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IVe Dimanche de l’Avent (A)

Le grand oublié -


Le songe de Joseph,

Philippe de Champaigne (Bruxelles 1602 – Paris, 1674),

Huile sur toile, 1642-43 - 209, 5 x 155, 8 cm,

Non signé, non daté (Inv. n° : NG 6276),

National Gallery, Londres (Angleterre)


Évangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu 1, 18-24

Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : ‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’, qui se traduit : « Dieu-avec-nous » Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.


Le peintre

Champaigne était le principal peintre portraitiste français du règne de Louis XIII. Il a été employé par le roi et par le cardinal Richelieu, pour qui il a exécuté la série de portraits qui firent, entre autre, sa renommée. Champaigne était aussi un peintre prolifique de retables et de peintures religieuses, comme Le songe de Saint Joseph.


Originaire des Flandres , il est né et formé à Bruxelles. Arrivé à Paris en 1621, il a commencé sa carrière, en tant que nouvel intendant des bâtiments, en travaillant sur la décoration du palais de Luxembourg pour la reine mère, Marie de Médicis. Son style reflète ses origines flamandes et le réalisme robuste de Rubens. Sa manipulation des draperies rappelle celle des anciennes statues romaines.


En 1648, Champaigne devient membre fondateur de l'Académie française, mais sous l'influence du jansénisme, il se retire de plus en plus de la cour et se concentre sur les portraits des grands jansénistes. Le style de ceux-ci, et de ses œuvres de dévotion de l'époque, reflète la doctrine religieuse austère de ce mouvement.


Champaigne est un peintre exceptionnel par l'éclat de ses coloris, notamment un bleu profond, et par la rigueur de ses compositions. Sa peinture sait rendre la présence des corps de ses personnages, des visages et des mains. Il était très assidu dans son travail cherchant toujours la perfection d'exécution. Champaigne a peint l’épisode du songe de Joseph au moins trois fois ; cet exemplaire de la National Gallery devait être destiné à l'église des Minimes, près de la place des Vosges.


Ce que je vois

Dans un intérieur sombre – on distingue l’encadrement d’une porte – la scène nous présente trois personnages liés par les regards ou les gestes. L’éclat lumineux de leurs vêtements donne toute sa vigueur à la scène. Dans le fond, agenouillée devant une table sur laquelle repose un livre ouvert, une femme habillée d’une tunique carmin (signe de son humanité et des souffrances qu’elle endurera) et couverte d’un manteau bleu d’un profond éclat (signe de virginité perpétuelle), les mains croisées sur la poitrine, regarde l’ange qui virevolte au ciel. C’est la Vierge Marie qui médite certainement, comme la Tradition l’exige, le livre d’Isaïe au chapitre 7 (versets 14 à 16) :

C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l’abandon.

Sous la table, on repère une corbeille avec le matériel de couture, La légende dorée de Jacques de Voragine voulant que Marie soit aussi en train de coudre ou tisser lors de l’apparition de l’Ange à l’Annonciation. Marie semble sourire, comme rassurée sur son avenir par le message de l’Ange.


Celui-ci vole dans la pièce. Sous les traits d’un adolescent aux longs cheveux blonds, il est vêtu d’une tunique blanche serrée par un simple cordon de toile. Dans son dos apparaissent ses ailes éclairée par le halo lumineux et divin qui semble émaner de sa tête. Le regard sur Joseph endormi, il montre d’un doigt (identique à celui de Dieu dans la Création de Michel-Ange) Marie et de l’autre le ciel pour immiscer dans le songe de Joseph l’assurance que la grossesse de sa fiancée vient de Dieu. L’Ange « fond » sur Joseph, se fond dans ses songes, levant un voile sur ses interrogations, dans un souffle spirituel qui fait voler sa tunique. remarquez simplement que la lumière portée sur sa tunique et sur son corps ne provient pas de son halo mais du ciel : c’est bien qui éclaire le messager.


