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IIIe dimanche du Carême (A)

Et ce rocher, c’était le Christ… -



Le frappement du rocher,

Anonyme,

Dessin et couleur, codex en papier, 403 mm x 288 mm,

« Biblia pauperum », Lyon, BM, 0446, folio 035, vers 1460-1470,

Bibliothèque Municipale, Lyon (France)


Lecture du livre de l’Exode (Ex 17, 3-7)

En ces jours-là, dans le désert, le peuple, manquant d’eau, souffrit de la soif. Il récrimina contre Moïse et dit : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? » Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant le peuple, emmène avec toi plusieurs des anciens d’Israël, prends en main le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va ! Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! » Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d’Israël. Il donna à ce lieu le nom de Massa (c’est-à-dire : Épreuve) et Mériba (c’est-à-dire : Querelle), parce que les fils d’Israël avaient cherché querelle au Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis à l’épreuve, en disant : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »


Psaume 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)

Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut ! Allons jusqu’à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fête acclamons-le !


Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits. Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit.


Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? « Ne fermez pas votre cœur comme au désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. »


Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 5, 1-2.5-8)

Frères, nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 4, 5-42

En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en a eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !... Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui. Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. » Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. » Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : ‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. Il est bien vrai, le dicton : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’ Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. » Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »


Le manuscrit

Ce codex déposé à la Bibliothèque municipale de Lyon n’est, malheureusement, pas en bon état de conservation. Plusieurs pages sont coloriées à l’aquarelle, d’autres n’ont que des dessins en noir et blanc. Plusieurs tâches d’humidité apparaissent sur les pages, comme à la droite de notre image, entraînant une disparition du dessin. Plusieurs pages rappelleraient le style du XVIe siècle et paraîtraient plus récentes que l'écriture du manuscrit : ce doit être une mauvaise copie d'une édition xylographique.


La Biblia Pauperum

Nous retrouvons ici le style habituel des bibles des pauvres. Un petit rappel sur ces bibles. Ce recueil d’images bibliques commentées excède rarement 40 pages. Il était parfois dessiné, mais la plupart du temps reproduit par xylographie. Il doit son nom à deux motifs : d’abord son sens propre qui permettait d’accéder à un ouvrage inaccessible quand il était enluminé. Mais aussi, dans le sens figuré, parce qu’il s’adressait à gens (laïcs ou religieux) dont la culture biblique était plus pauvre et leur donnait ainsi le minimum catéchétique. Donc, principalement destiné aux clercs, il leur facilitait la préparation des homélies en leur proposant des correspondances bibliques, des citations, et surtout des « leçons » comme nous en avons vu les exemples sur les tapisseries de la Chaise-Dieu. Mais il est important de noter que l’on n’y trouve aucune citation ni image de textes mythologiques, historiques ou apocryphes. Ce sont simplement des aide-mémoire bibliques. Ils furent nombreux aux XIVe et XVe siècle avant l’apparition de l’imprimerie qui les vulgarisera.


Ce que je vois

La structure de disposition de l’image n’est pas, ici, très courante, même si elle reprend les éléments habituels. Au centre, dans une mandorle, est représentée la mort du Christ en croix. Lisons-la de bas en haut. Au sol, un crâne et des os : vestige de la tradition juive qui pensait que le Christ avait été crucifié sur le lieu où se trouvait le reste d’Adam, d’où le nom de « Golgotha », lieu du crâne (ou calvaire, en latin). Au-dessus, la croix de bois sur laquelle est pendu le Christ. Il est mort, les yeux clos, la tête auréolée et ne porte que le perizonium. Des clous de ses mains jaillissent des gouttes de sang. Autour de la croix, la lune et le soleil rappelant à la fois que toute la création est concernée par la mort du Sauveur, et co-créateur (Jn 1, 3 : « C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. ») Elles rappellent aussi l’obscurité qui se fit sur terre au moment où le Christ expire (Lc 23, 44-45a) : « C’était déjà environ la sixième heure (c’est-à-dire : midi) ; l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure, car le soleil s’était caché. » Au-dessus de la croix, à l’emplacement du titulus (INRI), nous découvrons le pélican. La légende veut que le pélican se perce les entrailles pour nourrir de son sang ses petits lorsqu’il n’y a plus rien à manger. L’image est ici évidente : le Christ laisse couler de son côté le sang qui nourrira les hommes à l’eucharistie.


