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IIIe dimanche du Carême (B)

Moïse le patriarche : les dix commandements -

 




Moïse recevant les Tables de la Loi,

Moïse les montrant au peuple,

Anonyme,

Livre d’Heures, fin XVe siècle,

Codex de parchemin, 27,2 x 18,8 cm, folio 019 recto et verso, Ms 0107,

Bibliothèque municipale, Amiens (France)


Lecture du livre de l’Exode (Ex 20, 1-17)

En ces jours-là, sur le Sinaï, Dieu prononça toutes les paroles que voici : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération. Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque en vain son nom. Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui est dans ta ville. Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié. Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne commettras pas de vol. Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain. Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient. »


Psaume 18b

La loi du Seigneur est parfaite,

qui redonne vie ;

la charte du Seigneur est sûre,

qui rend sages les simples.


Les préceptes du Seigneur sont droits,

ils réjouissent le cœur ;

le commandement du Seigneur est limpide,

il clarifie le regard.


La crainte qu’il inspire est pure,

elle est là pour toujours ;

les décisions du Seigneur sont justes

et vraiment équitables :


plus désirables que l’or,

qu’une masse d’or fin,

plus savoureuses que le miel

qui coule des rayons.


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (I Co 1, 22-25)

Frères, alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient juifs ou grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 2, 13-25)

Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem. Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment. Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait. Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.


Le codex

Ce codex est en fait un recueil factice de miniatures, rassemblant un livre d'Heures du 16e s. de la famille de Croy (dont on voit les armoiries : écartelé, aux 1er et 4e, d'argent à trois fasces de gueules ; aux 2e et 3e, d'argent à trois doloires de gueules), et des miniatures extraites au moins de trois livres d'Heures manuscrits et un imprimé, plus quelques autres extraits mineurs.


Ce que je vois

Sur le folio recto



Dans le cadre central, l’annonce de l’ange aux bergers lors de la Nativité, puis en haut, la Manne, le don des Tables de la Loi à Moïse, Aaron et la fabrication du veau d’or : d’abord, à droite, la collecte des objets d’or du peuple, et à gauche, l’adoration du veau sur la colonne, pendant que Moïse brise les Tables de la Loi. Les armoiries en haut sont celles de la famille Liedekerke.


Sur le folio verso



Dans le cadre central, saint Luc et son attribut, le boeuf ; en dessous, sainte Barbe avec sa tour. En haut, Moïse brisant le veau d’or, puis Moïse recevant les Tables de la Loi et les présentant ensuite au peuple (deuxième don), et en bas la fabrication de l’Arche d’Alliance avec la table des offrandes et le bassin des ablutions. Les armoiries en haut sont celles de la famille La Châtre.


Les deux agrandissements

Ils font donc référence aux deux dons des Tables de la Loi à Moïse. D’abord, en Exode 24-31 (c’est le début du texte que nous avons entendu), Dieu donne les dix commandements ainsi que toutes les consignes pour réaliser la Tente de la rencontre, les objets de culte et les rites des prêtres (les Lévites). Le texte se conclut par ces mots (verset 18)   : « Quand le Seigneur eut fini de parler avec Moïse sur le mont Sinaï, il lui donna les deux tables du Témoignage, les tables de pierre écrites du doigt de Dieu. » À partir du chapitre 32 est racontée l’histoire du veau d’or. Le peuple impatient s’adresse à Aaron qui, à l’aide des objets d’or du peuple, va fondre une idole : un veau en or. Moïse redescend de la montagne, après quarante jours (un carême) et brise de rage les deux tables. Moïse intercède auprès de Dieu qui l’invite à le rejoindre dans la montagne et se « montrera » à lui, de dos. Puis, arrivé dans la montagne, Dieu dit à Moïse de tailler deux tablettes de pierre et Dieu écrit les paroles présentes sur les premières (les 10 commandements). Les paroles indiquées en Exode 34, 27 que Moïse doit écrire sur ordre de Dieu sont les paroles de l'alliance que Dieu fait avec Moïse et qui sont détaillées de Exode 34, 10 à 34, 28.


