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IVe dimanche de l’Avent (A)

Emmanuel : Dieu-avec-nous -



La prière d’Achaz

Peut-être Robert BOYVIN (actif à Rouen entre 1480 et 1536),

Enluminure sur parchemin, premier quart du XVIe siècle,

Bréviaire à l'usage du prieuré Saint-Lô de Rouen, ms. 1265,

Paris - Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris (France)


Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 7, 10-16)

En ces jours-là, le Seigneur parla ainsi au roi Acaz : « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. » Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. » Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l’abandon. »


Psaume 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6)

Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants ! C’est lui qui l’a fondée sur les mers et la garde inébranlable sur les flots.

Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction, et de Dieu son Sauveur, la justice. Voici le peuple de ceux qui le cherchent ! Voici Jacob qui recherche ta face !


Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 1, 1-7)

Paul, serviteur du Christ Jésus, appelé à être Apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu, à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome. Cet Évangile, que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans les saintes Écritures, concerne son Fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur. Pour que son nom soit reconnu, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre, afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés. À vous qui êtes appelés à être saints, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.


Le commanditaire : le prieuré Saint-Lô de Rouen

Extrait d’un site sur l’histoire de Rouen



En 1144, l’église collégiale St-Lô de Rouen fut érigée en église d’un véritable prieuré par Algare, évêque de Coutances (et de St-Lô), ayant pouvoir de juridiction sur le territoire de sa propre enclave dans la ville. Cette église St-Lô brûla en 1188.

Le domaine dépendait de l’évêque de Coutances depuis l’octroi d’une concession dans la cité au prélat du Cotentin, Théodoric dit Thierry, par le duc Rollon, en 914.

La même église avait été partagée entre le prieuré et la paroisse St-Lô. Et, quelques désaccords intervinrent inévitablement en 1309. L’église fut foudroyée en 1316.

Une séparation fut nécessaire entre la vie monastique et le service de la paroisse et, dès 1344, une clôture la matérialisa. Ensuite, un mur mitoyen fut bâti. Enfin, au fil du temps, deux églises bien distinctes - mais sous le même vocable de St-Lô - furent édifiées mais ruinées en 1440.


Vers 1450, le prieur de St-Lô, Guillaume Le Bourg, avait déjà entrepris sur le même site la reconstruction d’une nouvelle église conventuelle mais son portail n’en fut élevé qu’en 1466 puis la totalité du monument.Une première Chambre des Comptes fut érigée par le roi Henri III en 1580, au sein même du logis prieural de St-Lô, avant d’être par la suite installée, en 1591, dans l’hôtel Romé de la rue des Carmes.

Une “abbaye de Ste-Brigitte” accueillant des Augustines Réformées, religieuses anglaises ou “Brigittines”, chassées des Iles Britanniques par la reine Elisabeth Ière, s’établit en 1580 à proximité du prieuré de St-Lô, face à l’actuelle rue Eugène Boudin. Elles avaient été appelées à Rouen par le cardinal-archevêque Charles Ier de Bourbon. Mais, après quelques années, expulsées par Henri IV, ces religieuses virent leur monastère supprimé à la fin du XVIe siècle et, plus tard, l’emplacement fut cédé au prieuré.

Avec une terrible épidémie de 1619 à 1623, la peste frappa les religieux, chassés de leur prieuré par ce fléau dévastateur.

Un réel état d’abandon du monastère survint lors de la peste de 1627 qui fit plus d’un million de morts dans le royaume.

En 1634, la grande salle dans laquelle jadis siégeait l’évêque de Coutances et qui tombait en ruine s’était totalement écroulée.


