice. La justice n’est autre que de remettre les choses à leur juste place. Et notre juste place, c’est le Royaume des cieux. Si Dieu veut obtenir justice, c’est qu’il veut simplement obtenir le Salut pour l’homme, Salut qui consiste à nous faire entrer dans son Paradis, comme Jésus l’a promis au bon larron (Lc 23, 43) : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » Un Paradis où nous serons enfin délivrés de toutes nos contingences terrestres, de toutes nos souffrances humaines, de tous nos handicaps : la cécité, la surdité, la faiblesse physique, et surtout la tristesse mélancolique. Car il l’a promis par la bouche de son prophète : « Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuient. »


Une libération ! N’est-ce pas le mot qui caractérise l’Avent ? Trop souvent nous voyons dans cette fête un joli moment de famille, un bon repas et de beaux cadeaux (quand l’inflation ne fait pas des ravages dans les porte-monnaie). Pour ceux qui croient un peu plus : la venue du Sauveur pauvre parmi les pauvres, une sorte de fête de la paix universelle. Pour d’autres, la célébration de l’Incarnation. Tout cela est vrai, et même juste. Peut-être seulement insuffisant. Car, il me semble, nous devrions voir surtout en cette fête l’ouverture d’une porte, le début d’un chemin, comme le montrait l’enluminure ci-dessus. L’Avent, c’est le temps de méditation, de prise de conscience pour le chrétien de l’espérance du Salut qui lui est offerte. C’est le temps de la conversion de notre mélancolie (« le bonheur d’être triste » disait Victor Hugo) en profonde joie : celle d’être habité par Dieu. Car la véritable incarnation aujourd’hui n’est pas celle d’un anniversaire de naissance, mais plutôt de la prise de conscience que nous sommes la chair en laquelle le Sauveur vient vivre. C’est ce que priait Élisabeth de la Trinité :

Ô Feu consumant, Esprit d'amour, survenez en moi afin qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe; que je Lui sois une humanité de surcroît, en laquelle il renouvelle tout son mystère.

Une libération, disais-je. Libération de nos peurs, de nos raisonnements afin de laisser l’Esprit rendre nos pauvres corps fortifiés par la présence christique en nous. Et si nous sommes conscients de cette liberté offerte, de cette inhabitation, alors, comme le promit Isaïe : « nous entrerons dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Allégresse et joie nous rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront. » Et cette promesse était déjà présente dans le psaume : il délie les enchaînés, il ouvre les yeux des aveugles, il redresse les accablés…


Nous sommes donc sur ce chemin, à l’entrée, au début ou au milieu, je ne sais. Toujours est-il que ce chemin est long et qu’il pourrait nous décourager. Mais saint Jacques nous donne la solution : « prenez patience ». Je dois reconnaître que ce n’est pas la vertu que je maîtrise le mieux (si tant est que je maîtrise les autres !). Le dictionnaire de l’Académie française (à posséder dans votre bibliothèque !) Précise :

XIIe siècle, pacience. Emprunté du latin patientia, « action de supporter, d’endurer », lui-même dérivé de pati, « éprouver, souffrir ».

Comme celui qui est dans la salle d’attente : il patiente, il supporte le temps long avant d’être appelé par le médecin, mais il est aussi un patient, celui qui souffre. Et permettez-moi un petit jeu de mot (et en est-ce vraiment un ?) En espagnol, la salle d’attente se dit : sala de espera (la salle d’espoir / d’espérance). La patience d’attendre donnerait-elle l’espérance ? Écoutons de nouveau saint Jacques :

Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche.

Je transcris pour nous aujourd’hui : Le temps vous paraît long avant le Paradis ? Vous attendez aussi la venue du Seigneur dans vos vies, une venue dont vous pourriez être conscients, sensibles ? Prenez le temps. Ou plutôt : Dieu vous laisse du temps. Il vous l’a dit quand saint Pierre a écrit (2 P 3, 9.11-15) :

Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution, vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu, ce jour où les cieux enflammés seront dissous, où les éléments embrasés seront en fusion. Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix. Et dites-vous bien que la longue patience de notre Seigneur, c’est votre salut, comme vous l’a écrit également Paul, notre frère bien-aimé, avec la sagesse qui lui a été donnée.