Nous reconnaissons, bien sûr, Moïse, muni de ses deux cornes. Petit rappel… Dans le texte hébraïque, lorsque Moïse descend de la montagne après avoir vu Dieu, il rayonnait. La traduction de saint Jérôme, en latin, la Vulgate, a par erreur écrit « avec des cornes » au lieu de « rayonnait ». Simple erreur de transcription mais qui laissa des traces dans l’iconographie. En fait, par sa traduction, saint Jérôme a activé une signification latente moins usitée du verbe hébreu qaran (rayonner) en faisant jouer sa racine qèrèn, qui signifie, en effet, « corne ».



Le peuple est réuni dans le camp, alors qu’Aaron, muni de son bâton, voit Moïse partir sur la montagne. À moins que ce ne soit une première image de Moïse recevant l’appel de Dieu, dans ce petit nuage, lui promettant la Loi. Notez que Yahvé a pris les traits du Christ. Mais il est vrai, comme il le rappelle à Philippe (Jn 14, 9) : « Qui me voit, voit le Père ». En haut de la montagne, Moïse reçoit les deux tablettes (sous forme d’un diptyque) des mains de Dieu.



C’est aussi le cas dans la seconde image. Moïse redescend alors de la montagne, tablettes en main, et tête cornue. Il présente la Loi au peuple qui s’y soumet par un geste d’approbation. Je ne peux m’empêcher de vous montrer cette autre enluminure décrivant le schéma des dix commandements :



Moïse recevant les tables de la Loi - Schéma des dix commandements

Anonyme

GUILLAUME de DIGULLEVILLE, Pèlerinage de Jesus Christ

Manuscrit 0845 (CGM 532), folio 2v, vers 1410-1420

Codex de parchemin, 34 x 24 cm,

Bibliothèque municipale, Arras (France)



L’image est assez intéressante. Sur le pourtour du cercle sont inscrits les dix commandements en vieux français. De chacun des commandements part un arc dont la flèche est prête à transpercer l’homme au centre. Ce dernier, à genoux, prie en demandant au Seigneur de lui faire miséricorde (« Miserere mei Domine ») avec le verset 3 du psaume 50 : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. » Les dix articles, s’ils ne les respectent pas, peuvent devenir pour lui des flèches mortelles…


La Loi

Une question se pose alors à nous : l’homme a-t-il besoin d’une loi ? Si nous considérons que la loi existe pour permettre à l’homme de vivre sereinement en communauté en évitant le chaos, alors oui. Car sans loi, c’est l’anarchie, ce qui étymologiquement veut dire « sans aucun ordre ». Et même ce mot « ordre » a une double signification. Il est à la fois ce qui permet que les choses soient à leur juste place, mais aussi ce commandement qu’un supérieur va donner. Et s’il le donne, c’est pour que les choses soient aussi en place. Ne serions-nous donc pas capables de tenir en place et à notre place ?


Cette question a dû se poser aux premiers rédacteurs de la Bible : l’homme est-il capable de vivre en harmonie avec son Dieu ? Pourquoi regimbe-t-il continuellement à la volonté divine ? Et l’on en vient alors au mythe fondateur d’Adam et Ève. Dieu place l’homme, puis la femme, dans ce jardin luxuriant, pour leur bonheur. Et nos premiers parents n’ont nul besoin de loi pour les protéger, à tel point qu’ils vivent nus. Dieu ne leur donne pas un ordre, mais une consigne. En fait, il ne la donne qu’à Adam, Ève n’étant pas encore créée (Gn 2, 16-17) : « Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras. » Un ordre n’a pas à se justifier, une consigne si. Et Dieu donne une consigne puisqu’il indique le risque à l’homme : la mort. S’il avait voulu l’interdire, il aurait mis une barrière infranchissable autour de l’arbre, comme il le fera pour interdire l’entrée du Paradis après la chute.


