Introduction au livre des Psaumes



Initiale D du psaume 22

Anonyme

Psautier de Saint-Alban, Enluminure sur parchemin, 27,6 × 18,4 cm, vers 1125-1130

Bibliothèque de la cathédrale, Hildesheim (Allemagne)


Deux textes

Le premier est écrit par le pasteur protestant Aaron Kayayan. Il est extrait de son livre Introduction à l’Ancien Testament. Éditions Foi et Vie Réformées, Palos Heights, 1997. L’auteur (1928-2008) a été pasteur réformé en France et a exercé un ministère radiophonique pour l’Europe, le Québec, l’Afrique francophone et l’Arménie.

Le second est écrit par Philippe Bernard, prêtre catholique du Diocèse de Paris.


L’introduction au psautier de Aaron Kayayan


1. Généralités

Le Psautier, « jardin des prières », est un recueil de 150 cantiques, répartis, sur le modèle de la Torah, en cinq livres :


• Premier livre Psaumes 1 à 41

• Deuxième livre Psaumes 42 à 72

• Troisième livre Psaumes 73 à 89

• Quatrième livre Psaumes 90 à 106

• Cinquième livre Psaumes 107 à 150


L’ordre numérique n’est pas le même dans la Bible hébraïque que dans la version des Septante (LXX). Le recueil s’est progressivement formé par la réunion des collections antérieures. La division en cinq livres n’est attestée qu’au 3e siècle de notre ère.

Cette collection de 150 Psaumes, morceaux poétiques, fait partie des « Hagiographes » (écrits saints), terme d’origine grecque qui, dans son sens moderne, désigne les cinq livres poétiques de l’Ancien Testament. Dans le canon hébreu, il s’applique aux douze livres appelés les « Ketubim ». Le Psautier porte dans les éditions de la Bible hébraïque le nom de « sepher tehilim » (livre de louanges) d’après la majorité des manuscrits. Les LXX nomment ce livre « Psalmoi »; la Vulgate « Liber Psalmorum ».

Les cinq livres, ou sections, se terminent chacun par une doxologie (sauf le dernier).


Ainsi, l’Ancien Testament s’ouvre par le Pentateuque de la loi, et le Nouveau Testament par le Pentateuque de la grâce (quatre Évangiles, les Actes), qui proclament ce que Dieu est, ce qu’il réclame de nous et ce qu’il a fait pour nous permettre de répondre à ses exigences. Entre les deux est placé le Pentateuque des Psaumes, qui exprime l’adoration de l’homme devant la majesté de Dieu, et sa reconnaissance en face des prodiges, de la puissance et de l’amour divins.


À l’intérieur de ces cinq grandes divisions se trouvent encore des groupes plus petits, notamment la série des cantiques de pèlerinages (Ps. 120 à 134).


2. Les titres

Les Psaumes de la Bible hébraïque, sauf 34, portent des titres d’étendue et de caractère variables. Ces notices, sorte de fiches individuelles d’identité, remontent à une période assez ancienne, puisque les premiers traducteurs grecs n’en saisissaient plus le sens exact. Aujourd’hui encore, malgré les efforts des exégètes, nous sommes souvent réduits à des conjectures ou au silence. La plupart de ces indications concernent les auteurs traditionnels. Parmi ces noms émerge celui de David, cité au début de 73 Psaumes, spécialement dans le premier livre du recueil qu’on appelle pour cette raison la grande collection davidique. La mention de David s’accompagne 13 fois d’une allusion à quelque événement de la vie du roi. On comprend aisément la prééminence du chantre des Psaumes d’Israël. David jouissait d’une réputation de poète, de musicien, d’inventeur d’instruments de musique; on lui attribuait aussi l’organisation du culte et du chant liturgique.


Certes, la poésie israélite existait bien avant David. Nous en avons pour preuve, entre autres, le cri de vengeance de Lémec, la chanson du puits, le cantique de Moïse et le chant de Myriam, l’ode triomphale de Débora. Mais la tradition a retenu que David imprima un élan à la lyrique sacrée; elle l’a considéré comme l’auteur le plus notable, l’animateur, le père spirituel des psalmistes en sa qualité de juste persécuté, de pénitent réconcilié, de figure du Messie.


Des titres suggèrent le caractère et la nature des compositions. Ils nous avertissent que nous sommes en présence d’un poème accompagné d’instruments à cordes, d’une prière, d’une louange, d’un chant d’amour ou épithalame, ou simplement d’un chant. Plusieurs termes résistent à une traduction précise. Parfois, on a estimé plus raisonnable de transcrire sans traduire. Malgré leur obscurité, ces mots techniques présentent un intérêt certain; ils attestent l’existence en Israël de différents types de Psaumes.


D’autres notices se réfèrent à l’exécution musicale. Elles mentionnent fréquemment (55 fois) le chef de chœur. On désigne aussi divers instruments de musique : flûtes, instruments à cordes, à huit cordes, cithare, à moins qu’il ne s’agisse d’une mélodie particulière. Pour soutenir ou accompagner les chœurs, on utilisait des instruments variés : cor et trompette, harpe, luth et cithare, cymbales et tambourin. Le Psaume 150 énumère les éléments de l’orchestre sacré, « musique de Dieu ». On devine derrière certaines expressions énigmatiques des indications au sujet des airs sur lesquels on exécutait les chants : « biche de l’aurore », « les lis », « ne détruis pas ». Souvent, on s’est ici résigné à respecter le mystère de ces notices.


Enfin, des rubriques rattachent expressément certains chants à des actes liturgiques : le Psaume 92 concerne le jour du sabbat et le Psaume 100 l’action de grâces. Quant aux Psaumes des degrés (pour des montées), ils appartenaient sans doute au répertoire des pèlerins qui « montaient à Jérusalem ».


Les questions d’authenticité littéraire fournissent aux exégètes contemporains une ample matière à discussion. La préposition hébraïque dans les en-têtes, qui précède les noms des personnes, se prête, en effet, à diverses interprétations : elle peut indiquer une référence à l’auteur et aussi l’appartenance à un cycle littéraire, ou encore faire allusion au héros du poème.


On peut les grouper comme suit, d’après leurs sujets :

• Messianiques : 2, 16, 22, 23, 40, 45, 68, 69, 72, 110, 118

• Pénitenciers : 6, 32, 38, 51, 102, 130, 143

• Alléluia : 106, 111, 112, 113, 117, 135, 146 à 150

• Des pèlerins : 120 à 134

• Didactiques : 1, 5, 7, 15, 17, 50

• Prières : 17, 86, 90, 102, 142

• Royaux : 92 à 100

• Du matin :3,5,19,57,63,108

• Du soir :4,8,143

• De méditation : 56, 60, 61, etc.

• Historiques : 78, 105, 106

• Imprécatoires : 35, 59, 109

• Psaumes de confiance, de délivrance, d’adoration, de la loi


3. Nature de la poésie des Psaumes

Pris individuellement, chaque Psaume constitue une œuvre d’art dont la composition est soumise à certaines règles bien définies. Alors que dans la poésie occidentale c’est avant tout la rime et la structure du vers qui comptent, la langue hébraïque ne connaît pas la rime; en revanche, elle utilise le vers et le rythme. Les vers hébreux se composent en général de deux parties, qui se correspondent et se répondent, tantôt grâce à la répétition de la même pensée, sous une autre forme dans la seconde partie du vers :

« Car je suis près de tomber
Et ma douleur est toujours devant moi. » (Ps. 38:10).

Tantôt grâce au procédé de l’antithèse :

« Car le Seigneur connaît la voie des justes
Et la voie des pécheurs mène à la ruine. » (Ps .1:6).

Tantôt, enfin, grâce à une légère progression de la pensée :

« Détourne de moi tes coups!
Je succombe sous les attaques de ta main. » (Ps. 39:11).

Telle est la règle essentielle de la poésie hébraïque. Elle lui donne son caractère. Jamais l’idée, plainte ou consolation, ne se présente isolément; elle est toujours suivie d’une idée sœur qui lui fait écho. Cette alternance des voix rend sensible l’Église qui chante à la force du verbe. Un poète allemand (Herder) a pu dire que le vers hébreu évoque les paroles d’un père à ses enfants, paroles sans cesse répétées et renforcées par ce que dit la mère; ou encore, soit un rythme de danse, soit un cœur alterné.


Quant à la structure poétique des Psaumes, faisons deux remarques :


1. La poésie hébraïque recherche le rythme et non la rime, la cadence dans les idées et non celle des mots. Il s’ensuit qu’elle peut se reproduire dans toutes les langues, elle est par là universelle, indestructible. Cette cadence des idées, ce rapprochement ou cette opposition de deux pensées ou de deux images s’expriment sous la forme de parallélisme. Malheureusement, l’arrangement en verset dans nos Bibles ne conserve pas toujours ce parallélisme de la pensée. On distingue entre autres :

• Le parallélisme antithétique, dans lequel le sens de la première ligne est renforcé par contraste dans la deuxième partie (Ps. 1:6).

• Le parallélisme synthétique, dans lequel le second membre de phrase explique ou ajoute quelque chose au premier (Ps. 19:8-11).

• Le parallélisme inversé (voir Ps. 5:8) qu’il faut rendre ainsi :

a. Mais moi, je suis à ta maison

b. par ta grande miséricorde

b. avec crainte

a. Je me prosterne dans ton saint temple

• Le parallélisme antiphoné, dans lequel le premier membre de phrase appelle une réponse, qui s’intercale alternativement.

• Le parallélisme alterné, dans lequel la première ligne est parallèle à la troisième, la deuxième à la quatrième (voir Ps. 103:11-12). Cette méthode se trouve dans la structure de Psaumes entiers. Prenons comme exemple le Psaume 5 :

a. Requêtes (v. 2-3)

b. Promesses, prière personnelle, privée (v. 4)

c. Ce que Dieu ne fait pas (v. 5)

c. Ce que Dieu fait (v. 6-7)

b. Promesse, prière publique (v. 8)

a. Requêtes (v. 9-13)


2. La poésie hébraïque utilise souvent l’acrostiche alphabétique (Ps. 9 et 10; 25; 34; 37; 111; 112; 119; 145). Nous en possédons d’autres exemples en dehors du Psautier (les Lamentations). Dans notre recueil, il existe neuf poèmes alphabétiques dans lesquels chaque verset ou groupe de versets commence par une lettre de l’alphabet hébreu. L’exemple le plus travaillé est le Psaume 119, qui présente 22 strophes de 8 versets chacune, chaque lettre de l’alphabet hébreu apparaissant 8 fois de suite comme lettre initiale des versets de ces strophes.


4. Utilisation (individuelle et communautaire)

Les Psaumes étaient chantés, d’où leur rythme. Les syllabes fortes alternent avec les syllabes faibles. Les souscriptions contiennent parfois des indications, souvent incompréhensibles pour nous, de cadence et de tonalité pour l’exécution (voir Ps. 60:1; 61:1; 62:1, etc.). Ces données techniques étaient parfaitement familières à la communauté juive qui chantait les Psaumes dans le temple de Jérusalem.


Les vers d’un Psaume sont groupés en strophes. Mais sur ce point, il a été impossible jusqu’ici de dégager une règle fixe. La répétition du même refrain après un certain nombre de vers indique sans doute un début de formation de strophes (voir Ps. 80:4, 8, 20). À une époque postérieure, en outre, on affectionnait l’ordonnance alphabétique des vers, ce qui, on le comprendra, est impossible à rendre dans les traductions françaises.


Les Psaumes sont donc soumis à certaines règles de composition, selon le contenu, le rythme et l’accent des phrases ou des mots utilisés. Ce sont tous d’authentiques chants populaires; les poètes qui ont su donner à leurs plaintes, à leurs joies ou à leurs convictions cette forme poétique se sont effacés derrière leurs œuvres : nous ne connaissons pas tous leurs noms.


