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IIIe Dimanche de l’Avent (C) - Gaudete

Se laisser réconcilier… -



La prédication de saint Jean-Baptiste dans le désert,

Anonyme,

Huile sur toile, datée de 1670 et classée en 1980,

Église Saint-Romain, Wy-dit-Joli-Village (France)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 3,10-18)

En ce temps-là, les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? » Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. » Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. » Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » Par beaucoup d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.


L’œuvre

Jean le Baptiste a désigné Jésus de Nazareth comme l’« Agneau de Dieu » et il l'a baptisé dans le Jourdain, un fleuve qui coule du mont Hermon à la mer Morte, à la frontière entre la Cisjordanie et la Jordanie.


Le peintre reprend ici l'assimilation du désert à la forêt, faite de longue date par la chrétienté occidentale. Vêtu d'une mélote (vêtement des anachorètes) en peau de chameau qui laisse à découvert ses jambes et ses bras, le Baptiste s'appuie sur une croix autour de laquelle s'enroule une banderole. La main droite levée, il prêche une foule innombrable où de belles dames de la cour côtoient des bourgeois gentilshommes en grands mamamouchis et des représentants du peuple en costume plus modeste.


Ce tableau fait pendant à un Festin d'Hérode où Salomé apporte à sa mère Hérodiade la tête de Jean-Baptiste sur un plat. Il est signé « ...mart invenit Baronet (?) fecit à Pontoise ». Leur auteur s'est sans doute inspiré d'un maître de l'école hollandaise, membre de la dynastie des Bloemaert : Abraham (1564-1651) ou Hendrick (1601 -1672).


Un baptême dans le feu ?

Jean est en train d’enseigner le peuple. Tous ont le regard tourné vers lui. Sur les visages se lit l’attention à ses propos, mais aussi une certaine inquiétude. Cette foule bigarrée de jeunes et vieux, de riches ou de pauvres, de soldats et de paysans, cette foule laisse la parole du Baptiste faire son œuvre. Mais Jean appelait à un simple baptême de conversion. Jésus, qu’il précède et annonce, nous fera vivre un baptême plus puissant :

Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » (Lc 3, 16-17)

Un baptême dans l’Esprit-Saint, un baptême dans le feu, un baptême qui nettoiera l’aire à blé pour en garder le grain et en brûler la paille. Ce baptême paraît double… Pourtant, c’est un sacrement que l’on ne reçoit qu’une fois !


Mais… si nous le voulons, nous pouvons être replongés dans la pureté de notre baptême, nous pouvons demander au Christ de nous remplir de nouveau de son Esprit de Miséricorde, nous pouvons le laisser nettoyer notre aire à blé (ce blé que nous oublions de faire fructifier), nous pouvons le laisser brûler la paille (celle de nos péchés, cette paille qui se transforme souvent en poutre dans notre œil). Ce feu « baptismal » s’appelle le sacrement du pardon !


Ce sacrement, trop souvent réduit au terme de confession, est celui du pardon, du renouvellement de tout notre être, sacrement de la réconciliation avec Dieu, avec les autres et avec moi-même. Par lui, je remets ma vie en ordre. Par lui, je réapprends à obéir au double commandement de Jésus :

« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. » (Mt 22, 36-40)

Ce double commandement nous appelle à un triple amour : Dieu, les autres et moi-même. Oh que nous oublions souvent le troisième amour, le confondant avec du narcissisme. Pourtant, ces trois amours sont intimement liés. Quand j’aime Dieu, j’apprends à aimer les autres car ils sont créés à son image, et quand j’aime les autres avec indulgence, j’apprends à m’aimer aussi comme je suis. Quand je m’aime tel que Dieu m’a fait, appelé à une éternelle conversion, j’aime les autres qui sont mes égaux, et ensemble nous aimons Dieu et lui rendons grâces pour les « êtres étonnants que nous sommes » (Ps 138) :


Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !

Tu sais quand je m'assois, quand je me lève;

de très loin, tu pénètres mes pensées.

Que je marche ou me repose, tu le vois,

tous mes chemins te sont familiers.

Avant qu'un mot ne parvienne à mes lèvres,

déjà, Seigneur, tu le sais.

Tu me devances et me poursuis,

tu m'enserres, tu as mis la main sur moi.

Savoir prodigieux qui me dépasse,

hauteur que je ne puis atteindre !

Où donc aller, loin de ton souffle ?

où m'enfuir, loin de ta face ?

Je gravis les cieux : tu es là ;

je descends chez les morts : te voici.

Je prends les ailes de l'aurore

et me pose au-delà des mers :

même là, ta main me conduit,

ta main droite me saisit.


J'avais dit : « Les ténèbres m'écrasent ! »

mais la nuit devient lumière autour de moi.