De chaque côté du crucifié, deux hommes. À gauche, le célèbre Longin tient la lance qui percera le côté du Christ dont coulera l’eau et le sang (Jn 19,34). Il est vêtu comme un juif d’un long manteau serré par une ceinture, et la tête couverte d’un bonnet pointu. À droite, un autre homme, plutôt vêtu comme un bourgeois du XVe siècle (pourpoint brodé sur des haut-de-chausse à crevés, et chapeau à plume), tient en main la branche d’hysope sur laquelle est fichée l’éponge pour abreuver le Christ (Jn 19, 29 : « Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. »), et de l’autre un petit seau.


Autour, sur un mode assez classique, quatre prophètes entourés de citations de l’Ancien Testament, montre la préfiguration biblique.

  • Isaïe 53, 4 : « Vraiment, ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé ».

  • Psaume 141, 2 : « Que mes mains s’élèvent en sacrifice du soir. »

  • Psaume 22, 17 : « Ils ont percé mes mains et mes pieds. »

  • Isaïe 53, 12 : « Il a été compté au nombre des scélérats. »

À gauche, la scène représente la création d’Ève. Adam, nu, est allongé, dans une profonde torpeur, et repose la tête sur sa main gauche. De son flanc, Dieu « extrait » Ève, femme nue aux cheveux longs, qui joint les mains en signe de reconnaissance. Dieu, vêtu d’une longue tunique, nimbé d’une auréole crucifère, et au visage christomorphe, bénit de la main droite la vivante. Autour d’eux, le jardin luxuriant, fermé au fond par une porte au pied d’un fleuve. Là encore, l’interprétation allégorique est simple : du côté d’Adam sort Ève, comme du côté du Christ sortira l’eau et le sang (Jn 19, 34 : « mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. »). Ainsi, l’eau qui sort du côté du Christ préfigure la nouvelle Ève, l’Église, dont Marie est la Mère.


À droite, la scène est quelque peu effacée mais n’en reste pas moins essentielle. Elle représente la scène biblique que nous avons entendue en première lecture : Moïse fait jaillir l’eau du rocher à Massa et Mériba (Ex 17, 3-7). Moïse tient en main le bâton dont il frappe le rocher qui jouxte la scène de la croix, et l’on voit un torrent d’eau en couler. Derrière lui, le peuple regarde ébahi, certains rendant grâce au premier plan en s’agenouillant. Nous allons en creuser le sens allégorique…


Une eau jaillit du rocher

Le peuple a soif. Les voici depuis plusieurs semaines dans le désert, et il n’ont plus rien à boire, et aucune source en vue. La panique commence à les prendre, et, comme il se doit, ils cherchent un responsable. Bien sûr, ce sera Moïse. N’est-ce pas lui qui les a emmené dans ce désert, qui leur a fait quitter l’esclavage, bien sûr, mais aussi l’assurance d’avoir un toit, à manger et à boire ? Le pauvre homme, désespéré et apeuré, se tourne vers Dieu. L’ordre est clair : « Passe devant le peuple, emmène avec toi plusieurs des anciens d’Israël, prends en main le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va ! Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! »


Notez que le Seigneur demande à Moïse de ne taper qu’une fois sur le rocher. Mais le pauvre homme, peut-être envahi par le doute ou la peur, tapa deux fois… Cela lui valut la condamnation de ne pas entrer en Terre promise.