Le livre des Psaumes constituait, dans sa forme actuelle, le Psautier de la communauté juive de Jérusalem, qui avait reconstruit le temple à l’époque des prophètes Aggée et Zacharie; c’est avec ce recueil qu’elle se présentait devant Dieu, son Dieu, au cours du culte célébré en commun. Il est vrai que certains Psaumes s’appliquent plutôt à l’individu isolé, d’où l’usage individualiste que l’on fait souvent de la plupart de ces vieux chants. Mais il faut se rappeler que dans leur immense majorité les Psaumes sont des cantiques de l’Église, destinés à être chantés dans et par la communauté croyante.


Le culte du peuple de l’alliance, dont ils constituaient un élément essentiel, ne réunissait pas une masse anonyme d’individus isolés, atomisés, mais bien une communauté d’hommes appelés à présenter ensemble leurs prières devant Dieu. Le Psautier montre ainsi en quoi consiste le culte au sein du peuple de Dieu. La communauté de l’alliance ne vit pas seulement dans un temps neutre, elle ne suit pas simplement le cours monotone des jours et des ans; sa marche est guidée par l’année liturgique, dont chaque grande fête marque une étape destinée à ranimer le souvenir des interventions de Dieu en faveur de son peuple. En célébrant la Pâque, la fête des Tabernacles ou la fête des récoltes, la communauté de l’alliance se souvient, dans ses cantiques, de l’élection et de l’alliance qui ont déterminé la vocation de ses ancêtres. En célébrant la fête du roi, elle se rappelle que les fonctions officielles au sein du peuple de Dieu sont un service de l’Église. Elle apprend à contempler en espérance le roi issu de la famille de David dont Dieu a promis la venue.


En outre, elle montre par son chant comment elle sait porter ses membres malades, éprouvés ou tentés. C’est dans le cadre de la communauté que l’individu visité par la souffrance demande, au moyen de tel Psaume, le secours de Dieu et, en chantant avec lui, l’assemblée montre qu’elle ne le laisse pas seul avec son mal.


Le livre des Psaumes atteste qu’il n’existe aucune circonstance qui ne puisse faire l’objet de l’intercession de la communauté. C’est pourquoi toutes les détresses corporelles ou spirituelles, les épidémies, les famines, les guerres et les périls de la guerre y occupent tant de place. Mais parce que ces chants sont en définitive des cantiques, ils font surtout retentir l’accent de la reconnaissance. Au sein du peuple de l’alliance, la reconnaissance cesse d’être le fait de l’individu; lorsque ce dernier veut remercier Dieu, c’est toute la communauté qui intervient à sa place.


Le chant des Psaumes tel qu’il était pratiqué dans le temple de Jérusalem devait avoir un caractère très vivant, car ces vieux cantiques sont en grande partie des chœurs alternés. L’assemblée s’unissait au chœur des prêtres pour répondre à celui des chantres. Ce dialogue chanté ne signifie-t-il pas que Dieu attend une réponse à sa Parole dans l’Église? Cette réponse peut être une simple approbation (Ps. 106:48). Mais elle peut aussi consister à affirmer la solidarité de la communauté avec ses membres opprimés. À ce propos, certains Psaumes contiennent plusieurs allusions aux fidèles et aux groupes de fidèles qui ont à souffrir de l’exploitation des puissantes familles de l’époque (Ps. 86:1-3; 132:15).


5. Période de composition

Une certaine critique a proposé une date très tardive pour la composition du Psautier, prétendant que la plupart des Psaumes ont leur origine dans la période post-exilique. Nous avons déjà fait remarquer que la poésie religieuse hébraïque est très ancienne et que la majorité des Psaumes des trois premiers livres du Psautier ont été composés entre l’an 1000 et 700 avant J.-C. (dans les 300 ans qui suivirent le règne de David). Quelques Psaumes datent d’avant ou après cette époque, d’autres Psaumes sont anonymes, et il est très difficile d’établir avec certitude la date de leur composition.


6. Auteurs

L’art de la poésie remonte fort haut en Israël. Le fait qu’un grand nombre de Psaumes portent en suscription le nom de David provient de la tradition selon laquelle ce roi aurait été poète. David est devenu le poète des Psaumes, comme Salomon est devenu le sage du livre des Proverbes. Les plus anciennes traductions de la Bible diffèrent énormément dans leurs suscriptions des Psaumes, ce qui prouve le caractère très postérieur de ces sortes d’indications.


Des 150 Psaumes, 100 sont signés, 50 sont anonymes (nous ne donnerons pas la répartition dans les cinq livres du Psautier, nous contentant de la totalité).


• David 73

• Asaph 12

• Koré 10

• Moïse 1

• Salomon 2

• Éthan 1

• Héman 1

• Anonymes 50


Selon la tradition rapportée par Beraitha, « David a écrit le livre des Psaumes avec l’aide de dix autres anciens, celle d’Adam pour commencer, ensuite de Melchisédek, d’Abraham, de Moïse, de Héman, de Jeduthun, d’Asaph et des trois fils de Koré ». Cette phrase, écrit Edward Young, il faut la comprendre non dans le sens que David ait rédigé les Psaumes à l’aide de ces personnages, mais qu’il a collecté ceux qui existaient déjà avant lui. Selon cette opinion, aucun Psaume ne fut rédigé après David.


En examinant la liste de ces dix anciens, nous notons que sept d’entre eux sont mentionnés dans les suscriptions des Psaumes, trois d’entre eux, Adam, Melchisédek et Abraham, ne le sont pas et Éthan l’Ezrachite et Salomon, mentionnés dans ces mêmes sous-titres, n’apparaissent pas dans la liste talmudique. Cette opinion n’est pas fondée historiquement. Sauf la prééminence accordée à David, ce qui est correct, le reste ne peut se soutenir.


Il n’y a pas de doute qu’il y eut des Psaumes rédigés après David et aussi tardivement que durant la période exilique. Le Nouveau Testament attribue nombre de Psaumes à David. Ce témoignage du Nouveau Testament est corroboré par le livre deutérocanonique dit de l’Ecclésiastique (47:8). Notons que plusieurs Psaumes portent la suscription « de David » (73 d’entre eux). Nombre d’entre eux ont une référence directe à sa vie et aux circonstances de sa vie.


Quelles sont les autres considérations dont il faut tenir compte quant à l’authenticité davidique? Pour Edward Young :


• David a été un musicien capable. Il a joué d’un instrument en présence de Saül.

• Il était également un véritable poète. Par exemple, sa lamentation sur la mort de Saul et Jonathan le prouve.

• David est un homme qui fut animé de profonds sentiments et d’une riche imagination.

• David est un adorateur sincère du Seigneur, homme d’une authentique piété, selon « le

cœur de Dieu ».

• David est un homme d’une expérience variée et très riche.

• Notons enfin que la Bible le représente comme étant un homme doué de l’Esprit de Dieu.


Young conclut qu’il n’existe pas d’objection valable pour nier l’authenticité non davidique du reste du Psautier.


Il existe cependant 34 Psaumes qui n’ont pas de titre (appelés Psaumes orphelins). Il faut se rappeler que les traducteurs de la version des Septante (LXX) n’ont pas toujours compris les titres ou leur signification.


7. Composition, analyse du Psautier

De tous les livres de l’Ancien Testament, il semble à première vue que le Psautier soit le plus accessible, celui que les fidèles, aujourd’hui surtout, lisent le plus volontiers. Mais encore s’agit-il de le bien comprendre, ce qui est loin d’être le cas lorsqu’on se borne à y chercher des textes destinés uniquement à nourrir la piété individuelle. Il faut une communauté qui chante et qui prie, qui fasse de ces cantiques ses prières, comme à l’époque des vaudois du Piémont, des réformateurs et des huguenots.


Le réveil de l’Église s’accompagne souvent d’une redécouverte et d’une remise en valeur des Psaumes sur le plan cultuel. Mais cela n’est possible que dans une communauté consciente du fait que Dieu lui-même est à l’œuvre dans le culte qu’on lui rend, et capable d’intégrer dans son intercession tous les domaines de l’activité humaine. En un mot, pour comprendre la vraie signification des Psaumes, le fidèle qui souffre et qui cherche a besoin de l’Église, de la communion des saints, sur laquelle repose la promesse de cette vie et de la vie éternelle.


a. Les hymnes du fidèle


1. Dans le cadre de la communauté, le fidèle a le droit de faire monter sa plainte au Seigneur de l’alliance (Ps. 39; 51; 130). Chaque détresse particulière est appelée par son nom. Le croyant emploie souvent, pour exprimer son angoisse présente, l’image des « grandes eaux » ou « de l’abîme ». Aux prises avec les puissances hostiles dont il éprouve l’inquiétante réalité, le croyant cherche son secours auprès de Dieu.


2. Dans le cadre de la communauté, le fidèle atteste que la confiance au Seigneur de l’alliance est le secret de la force (Ps. 23; 27:1-6; 121; 131).


3. Dans le cadre de la communauté enfin, le fidèle donne libre cours à sa reconnaissance. Il se remémore et il rappelle à l’ensemble des croyants toutes les épreuves subies (Ps. 66:13-15; 116).


4. D’après les découvertes les plus récentes, un certain nombre de Psaumes semblent postuler l’existence d’enquêtes judiciaires dans le cadre même du temple. Lorsque, par la procédure ordinaire, le tribunal ne parvenait pas à établir la preuve irréfutable d’un fait, on pouvait en appeler au jugement de Dieu, c’est-à-dire que l’accusé avait le droit de présenter sa cause devant l’assemblée du culte. De là, le caractère spécial de certains Psaumes individuels, où nous voyons le croyant appeler l’aide, réfuter les accusations portées contre lui, invoquer le Juge suprême et exprimer sa confiance en celui qui protège l’innocence. Reconnu non coupable, il entonne aussitôt un hymne de joie et de reconnaissance (Ps. 7; 35; 57; 69).


5. Plusieurs Psaumes visent à l’enseignement du fidèle qu’il s’agit d’amener à suivre la voie que Dieu agrée (Ps. 1; 32:8-11; 37; 119).


6. La communauté des croyants a, de tout temps, compté au milieu d’elle des gens préoccupés par certaines questions vitales, notamment par le problème de la justice de Dieu. Des poètes anonymes n’ont pas craint d’affronter ce genre de problèmes. Ils ne l’ont pas fait en tant qu’écrivains, mais en tant que membres du peuple de l’alliance; ils nous ont laissé le témoignage de la foi que Dieu leur a donnée en réponse à leurs difficiles recherches (Ps. 9; 10; 12; 36; 39; 49; 50; 53; 73; 77; 78; 82; 94; 139; 141).


7. Bien que des miracles de Dieu en faveur des siens aient toujours constitué le fondement de la foi du peuple élu, et bien que la plupart des Psaumes célèbrent avant tout ces miracles, il n’en reste pas moins que la communauté de l’alliance a su voir et chanter en tout temps les prodiges de Dieu dans la nature; les hymnes qui traitent ce sujet nous montrent avec quelle sagesse le peuple de Dieu a su regarder la nature sans la diviniser, mais aussi sans la mépriser; car la nature n’est rien d’autre qu’une manifestation concrète de la puissance et de la perfection de son Créateur (Ps. 8; 19; 29; 104).


L’expérience émouvante du psalmiste, surtout celle de David, se projette sur celle du Christ et, pour finir, on trouve l’expérience de la race entière, les luttes de l’âme, dans le découragement, le désespoir et la recherche de la vérité dans la victoire spirituelle.

Le saint côtoie le pécheur, le prodigue, le pardonné, la communion, la repentance. Nous trouvons trois caractères principaux : l’heureux, le malheureux, le méchant. Les deux premiers indiquent toujours qu’il s’agit de l’enfant de Dieu.


Pour terminer cette introduction aux différents types de Psaumes, ajoutons que l’on peut comparer les Psaumes à une Bible en miniature. Tout le contenu y est repris : la loi, la monarchie, la captivité, l’incarnation, la croix et même quelques traits concernant le jugement final et l’éternité à venir. Ce livre est particulièrement caractérisé par la note personnelle. On y entend les accents d’un Dieu qui s’exprime par des réactions visibles et dont on peut connaître la pensée personnelle concernant tout le drame humain. Ainsi les Psaumes nous fournissent souvent le cadre de bien des situations exposées ailleurs dans la Bible et que nous comprendrions moins bien sans la matière qui se trouve dans le Psautier.


b. Les hymnes de la communauté


1. Depuis les temps les plus reculés, le peuple de l’alliance s’est réuni pour chanter des hymnes de louanges en l’honneur de son Dieu (Ps. 100; 150).