Joseph, lui, s’est assoupi sur un fauteuil, la tête reposant sur un épais coussin blanc. La position du corps, lascive, pourrait presque nous faire penser qu’il en tombe ! Revêtu d’une tunique mauve, il s’est drapé dans un éclatant manteau jaune. Cette couleur pourrait aussi bien nous rappeler le soleil, signe de la place essentielle qu’il occupe dans le dessein divin, que la tromperie dont il pourrait se croire le jouet… Il paraît encore jeune, la tête couronnée d’une auréole, et les traits presque christomorphiques. À ses pieds, sur le tapis, reposent les instruments de sa profession : maillet de bois, équerre, vrille, gouge, ciseau, plane et herminette. Il a retiré ses sandales qui reposent, dénouées, aux pieds du fauteuil. Il est dans le monde des songes, protégé par cet épais rideau vert, du monde des hommes… lui aussi est éclairé de cette lumière divine qui provient d’en haut. Mais c’est ici celle de l’Ange qui ne lui porte pas ombre. La parole du messager pénètre en son âme et l’éclaire, l’illumine.


Quatre visites

Pauvre homme que l’on a trop souvent présenté comme un pauvre ridicule, sorte de « dindon de la farce » divine ! Alors qu’il fut véritablement le béni de Dieu. N’est-il pas celui qui eut la grâce de quatre visites angéliques ?

  • La première en ce jour (Matthieu 1,20) :

Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit…
  • Puis lorsqu’il est informé de quitter Bethléem (Matthieu 2, 13) :

Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. »
  • Quand, d’Égypte, il est invité à retourner en Israël (Matthieu 2, 19-20) :

Après la mort d’Hérode, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et pars pour le pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. »
  • Et pour finir, l’ange lui demande d’éviter Bethléem et d’aller à Nazareth (Matthieu 2, 22-23) :

Mais, apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth, pour que soit accomplie la parole dite par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen.

Puis les mentions de son existence se font rares… En fait, on ne le retrouve qu’à la fin du deuxième chapitre de saint Luc (41-52) lorsqu’ils vont à Jérusalem pour les douze ans de Jésus. Et on ne le nomme même pas… Marie ne fait qu’évoquer « ton père et moi ». Puis, plus un mot ! Pauvre homme, grand oublié… On ne sait même pas ce qu’il devient, quand ni où il est mort.


Et pourtant…

Il fait bien partie du plan de Dieu, il ne pouvait en être autrement. D’abord, même comme père putatif, c’est bien lui qui donne à Jésus sa lignée davidique (Matthieu 1, 1-17). Ensuite comme père nourricier. Comment Jésus aurait-il grandi sans lui, comment aurait-il pu apprendre un métier comme les autres hommes et partager toute notre humanité. Puis, comme protecteur de Marie. Et surtout, me semble-t-il, comme le canal le plus discret, mais tout aussi efficace, de la grâce de Dieu.


En effet, si notre lecture de l’évangile de ce jour s’avérait étroite, voire trop humaine, on pourrait se demander pourquoi il n’a pas répudié sa fiancée, voire avec pertes et fracas ! Il le pouvait, il était dans son droit comme le rappelle le livre du Deutéronome (22, 23-24) :

Lorsqu’une jeune fille vierge est fiancée à un homme, si un autre homme la rencontre dans la ville et couche avec elle, vous les amènerez tous les deux à la porte de cette ville et vous les lapiderez jusqu’à ce que mort s’ensuive : la jeune fille, parce que, étant dans la ville, elle n’a pas crié au secours ; l’homme, parce qu’il a abusé de la femme de son prochain. Tu ôteras le mal du milieu de toi.