L’artiste

Robert Boyvin est un enlumineur et historieur attesté à Rouen entre 1480 et 1536. Il est issu d'une lignée de libraires et enlumineur rouennais. Il est probablement le fils de Jean Boyvin : libraire de 1406 à 1433. Robert exerce, dès 1488, comme enlumineur et sans-doute libraire dans le quartier du "portail des libraires ». Son oeuvre a pu être identifié grâce à la commande du cardinal Georges Ier d'Amboise. Les comptes et dépenses du château de Gaillon conservent en effet un paiement adressé en 1503 à Robert Boyvin pour une histoire faite au livre des Épîtres de Sénèque qu'avait enluminé Jean Serpin. Identifié en 1949 dans les collections de la Bibliothèque nationale de France, ce manuscrit fut présenté en 1993 dans la section que l'exposition Quand la peinture était dans les livres... réservait à la commande du cardinal d'Amboise. Dans deux notices du catalogue, François Avril attribuait à Robert Boyvin un premier ensemble de manuscrits qui lui permettait d'inscrire l'artiste dans le sillage du Maître de l'Échevinage de Rouen, dont il était « de toute évidence un suiveur sans aucun talent créateur, mais doté d'un style propre ». En 1995, Isabelle Delaunay consacrait un article à l'oeuvre de Robert Boyvin et de Jean Serpin qui fit référence par l'apport de mentions d'archives et d'une liste de cinquante-six manuscrits, en grande partie inédits mais de qualité inégale. Elle brossait à son tour le portrait non d'un créateur mais d'un « bon praticien qui s'adapte au goût du temps ». Les quarante-deux livres d'heures présentés comme de sa main étaient répartis entre trois périodes (1485-1495, 1495-1503 et 1503-1515), correspondant à des critères codicologiques dont la précision optimiste fut reprise sans réserve dans les mentions les plus récentes de son oeuvre.


Ce que je vois

Achaz se tient sur une terrasse dallée. Au fond, une cité entourée de plusieurs hautes tours. Le roi, habillé d’un manteau de brocard échancré aux manches courtes sur une tunique bleue, vient de poser son couvre-chef à ses pieds. Il porte l’hermine royale. Il est à genoux, et mains jointes, prie son Dieu qui lui apparaît dans une sorte de lumière céleste rayonnante. Dieu le Père, vieillard barbu et chenu, tient en main l’orbe et regarde Achaz implorant.


Méditation

Un verset m’a touché dans cette lecture d’Isaïe : « C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). » Et j’en retiens deux choses : la question du signe, et celle du nom de l’enfant.


D’abord, la demande de signe. Nous sommes toujours gênés par cet aspect. Ô que nous aimerions que Dieu nous fasse signe, qu’il nous montre, pour ne pas qu’il nous prouve, sa présence et son action. De tout temps, philosophes, théologiens ou simples laïcs ont cherché des signes de l’existence de Dieu. On a même développé en théologie ce que l’on appelle l’apologétique :

Partie de la théologie qui tend à défendre la religion contre les attaques dont elle est l'objet (« apologétique négative ») et à démontrer la vérité et la divinité du christianisme, pour aboutir ainsi au jugement de crédibilité, point de départ de l'adhésion par la foi (« apologétique constructive »).

Montrer et démontrer. En gros, pouvoir tenir en main une preuve, lever le voile du mystère et ainsi effacer tout doute qui pourrait nous habiter. Mais, comment ne pas se rappeler ce que Jésus ressuscité dit à Marie-Madeleine au jardin : « Noli me tangere », ne me retiens pas. On ne peut pas saisir Dieu, on ne peut pas l’enserrer entre nos doigts. Bien sûr, on peut le recevoir si nous tendons nos mains (n’est-ce pas le sens du geste de la communion), mais on ne s’en saisit pas ! Je suis toujours marri quand je vois des gens vouloir prendre le Corps du Christ des mains du prêtre, plutôt que de le recevoir : Dieu ne se saisit pas, il ne se vole pas, il se donne.


C’est d’autant plus curieux que toutes les « preuves » entre guillemets nous ont été donné : il suffit de lire la Bible. Qu’est d’autre ce livre que la révélation ultime de Dieu. Révélation, dévoilement, le voile est levé sur Dieu. En Jésus, tout nous est révélé, tout nous est transmis, tout nous est dit. Mais il nous faut faire quelque effort pour le comprendre. Je ne peux que vous renvoyer à ce que j’ai écrit sur la question de la foi et de ses étapes (savoir, comprendre, connaître, adhérer) dans l’homélie du XXVIIe Dimanche du Temps Ordinaire (C). En fait, nous cherchons mal, ou plutôt nous cherchons là où il ne faut pas. Ce dont saint Augustin s’était rendu compte…

« Tard je t'ai aimée, ô Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t'ai aimée ! Mais quoi ! tu étais au dedans de moi, et j'étais, moi, en dehors de moi-même ! Et c'est au dehors que je te cherchais ; je me ruais, dans ma laideur, sur la grâce de tes créatures.
Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi, retenu loin de toi par ces choses qui ne seraient point, si elles n'étaient en toi. Tu m'as appelé, et ton cri a forcé ma surdité ; tu as brillé, et ton éclat a chassé ma cécité ; tu as exhalé ton parfum, je l'ai respiré, et voici que pour toi je soupire ; je t'ai goûtée et j'ai faim de toi, soif de toi ; tu m'as touché, et je brûle d'ardeur pour la paix que tu donnes ».