Même la ténèbre pour toi n'est pas ténèbre,

et la nuit comme le jour est lumière !

C'est toi qui as créé mes reins,

qui m'as tissé dans le sein de ma mère.

Je reconnais devant toi le prodige,

l'être étonnant que je suis :

étonnantes sont tes œuvres,

toute mon âme le sait.

Mes os n'étaient pas cachés pour toi

quand j'étais façonné dans le secret,

modelé aux entrailles de la terre.

J'étais encore inachevé, tu me voyais ;

sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits,

recensés avant qu'un seul ne soit !

Que tes pensées sont pour moi difficiles,

Dieu, que leur somme est imposante !

Je les compte : plus nombreuses que le sable !

Je m'éveille : je suis encore avec toi.


[…]

Scrute-moi, mon Dieu,

tu sauras ma pensée,

éprouve-moi,

tu connaîtras mon cœur.


Vois si je prends le chemin des idoles,

et conduis-moi sur le chemin d'éternité


Ce dernier verset est un véritable appel à nous laisser scruter par le Seigneur, à renouer avec Lui, à le laisser dissiper les ténèbres de nos cœurs pour qu’il y installe sa Lumière bienheureuse. Et c’est dans la réconciliation que nous pouvons vivre cette transfiguration… « Laissez-vous réconcilier avec le Christ » dira saint Paul (2 Cor 5, 17-20) :

Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu.

Laissez-vous réconcilier avec Dieu, demandez sa miséricorde !


Se reconnaître pécheur ?

La Réconciliation est d’abord un acte de foi. Il ne s’agit pas de faire une liste interminable de péchés, encore moins de s’en inventer ! Il s’agit simplement de regarder dans la prière ce que je suis, en quoi j’ai rompu des liens avec Dieu, avec les autres et avec moi-même, de regarder ce qui m’est douloureux et que je regrette. Là est le cœur de mon péché, là est le cœur de la réconciliation.


Comment vivre ce sacrement ?

Mais il me semble qu’il est une attitude essentielle à adopter, celle de toute vraie prière (car la réconciliation est une prière) qui pourrait se résumer en trois mots : Merci, Pardon, S’il te plaît !

  • Merci : pour l’être étonnant que je suis, pour toutes les grâces que tu me fais et que je vois dans ma vie et celle des autres.

  • Pardon : de mes fautes, de mes faiblesses, de mes péchés, de mes ruptures de lien.

  • S’il te plaît : aide-moi à faire grandir ma foi, aide-moi à me convertir, donne-moi la guérison du cœur, donne-moi la force.

Après, il me semble que nous pouvons aussi voir les choses sous forme de verticalité et d’horizontalité.

  • Verticalité : car Dieu est premier ! Ce qui touche à ma relation à Dieu, à l’Église, à la Parole de Dieu, à la prière… Le péché m’empêche d’avoir « Dieu en moi », d’être enthousiaste. Cette verticalité est dans ma relation personnelle et intime avec Dieu, mais aussi dans la façon dont je vis ma foi au milieu des autres, dans l’ajustement de ma foi et de mes paroles et de mes actes.

  • Horizontalité : car je suis bien au milieu d’un monde avec qui je souffre (« Nous devons avoir de la sympathie pour le monde » écrivait Ignace de Loyola). Quel rapport ai-je avec ce monde, avec les autres ? Comment est-ce que je me comporte en société, en famille, au travail, etc. Quels sont mes rapports à l’argent, à la vie professionnelle, à la politique, à l’étranger, à la sexualité ?


J’aimerais enfin discuter avec vous de quelques objections courantes sur ce sacrement de la Réconciliation…


STOP ! Objections...


« D’abord, à quoi ça me sert ? »

Accepterais-tu de vivre dans une maison sale ? Un peu de nettoyage régulier, et un ou deux grands nettoyages annuels sont nécessaires pour entretenir la maison, la rendre plus belle, mieux l’aménager en fonction de ceux qui y vivent. Si tu ne fais rien, tu restes dans ta crasse, ta maison se détériore et plus personne ne viendra te rendre visite ! Eh bien, c’est la même chose ! Ne veux-tu vivre plus beau, plus unifié, plus accueillant, plus souriant, plus rayonnant ? Un peu de nettoyage régulier, et un ou deux grands nettoyages annuels sont nécessaires ! Et plus théologiquement, je te livre ces quelques citations de notre Pape François :

  • La confession est le sacrement de la tendresse de Dieu, sa manière de nous embrasser.

  • Seigneur, donne-nous la grâce des larmes pour pleurer nos péchés et recevoir ton pardon.

  • Le Seigneur ne se lasse jamais de nous pardonner. C’est nous qui nous lassons de demander pardon.