Donc, soyez patients. Laissez la graine du Royaume des cieux, si infime soit-elle, grandir en vos âmes. Il est à nos portes, comme nous-mêmes sommes à la porte. Il frappe à la porte de notre coeur et attend, car il est patient, que nous lui ouvrions. Soyez donc patients et, surtout, endurants ! Ne baissez pas les bras, continuez de grimper le chemin, si ardu soit-il. Continuez, car au bout, il vous attend. Et n’oubliez pas que Dieu fait tout pour l’homme, mais il ne fait rien sans l’homme !



Prier avec le psaume 138

01 Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !

02 Tu sais quand je m'assois, quand je me lève ; de très loin, tu pénètres mes pensées.

03 Que je marche ou me repose, tu le vois, tous mes chemins te sont familiers.

04 Avant qu'un mot ne parvienne à mes lèvres, déjà, Seigneur, tu le sais.

05 Tu me devances et me poursuis, tu m'enserres, tu as mis la main sur moi.

06 Savoir prodigieux qui me dépasse, hauteur que je ne puis atteindre !

07 Où donc aller, loin de ton souffle ? où m'enfuir, loin de ta face ?

08 Je gravis les cieux : tu es là ; je descends chez les morts : te voici.

09 Je prends les ailes de l'aurore et me pose au-delà des mers :

10 même là, ta main me conduit, ta main droite me saisit.

11 J'avais dit : « Les ténèbres m'écrasent ! » mais la nuit devient lumière autour de moi.

12 Même la ténèbre pour toi n'est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière !

13 C'est toi qui as créé mes reins, qui m'as tissé dans le sein de ma mère.

14 Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis : * étonnantes sont tes oeuvres toute mon âme le sait.

15 Mes os n'étaient pas cachés pour toi quand j'étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre.

16 J'étais encore inachevé, tu me voyais ; sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant qu'un seul ne soit !

17 Que tes pensées sont pour moi difficiles, Dieu, que leur somme est imposante !

18 Je les compte : plus nombreuses que le sable ! Je m'éveille : je suis encore avec toi.

19 [Dieu, si tu exterminais l'impie ! Hommes de sang, éloignez-vous de moi !