S’il ne le fait pas, c’est pour une excellente raison : par amour. Il veut que l’homme exerce son libre arbitre, et qu’il fasse le choix de l’amour plutôt que celui du désir. Le libre arbitre est cette épée à double tranchant qui peut, ou nous faire tomber dans le bien, ou nous conduire à notre perte. Et comme Dieu, tel le Christ, sait ce qu’il y a dans le coeur de l’homme (même le Coran le reconnaît en Sourate 64, verset 4 : « Il sait tout dans les cieux et la terre, et Il sait tout ce que vous dissimulez et tout ce que vous déclarez. Dieu est pleinement conscient des pensées les plus profondes. ») « Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme » (Jn 2, 24-25).


Je l’ai déjà dit à de nombreuses reprises, quand on regarde la Bible dans son ensemble, on peut y voir trois regards différents sur Dieu. Ce n’est pas Dieu qui change, mais le regard des hommes. Le Dieu de l’ancien Testament est un Dieu qui fait grandir l’homme en lui disant : « tu ne feras pas… ». Ne faisons-nous pas la même chose avec les petits enfants : « tu ne toucheras pas aux prises électriques » ? C’est le temps de l’interdiction. Puis quand l’homme grandit, Dieu, par la voix du Christ, nous dit « tu dois… », tu dois aimer ton Dieu et ton prochain comme toi-même… Et nous aux enfants : « tu dois être gentil avec ton frère. » C’est le temps de l’obligation. Puis, après la Pentecôte, Dieu dit aux hommes : « tu devrais… », comme nous disons à nos grands enfants : « tu devrais moins faire la fête… » C’est le temps de l’invitation.  Ce n’est pas Dieu qui change, c’est l’homme qui grandit. Et ce Dieu qu’en fait nous vîmes comme un Père Fouettard, puis comme un Dieu moralisateur, presque janséniste, devient un Dieu d’amour, un Dieu qui nous invite à l’amour. Et ce, par notre libre arbitre…


Libre arbitre

Voir ce que Catherine de Sienne en disait :

Si ce sont des amis que la clémence du Saint-Esprit nous envoie, c'est-à-dire si ce sont de bonnes et saintes inspirations, le libre arbitre les reçoit en ouvrant la porte avec la clef de l'amour, et il les utilise ; mais si ce sont des ennemis, des pensées coupables et des actions corrompues, il les chasse avec la verge de la haine et du mépris ; il ne les laisse point passer tant qu'elles ne sont pas changées, il leur ferme la porte de la volonté, qui ne donne pas son consentement.

Dieu croit en notre libre arbitre, mais il sait aussi que nous pouvons en faire mauvais usage, pour notre simple plaisir, ou pour nos déviations coupables. En quoi sont-elles coupables ? C’est là où les dix commandement prennent leur sens… Car ces commandements peuvent devenir des consignes…


Du commandement à la consigne

J’écrivais plus haut : un ordre n’a pas à se justifier, une consigne si. Et si nous faisions passer ces commandements aux rang de consignes ? Si je reprends ma dernière image, les consignes seraient les cordes des arcs, et les flèches la condamnation. Si je détends la corde, la flèche ne part plus ! Comment la détendre ? En comprenant le sens de l’interdiction. En effet, si nous sommes, avec les dix commandements, dans le temps de l’interdiction (entre l’Ante Legem et le Sub Lege), connaître non pas la peine encourue, mais surtout la raison de l’interdiction, désamorce l’arc. Nous-mêmes, quand nous donnons des ordres d’interdiction, prenons-nous suffisamment le temps pour expliquer les raisons de notre ordre ? Expliquez-vous à l’enfant le danger du courant électrique ? Souvent, nous manquons de patience et nous nous réfugions derrière un « il est trop jeune pour comprendre. » Sommes-nous trop jeunes pour comprendre les ordres divins ? Serions-nous encore dans le temps de l’interdiction ? Ou alors, nous croyons-nous déjà dans le temps de l’invitation, balayant d’un revers de main ces commandements qui nous paraissent antédiluviens, surannés et inutiles, car tellement évidents ? Je n’en suis pas aussi sûr… Alors permettez-moi de les transformer en consignes…


Dix consignes

1- Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. 2- Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération. 