2. À côté des fêtes habituelles où l’on célébrait les miracles accomplis par Dieu en faveur de son peuple, l’ancien Israël connaît encore la cérémonie solennelle de l’intronisation qui marquait l’accession du roi au trône. Cet acte purement politique est donc placé sous l’autorité de Dieu. La nation et son roi sont mis en face de leurs vraies responsabilités; le roi lui-même est considéré comme l’objet d’un acte spécial d’adoption de la part de Dieu (Ps. 110). Il n’est pas jusqu’au mariage du souverain qui a donné lieu à un hymne particulier (Ps. 45). Tous ces hymnes royaux (Ps. 2; 18; 20; 21; 72; 101; 132; 144) sont très anciens; ils remontent à l’époque où Juda était encore un royaume. En les conservant malgré tout dans sa liturgie, la communauté de l’alliance montre qu’elle vit dans l’attente du Roi messianique promis à sa foi.


3. Les Psaumes d’acclamation royale permettaient à la communauté de célébrer la souveraineté de Dieu sur les siens et de recevoir de sa main, comme une nouvelle grâce, les jours qu’il nous redonne sans cesse (Ps. 47; 93; 96; 97; 98; 99). Les Psaumes du règne de Dieu attestent une foi tournée vers l’avenir, vers l’établissement du Royaume de Dieu sur l’univers tout entier (Ps. 96:13; 98:9). Cette assurance donne aux croyants la force de supporter la dureté du présent.


4. Lorsqu’une communauté existe vraiment, la maison de Dieu, le temple où elle célèbre ses cultes, est pour elle un sujet de joie. Un certain nombre de Psaumes manifestent en effet cette joie de l’Église qui sait que Dieu a dressé son tabernacle parmi les hommes (Ps. 48; 84; 87; 122).


5. La communauté vivante sait accepter aussi les appels à la repentance. Plusieurs Psaumes, qui peuvent également servir à la piété individuelle, manifestent cette disponibilité (Ps. 38; 51; 102; 143).


6. Lorsqu’une communauté est sous la croix, il lui est permis de crier à Dieu sa plainte. Elle s’unit, durant les jours de jeûne et de pénitence, pour chanter les complaintes populaires. La soudaine transition dans les Psaumes de l’humble piété à l’imprécation violente n’a pas manqué de créer un problème pour les consciences chrétiennes. Cependant, sachant que l’Écriture tout entière est Parole inspirée de Dieu, il ne faut pas négliger l’étude et la lecture des Psaumes dits imprécatoires (voir plus loin).


7. Enfin, une communauté qui vit réellement sous la grâce sait remercier Dieu en tant que communauté (Ps. 67; 124; 136).

On le voit, les Psaumes accompagnent la marche du peuple de Dieu à travers toute son histoire. Les milieux les plus divers s’y expriment. On y retrouve le message des prophètes, les préoccupations du clergé, l’espérance de ceux qui souffrent et la joie de ceux qui ont été consolés. C’est toute la foi d’Israël avec toutes ses nuances qui revit dans ces vieux cantiques. C’est pourquoi le contenu du livre des Psaumes est un témoignage, une parole de Dieu actuelle et vivante qui s’adresse à l’Église et aux hommes de chaque siècle, en toutes circonstances.


En tant qu’individus et en tant que communauté si inhabiles à la prière, il nous est donné d’écouter le témoignage des Psaumes pour apprendre à prier comme il faut. Prier Dieu signifie toujours oser prendre Dieu au mot, oser lui accorder notre confiance. Mais pour que notre prière ne dégénère pas en bavardage, il faut qu’elle soit orientée vers celui qui constitue le centre même de la foi.


Les Psaumes possèdent cette sûre orientation. Ils sont centrés sur le Dieu qui, par amour, a voulu se choisir un peuple (Ps. 8:5; 16), sur le Dieu qui a manifesté sa puissance sur toutes les autres puissances et qui est devenu ainsi pour les siens un objet de confiance renouvelée (Ps. 78:12; 81:11; 105:5; 114; 136:10); sur le Dieu enfin qui, par son Saint-Esprit, nous rend capables de le servir dans l’obéissance (Ps. 5:9; 16:11; 37:28; 51:12; 52:10; 99:6).


Les Psaumes regardent vers l’alliance scellée par Dieu au Sinaï, et en même temps vers l’accomplissement de cette alliance, vers la plénitude du Royaume de Dieu sur la terre. La ligne qui, à travers tout le message des prophètes, conduit de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance, passe également à travers le message des Psaumes.


8. Autres éléments composant le Psautier


a. Élément imaginatif

Nous trouvons dans ce livre un langage très figuré, rempli d’allégories, de métaphores, de similitudes et de métonymies. Bullinger compte 200 sortes de formes ou d’expressions figurées dans la Bible entière. Une bonne partie se trouve dans les Psaumes. Les références à la nature et à la vie journalière sont très nombreuses et pleines de force et de couleur.


b. Élément historique et géographique

Les Psaumes enrichissent nos connaissances dans ces domaines; les références aux places, aux personnes, aux sentiments et aux situations qui sont mentionnées par ailleurs dans la Bible jettent souvent une lumière toute nouvelle sur les autres passages. On a démontré qu’un récit assez complet du contenu biblique pouvait être reconstitué en employant ce qui se trouve dans les Psaumes.


c. Élément moral et éthique

On trouve dans le livre que nous étudions une conception très nette de la justice (Ps. 135) et du péché (65 fois). L’enseignement qui nous est donné sur le vrai sens des offrandes représente l’attitude d’un cœur contrit devant son péché (Ps. 51:17).


Les principes de punition et l’attitude manifestée dans les Psaumes imprécatoires ont toujours été pour certains un problème incompréhensible. Il en est qui ont essayé de faire une distinction entre l’attitude du Christ et celle de l’Ancien Testament. Mais pour celui qui accepte l’inspiration plénière des Écritures, le Dieu de l’Ancien Testament doit être le même, avec les mêmes principes dans le Nouveau Testament.


Nous redisons donc, avec d’autres, que ces passages représentent la voix de Dieu sans quoi ce ne serait que le langage de la passion et de l’infirmité humaine.

Sept arguments soutiennent la première position :


1. Si les Psaumes sont inspirés, Dieu a le droit de condamner le péché et souhaiter la destruction de ses ennemis (Ps. 5:5).


2. Le Christ a eu cette prédication lorsqu’il était sur la terre (Ps. Matt. 18:6-8; 23:33; 26:24). Les apôtres, dans les épîtres, ont aussi manifesté cette attitude (Ps. Gal. 1:8-9; 5:12; 1 Cor. 5:5 Jac. 5:3, 2 Pi. 2:12,22; 2 Thess. 2:10-12).


3. Israël, le peuple de Dieu, fut aussi maudit à cause de ses péchés (Lév. 26).


4. Dans certains passages, nous décelons un langage oriental qui peut nous paraître très fort à nous qui ne sommes pas des Orientaux.


5. Les jugements souhaités par le psalmiste sont des jugements temporels; victoires sur le champ de bataille, etc. Souvent, une guerre est approuvée par Dieu. Le Nouveau Testament (1 Cor. 5 et 11) nous montre aussi que, dans le règne de l’Église, Dieu reprend la vie de ses enfants désobéissants, et l’apôtre Paul prie pour de tels jugements. Pierre également prononce la sentence sur Ananias et Saphira (Ac. 5). Nous ne pouvons donc pas dire que le Nouveau Testament change de cap en ce qui concerne la justice divine. Disons plutôt que la grâce étant intervenue, Dieu est libre de traiter tous les hommes sur cette base, jusqu’au moment où ceux-ci attirent le jugement par leurs propres péchés.


6. Certains Psaumes imprécatoires concernent le Christ ou des prophéties déjà prononcées. Le psalmiste ne fait donc que suivre une ligne déjà tracée par le Saint-Esprit.


7. L’iniquité maudite est en général celle des nations ou des hommes apostats, donc le péché volontaire et de longue durée. La condamnation que le Christ prononce contre l’iniquité dans le Nouveau Testament se trouve sous les mêmes conditions.


d. Élément prophétique

Cet élément est confirmé par des paroles du Christ (Luc 24:27) ainsi que par les citations des Psaumes dans le Nouveau Testament. Nous pouvons déclarer que le Psautier est l’un des livres les plus cités de toute la Bible.


La prophétie suit trois grandes lignes : le Messie, espoir d’Israël et du monde entier; la nation israélite, qui doit être le canal de bénédictions pour toutes les autres; les Gentils, qui seront intégrés finalement dans le plan divin et bénis à travers Israël.


e. Élément doctrinal ou théologique

Si nous reprenons les sujets principaux de la théologie, nous constatons qu’ils sont tous traités assez en détail, sauf celui de l’ecclésiologie.


La doctrine de la révélation : la Parole de Dieu et son inspiration. La matière sur ce sujet est très riche. Il suffit d’indiquer le Psaume 119.

La théologie proprement dite : la doctrine de Dieu, sa personne et son œuvre. Il n’y a presque aucun autre livre qui en soit aussi rempli. Les descriptions concernant son œuvre, sa personne et son caractère se retrouvent constamment.

L’anthropologie : la doctrine de l’homme. Toute la question de la chute et du péché originel est reprise plus d’une fois.

La sotériologie : la doctrine du salut et du pardon. Elle est présentée très clairement (Ps. 32). Le côté personnel est traité dans le Psaume 22, et les questions de la confession de fautes et du pardon après conversion se retrouvent dans les Psaumes pénitentiels.

L’eschatologie : La doctrine des derniers événements. Ils sont aussi souvent mentionnés; le jugement final, la félicité des croyants.


9. Les familles des Psaumes


a. Les louanges

Cette famille compte beaucoup de représentants, disséminés à travers tous les livres du recueil.


1. Les hymnes qui s’adressent au Seigneur de l’alliance forment un groupe compact; Israël chante sa foi au Dieu unique, éternel, tout-puissant, omniscient, créateur, maître de l’histoire, toujours fidèle au peuple qu’il s’est choisi. Ces louanges sont la réponse de la communauté à la parole de son Seigneur, la réaction d’un peuple qui n’a cessé de rencontrer dans son histoire le Dieu vivant, son guide, son juge, son défenseur, son libérateur. Des Psaumes historiques comme le Psaume 78 et le Psaume 105 célèbrent sous forme hymnique les exploits, merveilles ou miracles de Dieu, tels que l’histoire du salut permet de les apercevoir. Ces actes de Dieu sont des paroles, des signes, des épiphanies, de même que des paroles divines équivalant à des actes. Ce n’est pas au terme de réflexions philosophiques qu’Israël est poussé à la louange, mais à la suite de son expérience spirituelle. Les psalmistes, dans leur description de la nature, rendent gloire au Dieu Créateur actif à maintenir sa création par sa providence. Ils témoignent beaucoup plus de leur contemplation religieuse de l’univers que d’une vision poétique du cosmos. Les phénomènes atmosphériques, l’alternance des saisons, cachent et dévoilent les interventions divines. La nature manifeste par transparence la présence de son auteur.


2. Les chants du règne s’apparentent aux hymnes. Dans le Psautier, ils ont été regroupés à cause de leurs affinités spéciales, de leurs accents universalistes, de l’acclamation qui retentit dans plusieurs d’entre eux. Le Seigneur est Roi. Ils célèbrent avec enthousiasme Dieu, qui siège sur son trône en tant que Roi et Juge d’Israël, Maître des peuples. Leur origine s’enracine dans le culte. L’allégresse y déborde comme en un jour de sacre. Israël, les peuples, les îles, tous les éléments de l’univers éclatent en cris de jubilation. Ces Psaumes, qu’on assimile à des chants d’intronisation, étaient-ils utilisés à l’occasion d’une liturgie déterminée? Fêtes des tentes, de Jérusalem, du Nouvel An?