L’ordre de Dieu est précis : prendre le bâton qui lui a permis d’écarter les eaux, comme de produire les dix plaies d’Égypte. Et avec ce bâton, de frapper le rocher. Et c’est ici qu’il nous faut être perspicace ! Dieu ne lui demande pas de taper n’importe où sur la montagne, mais plutôt de taper sur un rocher. Et pas n’importe quel rocher, mais LE rocher. Qu’est-ce donc que ce rocher ? N’est-ce pas celui qui, non gravé encore, deviendra les tables de la Loi (Ex 20) ? Ce rocher — deuxième version puisque Moïse de colère devant le manque de foi du peuple qui a fait un veau d’or le brisa — (les Tables de la Loi) furent ensuite déposées dans l’Arche d’alliance qui les accompagnait. Ainsi, plutôt que de toujours revenir à la source, ce qui les aurait empêché de sortir du désert, et dans l’impossibilité de faire des réserves pour 600 000 personnes, ils préférèrent mettre LE rocher dans l’Arche. Quand ils avaient soif, il suffisait de taper sur les tables de la Loi, et il en coulait de l’eau pour les abreuver ! Bref, ils prenaient avec eux le robinet ! Mais le sens moral est encore plus fort : c’est de la Loi divine que coule l’eau qui va les abreuver. C’est cette Loi qui va leur permettre de survivre, comme Adam et Ève, se découvrant nus durent s’habiller de feuilles de figuier, de feuilles de l’arbre de la Loi, d’articles pour régir leur vie. Ce rocher les suivait donc. Et saint Paul l’a bien compris lorsqu’il écrit aux Corinthiens (1 Co 10, 4) : « tous, ils ont bu la même boisson spirituelle ; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher, c’était le Christ. »


La vivante

Mais cette Loi ne fait pas que les abreuver : elle leur donne la vie. La preuve en est l’autre scène de notre image : Ève est extraite du côté d’Adam. Le pauvre homme, comme le raconte la Genèse, ne trouvait pas son « complément ». Dieu le fit sombrer dans la torpeur et, d’une de ses côtes, façonna sa compagne. Et que dit Adam en la découvrant ? Gn 2, 24 : « L’homme dit alors : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera femme – Ishsha –, elle qui fut tirée de l’homme – Ish. » » Puis, après la chute (Gn 3, 20) : « L’homme appela sa femme Ève (c’est-à-dire : la vivante), parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. » Maintenant qu’ils ont chuté devant la tentation du serpent, il donne un nom à sa femme : la vivante. Bien sûr, parce qu’elle donnera la vie à l’humanité. Mais encore plus, sur le mode de la préfiguration, parce que la nouvelle Ève, Marie, sera elle aussi la mère de tous les vivants, de tous ceux qui naîtront de l’Église par l’eau du baptême qui coule du côté du Christ.


Ce rocher, c’était le Christ

Cette petite phrase de saint Paul a énormément d’importance. De la loi ancienne, celle des Tables, coule l’eau qui abreuve le peuple. Mais le Christ vient introduire une nouvelle loi. Non pas une loi qui vient abolir la précédente (Mt 5, 17-18 : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. »), mais une nouvelle Loi qui vient l’accomplir, la mener à son terme, à son but ultime : l’amour. Et de cette loi, il en sera le rocher, comme l’avait annoncé le psalmiste : (Ps 17, 3) « Dieu mon libérateur, le rocher qui m'abrite, mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire ! » Le mot « rocher » comme désignation du Seigneur apparaît à de multiples reprises dans les psaumes : 17, 18, 27, 30, 41, 60, 61, 70, 77, 80, 91, 93, 94, 104, 113a et 143 ! Oui, il est notre rocher, celui sur lequel on peut s’appuyer, ce rocher qui nous protège, qui nous abreuve, qui nous rassure.


Mais voilà que ce rocher a disparu avec la chute du Temple de Jérusalem où était conservé l’Arche d’alliance, en 586 lors de la prise de la ville par Nabuchodonosor. Je ne sais pas si, à l’instar d’Indiana Jones et d’un certain nombre d’hurluberlus contemporains, il faut partir à sa recherche. Quel en serait l’intérêt puisque ce rocher, cette nouvelle Table de la Loi est à notre portée ?


En effet, reprenons notre image. Moïse tape sur le rocher qui semble se continuer sur la scène centrale. Quand Longin tape avec son bâton sur le rocher qu’est le Christ, comme pour le rocher vétérotestamentaire, il en coule de l’eau… N’est-ce pas à ce moment que la nouvelle loi s’accomplit, se réalise, est menée à son terme ? N’est-ce pas cette nouvelle loi d’amour de Dieu, des frères et de moi-même qui coule du coeur du Christ ? N’est-ce pas à cette source qu’il nous faut aujourd’hui nous abreuver ? N’est-ce pas de cette source, du côté du Christ que jaillit l’eau du baptême dans laquelle nous serons plongés, et le sang que nous recevrons à l’eucharistie ? N’est-ce pas de ce côté transpercé, de ce rocher que va naître la nouvelle Ève, l’Église, dont Marie devient, au pied de la croix, la Mère ?