Ainsi, si nous sommes tentés de chercher des signes, cherchons au bon endroit !


Mais les signes que nous cherchons ne concernent pas uniquement nos questions de foi. Parfois, et même souvent, ils se rapportent à nos inquiétudes humaines. Nous demandons un signe à Dieu pour qu’il vienne nous conforter ou nous rassurer : « Fais-moi un signe, Seigneur, pour me montrer que tu vas me guérir et que je ne vais pas mourir. Donne-moi un signe pour me prouver que tu ne m’as pas abandonné… » À la limite, on pourrait se dire que c’est l’attitude qu’aurait dû avoir Achaz, lui ainsi aurait été comblé puisque Dieu lui accordera.


Mais, il me semble qu’il y a deux éléments dont il faut tenir compte. D’abord, demander un signe est un signe… le signe que nous manquons de foi, que nous n’avons pas confiance en Dieu, que nous doutons de tout ce que le Christ nous a dit. Relisons ensemble quelques versets :

  • Marc 13, 11 : « Et lorsqu’on vous emmènera pour vous livrer, ne vous inquiétez pas d’avance pour savoir ce que vous direz, mais dites ce qui vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit Saint. »

  • Matthieu 28, 20b : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

  • Luc 11, 29-30 : « Comme les foules s’amassaient, Jésus se mit à dire : « Cette génération est une génération mauvaise : elle cherche un signe, mais en fait de signe il ne lui sera donné que le signe de Jonas. Car Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ; il en sera de même avec le Fils de l’homme pour cette génération. »

  • Luc 2, 12 : « Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

  • Apocalypse 12, 1 : « Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. »

Et l’on pourrait multiplier les citations. Les signes nous sont donnés, et peut-être le plus important : il est avec nous. N’est-ce pas le second sens du signe, celui qu’Achaz va entendre de la bouche de Dieu : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) » ?


Première dimension de ce signe, celui que nous allons célébrer dans une semaine : la Vierge enfantera son fils Jésus pour notre salut. Nous fêterons ce don de Dieu à Noël. De fait, nous fêterons un anniversaire : à quelques années près, le 2022ème anniversaire de Jésus. C’est l’Avent qui est passé : celui de l’Incarnation.


Simultanément, mais peut-être n’en avons-nous pas assez conscience, nous appellerons Dieu à l’Avent final, à ce qui va advenir : la parousie. Oui, elle tarde à venir, mais est-ce de la faute de Dieu ? Pierre nous l’avait pourtant bien expliqué (2 P 3, 9) : « Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. » N’est-ce pas ce que nous proclamons à chaque messe (sans y être suffisamment attentifs…) : « Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. » ? N’est-ce pas le dernier verset de la Bible (Ap 22, 20-21) : « Et celui qui donne ce témoignage déclare : « Oui, je viens sans tarder. » – Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous ! » Alors, avancer vers Noël, n’est pas que célébrer un mémorial, c'est aussi appeler de ses voeux la venue du Christ dans la Gloire, l’ultime avent, le dernier avènement.


Mais entre les deux, il est un avènement intermédiaire, bien présent dans le verset que je mis en exergue : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) ». Elle l’appellera Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous. Nous cherchons un signe ? Il est là ! Dieu est avec nous. Le Christ est en nous ; il habite nos coeurs et nos vies. Achaz ne voulait pas demander un signe à Dieu pour éviter de le mettre à l’épreuve : noble pensée. Mais quand le signe nous est donné, quand le Christ habite chacun de nos vies, et que nous n’y sommes pas attentifs, que nous ne prenons pas acte de cet avènement personnel en nos âmes, alors nous devrions entendre Dieu nous dire : « Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! »


En fait, Noël, qu’est-ce d’autre que de réaliser que la Nativité du Christ, d’il y a plus de 2000 ans, n’est pas terminée puisqu’il habite en chacun d’entre-nous, qu’il est Dieu avec nous. N’est-ce pas le plus grand des signes ? Et ce signe mérite-t-il que nous en demandions d’autres à Dieu ? Non ! Car la foi, la fidélité et la confiance nous habiteront alors.


Une nouvelle fois, je ne peux que vous invitez à prier avec le texte d’Élisabeth de la Trinité que je vous ai déjà donné la semaine dernière :

Que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m'emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos; que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre action créatrice.