3. Les cantiques de Sion exaltent Jérusalem et son temple. Sion cumule des titres éclatants; capitale de la dynastie davidique et métropole religieuse, elle est considérée comme la plus sainte des demeures du Très-Haut, la ville de Dieu, cité du grand Roi. Cette litanie de louanges s’adresse finalement au Seigneur lui-même. La présence permanente du Tout-Puissant garantit la stabilité, la sécurité de cette ville qui devient un refuge invincible, d’où la confiance absolue du peuple même dans les situations les plus dramatiques. Les cantiques de Sion ébauchent une sorte de mystique qui idéalise la cité, future métropole des peuples.


4. Si les Psaumes du règne célèbrent le Roi par excellence, le Seigneur, les Psaumes royaux glorifient les monarques de la royauté temporelle. À l’occasion du sacre, de l’intronisation et du couronnement, de l’anniversaire de l’accession au trône, d’un mariage princier, avant une entreprise guerrière ou après une victoire, dans l’épreuve comme dans le succès, des cérémonies se déroulaient au palais royal et dans le temple. Le monarque, en effet, est le fils adoptif de Dieu et son héritier. Oint du Seigneur, ce « messie » siège à la droite du Très-Haut. Il est le bénéficiaire de la stabilité et de la pérennité du trône de David qui est, en même temps, le trône de la royauté du Seigneur sur Israël.


b. Prières d’appel au secours, de confiance et de reconnaissance

Comme les « laudes », ces prières contiennent des louanges au Seigneur puissant et juste, suprême bienfaiteur. Mais ces trois catégories peuvent s’unir dans une famille distincte. Elles ont comme origine commune une situation de détresse. L’appel au secours, comme la prière de confiance, accompagne ou précède une crise : l’action de grâces en décrit l’heureux dénouement, elle remercie l’auteur de la délivrance. Parfois dans un Psaume unique, supplication, confiance et reconnaissance sont très étroitement associées. Ces prières émanent tantôt d’un individu et elles révèlent plutôt la piété personnelle, tantôt de la communauté rassemblée pour une cérémonie liturgique.


1. Les appels au secours, individuels ou collectifs, se développent d’ordinaire sur un rythme à quatre temps : invocation du nom divin suivie d’un cri d’imploration, exposé de la situation, supplication et certitude de l’exaucement. Pour comprendre ces prières, plus spécialement celles des malades et de tous ceux qui courent un danger mortel, il importe de se placer dans les perspectives de ces malheureux, dans le contexte religieux et social de leur époque, où les psalmistes ne pouvaient pas jouir du bonheur au pays des vivants. Ces malheureux regardaient leurs souffrances comme une punition de péchés connus ou cachés. Ils cherchaient donc naturellement dans l’aveu un moyen de désarmer la colère divine. La confession des fautes attire le pardon et la grâce divine procure la délivrance. Les prières collectives d’appel au secours, de même structure que les précédentes, supposent une calamité publique : défaite militaire, invasion de l’étranger, massacres et destructions, profanation du temple, oppression des petits par les grands, des justes par les impies, tyrannie des pouvoirs établis. Israël crie son angoisse et, pour hâter sa délivrance, supplie le Seigneur en multipliant les motifs d’intervention : il allègue son innocence ou il avoue son péché, il évoque les hauts faits du passé et spécialement l’alliance. En définitive, sont en jeu l’honneur de Dieu, sa fidélité et sa loyauté à l’égard d’Israël. La cause du peuple élu s’identifie à celle du Seigneur.


2. La confiance, qui est le ressort des appels au secours, passe au premier plan et constitue le thème prédominant de quelques Psaumes. Les psalmistes chantent leur sécurité dans la paix et la joie, leur intimité permanente avec Dieu; ils professent leur foi et ils invitent leurs compatriotes à imiter leur expérience. La joie et la sécurité que procure la communion avec Dieu sont souvent associées au temple, où Dieu se manifeste, d’où il exauce les fidèles réfugiés près de lui.


3. Les prières de reconnaissance individuelles sont relativement peu nombreuses. Déjà, dans les appels au secours, s’annoncent et s’ébauchent les actions de grâces. Après exaucement, le fidèle monte au temple, accompagné de ses parents et amis, pour accomplir ses vœux. Une cérémonie liturgique a donc constitué, semble-t-il, le milieu d’origine des Psaumes d’action de grâces, tant individuels que collectifs. Le psalmiste évoque le danger couru, sa prière dans l’épreuve, le revirement de la situation grâce au secours divin. Il termine par une invitation adressée à l’assistance.


c. Psaumes d’instruction

Des éléments de sagesse et didactiques sont présents dans les deux grandes familles. Certains Psaumes ont spécialement pour but d’instruire (« maaskil » = enseigner). La pédagogie n’est pas liée à une seule forme littéraire. Les psalmistes emploient diverses méthodes : leçons d’histoire, exhortations à la manière des prophètes, monitions liturgiques, réflexions de sagesse, sur les problèmes de morale, etc. À l’exemple des sages, ils utilisent le genre proverbial, des procédés scolaires comme l’alphabétisme qui facilite la mémorisation et signifie peut-être qu’on a voulu tout dire.


1. Trois Psaumes (Ps. 78; 105; 106) évoquent longuement l’histoire sainte. Ils en orchestrent les principaux thèmes : tradition patriarcale, révélation du Sinaï, Exode, marche dans le désert, entrée et possession de l’héritage.


2. La préoccupation didactique apparaît aussi dans certaines « liturgies » (Ps. 15; 24; 134). Une cérémonie, par exemple l’arrivée à la porte du sanctuaire, fournit l’occasion de rappeler les conditions requises pour entrer dans le temple, paraître devant Dieu et séjourner en sa présence.


3. Des exhortations prophétiques (Ps. 14; 50; 52; 53; 75; 81) assorties d’oracles, de promesses et de menaces, selon le style du Deutéronome, insistent sur la véritable piété et les exigences de l’alliance, dénoncent la perversité et l’impiété.


4. Un dernier groupe mérite pleinement le titre de Psaumes d’instruction (Ps. 1; 37; 49; 73; 112; 119; 127; 133). Parmi les sujets abordés, la loi occupe une place centrale, privilégiée. Méditée avec amour, elle est une source inépuisable de bienfaits. Les psalmistes proclament le bonheur du juste, la ruine des méchants, ils agitent le problème de la rétribution. Les faits ne s’adaptent pas toujours à l’enseignement traditionnel; des impies réussissent, des justes échouent. Anomalie angoissante pour les croyants. Quelques psalmistes poussent alors des cris angoissants, presque désespérés, traversent une véritable crise de la foi (Ps. 73), mais aiguillonnés par l’épreuve, ils affirment leurs idées et leurs sentiments.


d. Psaumes messianiques

C’est notre conviction que plusieurs Psaumes, ou des passages dans des Psaumes, ont un caractère messianique. Ils annoncent et prédisent le Christ. Ils sont du nombre de quinze, dont fait mention le Nouveau Testament. Quel est le contenu de l’espérance messianique?


1. Le roi oint : Le Messie à venir est présenté sous la figure d’un roi qui tient un rôle important (voir Ps. 2). Onction signifie consécration à un office élevé, non seulement investissant la personne d’une mission, mais la rendant aussi capable de l’assumer. Le roi est plus qu’un conducteur, il est le défenseur.


2. Mon Fils : C’est le langage du Psaume 2:7 rapporté aussi dans le Nouveau Testament. Ce Psaume offre au Fils de Dieu la totalité de la terre et lie l’Oint à Dieu comme à son Père.


3. Dieu : Voir Psaume 45:6; comparer à Hébreux 1:8.


4. Ton serviteur : David l’emploie lorsqu’il est en détresse (Ps. 69:17; 86:2; 4:6) et l’expression

« le serviteur du Seigneur » apparaît dans deux Psaumes de David (Ps. 18 et 36). La majorité des références que le Christ fait aux Psaumes comportent cet élément-là (étudier notamment le Psaume 69 en rapport avec ce que le Nouveau Testament dit au sujet de la passion du Christ).


5. Autres termes: On trouve certaines autres expressions dont le contenu messianique s’explique après l’avènement du Christ.

a. La vocation de l’homme, ou du Fils de l’homme.

b. Sacrificateur pour toujours (Ps. 110:4 qui désigne ainsi le roi guerrier intronisé à la droite de Dieu).

c. La pierre que les bâtisseurs ont rejetée (Ps. 118:22).


Quelle est l’étendue de l’élément messianique dans le Psautier? Il est certainement plus large que les quinze Psaumes mentionnés dans le Nouveau Testament. Nous n’aborderons pas cela dans les limites de notre brève introduction.


e. Psaumes imprécatoires


1. Leur substance : On peut les résumer en disant qu’ils attendent que la justice soit faite. Le Nouveau Testament démontre aussi un tel souci. À ceci de différent qu’il attire notre attention vers la croix du Christ.


2. Leur ton : Le ton et l’esprit de ces cris varient de la plainte à l’agression féroce. La haine est parfois opposée à la haine, la cruauté à la cruauté (Ps. 109:12; 137:8). Il suffit de dire que ces sentiments sont provoqués par des actes iniques qui méritent un tel traitement. Disons que les Psaumes ne s’adressent pas simplement à nous, mais ils font aussi pour nous raviver.


3. Leur emploi dans le Nouveau Testament : Notre Seigneur, au début de son ministère terrestre, a omis délibérément de mentionner l’élément de jugement dans la citation tirée du prophète Ésaïe (És. 61:1 et Luc 4:18-20). On pourrait penser qu’il ne s’est pas occupé du jugement. Mais la chose n’est pas aussi simple. Il est venu en vue de la rédemption, mais le jugement n’est pas séparé du salut. À maintes reprises, il en a aussi parlé très clairement. Voici le paradoxe des Psaumes imprécatoires. Les psalmistes, dans leur tendance à s’adresser au jugement, appellent Dieu de se hâter. L’Évangile, en contraste, montre la disposition de Dieu de sauver, mais révèle aussi la profondeur et l’immensité du jugement. À présent, «ils sont inexcusables », écrit saint Paul dans sa lettre aux Romains (Rom. 1:21).


Le Nouveau Testament parle parfois avec moins de sévérité que sa source, parfois avec plus, mais jamais simplement avec le sentiment personnel de vengeance.

Il existe, cependant, la perspective d’un jugement bien plus grave encore que celui de l’Ancien Testament, parce que la totalité de l’échelle de la destinée humaine est en vue (comparer Ps. 6:8 à Matt. 7:23).


Deux autres points doivent retenir brièvement notre attention. Le Nouveau Testament répond aussi à la demande de vengeance formulée par les élus de Dieu. Pensons au célèbre « Jusques à quand? » de l’Apocalypse (Apoc. 6:10). Jésus accentue cet élément dans sa parabole de Matthieu 18:7 et Apocalypse 6:10 y fait écho.


Deuxièmement, nous trouvons l’équivalent occasionnel de la malédiction dans le Nouveau Testament (Matt. 11; 14; 12:9) et sur les Églises infidèles (Apoc. 2 et 3).


Durant la période apostolique, le cas d’Ananias et de Saphira (Ac. 5:1-11), ainsi que l’aveuglement temporaire du mage Élymas (Ac. 13:8-12) en sont des formes. Ce qui lie ces cas les uns aux autres, c’est leur rapport avec le bien-être du Royaume.

Après avoir rappelé à Dieu sa détresse présente, on se remémore toutes les délivrances reçues et s’engage à l’obéissance et la reconnaissance (Ps. 44; 60; 74; 79; 80; 137).


10. Les Psaumes dans le Nouveau Testament

Le livre des Psaumes est le monument le plus important de la poésie hébraïque. C’est le recueil des chants sacrés d’Israël qui joue aussi dans la vie spirituelle du peuple de la Nouvelle Alliance un rôle de premier plan.