Alors, pourquoi aller rechercher l’ancienne Arche, alors que la nouvelle Arche d’Alliance est à portée de main (qui plus est, Marie est dénommée ’Arche d’Alliance’ dans les litanies de Lorette, puisqu’en son sein, elle conservera le nouveau rocher d’où coulera la source de la Loi) ? Et encore mieux, une arche, un rocher que nous pouvons, nous aussi, prendre avec nous, transporter, non sur notre dos, mais en notre coeur.


Soif ?

Une des dernières paroles du Christ sur la croix fut : « J’ai soif… » (Jn 19, 28) Et cette soif occupe toujours Jésus, comme avec la Samaritaine. Mais ce qu’il veut nous faire comprendre par sa soif, c’est que c’est d’abord l’homme qui a soif, soif d’amour, de paix, de pardon. « On ne saurait faire boire un âne qui n’a pas soif » dit le proverbe. Mais ne pourrions-nous aussi dire que lorsque l’on boit à côté d’un âne, par mimétisme, celui-ci se met à avoir soif ! Jésus veut nous donner soif, soif de son coeur, soif d’amour. La vraie question est simple : serons-nous des ânes têtus ? Ou accepterons-nous notre soif ? Accepterons-nous d’aller nous abreuver au côté du Christ ? Rien d’autre que la question de cette femme devant le Christ :

Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »


Athanase d’Alexandrie, Sermon pour le temps de Pentecôte (in Bouchet, Jean-René, Lectionnaire pour les dimanches et fêtes, pp. 251-252), Cerf, 1994

Le Père est dit dans l’Ecriture source et lumière : "Ils m’ont délaissé, moi la source d’eau vive", et encore, en Baruch : "D’où vient, Israël, que tu es dans le pays de tes ennemis ? Tu as abandonné la source de la sagesse", et selon Jean "notre Dieu est lumière". Or, le Fils, en relation avec la source, est appelé "fleuve", car "le fleuve de Dieu, selon le psaume, est rempli d’eau", et en relation avec la lumière, il est appelé "resplendissement". Selon Paul, en effet, il est "le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance". Le Père est donc lumière, le Fils le resplendissement, et c’est par l’Esprit que nous sommes illuminés. "Puisse Dieu vous donner, dit Paul, un Esprit de sagesse et de révélation qui vous le fasse vraiment connaître, puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur." Mais quand nous sommes illuminés, c’est le Christ qui est notre lumière, car "il était la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde". De même, le Père étant source et le Fils fleuve, on dit que nous buvons l’Esprit : "Tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit", mais abreuvés de l’Esprit, nous buvons le Christ car "ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait et ce rocher c’était le Christ. »



Ambroise de Milan, Commentaire du Psaume 39, 2

« J'ai attendu, attendu le Seigneur. » Où peut-on parler ainsi en toute propriété de termes, sinon dans l'évangile ? Voici que nous arrive Celui que nous attendions. L'ombre de la Loi ne nous recouvre plus de son brouillard ; la vérité resplendit. Le Christ-lumière est survenu ; il a écouté favorablement la supplication des siens. Il nous a tirés d'un abîme de misères et d'un bourbier fangeux. Le gouffre de nos péchés nous retenait immergés ; tout notre être d'homme y était collé. Notre âme ne pouvait pas s'en arracher ; l'infamie, sans cesse accrue, l'avait écrasée."