On peut imaginer que cette pensée lui a traversé la tête… Mais, l’Évangile nous le précise clairement, c’est un homme juste. Et le terme n’est pas à comprendre dans une acception actuelle d’homme honnête, voire un peu benêt… Être juste dans la Bible veut bien signifier que l’homme a été justifié par Dieu, c’est un dikaios, un homme dont les pensées, les paroles, les actions sont entièrement conformes à la volonté de Dieu, qui n'a pas besoin de modifier son cœur ou sa vie, bref, approuvé de Dieu. Il est ajusté à Dieu ! Et sa décision de ne pas appliquer la sentence du Deutéronome est bien le signe de cet ajustement. Saint Jérôme vient nous l’expliquer (Sur Matthieu, 1. 1, PL 26, 24) :

« Comment Joseph est-il déclaré juste, si l’on suppose qu’il cache la faute de son épouse ? Loin de là : c’est un témoignage en faveur de Marie. Joseph, connaissant sa chasteté, et bouleversé par ce qui arrive, cache, par son silence, l’évènement dont il [perçoit le grand] mystère. »

Saint Bernard, de même, précisera (Deuxième homélie sur le Missus Est, PL 183, 68) :

« Pourquoi Joseph voulut-il renvoyer Marie ? Prends cette interprétation, qui n’est pas la mienne mais celle des Pères : Joseph voulut la renvoyer pour la même raison qui faisait dire à Pierre : ‘Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur’ ; et au Centurion : ‘Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit’. Pierre trembla devant la puissance divine et le Centurion trembla en présence de la Majesté. Joseph fut saisi de crainte – comme il était humainement normal – devant la profondeur du mystère ; c’est pourquoi il voulait renvoyer Marie secrètement. »

Joseph va s’accorder, s’ajuster à la profondeur de ce mystère. Il écoute et suit le message de l’Ange. Qu’importe le « qu’en dira-t-on » ! Ce qui importe, c’est cet enfant, Fils de Dieu, qui lui a été confié. Ce qui importe, c’est de les protéger, lui et sa mère. C’est qui importe, c’est de faire la volonté de Dieu, même si aux yeux critiques et moqueurs des hommes, elle paraît ridicule. Joseph est la figure emblématique de l’homme qui vit son devoir d’état au nom de Dieu !


Discrètes apparitions…

Les apparitions de Joseph sont rares dans l’histoire, et cela correspond bien à l’homme discret, mais efficace, qu’il fût ! De fait, aujourd’hui, seules quatre sont reconnues par l’Église (extrait du site mariedenazareth.com) :

  1. En France, à Cotignac, le 7 juin 1660, vers treize heures, un jeune berger, Gaspard Ricard, garde son troupeau sur le mont Bessillon. La chaleur est accablante. Il a soif. Soudain, il aperçoit « un homme à ses cotés » qui lui dit en lui montrant un rocher : « Je suis Joseph ; enlève-le, et tu boiras. » Gaspard doute. L’apparition réitère son conseil. Il déplace le rocher sans difficulté et découvre une source...

  2. En Pologne, à Kalisz, vers 1670, un homme, Stobienia, souffrant beaucoup d'une dure maladie et n'ayant aucun espoir, priait Dieu de le laisser mourir. Il s'adressa à saint Joseph, Patron de la bonne mort. La nuit suivante, un homme âgé vint chez lui et il reconnut saint Joseph. Celui-ci dit au malade : « Tu guériras quand tu feras peindre ce tableau de la sainte famille avec une inscription "Allez à Joseph" et tu l'offriras à l'église collégiale de Kakisz (alors dédiée à l'Assomption). » Dès lors, les fidèles reçurent beaucoup de grâces, et Kalisz devint un grand sanctuaire.

  3. En Irlande, à Knock (près de Dublin), le 21 août 1879, sous les yeux de dix-huit personnes, la Vierge se montre, debout, vêtue de blanc et porte une couronne d'or. Elle semble prier. Saint Joseph et saint Jean l'Evangéliste l'accompagnent, "habillé comme un évêque en train de prêcher". Les témoins voient aussi un "autel" sur lequel se tient un "agneau" derrière lequel une croix est plantée. C'est l'époque où saint Joseph est nommé patron de l'Eglise (par Pie XI le 8 décembre 1872, et par Léon XIII le 15 août 1889).