Dans le Nouveau Testament, les Psaumes occupent une place de choix. C’est le livre de l’Ancien Testament qui est le plus abondamment cité par le Nouveau Testament. Ils sont cités plus de cent fois. La vie intérieure de Jésus semble avoir été nourrie des Psaumes. Pour démontrer la grandeur suréminente du Messie, il argumente à partir du Psaume 110 (Matt. 22:41-46). Lui même récite avec ses disciples les chants du « Hallel » qui clôturaient le repas pascal (Matt. 26:30). Sur la croix, il prononce le début du Psaume 22 (Matt. 27:46); il meurt en murmurant un verset du Psaume 31 (Luc 23:46). Après sa résurrection, il expliqua à ses disciples comment les Psaumes annoncent sa personne et son œuvre. La coutume de réciter et de chanter des Psaumes, attestée chez les premiers chrétiens (1 Cor. 14:26; Éph. 5:19; Col. 3:16; Jac. 5:13), se propagea de bonne heure dans la piété privée et la liturgie officielle. L’auteur de l’épître aux Hébreux les cite fréquemment.


Des générations de croyants, de toute confession, se sont inspirées des Psaumes dans leur prière et dans leur vie. Ces textes bibliques ont suscité, depuis l’âge patristique, homélies et commentaires, vivifié la piété individuelle et collective, provoqué des recherches exégétiques. De tous les livres de l’Ancien Testament, le Psautier fut le premier à se répandre en français (vers 1100) et, à partir du 16e siècle, les traductions et les paraphrases en vers se multiplièrent. Le Psautier ne nous fournit pas des prières toutes faites, il nous offre des prières à faire, il nous suggère des « chants nouveaux ».


11. Le message du Psautier

Du fait que les Psaumes émergèrent à partir d’une large variété de circonstances au cours d’une longue période de l’histoire hébraïque, le point de vue religieux n’en peut être adéquatement systématisé. Bien que nombre d’entre eux ont un but didactique, ils n’ont pas exposé systématiquement les vérités permanentes de la foi hébraïque.

Les Paumes forment le cœur même de la Bible. Ils ont été pour les fidèles de tous les temps une source intarissable de force et de consolation. Ils sont un miroir dans lequel se reflètent tous les états d’âme du croyant. Les Psaumes sont encore un écho de tous les sentiments que peut éprouver celui qui met sa confiance en Dieu, joie et douleur, espérance et découragement, confiance en Dieu, confiance et doute, assurance et certitude, courage et crainte, reconnaissance et amour. Le Psautier a aussi été appelé un « palimpseste », que l’Église a sans cesse réemployé au cours des siècles et que chaque fidèle a écrit pour lui-même.


Le grand message des Psaumes concerne l’adoration. Ils nous révèlent tout d’abord la conception de Dieu qui crée l’adoration; les principaux noms donnés à Dieu dans les 1213 passages où il est nommé sont : Yahvé, Élohim, Adonaï. Sur 150 Psaumes, il n’y en a que 17 où Dieu ne soit pas nommé dès le premier verset. Chez les Hébreux, le nom avait toujours une signification très nette et s’identifiait à celui qu’il désignait. Le nom de Dieu est ainsi pris très souvent pour la personne même de Dieu. Connaître le nom de Dieu, c’est connaître sa nature, ses qualités, sa puissance; c’est savoir comment l’adorer, le prier, l’appeler à notre aide dans la détresse; Yahvé est en quelque sorte le nom propre de Dieu, tel qu’il l’a révélé à Moïse dans la plénitude de sa signification : Élohim, Éli (Éloah) désigne le Dieu fort, le Créateur, le Tout-Puissant. Adonaï, le Seigneur, le Maître, est un nom qui suggère la souveraineté de Dieu. Lorsqu’un homme, un chef ou une nation parvient à cette triple conception de Dieu, le résultat en est toujours l’adoration.


Les Psaumes nous montrent ensuite l’attitude de l’homme dans l’adoration. Ils peuvent être comparés à une ellipse dont les deux foyers sont Dieu et Israël, et par extension Dieu et l’homme. Les Psaumes nous donnent l’expression la plus forte, la plus universelle des rapports qui doivent exister entre le Créateur et la créature, entre l’Éternel et son peuple, entre Dieu et l’humanité. L’attitude de l’homme donne la réponse à la suprématie de Dieu : celui qui adore se soumet premièrement à Dieu.


C’est son attitude spontanée. Cette soumission s’exprime par la crainte, le respect et l’obéissance. Puis vient la confiance, et, enfin, la joie, réponse à la grâce de Dieu et à sa miséricorde; cette joie jaillit d’un cœur contrit, repentant. L’initiative de l’adoration est la réponse de l’âme à la révélation divine, soit dans la nature, dans l’histoire ou dans des interventions providentielles et personnelles. Cette réponse consiste dans la mise à nu de l’âme (voir Ps. 32), la réception des dons divins, puis l’offrande d’un sacrifice de louanges.


Ainsi, les Psaumes sont pour nous un appel à adorer Dieu, à transformer toutes les circonstances de nos vies, peines, joies, dangers, persécution, en occasion de louange. C’est ce que Philippiens 4:6-7 dit dans le langage du Nouveau Testament.

Ces cantiques ont été provoqués par les situations et les expériences des plus variées au travers une longue période; c’est sans doute pour cela que les Psaumes ont toujours été d’un grand intérêt, dans tous les temps et pour tous les peuples.


Plusieurs fois on a appelé le livre des Psaumes une petite Bible. Basile le Grand a dit que « dans ce livre se trouve une théologie complète ».

« Nulle part mieux que dans les Psaumes ne s’est révélée l’âme du peuple de Dieu, l’esprit que Dieu lui a donné. On les a appelés la littérature des pauvres de Yahvé. Les auteurs de ces poèmes n’étaient pas seulement proches du menu peuple, ils en faisaient partie; ils étaient de ces humbles, désappropriés et dépréciés, qui ont dépassé le stade de l’insatisfaction et trouvé la vraie liberté, dont l’angoisse s’est dénouée dans une confiance absolue et qui se trouve plus que quiconque dans la compagnie et l’amitié de Dieu. Les psalmistes ont passé par l’épreuve; ils ont fait l’expérience de l’insécurité, du manque de tout appui humain; ils ont fait aussi l’expérience de Dieu comme refuge unique et parfaitement sûr, s’abandonnant à la bonté et la fidélité divines. » (G. Auzou).
« L’enracinement dans la vie et la mort, dans le sang et l’espérance du peuple des petits, des pécheurs justifiés, des ennemis de Dieu réconciliés par sa grâce est bouleversant; une longue prière, faite d’innombrables Miserere, Hosanna, Gloria et Alléluia, s’est cristallisée dans les 150 cantiques dialogués. Prière des grands événements de l’histoire ou des petites circonstances de la vie, elle traverse les siècles devenant le cadre et le tremplin de toute prière individuelle et communautaire. Nous naissons avec ce petit livre aux entrailles [...] 150 poèmes, 150 marches entre la mort et la vie; 150 miroirs de nos révoltes et de nos fidélités, de nos agonies et de nos résurrections. Davantage qu’un livre, un être vivant qui parle, qui vous parle, qui souffre, qui gémit et qui meurt, qui ressuscite et qui chante, au seuil de l’éternité, et vous prend et vous emporte, vous et les siècles des siècles, du commencement à la fin [...] Comme si ces rythmes battaient la pulsion des mondes [...] Et depuis deux millénaires, les couvents et les ghettos se rencontrent mystérieusement en cette garde d’amour, pour psalmodier... les hymnes des pâtres d’Israël. Un livre dont chaque lettre vit et dans comme un feu de joie. » (André Chouraqui).

La Réforme a voulu rendre aux petits ces chants des pauvres; les réformateurs les ont traduits, commentés et fait mettre en musique, et ils sont devenus le cœur de tous les recueils de cantiques protestants. L’œuvre poétique de Clément Marot, de Théodore de Bèze et celle, musicale, de Claude Goudimel, vit aujourd’hui encore dans les Églises évangéliques de langue française et même au-delà, puisqu’à la révocation de l’Édit de Nantes, les huguenots émigrants les emportèrent avec eux dans le monde entier, où ils furent traduits et adaptés au fur et à mesure de l’assimilation des réfugiés dans les communautés qui les avaient accueillies.


Voici comment Calvin, dans la préface au commentaire des Psaumes, en présente le recueil :

« J’ai coutume d’appeler ce livre une anatomie de toutes les parties de l’âme, car il n’y a pas d’affection en l’homme qui n’y soit pas représentée comme en un miroir. Même, pour le dire encore mieux, le Saint-Esprit y a tracé le portrait au vif de toutes les douleurs, tristesses, craintes, doutes, espérances, sollicitudes, perplexités, voire jusqu’aux émotions confuses dont l’esprit des hommes est d’ordinaire agité.
Le reste de l’Écriture contient des enseignements que Dieu a chargés à ses serviteurs de nous annoncer; mais ici, les auteurs parlant de la part de Dieu découvrent toutes les affections intérieures, appellent chacun de nous à s’examiner soi-même afin qu’aucune infirmité dont nous sommes sujets, et des maux dont nous sommes pleins ne demeurent cachés. Certes, c’est un profit excellent et unique que toutes les cachettes sont découvertes, le cœur produit une lumière bien purifiée de la méchante affection qu’est l’hypocrisie. Bref, si l’invocation de Dieu est un des principaux appuis de notre salut, comme aussi qu’on ne peut prendre de meilleur une plus certaine règle ailleurs que dans ce livre, selon qu’on aura profité de la connaissance, il a aussi compris la plus grande part de la doctrine céleste.
La vraie prière procède, découle premièrement d’un sentiment de notre nécessité, ensuite de l’assurance certaine de la promesse. Or, est-il ainsi qu’en ce livre les hommes seront fort bien réveillés à sentir leurs maux, et quant avertis de chercher les remèdes. En somme, tout ce qui peut servir à nous encourager quand il est question de prier Dieu nous est enseigné en ce livre. Et non seulement on y voit les promesses, mais souvent entre l’invitation de Dieu et les empêchements de la chair, nous est proposée la personne qui se prépare et s’efforce à prier, afin que si quelques fois nous nous trouvons agités de divers doutes, nous apprenions à résister et à combattre, jusqu’à ce que l’esprit étant libéré et développé de tous les empêchements s’élève à Dieu. Non seulement cela, mais aussi qu’au milieu des ébranlements, craintes et tremblements nous nous efforcions à prier, jusques à ce que nous sentions quelque allégement qui nous apaise et nous donne satisfaction.
Car je sais que la défiance et le peu de foi ferment la porte à nos prières. Sachons toutefois qu’il n’est pas question de nous laisser surmonter et abattre toutes les fois que nos cœurs sont vacillants ou agités d’inquiétude, mais il faut nous efforcer jusqu’à ce que la foi vienne, finalement, à sortir hors de ces combats victorieuse. Et de fait en plusieurs endroits on peut apercevoir les serviteurs de Dieu tellement flottants en faisant leurs prières que de deux coups l’un étant quasi accablés ils emportent toutefois le prix en s’efforçant à bon escient. Là, d’un côté, se montre l’infirmité, la faiblesse de la chair, de l’autre aussi se déploie la force de la foi, si non tant de vaillance et courage qu’il serait à désirer, pour le moins près à combattre jusqu’à ce que petit à petit elle vienne à avoir une force complète.
Ce livre nous apporte un bien qui est souhaitable sur tous les autres, c’est que non seulement nous avons accès familier à Dieu, mais aussi qu’il nous est permis de déployer devant Dieu nos infirmités, dont nous avons honte de déclarer devant les hommes. Au reste, pour offrir dûment à Dieu le sacrifice de louange qui lui est agréable et de très bonne odeur, la règle infaillible nous en est ici prescrite. Il n’y a pas de livre où on trouve de plus expresses et magnifiques louanges, tant de singulière libéralité de Dieu envers son Église que de toutes ses œuvres.
Il n’y a livre auquel soient récitées tant de délivrances, ni auquel les témoignages et expériences de sa providence et sollicitude paternelle envers nous, soient si richement exaltés de façon si authentique. Bref, il n’y a livre auquel plus parfaitement nous soit enseignée la manière de louer Dieu ou auquel nous soyons plus vivement sollicités à cet exercice de piété. Davantage, ce livre soit plein de tous les enseignements qui peuvent servir pour réformer notre vie pour la sainteté, la droiture et la justice, principalement il nous enseigne à porter la croix, qui est une vraie preuve de notre obéissance, à savoir d’autant que renonçant à nos propres affections, nous nous soumettions entièrement à Dieu, et le laissons tellement nous conduire, gouverner et disposer de notre vie, que les misères qui sont les plus rudes et amères à notre nature, nous deviennent douces d’autant qu’elles procèdent de lui. Pour le dernier non seulement nous y trouverons les louanges générales de la bonté de Dieu, qui enseignent aux hommes de se reposer en lui seul, et y prendre tout leur contentement afin que les fidèles de tout leur cœur attendent de lui en toutes leurs nécessités un secours assuré; mais nous trouverons aussi que la rémission gratuite des péchés, laquelle seule apaise Dieu envers nous, et nous acquiert tranquillité de conscience devant lui, y est tellement prêchée et magnifiée, que nous ne pouvons pas dire que nous y fait défaut ce qui concerne le savoir du salut éternel. » (Jean Calvin).