"Merci au Seigneur Jésus, au Fils unique de Dieu, à notre rédempteur. Pour nous remettre tous nos péchés, il est descendu du ciel ; il nous a tirés de l'abîme et de la fange de ce monde, du marais boueux, et aussi de ce corps de mort. En sa chair il a établi solidement les pieds intérieurs de notre âme. Ainsi, fortifiés par la parole de Dieu et délivrés par la croix où souffrit le corps du Seigneur, nous pouvons marcher, non plus dans l'humiliation du déshonneur, mais dans l'état de pécheurs pardonnés. Celui qui a été fortifié, enraciné dans le Christ, aime à se rappeler que ses pieds ont été solidement établis sur le Roc. C'est bien ce que dit l'Apôtre : "Ils buvaient à un rocher qui les suivait ; et ce Rocher était le Christ" (1 Co 10, 4). Le rocher, du fait qu'il suit ceux qui ont soif, rend solides ceux qui trébuchent. Ainsi, l'eau ne manque pas à ceux qui n’ont soif, ni un appui pour ceux qui glissent. »



Extrait d’une méditation d’un pasteur protestant

Christ, le Rocher frappé


Pour le peuple dans le désert, avant que cette eau jaillisse – c’est une figure de la vie de l’Esprit -, il fallait que le Rocher soit frappé. Il l’a été sur la croix par Dieu lui-même. Christ s’était volontairement chargé de tous les péchés - ceux d’Israël et aussi des nations. Il a donc subi à notre place, pendant les trois heures de ténèbres, le terrible jugement de Dieu pour expier toutes nos fautes, nos murmures, nos rébellions… Dieu seul peut pardonner les péchés (Marc 2 : 7). Dans ce but, Il a, à l’heure fixée (Jean 12 : 38), frappé le Rocher. Moïse n’aurait pas dû, plus tard, frapper deux fois le Rocher (Nom. 20 : 11) !


Les « fleuves d’eau vive » représentant l’Esprit Saint (Jean 7 : 38)

La manne est l’image d’un Christ venu du ciel ; le Rocher frappé est le symbole d’un Christ crucifié, et « l’eau vive » qui en jaillissait, représente le Saint Esprit. C’est la puissance de la Vie éternelle, que le Sauveur, mort et ressuscité, donne à tous ceux qui ont cru en Lui !

Ainsi nourri et désaltéré, le peuple a été préparé par l’Eternel ; il est en mesure de résister à Amalek - une figure de Satan agissant par le moyen de la chair. Il se présente aussitôt, pour combattre contre eux, alors qu’ils se trouvent encore à Rephidim !

Les enfants de Dieu peuvent se fortifier dans le Seigneur et la puissance de sa force. Mais Ils ne doivent pas négliger de se revêtir de l’armure complète de Dieu - et la garder continuellement sur eux (Eph. 6 : 10-13).


Le croyant, canal de bénédiction pour d’autres (Jean 7 : 38-39)

En parlant à la Samaritaine, rencontrée près de la fontaine de Sichar, Jésus lui dit : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, moi, n’aura plus soif, à jamais ; mais l’eau que je lui donnerai sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jean 4 : 14).

Plus loin dans cet évangile, nous lisons que Jésus a mis à profit la dernière journée de la fête des tabernacles pour proclamer l’offre de la grâce, en criant : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, comme l’a dit l’Ecriture, des fleuves d’eau vive couleront de son ventre » (7 : 37-38). Il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui croyaient en Lui (v. 39). Mais à ce merveilleux et ultime appel du Seigneur, le dernier jour de la fête, de nouvelles contestations ont répondu. Les cœurs étaient endurcis. C’est comme si des personnes assoiffées – or nous le sommes tous, consciemment ou non - discutaient, en présence d’une source pure, sur son origine, au lieu de se hâter d’en boire.

Nous comprenons aussi d’après ces passages que le croyant, rempli du Saint Esprit, devient ensuite un canal de bénédiction pour d’autres personnes. C’était le cas pour le disciple André, qui a amené à Christ son frère Pierre et Nathanaël. La Samaritaine, elle aussi boit d’abord cette eau, qui seule peut étancher notre âme, et devient le moyen de propager la vérité concernant Jésus dans tout son village.



Psaume 17

Je t'aime, Seigneur, ma force :

Seigneur, mon roc, ma forteresse,

Dieu mon libérateur, le rocher qui m'abrite,

mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !

Louange à Dieu !

Quand je fais appel au Seigneur,

je suis sauvé de tous mes ennemis.

Les liens de la mort m’entouraient,

des liens infernaux m’étreignaient,

j'étais pris aux pièges de la mort.

Dans mon angoisse, j'appelai le Seigneur ;

vers mon Dieu, je lançai un cri ;

de son temple il entend ma voix :

mon cri parvient à ses oreilles.