  • Disons toujours merci à Dieu, surtout pour sa patience et sa miséricorde.

  • La miséricorde sera toujours plus grande que le péché, et nul ne peut imposer une limite à l’amour de Dieu qui pardonne.

  • La confession ne doit pas être une torture. Tous devraient sortir du confessionnal avec le bonheur dans le cœur et le visage rayonnant d’espérance. Le sacrement doit être au contraire une rencontre libératrice et riche d’humanité.

« Je ne trouve rien à me reprocher. »

Soyons clair : tu es bien aveuglé ! tu as appris à te mentir. « Si nous disons : ‘Nous n’avons pas péché’, nous nous abusons et la vérité n’est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, il est assez fidèle et juste pour remettre nos péchés et nous purifier de toute injustice » (1 Jn 1,8-9) Mais c’est vrai que de nuit, il est très difficile de voir qu’on se trompe de chemin. Eclaire-toi avec l’Évangile, tu verras...


« Dieu peut-il vraiment me pardonner ? »

Ne pas le croire serait péché contre la miséricorde ! Et ce péché-là ne se pardonne pas ! Oui, Dieu accueille et pardonne toujours la brebis perdue, celle qui se repend, celle qui veut changer. Et comme le confirmera le Pape Calliste 1er, il n’est aucun péché qui n’aie sa miséricorde.


« De toutes les façons, je fais toujours les mêmes péchés ! »

J’oserai te dire : heureusement ! Imagine qu’à chaque confession tu trouves un nouveau germe du Mal en toi ! Oui, nous faisons les mêmes péchés, oui nous glissons sur les mêmes plaques gelées et nous tombons. Mais imagine le bébé qui commence à marcher. Heureusement qu’il ne pense pas trop, car après être tombé dix fois, il se dirait qu’il est aussi bien à quatre pattes ! Et il apprend à se relever et à marcher sur le sol gelé en glissant de moins en moins. C’est la même chose pour nous. Nous glissons sur les mêmes péchés, mais Dieu nous relève dans la réconciliation et nous apprend à tomber de moins en moins. Comme pour le bébé, travail de longue haleine mais qui porte ses fruits quand on a un peu de volonté et d’humilité… Il faut beaucoup de chutes pour apprendre à marcher, il faut beaucoup d’humiliations pour faire un peu d’humilité… Et rassure-toi, Dieu est patient !


« La confession est humiliante et malsaine. »

Elle est un acte libre et courageux d’une personne qui s’ouvre à une joyeuse libération. La confession est la reconnaissance et le pardon de la faute qui rend la paix et la sérénité, pas une autoaccusation masochiste ! Les masochistes, ce sont ceux qui gardent leur péché et le laissent moisir au fond d’eux.


« Je me confesse directement avec Dieu, le prêtre ne me sert à rien. »

Dieu est Esprit, mais pas toi. Psychologiquement, on a besoin du signe que Dieu nous a pardonné. D’ailleurs Dieu le sait très bien, puisque Jésus, Fils de Dieu et Dieu lui-même a confié à l’Église le soin de pardonner en son nom (Mt 9,8 ; 18,15-18). Le prêtre fait le facteur : il a reçu mandat de te pardonner de la part de Dieu et de la part de tous tes frères et sœurs dans l’Église. Et puis, nous avons besoin d’entendre le mot « je te pardonne ». Sinon, sommes-nous toujours sûrs d’être pardonnés ?


« De toutes les façons, je recommence toujours à pécher ! »

Peut-être, mais si tu prends le temps d’y regarder, tu progresses… Avant, dans les chambres des malades à l’hôpital, on accrochait devant le lit la courbe des températures. Le médecin, en arrivant, pouvait alors avoir une vue globale et à long terme. Il pouvait mieux voir l’évolution du malade. Si tu as le nez collé sur ton péché, tu ne vois rien. Si avec le prêtre tu prends un peu de hauteur, tu te rendras compte que ce péché commence à se détacher de toi, grâce à tes efforts, ta volonté et surtout grâce à l’Esprit que tu reçois en te réconciliant.


« J’ai honte de lui dire : il va me juger... je vais me contenter de dire les petites choses. »

Le prêtre est un frère, et il est dans la même barque que toi. S’il n’a pas fait les mêmes péchés que toi, il en a fait aussi dont il n’est pas fier. Au contraire, la plupart des prêtres, quand ils confessent, sont émerveillés par ceux qui demandent à être réconciliés, par la beauté de leur démarche. Ils n’en ont que plus d’estime. Pécheur, je le suis comme toi, si ce n’est plus… Et Dieu nous fait une grâce, nous ne retenons rien ! Nous sommes des éponges et c’est dans la prière et l’eucharistie que nous les pressons. Tout part… Rien ne reste, hormis une chose : nous aimons plus nos paroissiens ! Donc, aucune raison de cacher quoi que ce soit : tu n’en serais que plus misérable... d’avoir péché en te confessant !