Effectivement, les Psaumes contiennent une totalité de vie. On se tient devant Dieu sans masque ni gêne; à quoi serviraient d’ailleurs hypocrisie et fausse pudeur? On ne joue pas à cache-cache avec le Dieu vivant, mais on vit devant lui tel qu’on est. Celui qui prie les Psaumes s’y met tout entier, avec une extraordinaire absence de réserve et de détours.


Rien ici de la terreur sacrée éprouvée par le païen en face du numineux, divinité dont la puissance imprévisible rend l’abord redoutable. Rien du recul et du vertige qui saisissent l’homme religieux en face du « mysterium tremendum ac fascinosum » (mystère impressionnant et fascinant) éprouvé dans le sanctuaire de son Dieu. La réponse d’Israël se fait dans la langue de chaque jour, de tous les jours, avec des cris et des clameurs, des imprécations, des colères et des injures, de grands abattements et des joies qui le soulèvent, dans l’allégresse de la libération et l’attente du Juge qui vient restaurer tout ce qui a été détruit. C’est au fond de l’abîme et dans l’éclat de la gloire que le peuple se tient devant Dieu. Rien de sa vie n’est exclu de sa prière; ni ses dépressions, ni ses passions, ni ses haines, ni ses enthousiasmes politiques ne sont absents de son cantique. Toute sa vie est rassemblée dans ce culte parce que toute sa vie est don au Dieu de l’alliance, service et louange de ce Dieu.


La triple dimension théologique, historique et communautaire est décisive pour la compréhension des Psaumes. Nous l’avons dit : supplication ou adoration, humiliation ou intercession, les Psaumes au singulier ou au pluriel sont la prière d’une communauté ou chacun devient lui-même dans la rencontre avec les autres devant Dieu. Les Psaumes sont un extraordinaire antidote à l’individualisme religieux et au conformisme traditionnel, une école où chacun apprend humblement à marcher au même pas que les frères sur la route sans cesse imprévue où le Dieu vivant mène son peuple.


Le juste des Psaumes est toujours celui qui est, de toutes parts, assailli par des ennemis nombreux et acharnés à sa perte, oppresseurs étrangers de toutes origines, adversaires personnels envieux et calomniateurs, magiciens louches ou voleurs habiles tels sont leurs noms. Mais il y a aussi toutes les puissances de la maladie et de la mort, de la solitude et de la faim, du désert et de la mer. Le shéol est toujours là, menaçant sans cesse d’engloutir Israël, si Yahvé n’était pas présent à tout instant pour le délivrer de la mort. Le croyant sait exactement à quoi s’en tenir; réduit à sa dernière extrémité, arraché comme un tison au feu, il se voit perdu sans remède, tant les ennemis sont redoutables, mais il se sait aussi sauvé. « Je suis en enfer, mais la grâce de Dieu me met en paradis », disait Luther.


12. Interprétations christologiques du Psautier

Tout Psaume, même ceux qui ne sont pas spécifiquement messianiques, porte en lui le mystère christologique. Le Psautier, livre de prières de Jésus, est aussi celui qui, d’un bout à l’autre, parce qu’il nous parle de la souffrance et de la gloire de l’homme authentique, décrit la plénitude de son humanité, la profondeur de sa passion, la gloire de sa résurrection. On ne lit bien le Psautier que dans la société de celui qui l’a prié et vécu intégralement, qui est l’objet de toute l’espérance des Psaumes et le centre du Royaume qu’inaugurera le salutaire jugement de l’Éternel.


Le Psautier nous est cher et précieux avant tout parce que la mort et la résurrection du Christ nous y sont clairement annoncées et que son Royaume, la condition et la nature de la chrétienté nous y sont dépeints. Le Psautier est à lui seul une petite Bible, qui résume de la manière la plus brève et la plus belle le message de la Bible tout entier.


Il faut nous arrêter un instant à cette interprétation christologique des Psaumes. Elle est évidente pour tout chrétien en ce qui concerne les grands Psaumes messianiques.


Mais il faut comprendre que le message de tous les Psaumes ne prend son plein sens que lorsque nous les lisons et les recevons dans la perspective de l’incarnation, de la mort et de la résurrection du Christ. Le pardon des péchés n’est éprouvé avec une telle puissance par le psalmiste que parce qu’un jour le Christ prendra effectivement sur lui le péché de son peuple et « le lavera de toutes ses iniquités ». Le « juste » des Psaumes ne serait qu’un pharisien si sa fidélité n’était un reflet de celle du seul Juste qui fut jamais sur terre, et qui un jour viendra couvrir de sa justice non seulement tous les croyants à venir, mais aussi tous ceux qui dans le passé ont placé leur foi et leur espérance dans le seul Dieu vivant et dans l’efficacité de sa grâce. Vu dans la lumière du Christ, le Psautier devient ainsi, véritablement, le livre de prières du chrétien, la nourriture quotidienne de l’Église. Et c’est bien ainsi que la tradition chrétienne l’a interprété en lui donnant une place unique dans la liturgie.


Tout tourne autour de l’Oint d’Israël et du temple du Seigneur. Mais en priant les Psaumes, Israël n’oublie pas qu’il est le peuple pour les autres, témoin, porteur et reflet de la Parole. En annonçant le triomphe cosmique de Dieu, il répand un message de réconciliation, de paix et d’espérance pour la création récapitulée. En étant au milieu des autres hommes, cette cellule de l’humanité régénérée se tient devant le Seigneur comme « pars pro toto » (la partie prise pour le tout). Il porte en lui non seulement sa destinée, mais il assume et représente pleinement celle de tous.


On ne peut pas prier les Psaumes sans avoir la vision missionnaire pour l’évangélisation du monde. La prière nous apprend ce que nous devons savoir pour aller vers le prochain. Délivrés du souci par la grâce de Dieu, nous devenons lumière dans le monde. Porteurs d’espérance, messagers de Bonne Nouvelle, hérauts du triomphe de Dieu sur tous ses ennemis, et veillant et œuvrant à l’avènement de son Royaume.


Quoi qu’il en soit, on n’oubliera pas le caractère vivant des Psaumes. Des générations ont redit ces chants sans les répéter : les fidèles les revivaient en les harmonisant à leur situation.


13. Étudier Dieu dans les Psaumes

Dieu est présenté de deux manières : (a) Il est le Dieu de la création, de la nature, de l’univers. (b) Il est le Dieu personnel, intime, le Seigneur du cœur humain (Ps. 63:1)

Dieu est le Dieu de la création; il est le Dieu de l’histoire; il est le Dieu des nations; il est le défenseur des justes; il est l’Éternel, juste, omniscient, majestueux, contrôlant la nature tout entière comme la destinée des nations. Dieu est présent dans l’affliction. Il est le Père des orphelins. Il est le bon Berger. Il est le Dieu de l’alliance.


Cette connaissance de Dieu commande une attitude de confiance, une attitude de communion, le désir et la soif de Dieu. Le fidèle peut souffrir patiemment en sa compagnie. Il adopte une attitude éthique; il nourrit une espérance eschatologique...

Le texte de Philippe Bernard :

Introduction aux Psaumes


(Ces pages sont une synthèse, une compilation des différents documents cités dans la bibliographie)

  1. INTRODUCTION GENERALE AUX PSAUMES

1) Les Psaumes ... qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit d’un recueil de 150 prières chantées, dont le nom hébreu est « le livre des louanges ». Ce mot de « louanges » a la même racine que le mot « alleluia ». Pour le priant du monde de la Bible, plus on est dans la louange, et plus on est proche de Dieu. Ainsi, d’emblée, le lecteur est informé que le sujet principal du recueil est la louange, malgré le contenu parfois très noir de certains psaumes d’imprécation ou de lamentation. C’est le sage principe « ce n’est pas parce qu’il y a eu quelques jours de mauvais temps que l’ensemble des vacances a été gâché » : l’auteur biblique est toujours enclin à tout recevoir comme venant de Dieu, à commencer par la vie, et le cadre d’ensemble est donc toujours celui de la louange : pour l’homme de l’A.T., la vie, même si elle est dure parfois, est un don de Dieu, et il aurait volontiers fait sien l’adage contemporain : « la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie ».


En Hébreu, le mot « psaume » signifie donc « cantique de louange » (64,2 ; 65,2). Quant au mot grec d’où est dérivé le mot français, c’est « psalterion », mot qui désigne un instrument à cordes qui accompagnait le chant. Le livre des psaumes est donc un ensemble de chants religieux, de prières chantées, de poèmes de louanges, qui servait pour le culte, au Temple bien sûr mais aussi ailleurs : durant les pèlerinages à Jérusalem, durant les assemblées synagogales du Sabbat, mais aussi pour la dévotion privée. Les psaumes ne s’adressent pas nécessairement directement à Dieu, mais ils sont chantés devant Lui.


Combien de psaumes ?

150. Dans toutes les Bibles on arrive toujours à un total de 150, mais il y a deux numérotations différentes. Elles commencent à diverger au Ps 9 et ne se retrouvent qu’au Ps 148. Il y a d’un côté la Bible grecque, suivie par la version latine et la liturgie catholique, et de l’autre la Bible hébraïque, suivie par beaucoup de traductions. Très souvent, on donne les deux chiffres : par ex Ps 51 (50) : 51 en hébreu, 50 dans la liturgie. On suivra ici la Bible grecque.


A quand les psaumes remontent-ils ?

Les psaumes sont pour la plupart très difficiles, voire impossibles à dater ; certains remontent probablement à l’époque du premier Temple, celui de Salomon (X° s), d’autres sont beaucoup plus récents, en particulier ceux qui font référence à l’Exil à Babylone (589 – 538) : 125, 136. Au retour d’Exil, la reconstruction du Temple (520 – 515 env.) s’est accompagnée de regroupements de recueils de psaumes déjà écrits, et probablement de la création de nouveaux. La compilation de recueils différents explique qu’il y ait à trois reprises des « doublons », deux psaumes très proches l’un de l’autre ; par ex : 13 et 52. C’est sans doute vers la fin du III° s que le recueil a pris la forme que nous connaissons aujourd’hui. Mais – heureusement -, la datation d’un psaume n’est généralement pas une donnée indispensable pour en dégager la portée spirituelle.


2) Un livre en cinq parties

Tout comme le livre de la Loi, le Pentateuque, est divisé en 5 livres (d’où son nom), le psautier est divisé en 5 parties, découpage sur lequel tout le monde s’accorde : 1/40 . 41/71 . 72/88 . 89/105 . 106/150. Chaque partie se termine par une formule de bénédiction ou doxologie (cf. finales des Ps en question).


Le premier livre, qui constitue sans doute la collection la plus ancienne, est massivement attribué au roi David à qui sont attribués en tout 73 psaumes (cf. plus loin). On y trouve surtout le combat, qui est parfois une véritable guerre, que le méchant, le criminel, livre au juste (ex. 16 ; 36).


Dans le deuxième livre il est question des souffrances du juste (ex : 56 ; 58). La joie est cependant davantage présente (ex. 62).


Le troisième livre est comme la plaque tournante du psautier. C’est une méditation du passé en attendant que se réalise le projet de Dieu (ex. 77, 80).


Le quatrième livre nous introduit dans la joie. On y chante la gloire de Dieu, son règne, la justice de son jugement, la délivrance universelle, la joie de toute la terre (ex. 95 ; 96 ; 99).