La terre titube et tremble,

les assises des montagnes frémissent,

secouées par l'explosion de sa colère.

Une fumée sort de ses narines,

de sa bouche, un feu qui dévore,

une gerbe de charbons embrasés.

Il incline les cieux et descend, une sombre nuée sous ses pieds :

d'un kéroub, il fait sa monture,

il vole sur les ailes du vent.

Il se cache au sein des ténèbres

et dans leurs replis se dérobe :

nuées sur nuées, ténèbres diluviennes.

Une lueur le précède,

ses nuages déferlent :

grêle et gerbes de feu.

Tonnerre du Seigneur dans le ciel,

le Très-Haut fait entendre sa voix:

grêle et gerbes de feu.

De tous côtés, il tire des flèches,

il décoche des éclairs, il répand la terreur.

Alors le fond des mers se découvrit,

les assises du monde apparurent,

sous ta voix menaçante, Seigneur,

au souffle qu'exhalait ta colère.

Des hauteurs il tend la main pour me saisir,

il me retire du gouffre des eaux ;

il me délivre d'un puissant ennemi,

d'adversaires plus forts que moi.

Au jour de ma défaite ils m'attendaient,

mais j'avais le Seigneur pour appui.

Et lui m'a dégagé, mis au large,

il m'a libéré, car il m’aime.

« Le Seigneur me traite selon ma justice,

il me donne le salaire des mains pures,

car j’ai gardé les chemins du Seigneur,

jamais je n’ai trahi mon Dieu.

Ses ordres sont tous devant moi,

jamais je ne m’écarte de ses lois.

Je suis sans reproche envers lui,

je me garde loin du péché.

Le Seigneur me donne selon ma justice,

selon la pureté des mains que je lui tends.

Tu es fidèle envers l’homme fidèle,

sans reproche avec l’homme sans reproche ;

envers qui est loyal, tu es loyal,

tu ruses avec le pervers.

Tu sauves le peuple des humbles ;

les regards hautains, tu les rabaisses.

Tu es la lumière de ma lampe,

Seigneur mon Dieu, tu éclaires ma nuit.

Grâce à toi, je saute le fossé,

grâce à mon Dieu, je franchis la muraille.

Ce Dieu a des chemins sans reproche,

la parole du Seigneur est sans alliage,

il est un bouclier pour qui s’abrite en lui.

Qui est Dieu, hormis le Seigneur ?

le Rocher, sinon notre Dieu ?

C’est le Dieu qui m’emplit de vaillance

et m’indique un chemin sans reproche.

Il me donne l’agilité du chamois,

il me tient debout sur les hauteurs,

Il exerce mes mains à combattre

et mon bras, à tendre l’arc.

Par ton bouclier tu m’assures la victoire,

ta droite me soutient, ta patience m’élève.

C’est toi qui allonges ma foulée »

« sans que faiblissent mes chevilles.

Je poursuis mes ennemis, je les rejoins,

je ne reviens qu’après leur défaite ;

je les abats : ils ne pourront se relever ;

ils tombent : les voilà sous mes pieds.

Pour le combat tu m’emplis de vaillance ;

devant moi tu fais plier mes agresseurs.

Tu me livres des ennemis en déroute ;

j’anéantis mes adversaires.

Ils appellent ? pas de sauveur !

le Seigneur ? pas de réponse !

J’en fais de la poussière pour le vent,

de la boue qu’on enlève des rues.

Tu me libères des querelles du peuple,

tu me places à la tête des nations.

Un peuple d’inconnus m’est asservi :

au premier mot, ils m’obéissent.

Ces fils d’étrangers se soumettent ;

ces fils d’étrangers capitulent :

en tremblant ils quittent leurs bastions.

Vive le Seigneur ! Béni soit mon Rocher !

Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire,

ce Dieu qui m’accorde la revanche,

qui soumet à mon pouvoir les nations !

Tu me délivres de tous mes ennemis,

tu me fais triompher de l’agresseur,

tu m’arraches à la violence de l’homme.

Aussi, je te rendrai grâce parmi les peuples,

Seigneur, je fêterai ton nom.

Il donne à son roi de grandes victoires,

il se montre fidèle à son messie,

à David et à sa descendance pour toujours.

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