Nous avons souvent résumé ces deux commandements en une phrase synthétique : Tu n’auras qu’un seul Dieu. Mais il devient consigne quand ont lit tout le texte. En effet, la consigne est introduite par cette petite conjonction « car ». Car Dieu est jaloux, il nous aime tellement qu’il ne veut pas nous partager. Tous les époux le comprennent ! Mais pas un Dieu jaloux qui ne demanderait qu’un culte soumis, à l’image des dieux de l’Olympe. Non, notre Dieu nous aime tellement qu’il veut nous être fidèle sur mille générations, être à nos côtés de tout temps (Mt 28, 20) : « Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Car il veut nous délivrer de nos péchés, de notre esclavage, comme il a délivré les hébreux de la mains des égyptiens.

3- Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque en vain son nom.

Maurice Clavel avait intitulé un de ses livres : Dieu est Dieu, nom de Dieu ! Si Dieu est Dieu, comment pourrions-nous, du haut de notre superbe, l’invoquer pour tout et n’importe quoi ! N’est-ce pas ce que font tant de nos contemporains attribuant à Dieu un mal, dont ils sont pourtant à l’origine ? Comme le dit Jésus (Mt 22, 21) : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Quant au Nom, nous l’invoquons souvent en mal. Ne serait-ce que par des expressions comme « vain Dieu » (et non vingt dieux), laissant entendre que Dieu est vain… Alors que nous devrions louer le Nom de Dieu : « Que ton Nom soit sanctifié » ; ou comme le dit le psaume 113B : « Non nobis, Domine, non nobis, Sed nomini tuo da gloriam. » (Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom, donne la gloire, pour ton amour et ta vérité.)

4- Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui est dans ta ville. Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié. 

Se reposer… N’est-ce pas autant un ordre divin qu’un besoin physiologique ? Et le repos est quelque chose de béni. Même un psaume (Ps 126, 2) le confirme : « Dieu comble son bien-aimé quand il dort. » Quand l’homme se retire le droit de se reposer (ou quand il refuse le devoir de travailler, voire réclame un droit à la paresse…), comment pourra-t-il trouver un équilibre ? Quand il ne prend plus le temps du silence, de la contemplation, de la rencontre avec Dieu ou/et sa famille, comment pourra-t-il donner sens à sa vie ? Vers quoi court-il ? Quand le dimanche n’est plus sanctifié, que tous les magasins sont ouverts (et les églises fermées…), comment pourra-t-il prendre soin de son âme si seul son corps l’occupe (voire pour quelques-uns, assez rares, leur intelligence et leur culture) ? Comment pourrions-nous nous sanctifier (dans cette société qui veut combattre continuellement le mal et le mensonge dans un esprit de puritanisme victorien) si nous ne savons plus nous arrêter pour rencontre Dieu ?

5- Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.

Est-ce utile de le commenter ?!