20 Tes adversaires profanent ton nom : ils le prononcent pour détruire.

21 Comment ne pas haïr tes ennemis, Seigneur, ne pas avoir en dégoût tes assaillants ?

22 Je les hais d'une haine parfaite, je les tiens pour mes propres ennemis.]

23 Scrute-moi, mon Dieu, tu sauras ma pensée éprouve-moi, tu connaîtras mon coeur.

24 Vois si je prends le chemin des idoles, et conduis-moi sur le chemin d'éternité



Commentaire de Saint Jean Chrysostome sur le Psaume 138

Que dites-vous ? Dieu vous a connu après vous avoir éprouvé, et avant cette épreuve il ne vous connaissait point ? Gardons-nous de l'entendre de la sorte de Celui "qui connaît toutes choses avant qu'elles soient faites." (Dan 13,42). Ces paroles : "Tu m'as éprouvé," signifient donc : Tu m'as parfaitement connu. Lorsque l'Apôtre nous dit que Dieu sonde les coeurs, (Rom 8,27), cette expression indique, non pas de l'ignorance en Dieu, mais une science profonde. De même ici ces paroles : "Tu m'as éprouvé" signifient une connaissance on ne peut plus claire, ou ne peut plus parfaite. "Tu as connu le moment de mon repos et celui de mon lever." (Ibid., 2). Par le repos et le lever, il faut entendre la vie entière qu'on peut ramener à ces deux situations, qui embrassent toutes nos actions, nos oeuvres, nos entrées, nos sorties. Comme le psalmiste a dit en commençant : "Tu m'as éprouvé," un esprit irréfléchi pourrait en conclure que Dieu a besoin d'éprouver, d'expérimenter pour connaître, d'autant plus qu'il ajoute : "Tu as connu le moment de mon repos et celui de mon lever" il prévient cette interprétation dans les paroles qui suivent : "Tu as pénétré de loin mes pensées." Cette connaissance ne vient donc point de l'épreuve. Dieu n'a pas besoin de nous éprouver, mais il connaît tout en vertu de sa Prescience divine. Il connaît les pensées cachées dans notre coeur, qu'a-t-Il besoin des oeuvres pour nous éprouver ? Que dis-je ? Non seulement Il les connaît lorsqu'elles s'agitent dans notre esprit, mais avant même qu'elles y aient pris naissance, disons mieux encore, bien longtemps auparavant; vérité que le prophète exprime en disant : "Tu as pénétré mes pensées de loin." Or, si Dieu connaît les pensées de notre esprit, pourquoi semble-t-Il exiger l'épreuve par les oeuvres ? Ce n'est point pour ajouter à sa Connaissance, mais pour faire paraître la vertu de ceux qu'il éprouve. Il connaissait parfaitement Job avant de l'éprouver, puisqu'il lui rendait ce témoignage : "C'est un homme juste, aimant la vérité et craignant Dieu." (Job 2,3). Cependant, Il le mit à l'épreuve pour augmenter la force de son âme, confondre la malice du démon, et rendre les hommes meilleurs par l'exemple d'une si grande vertu. Qu'y a-t-il d'étonnant qu'il ait traité Job de la sorte, puisqu'il tient la même conduite à l'égard des pécheurs ? Dieu savait parfaitement que les Ninivites ne méritaient pas de périr sans retour, et que la pénitence les ramènerait à de meilleurs sentiments. Cependant Il les soumit également à l'épreuve; et c'est ainsi que partout, non content de la connaissance qui lui est naturelle, il exige l'expérience qui ,vient des événements, et qu'il nous donne ainsi les preuves les plus évidentes de sa Providence paternelle et de sa Bonté pour nous. C'est ce qui faisait dire à Jésus, son Fils unique : "Si Je ne fais les oeuvres de mon Père, ne me croyez point. Mais si Je les fais, quand vous ne voudriez pas croire en Moi, croyez du moins aux oeuvres." (Jn 10,37-38).


(…) L’innocence, la simplicité, la droiture, la sincérité, voilà ce qu'il demande. C'est pour cela qu'Il a choisi pour apôtres des hommes simples, et qu'Il a dit : "Je Te rends gloire, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que Tu as caché ces choses aux sages et aux prudents, et que Tu les as révélées aux petits." (Mt 12,25). Remarquez que le prophète ne dit pas : J'ai commencé par accueillir et puis j'ai rejeté la ruse, mais je ne l'ai jamais connue, ma langue n'a jamais été atteinte de ce mal et mon coeur est toujours resté fermé à ce vice. "Voici, Seigneur, que tout T'est connu, l'avenir et le passé." Ta science n'embrasse pas seulement mes pensées, mes actions, mes voies, mais elle s'étend à toutes les choses passées et futures. "C'est Toi qui m'as formé et qui as mis ta Main sur moi." ( Ibid., 5). Le psalmiste passe de la Prescience de Dieu à sa Puissance créatrice et de cette Puissance il revient à la Prescience divine. Non seulement Dieu nous a créés lorsque nous n'étions pas, mais après notre création, nous sommes soumis à son règne.



Prière d’Élisabeth de la Trinité

Ô mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité! Que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m'emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos; que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre action créatrice.


Ô mon Christ aimé crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre coeur; je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer...jusqu'à en mourir! Mais je sens mon impuissance et je Vous demande de me revêtir de Vous-même, d'identifier mon âme à tous les mouvements de votre Âme; de me submerger, de m'envahir, de Vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu'un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur.

Ô Verbe éternel, parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à Vous écouter, je veux me faire tout enseignable afin d'apprendre tout de Vous; puis, à travers toutes les nuits, tous les vides toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière. Ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.


Ô Feu consumant, Esprit d'amour, survenez en moi afin qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe; que je Lui sois une humanité de surcroît, en laquelle il renouvelle tout son mystère.

Et vous, ô Père, penchez-Vous vers votre pauvre petite créature, ne voyez en elle que le Bien-aimé en lequel Vous avez mis toutes vos complaisances.


Ô mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à Vous comme une proie; ensevelissez-vous en moi, pour que je m'ensevelisse en Vous, en attendant d'aller contempler en votre lumière l'abîme de vos grandeurs.

Ainsi soit-il.

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