Le cinquième livre est comme une ascension finale. On y trouve le Grand Hallel (112 – 117), le chant de louange des grandes fêtes juives, qui introduit aux longues litanies de la loi de Dieu (118) : ce psaume est divisé en 22 strophes de 8 vers dont chacune commence par la même lettre de l’alphabet. Dans chacun des 176 vers, sauf un, on trouve un des mots qui désigne la Loi : « témoignage, précepte, commandement, jugement (justice), loi, parole, volonté, promesse, voie (chemin) ». Ainsi l’alphabet entier, et donc l’univers entier, est appelé à trouver son bonheur dans la Loi du Seigneur. Il y a un autre psaume alphabétique : le P 36. Moyen mnémotechnique efficace. Cris de haine contre les méchants et cris de gloire pour Dieu vont s’entremêler (123) jusqu’à l’apothéose de louange des Ps. 145-150, le psautier se terminant par une formule qui se passe de commentaires (150,6).


3) Que trouve-t-on dans les psaumes ?

C’est simple : comme nous l’avons déjà pressenti, on y trouve la vie des hommes. Tous nos cris d’hommes : l’écrasement des petits par les puissants (9b,1-13), la supplication devant le silence de Dieu (21), l’angoisse face à la souffrance et à la mort (40), la révolte face à l’injustice (54,2-16), la contemplation de l’œuvre de Dieu dans la vie individuelle et collective (102), le chant d’admiration devant la nature (103), le cri de remerciement et de louange (135), tous nos cris d’hommes, nous les retrouvons dans ces pages de la Bible, donc comme « parole de Dieu ».


Autrement dit, à leur manière, les psaumes nous apprennent que dans toutes les circonstances de notre vie, des plus lumineuses aux plus sombres, Dieu est présent avec nous. Ils nous apprennent que tout cri humain, même s’il s’en prend à Dieu, est une prière dès lors qu’il est sincère. Le livre des psaumes donne à l’homme l’occasion de prier en toutes circonstances. Aveu du péché (31,1-2.5), demande (58,2-3), déclaration de confiance (85), plainte, colère, détresse (87), louange, bénédiction (102) : on trouve tout cela dans les psaumes, ce qui amène le lecteur à la conscience que Dieu habite toute sa vie, y compris dans ses aspects les plus négatifs, les plus douloureux ou les plus violents. Ecoutons André Chouraqui :

« le Psautier, bien plus qu’un livre écrit dans un très lointain passé, demeure un être vivant qui parle et vous parle, qui souffre, gémit et meurt, pour ressusciter et chanter en dehors du temps, dans la pérennité du présent de l’homme, et qui vous prend, vous emporte, du commencement à la fin. Oui, ce volume recèle un mystère, pour que les âges ne cessent de revenir à ce chant (...) comme si ses rythmes battaient la pulsation du monde ».

Les psaumes jaillissent de la vie-même de ceux qui les ont écrits. Ils n’exposent aucune théorie, ils ne veulent rien prouver. Ils disent une expérience individuelle ou collective dans laquelle se retrouvent la souffrance et le bonheur, mais aussi la mémoire, le désir, l’espérance... Peut-être est-ce finalement cet enracinement qui leur donne leur dimension universelle. Le lecteur est donc invité à entrer dans la prière d’un autre, en réponse à un Dieu qui nous précède dans la bouche de ceux qui nous ont précédés.


4) Un autre monde culturel

Il y a évidemment un décalage culturel entre les psaumes et nous : la Bible s’exprime dans la culture de son temps qui n’est plus la nôtre (30 siècles d’écart avec les psaumes les plus anciens, 22 pour les plus récents). Aujourd’hui, 1 enfant du monde sur 2 vit en ville (cf. rapport UNICEF 2012) or, même au temps de Jésus, la population de la seule ville du pays d’Israël, la capitale Jérusalem, n’excédait sans doute pas quelques dizaines de milliers d’habitants. Le climat n’est pas le nôtre, les paysages non plus, l’activité humaine non plus, la compréhension de l’univers non plus (l’homme biblique était bien loin d’imaginer que le Japon existait ou que la terre était ronde ...). La poésie hébraïque a des caractéristiques qui peuvent nous dérouter. En effet, l’hébreu est une langue très concrète, où des choses visibles suggèrent une réalité invisible. Exemple 21,13-22 ; 30,10-11 ; 31,3-4 ; 68,2-4 et 15-16. Cette différence, cette distance culturelle est certes un obstacle à surmonter. Mais elle est aussi une chance de s’ouvrir à l’altérité, d’être bousculés dans nos habitudes de prière.


Il y a aussi par conséquence une difficulté de langage. C’est d’ailleurs vrai pour toute la Bible ... et pas seulement pour la Bible. On le vit chaque jour : si un professeur de S.V.T. présente une fleur à une élève, ses questions seront évidemment : « de quelle espèce-est-elle ? A quoi la distingue-t-on des autres ? Quel est son habitat naturel ? » etc. Mais si c’est son amoureux qui offre la même fleur à la même fille, son regard sur la fleur sera tout autre.


Nous parlons toujours en fonction de notre expérience personnelle. Exemple : le mot « rocher » ne représente pas la même chose pour l’alpiniste et pour le marin, pour celui qui après avoir galéré dans de la roche pourrie, arrive enfin sur une roche dure aux prises solides, et pour celui qui risque de fracasser son bateau sur un rocher à fleur de surface. Dans les psaumes, le rocher - image souvent utilisée pour désigner Dieu – peut être le rocher sur lequel on se brise si on ne le respecte pas (136,9), il peut être aussi le rocher solide sur lequel on peut s’appuyer : cf. 17,3.47 ; 30,3-4.


5) Les psaumes sont des prières.

On y retrouve par conséquent des formes de prière bien différentes :


- prières de louange au Dieu sauveur et créateur : 112, 116, 144


- prières de bénédiction, de remerciement : 66


- prières de louange au Dieu tout proche : il habite chez son peuple (Jérusalem, le Temple, la Loi : 47, 83), et en chacun (138).


- prières d’espérance : Dieu est Roi, il va établir son règne de justice et de paix, il le fera par le roi-messie dont le roi terrestre est l’image, la préfiguration (71). Ceci explique l’énorme place attribué au roi David dans le psautier : près de la moitié des psaumes lui est rapportée, pas seulement comme auteur, mais comme représentant le croyant type qui sait reconnaître ses torts et place toute sa vie sous le regard de Dieu. D’autres sont attribués à Moïse (89) ou à Salomon mais surtout à des familles de chantres du temple : 86, 87,88.


- les prières d’appel au secours : 40. La plainte et la supplication concernent le tiers du psautier !


- prières de demande et d’action de grâces, les deux étant inséparables dans la mentalité biblique : 21, 26, 50, 55. Le basculement se fait dans et par la communauté ( 21,26-32)


- prières d’instruction, de méditation sur la vie humaine : Ps 8, 48, 72


Les prières individuelles occupent, à elles seules, près du quart du recueil, sachant que, de tout temps, les hommes se plaignent plus qu’ils ne jubilent ... ex : 34, 39, 70.


Les psaumes ne se trouvent pas dans le recueil dans un ordre aléatoire, il existe une organisation interne. Nous avons vu précédemment les cinq livres qui constituent le psautier. Or il y a un encadrement du psautier : il s’ouvre avec une introduction générale, les Ps 1-2, et se termine par les louanges de 145-150. Arrêtons-nous quelques instants là-dessus, car cela va nous aider à entrer dans la lecture des psaumes. Notamment l’introduction : or, « méfiez-vous de la première impression, c’est la bonne » !


6) Ouverture et conclusion du livre

Contrairement à beaucoup d’autres (116 sur 150), les psaumes introductifs (Ps 1 et 2) ne comportent pas ni titre ni auteur (par opposition, voir 3, 4, et ss). C’est donc leur contenu qui va indiquer au lecteur comment ils peuvent être lus, ce qui, par là-même, dessine un portrait du lecteur en question.


Bon, soyons clairs, il s’agit d’un lecteur et non d’une lectrice. Le monde sémitique n’est pas très féministe. Celui qui est proclamé heureux est un homme et non une femme. Le lecteur implicite est donc un homme, et un homme qui évidemment parle hébreu.


Dès le départ, le livre des psaumes l’invite au bonheur : le premier mot du recueil des psaumes est « heureux ». Cela nous fait penser à l’Evangile de Matthieu, où un des premiers mots de Jésus est « heureux », puisque dans cet évangile Jésus prend la parole en public pour son premier grand discours en proclamant les Béatitudes.

Le psautier s’ouvre donc sur une proposition de chemin de bonheur. Cet appel au bonheur est d’ailleurs repris à la fin de l’introduction du psautier, c’est-à-dire à la fin du Ps 2 : « heureux qui s’abrite en lui ».


Mais ce bonheur est lié à une exigence : celle de respecter la loi du Seigneur (v. 2). La loi est plusieurs fois citée dans les psaumes, mais jamais explicitée, ce qui indique que le lecteur est censé la connaître. Le premier lecteur des psaumes est donc un juif qui connaît sa religion. Du coup, la loi du Seigneur doit imprégner tout son être et toutes ses actions : Ps 1,3-6. Le psautier offre donc un chemin de bonheur à l’homme qui respecte la loi de Dieu.


Ce qui est vrai des hommes est vrai des nations : Ps 2,1-4. Le Ps 2 transpose sur le plan collectif l’opposition du juste et du méchant du Ps 1.


Ces deux psaumes d’ouverture décrivent d’emblée un monde où l’existence n’est pas facile pour le juste : il est sans cesse confronté au méchant sur un plan individuel et aux nations hostiles sur un plan collectif. Constat d’une actualité permanente ...

Les psaumes de conclusion (145 ss) : tous commencent par « alleluia » et le dernier (150) se termine de même. Nous sommes dans une louange qui va en s’élargissant : on commence par le psalmiste seul (145), on continue par la communauté des fils d’Israël (146, 147), puis par les diverses créatures (148), on affirme le triomphe de Dieu (149) et on termine en invitant tout ce qui respire à louer Dieu (150).


On notera que trois psaumes évoquent très longuement l’histoire sainte, et invitent le lecteur, le priant, à en tirer les leçons : 77, 104,7ss, 105. Rappelons que nous sommes dans une culture où très peu de gens savaient lire et écrire : par conséquent, ces psaumes étaient comme des leçons d’histoire sainte chantée ; or, on retient mieux une chanson qu’un texte, d’autant plus que les psaumes sont écrits en vers et non en prose. La fin du Ps 105 est intéressante : la demande et l’action de grâce sont mêlées, l’action de grâce finissant toujours par jaillir : 105,47-48.


7) Que deviennent les psaumes après le temps de l’Ancien Testament ?

Les psaumes sont très présents dans le Nouveau Testament, où ils sont cités ou paraphrasés plus de 200 fois. Jésus en est imprégné, comme tous les enfants de son peuple, et les psaumes rythment sa vie quotidienne. Par exemple, lorsqu’il monte à Jérusalem pour célébrer la Pâque, soit avec ses parents (Lc 2) soit plus tard avec ses disciples (Jn2), il récite forcément les « psaumes de montée » (120 / 133) qui faisaient partie intégrante de tout pèlerinage. Les évangélistes mettent dans la bouche de Jésus 16 citations psalmiques, essentiellement au moment de la Passion. Jésus et ses disciples, au soir du repas pascal du Jeudi Saint, chantent le Hallel : Mt 26,30. Sur la croix, ses derniers mots sont des mots de psaumes (Mt 27,46 ; Lc 23,46). Pierre, dans son discours du jour de la Pentecôte, citera les psaumes pour parler de Jésus : Ac 2,25-28. Les Douze, après l’Ascension, se rendront au Temple pour les prières quotidiennes, qui comportaient toujours un chant de psaumes (Ac 3,1) ; etc.

Dès les débuts de l’Eglise, les chrétiens ont prié les psaumes, et cette prière s’est généralisée au IV°s. Il faut dire que les premiers chrétiens étant d’origine juive, ces prières faisaient partie de leur culture. Les premières traductions en Latin apparaissent vers la fin du II° s. Jusqu’au Moyen-Age les psaumes étaient, avec quelques cantiques bibliques, la base de la prière chrétienne, tant monastique que laïque. Le Livre des Psaumes a été le premier livre de l’ancien Testament traduit en Français, vers la fin du XII° s.