6- Tu ne commettras pas de meurtre. 7- Tu ne commettras pas d’adultère. 8- Tu ne commettras pas de vol. 9- Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain. 10- Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient. »

Ces derniers commandements font référence à nos relations avec les autres, alors que les quatre premiers font référence à notre relation avec Dieu qui désire notre sainteté. Et pour ces derniers commandements, nous pourrions les transformer en consignes par un « car » très simple. Car si tu ne suis pas ces consignes, ta conscience te condamnera et tu auras bien du mal à te regarder dans la glace. Car, comment accepterais-tu que les autres te fassent la même chose ? Car, toi qui espères la vérité à ton égard, comment peux-tu mentir aux autres ? En fait, les autres sont notre propre miroir… Un miroir qui nous ne nous dit pas « ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse », ce qui n’est la règle que de l’enfant du Premier Testament (Tb 4, 15) : « Ne fais à personne ce que tu détestes, et que cela n’entre dans ton cœur aucun jour de ta vie », mais plutôt la règle évangélique, dite la règle d’or (Mt 7, 12) : « Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi ». Le miroir de la sainteté serait même celui qui nous ferait dire : même si les autres ne le font pas pour vous, faites-le quand même pour eux !


Mais, et je dois avouer un certain scepticisme, j’ai bien peur que ceux qui sont prêts à se sacrifier pour les autres sont de plus en plus rares. Hédonisme et individualisme sont devenus les nouvelles règles… J’ai bien peur que les arcs ne finissent par lâcher leurs flèches !



PAPE FRANÇOIS, AUDIENCE GÉNÉRALE, Mercredi 8 août 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!


Nous continuons aujourd’hui à méditer sur le Décalogue, en approfondissant le thème de l’idolâtrie, nous en avons parlé la semaine dernière. Nous reprenons à présent ce thème, car il est très important de le connaître. Et nous nous inspirons de l’idole par excellence, le veau d’or, dont parle le Livre de l’Exode (32, 1-8) — nous venons d’en écouter un passage. Cet épisode se déroule dans un contexte précis: le désert où le peuple attend Moïse, qui est monté sur la montagne pour recevoir les instructions de Dieu.


Qu’est-ce que le désert ? C’est un lieu où règne la précarité et l’insécurité — dans le désert il n’y a rien — où manque l’eau, où manque la nourriture et où manque un abri. Le désert est une image de la vie humaine, dont la condition est incertaine et qui ne possède pas de garanties inviolables. Cette insécurité engendre chez l’homme des inquiétudes primaires, que Jésus mentionne dans l’Evangile : « Qu’allons-nous manger ? Qu’allons-nous boire ? De quoi allons-nous nous vêtir ? » (Mt 6, 31). Ce sont les inquiétudes primaires. Et le désert provoque ces inquiétudes.


Et dans ce désert se produit quelque chose qui déclenche l’idolâtrie. « Moïse tardait à descendre de la montagne » (Ex 32, 1). Il est resté là-bas quarante jours et les gens ont perdu patience. Il manque le point de référence qu’était Moïse : le leader, le chef, le guide rassurant et cela devient insoutenable. Alors, le peuple demande un dieu visible — c’est le piège dans lequel tombe le peuple — pour pouvoir s’identifier et s’orienter. Et ils disent à Aaron : « Fais-nous un dieu qui aille devant nous », « Fais-nous un chef, fais-nous un leader ». La nature humaine, pour échapper à la précarité — la précarité est le désert — cherche une religion « à faire soi-même » : si Dieu ne se fait pas voir, nous nous faisons un dieu sur mesure. « Devant l’idole on ne court pas le risque d’un appel qui fasse sortir de ses propres sécurités, parce que les idoles “ont une bouche et ne parlent pas” (Ps 115, 5). Nous comprenons alors que l’idole est un prétexte pour se placer soi-même au centre de la réalité, dans l’adoration de l’œuvre de ses propres mains » (Encyclique Lumen fidei, n. 13).


Aaron ne sait pas s’opposer à la demande du peuple et il crée un veau d’or. Le veau avait un double sens dans le Proche-Orient antique : d’une part, il représentait la fécondité et l’abondance, et de l’autre l’énergie et la force. Mais surtout, il est d’or, il est donc un symbole de richesse, de succès, de pouvoir et d’argent. Ce sont les grandes idoles : succès, pouvoir et argent. Ce sont les tentations de toujours ! Voilà ce qu’est le veau d’or: le symbole de tous les désirs qui donnent l’illusion de la liberté et, en revanche, rendent esclaves, parce que l’idole rend toujours esclave. Elle émane une fascination et tu vas vers elle. Cette fascination du serpent qui regarde le petit oiseau, le petit oiseau reste sans pouvoir bouger et le serpent l’attrape. Aaron n’a pas su s’opposer.