  4. Au Portugal, à Fatima, le 13 octobre 1917, pendant que la foule voit le miracle du soleil, les trois voyants voient la Sainte Famille, avec saint Joseph et l'Enfant-Jésus qui semblaient bénir le monde.

La plus connue est bien sûr celle de Cotignac en France. Mais n’oublions pas la vision des pastoureaux portugais !


Modèle pour nous

Oui, Joseph, si discret soit-il, peut être un véritable modèle pour chacun d’entre-nous. Permettez-moi de souligner quelques aspects :

  • Un modèle pour les pères : Évidemment ! Est-il meilleur exemple d’un père qui donne sa vie pour ceux qu’il aime, qui les protège, qui veille sur eux, qui leur apprend un métier, qui les nourrit, et tout cela dans la discrétion, « sans attendre d’autre récompense que celle de savoir que nous faisons votre sainte Volonté » (Prière scoute) !

  • Un modèle pour les époux et parents : En effet, comment séparer Joseph de Marie ? C’est ensemble qu’ils portent Jésus à sa mission. C’est ensemble qu’ils le cherchent. Dieu ne bénit pas l’un puis l’autre, mais le couple de parents en eux.

  • Un modèle pour les enfants : Surprenant, mais vrai ! Le langage de Joseph, comme le rappelle le Pape Paul VI, c’est le silence. On ne connaît en effet aucune parole de Joseph dans l’Évangile. Il est taciturne, car il sait que c’est dans le silence que Dieu l’enseigne. Chaque enfant devrait rechercher ce silence de Joseph pour se laisser enseigner par ses parents, ses professeurs et Dieu !

  • Un modèle pour l’Église : Il a protégé le Christ, tête de l’Église et Marie, Mère de l’Église. Comment ne pourrait-il pas être le protecteur de toute l’Église et de chacune de nos églises ? Il me semble que nous devrions installer le tableau de Joseph, au Rectorat, dans notre belle église pour qu’il veille sur notre communauté !

  • Un modèle d’écoute et de prière : Comme lui, à son enseignement, dans le silence, laissons Dieu parler en nos cœurs et en nos songes.

  • Un modèle d’humilité : Ne pourrait-on résumer cela avec ce vieil adage, « Le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien » ?! Jésus ne pensait-il pas aussi à son père légal et putatif lorsqu’il proclamait (Matthieu 11, 25-30) :

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
  • Un modèle de coopération : Je reprends ici les mots de Paul VI (Homélie du 19 mars 1969) :

C'est ce que l'Église, ces derniers temps, a coutume de faire, pour une réflexion théologique spontanée sur la coopération de l'action divine et de l'action humaine dans la grande économie de la Rédemption. Car, bien que l'action divine se suffise, l'action humaine, pour impuissante qu'elle soit en elle-même (cf. Jn Jn 15,5), n'est jamais dispensée d'une humble mais conditionnelle et ennoblissante collaboration.

Et la liste pourrait être longue… Non, Joseph ne sera pas l’oublié de notre cœur ! Puisse-t-il intercéder pour chacun d’entre-nous et pour nous tous, afin qu’il nous prépare l’âme à accueillir son Fils, Jésus, dans la crèche de nos vies.



Prière de Noël à Joseph

Je vous salue, Joseph, vous que la grâce divine a comblé,

le Sauveur a reposé dans vos bras et grandi sous vos yeux.

Vous êtes béni entre tous les hommes,

et Jésus,

l'Enfant divin de votre virginale épouse est béni.

Saint Joseph, donné pour père au Fils de Dieu,

priez pour nous dans nos soucis de famille, de santé et de travail,

jusqu'à nos derniers jours,

et daignez nous secourir à l'heure de notre mort.

Amen.


Prière de saint François de Sales

Glorieux Saint Joseph, époux de Marie,

accordez-nous votre protection paternelle,

nous vous en supplions par le Cœur de Jésus-Christ.