Aujourd’hui, la quasi-totalité des psaumes sont récités par les prêtres et religieuses au cours des différents offices de la journée, selon un cycle de quatre semaines (souvent une ou deux pour les communautés monastiques). Il y a des constantes : un extrait du psaume de la Loi (118) à l’office du milieu du jour, le « Miserere » (Ps 50) le Vendredi matin, un psaume royal (109) le Dimanche soir. Les psaumes choisis pour le vendredi sont souvent à coloration pénitentielle, ou ayant un rapport avec la Passion du Christ.


Ceux du dimanche ont été choisis parce que pouvant pour exprimer quelque chose du mystère pascal. Sont réservés pour les temps de l’Avent, de Noël, du Carême et de Pâques des psaumes qui dévoilent dans l’A.T. la préfiguration de ce qui se réalisera dans le N.T.


Quant aux psaumes de la messe, ils sont choisis en fonction des lectures. Mais il s’agit toujours d’extraits, ce qui, il faut bien le dire, n’en facilite pas forcément l’appropriation et la compréhension.


8) Psaumes et violence.

Trois psaumes ne sont pas utilisés dans la liturgie chrétienne en raison de la dureté de leur ton à l’égard des ennemis : 57, 82, 108.


Mais leur existence nous permet d’aborder la question de la violence présente de manière très réelle dans certains psaumes, et qui est pour beaucoup de gens un obstacle à la prière avec ces textes.


Il faut d’abord remarquer qu’une violence certaine est attribuée à Dieu, qui prend parfois les grands moyens pour sauver son peuple (pensez aux plaies d’Egypte : 104,28-36 ou 135,10. 17-18). On chante donc avec vigueur ces victoires et la manière dont on pense que le Seigneur a secouru les siens. Ou bien, le priant se sent encerclé, menacé, et en appelle à Dieu pour le libérer par tous les moyens (34,1-10 ; 59,13-14). Certaines expressions sont choquantes pour nous : 57,7-11, 136,8-9 ; mais si ces paroles nous choquent, c’est peut-être aussi parce qu’elles réveillent la violence qui existe en nous : ça ne vous arrive jamais, à vous d’avoir envie d’exterminer quelqu’un ? Les mots permettent de mettre la violence à distance, de la penser, de la prier même, et du coup de nous en libérer de manière non violente grâce à cet instrument de médiation qu’est la parole. Il vaut mieux dire à quelqu’un « j’ai envie de t’étrangler » que le faire ...


Pour l’homme biblique, Dieu s’engage à ses côtés dans une lutte sans merci contre le mal et l’injustice, et il est normal de célébrer et chanter l’action divine. Pour s’opposer au mal, l’opprimé n’a que sa parole : si celle-ci s’exprime violemment, ce n’est que pour mieux crier son désespoir et sa souffrance et demander à Dieu son intervention : 69. Après tout, le cri du Christ en croix : « mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (parole tirée de Ps 21,2) n’est pas une douce parole de confiance ...


Les psaumes d’imprécation nous apprennent qu’il n’y a pas de situation humaine où il n’y ait pas de place pour Dieu. La Bible ne présente pas un Dieu débonnaire qui laisserait tout faire sous prétexte qu’il est amour. Après tout, les malédictions proférées par Jésus à l’égard des pharisiens (Mt 23), ou celles de la parabole du jugement dernier (Mt 25), ne sont pas du roman pieux. Surtout, l’auteur biblique est persuadé que son Dieu est un Dieu qui répond au faible. La prière des psaumes est marquée par le combat permanent pour la justice de Dieu contre l’injustice des hommes : vouloir la défaite du mal, c’est vouloir la victoire de Dieu, c’est vouloir qu’il n’y ait plus d’impies ni de pécheurs, ce qu’on ne peut blâmer.


Prier ces paroles dures a un effet quasi thérapeutique, car le priant prend ainsi ses distances vis- à -vis de la violence qui l’habite. En disant sa violence il parvient à la dominer, il met des mots sur ses sentiments, contrairement à Caïn qui ne dit mot mais massacre son frère (Gn 4,8).


Et au bout du compte c’est la justice de Dieu qui a le dernier mot (57,11-12 ; 82,17-19 ; 108,26-31)

II. UNE PRIERE CHRETIENNE DES PSAUMES


« Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les prophètes et les Psaumes » (Lc 24,44)

Ceci étant dit, pour nous chrétiens du XXI° s, certains textes psalmiques échappent à toute tentative de lecture chrétienne. Il est difficile d’assumer, d’intégrer dans une prière chrétienne ces textes qui paraissent contradictoires avec le message évangélique. Deux brèves réflexions par rapport à cela :


. D’abord, ni le monde ni nous-mêmes ne sommes pleinement évangélisés. La prière des psaumes est donc une prière imparfaite que j’assume parce que je m’y reconnais : si nous avons du mal à dire « pardonne-nous comme nous pardonnons », au moins, par la prière des paumes, nous confions à Dieu le jugement des méchants, ce qui n’est déjà pas si mal.


. Ensuite, le cœur de la prière biblique est l’expression d’un combat permanent pour la justice de Dieu contre l’injustice du monde. La vie de Jésus fut un combat contre celui qu’il appelle « le prince de ce monde ». Nous ne pouvons que vouloir que Dieu soit vainqueur de ce combat. Mais finalement la ligne de démarcation passe d’abord à l’intérieur de nous-même : les imprécations et malédictions peuvent concerner la part de moi-même qui résiste encore et toujours au Règne de Dieu. Il y a encore une part d’A.T. en moi et autour de moi : les psaumes sont des prières chrétiennes mais imparfaites par rapport à une prière filiale entièrement dite dans l’Esprit de Jésus Christ, et c’est pourquoi je peux m’y retrouver !


Les psaumes restent actuels dans la mesure où ils sont l’expression devant Dieu d’expériences, de situations, de sentiments par lesquels passent les croyants de tous les temps. Les psaumes m’insèrent dans une longue histoire, dans une lignée. Restent deux questions essentielles pour nous :


- Comment puis-je faire miennes ces prières si éloignées de moi en tous domaines ?

- Comment appliquer à Jésus des textes écrits avant lui ?


Une remarque préalable mais à mes yeux essentielle : dans la liturgie, les sentiments exprimés par le psaume ne sont pas forcément les miens à ce moment-là. Pour que cela prenne sens, il faut les prier en Eglise, c’est-à-dire, comme l’écrit st Paul, « être joyeux avec ceux qui sont joyeux, pleurer avec ceux qui pleurent » (Rm 12,15).


. Lorsque les psaumes relatent des événements importants de la vie d’Israël – par exemple l’Exode -, il et assez facile de les recevoir comme le témoignage de l’intervention de Dieu dans l’histoire de l’humanité, Dieu seul sauveur des hommes. Ces événements sont le socle de notre foi au seul Dieu sauveur des hommes. Ils nous appellent à l’action de grâce et à l’espérance.


. Lorsque les psaumes expriment des sentences de sagesse, ils nous indiquent le chemin du salut et celui de la perdition.


. Lorsqu’ils annoncent la future victoire de Dieu, ils nourrissent notre espérance, ils nous invitent à la conversion et à la louange.


. Lorsque le psaume s’exprime en « je » ou en « nous », au moins deux attitudes sont possibles :


a) je me mets dans la peau de celui ou ceux qui ont parlé, je m’unis à lui ou à eux : lorsque j’entends l’auteur se reconnaître pécheur et remercier du pardon reçu (50), je me nourris de ce témoignage, de ce passage de l’histoire de l’humanité dont je fais partie, dont je suis solidaire : je souffre avec le souffrant, etc.


b) Je prends le texte à mon compte, en y lisant ma propre histoire. Je laisse le texte venir à moi et prendre sens pour moi. Parfois, je reçois les mots de manière directe et transparente : « écoute ma prière Seigneur », « pardonne mes fautes », « sauve-moi mon Dieu », « délivre-moi de mes ennemis » ... Parfois, dans ma propre existence, je me reconnais dans telle prière de détresse, de colère ou d’action de grâce, ou je l’attribue à des proches. Et puis, comme moi, l’homme des psaumes a des ancêtres et des proches, des amis et des ennemis ; il connaît des pauvres et des riches, des puissants et des opprimés. Il connaît des gens qui adorent le Seigneur et d’autres qui prient d’autres dieux. Il rencontre des bons et des méchants. Même si les systèmes sociaux ont évidemment considérablement évolué depuis lors, les mêmes types d’oppositions perdurent : croyant – incroyant, juste – menteur, oppresseur – opprimé etc.


Chacun ne peut pas s’approprier tous les « je » des psaumes. Mais dès la tradition juive, beaucoup de textes en « je » étaient pris dans une acception collective, comme l’expression du peuple et non d’une personne. Et puis, des lieux peuvent être pris dans une acception symbolique : le Temple est le lieu de la présence de Dieu, Jérusalem est le lieu du rassemblement, Babylone est la terre d’exil ou de souffrance et d’oppression ... Pour nous, par exemple, cela peut donner ceci :

Imaginons une maman endormant son bébé et lisant le Ps 130 ... Ou les participants des JMJ lisant en arrivant à Rio l’été prochain le Ps 121 ... ou des réfugiés – quels qu’ils soient – lisant Ps 136,1-2.4.6


Quoi qu’il en soit, nous, nous sommes venus après le Christ. Toute notre relation à Dieu passe par le Christ. En effet, pour un chrétien, le Christ est à la fois le Dieu qui est prié dans les psaumes et l’homme qui les a priés. Pour nous le Christ est le Dieu qui crée, qui règne, qui juge, qui libère, qui sauve. Je lis donc les psaumes à travers le Christ.


Prenons une comparaison : sur les registres de baptême d’une église de Bergame (Italie), on peut lire le nom d’Angelo Roncalli. C’est l’acte de baptême du Pape Jean XXIII. Le prêtre qui le baptisa et les gens présents ce jour-là ne savaient évidemment pas que ce bébé deviendrait Pape 77 ans plus tard. Mais aujourd’hui celui qui sait que le petit Roncalli est devenu Pape ne peut pas faire comme s’il ne le savait pas. On ne peut pas faire semblant de ne pas savoir que le Christ est celui que le peuple attendait, le Messie annoncé et espéré. Pour un chrétien, c’est de Jésus dont il est question dans les psaumes parlant du juste persécuté, c’est de sa gloire dont il est question dans les psaumes royaux.


Tous les noms que les psalmistes attribuent à Dieu : sauveur, libérateur, rocher, Très-Haut, saint, roi, berger, etc, le chrétien peut aussi les attribuer au Christ. C’est à lui que le chrétien rend grâce, ou demande pardon, justice, aide, pitié, etc. Tous les passages des psaumes qui parlent d’un Dieu d’amour, de tendresse, de pardon, sont pour nous à lire à travers le prisme du Christ.


Les Pères de l’Eglise ont reçu et expliqué le psautier comme une annonce, une prophétie concernant le Christ et l’Eglise, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle les psaumes ont été choisis pour la liturgie. Terminons par cette étonnante formule de saint Augustin parlant de Jésus : il l’appelle « ce chantre admirable des psaumes, qui les a chantés avec sa voix, avec sa vie » ...

Philippe BERNARD Novembre 2012

Sources :

• E. Charpentier : « Pour lire l’Ancien Testament »

• « Psaumes de la Bible, psaumes d’aujourd’hui » (ouvrage collectif, conférences du colloque du même nom à l’Institut Catholique de Lille Janvier 2010)

• Les commentaires du « psautier version oecuménique texte liturgique »

• Notes et intro Bible Chouraqui

• Notes et intro B.J.

• Notes et intro T.O.B.

• Notes et intro Bible des peuples

• Présentation générale de la Liturgie des Heures

• Présentation générale du Missel romain

• Présentation générale du lectionnaire des dimanches

• « Les psaumes et Jésus, Jésus et les psaumes », Cahier Evangile N°25

• « Théo », encyclopédie catholique

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