Mais tout naît surtout de l’incapacité d’avoir confiance en Dieu, de placer en Lui nos sécurités, de Le laisser donner une véritable profondeur aux désirs de notre cœur. Cela permet de soutenir également la faiblesse, l’incertitude et la précarité. La référence à Dieu nous rend forts dans notre faiblesse, dans l’incertitude et également dans la précarité. Sans le primat de Dieu, on tombe facilement dans l’idolâtrie et on se contente de maigres assurances ; mais c’est une tentation que nous lisons toujours dans la Bible. Pensez bien à cela : libérer le peuple de l’Egypte n’a pas beaucoup coûté de travail à Dieu ; il l’a fait avec des signes de puissance, d’amour. Mais le grand travail de Dieu a été d’enlever l’Egypte du cœur du peuple, c’est-à-dire éliminer l’idolâtrie du cœur du peuple. Et Dieu continue encore à travailler pour l’enlever de nos cœurs. Tel est le grand travail de Dieu : enlever « cette Egypte » que nous portons en nous, qui est la fascination de l’idolâtrie.


Quand on accueille le Dieu de Jésus Christ, qui de riche s’est fait pauvre pour nous (cf. 2 Co 8, 9), on découvre alors que reconnaître sa propre faiblesse n’est pas le malheur de la vie humaine, mais la condition pour s’ouvrir à celui qui est vraiment fort. Alors, par la porte de la faiblesse entre le salut de Dieu (cf. 2 Co 12, 10) ; c’est en vertu de sa propre insuffisance que l’homme s’ouvre à la paternité de Dieu. La liberté de l’homme naît du fait de laisser le vrai Dieu être l’unique Seigneur. Et cela permet d’accepter sa propre fragilité et de refuser les idoles de notre cœur.


Nous chrétiens, tournons le regard vers le Christ crucifié (cf. Jn 19, 37), qui est faible, méprisé et dépouillé de toute possession. Mais en Lui se révèle le visage du vrai Dieu, la gloire de l’amour et non celle de la tromperie qui éblouit. Isaïe dit : « Dans ses blessures nous trouvons la guérison » (53, 5). Nous avons été guéris précisément par la faiblesse d’un homme qui était Dieu, par ses blessures. Et à partir de nos faiblesses nous pouvons nous ouvrir au salut de Dieu. Notre guérison vient de Celui qui s’est fait pauvre, qui a accepté l’échec, qui a entièrement assumé notre précarité pour la remplir d’amour et de force. Il vient nous révéler la paternité de Dieu ; dans le Christ, notre fragilité n’est plus une malédiction, mais un lieu de rencontre avec le Père et la source d’une nouvelle force d’en-haut.



Prière de Saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719)


1. Un seul Dieu tu adoreras, Et aimeras parfaitement.

2. Dieu en vain tu ne jureras, Ni autre chose pareillement. Et sache qu'il est temps de garder dans ton cœur, Pour ton bonheur, La sainte loi de ton Seigneur.

3. Les dimanches tu garderas, En servant Dieu dévotement.

4. Père et mère honoreras, Afin que tu vives longuement.

5. Homicide point ne seras, De fait ni volontairement.

6. Impudique point ne seras, De corps, ni de consentement.

7. Le bien d'autrui tu ne prendras, Ni retiendras injustement.

8. Faux témoignage ne diras, Ni mentiras aucunement.

9. L'œuvre de chair ne désireras, Qu'en Mariage seulement.

10. Les biens d'autrui tu ne convoiteras, Pour les avoir injustement.

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