« Pourquoi me confesser, je n’ai que de petits péchés. »

Permets-moi une image scoute. Lorsque l’on fait une longue marche, il est plus facile de s’aider d’une canne parce qu’il me manque une jambe que de faire toute la route avec un tout petit caillou dans la chaussure. Ce petit caillou est celui qui va te blesser le plus. Et la blessure va s’infecter, et si tu ne fais rien, tu vas perdre ta jambe… Les petits cailloux sont parfois plus dangereux que les gros péchés !!!


« Je n’ai pas envie. »

C’est clair : plus on en a besoin, moins on en a envie. Et tous les jours, tu fais des choses dont tu n’as pas envie, parce que tu sais qu’elles sont bonnes ! Moi aussi je n’aime pas aller chez le dentiste, j’en ai rarement envie… Mais mes caries en ont bien besoin ! Allez, courage. C’est un Père qui t’attend, et un chemin de bonheur pour toi.


« Celui qui pratique la miséricorde, qu’il ait le sourire » (Rm 12, 8)



Homélie d'Origène (+ 253), Homélies sur saint Luc, 26, 3-5; SC 87, 340-342.

Le baptême par lequel Jésus baptise est dans l'Esprit Saint et dans le feu (Lc 3,17). Si tu es saint, tu seras baptisé dans l'Esprit Saint ; si tu es pécheur, tu seras plongé dans le feu. Le même baptême deviendra condamnation et feu pour les pécheurs indignes ; mais les saints, ceux qui se convertissent au Seigneur avec une foi entière, recevront la grâce du Saint-Esprit et le salut.


Donc, celui qui est dit baptisé dans l'Esprit Saint et dans le feu tient la pelle à vanner et va nettoyer son aire à battre le blé ; il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas (Lc 3,17-18). Je voudrais découvrir pour quel motif notre Seigneur tient la pelle à vanner, et par quel souffle la paille légère est emportée ça et là, tandis que le blé, plus lourd, s'accumule en un seul lieu, car, si le vent ne souffle pas, on ne peut séparer le blé de la paille.


Je crois que le vent doit s'entendre des tentations qui, dans la masse mélangée des croyants, révèlent que les uns sont de la paille, les autres, du froment. Car, lorsque votre âme a été dominée par une tentation, ce n'est pas la tentation qui l'a changée en paille, mais c'est parce que vous étiez de la paille, c'est-à-dire des hommes légers et sans foi, que la tentation a dévoilé votre nature cachée. En revanche, quand vous affrontez courageusement les tentations, ce n'est pas la tentation qui vous rend fidèles et constants; elle révèle seulement les vertus de constance et de courage qui étaient en vous, mais de façon cachée. Penses-tu, dit le Seigneur, que j'avais un autre but, en parlant ainsi, que de faire apparaître ta justice (Jb 40,3 LXX) ? Et il dit ailleurs : Je t'ai affligé et je t'ai fait sentir la faim pour manifester ce que tu avais dans le coeur (Dt 8,3-5).


De la même manière, la tempête ne rend pas solide l'édifice bâti sur le sable (Mt, 7,24-25). Mais, si tu veux bâtir, que ce soit sur la pierre. Alors, quand la tempête se lèvera, elle ne renversera pas ce qui est fondé sur la pierre ; mais pour ce qui vacille sur le sable, elle montre aussitôt que ses fondations ne valent rien. Aussi, avant que s'élève la tempête, que se déchaînent les rafales de vent, que débordent les torrents, tandis que tout demeure encore en silence, tournons toute notre attention sur le fondement de l'édifice, construisons notre demeure avec les pierres variées et solides des commandements de Dieu; quand la persécution se déchaînera et qu'une cruelle tourmente s'élèvera contre les chrétiens, nous pourrons montrer que notre édifice est fondé sur la pierre, le Christ Jésus.


Mais si quelqu'un le renie - que ce malheur nous soit épargné ! - qu'il le sache bien : ce n'est pas au moment où son reniement est devenu visible qu'il a renié le Christ ; il portait en lui des semences et des racines de reniement déjà anciennes ; mais c'est plus tard qu'on a découvert ce qu'il portait et qui, alors, devenait public.


Aussi, prions le Seigneur pour que nous soyons un édifice solide, qu'aucune tempête ne peut renverser, parce que fondé sur la pierre, sur notre Seigneur Jésus Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.


Prière

Tu le vois, Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de ton Fils ; dirige notre joie vers la joie d'un si grand mystère, pour que nous fêtions notre salut avec un coeur vraiment nouveau. Par Jésus Christ.

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