Ô, vous dont la puissance infinie

s'étend à toutes nos nécessités

et sait nous rendre possibles les choses les plus impossibles,

ouvrez vos yeux de Père sur les intérêts de vos enfants.

Dans l'embarras et la peine qui nous pressent,

nous recourrons à vous avec confiance.

Daignez prendre sous votre charitable conduite

cette affaire importante et difficile,

cause de nos inquiétudes.

Faites que son heureuse issue tourne à la Gloire de Dieu

et au bien de ses dévoués serviteurs.

Ainsi soit-il.


Homélie de saint Bède le Vénérable (+ 735), Homélies pour la Vigile de Noël, 5, CCL 122, 32-36

L'évangéliste Matthieu, avec peu de mots, mais pleins de vérité, rapporte la naissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, par laquelle, étant fils éternel de Dieu avant les siècles, il est apparu dans le temps comme un fils d'homme. Il avait rappelé les générations de ses ancêtres, depuis Abraham jusqu'à Joseph, l'époux de Marie. Et certes, il convenait de toute façon que Dieu, puisqu'il voulait devenir homme par amour pour les hommes, ne naquît pas d'une autre que d'une vierge et que, lorsqu'il arriverait qu'une vierge enfantât, elle ne put procréer un autre fils que Dieu lui-même: Voici, dit le prophète, la Vierge portera et enfantera un fils, et on l'appellera Emmanuel, nom qui se traduit: Dieu avec nous (Is 7,14).


Le nom de Sauveur "Dieu-avec-nous", donné par le prophète, signifie les deux natures de son unique personne. En effet, celui qui est Dieu, né du Père avant tous les siècles, c'est lui-même qui est Emmanuel à la fin des temps, c'est-à-dire Dieu avec nous. Il l'est devenu dans le sein de sa mère, parce qu'il a daigné accepter la fragilité de notre nature dans l'unité de sa personne, quand le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous (Jn 1,14). C'est-à-dire qu'il a commencé d'une manière admirable à être ce que nous sommes, sans cesser d'être ce qu'il était, en assumant notre nature, de façon à ne pas perdre ce qu'il était en lui-même. <>


Marie mit donc au monde son fils premier-né (Lc 2,7), c'est-à-dire le fils de sa substance; elle enfanta celui qui, avant toute créature, était Dieu, né de Dieu, et qui, dans l'humanité où il était créé, devançait en mérite toute créature.


Et elle lui donna le nom de Jésus (cf. Lc 2,21). Donc, le nom de Jésus est celui du fils qui, né de la Vierge, signifie selon l'explication de l'ange qu'il sauvera son peuple de ses péchés. Or, celui qui sauve des péchés, c'est évidemment lui aussi qui sauvera des corruptions de l'âme et du corps, qui sont les suites du péché.


Quant au nom du Christ, c'est le titre d'une dignité sacerdotale et royale. Car les prêtres et les rois, sous la loi ancienne, étaient appelés Christs à cause de la chrismation. Cette onction d'huile sainte préfigurait celui qui, en venant dans le monde comme vrai roi et pontife, a été consacré d'une onction de joie, comme aucun de ses semblables (Ps 44,8). A cause de cette onction ou chrismation, le Christ en personne et ceux qui participent à la même onction, c'est-à-dire à la grâce spirituelle, sont appelés "chrétiens".


Du fait qu'il est Sauveur, le Christ peut nous sauver de nos péchés; du fait qu'il est pontife, il peut nous réconcilier avec Dieu le Père ; du fait qu'il est roi, qu'il daigne nous donner le royaume éternel de son Père, Jésus Christ notre Seigneur qui, étant Dieu, vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.


Prière

Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos coeurs: par le message de l'ange, tu nous as fait connaître l'incarnation de ton Fils bien-aimé ; conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu'à la gloire de la résurrection. Par Jésus Christ.

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