Pour continuer la prière



D’abord, un chant : cliquez ici


VOICI QUE LA VIERGE CONCEVRA (ANTIENNE Ô)

Paroles: A.E.L.F. - Musique: Communauté de l'Emmanuel (C. Blanchard)


R. Voici que le Vierge concevra,

Elle enfantera pour nous un fils.

On l'appellera Emmanuel, Dieu avec nous. (bis)


17 déc.

1. Ô Sagesse de la bouche du Très-Haut !

Toi qui régis l'univers avec force et douceur,

Enseigne-nous le chemin de Vérité.

Ô viens Seigneur, viens nous sauver !


18 déc.

2. Ô Chef de ton peuple Israël !

Tu te révèles à Moïse dans le buisson ardent

et tu lui donnes la Loi sur la montagne,

Délivre-nous, par la vigueur de ton bras !

Ô viens Seigneur, viens nous sauver !


19 déc.

3. Ô Rameau de Jessé !

Etendard dressé à la face des nations,

les rois sont muets devant toi,

tandis que les peuples t'appellent :

Délivre-nous, ne tarde plus !

Ô viens Seigneur, viens nous sauver !


20 déc.

4. Ô Sceptre d'Israël !

Tu ouvres et nul ne fermera, tu fermes, et nul n'ouvrira :

Viens arracher les captifs aux ténèbres !

Ô viens Seigneur, viens nous sauver


21 déc.

5. Ô Soleil levant !

Splendeur de justice et lumière éternelle,

Illumine ceux qui habitent les ténèbres

et l'ombre de la mort !

Ô viens Seigneur, viens nous sauver !


22 déc.

6. Ô Roi de l'univers !

Ô Désiré des nations, pierre angulaire

qui joint ensemble l'un et l'autre mur,

Force de l'homme pétri de limon,

Ô viens Seigneur, viens nous sauver !


23 déc.

7. Ô Emmanuel !

Notre Législateur et notre Roi,

Espérance et salut des nations,

Ô viens Seigneur, viens nous sauver !

Prière de Sainte Faustine

Ô Marie, Vierge Immaculée, Pur cristal pour mon cœur,

Tu es ma force, ô ancre puissante,

Tu es le bouclier et la défense du cœur faible.

Ô Marie, Tu es pure et inégalable,

Vierge et Mère en même temps,

Tu es belle comme le soleil, Tu es sans tache, Rien ne peut être comparé à l’image de Ton âme.

Ta beauté a tant charmé le regard du Trois fois Saint, Qu’Il descendit du Ciel, quittant le Trône éternel,

Et Il revêtit le corps et le sang venant de Ton Cœur,

En se cachant pendant neuf mois dans le cœur d’une Vierge.

Ô Mère, Vierge, personne ne concevra

que Dieu infini devint homme,

C’est seulement à cause de Son amour et de Son insondable miséricorde, Par Toi, Mère, il nous est donné de vivre éternellement avec Lui.

Ô Marie, Mère Vierge et Porte du ciel

Par Toi le salut nous est venu,

Par Tes mains jaillit chaque grâce pour nous, Seule une fidèle imitation de Toi me sanctifiera.

Ô Marie, Vierge, le plus beau des Lys,

Ton Cœur était pour Jésus le premier tabernacle sur terre, C’est parce que Ton humilité était la plus profonde

Que Tu es élevée au-dessus des chœurs angéliques et des saints.

Ô Marie, ma douce Mère,

Je Te donne mon âme, mon corps et mon pauvre cœur

Sois la gardienne de ma vie,

Et particulièrement à l’heure de la mort, dans le dernier combat. (P. J. 161)


Un Père de l’Église


Saint Jean-Chrysostome, commentaire sur Isaïe

Au commencement il adressait la parole au roi; mais quand il eut dévoilé son indignité, il parla à tout le peuple: « Aussi, dit-il, il donnera un signe, non pas à toi, mais à vous. » (Is 7,14) A vous, à qui donc? A vous qui êtes dans la maison de David. C'est de là comme d'une tige que sortira ce signe. Et quel signe? « Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. » Il faut observer, comme je l'ai dit plus haut, que ce n'est plus à Achaz qu'est donné ce signe. Ce n'est pas là une conjecture : car voyez les accusations et les blâmes du Prophète: « Est-ce peu pour vous que de lasser la patience des hommes?» (Is 7,13) et il ajoute : « C'est pourquoi le Seigneur vous donnera un signe. Voici que la vierge concevra. » Si elle n'eût pas été vierge, ce n'eût pas été un signe. Car un signe doit sortir de l'ordre habituel des choses, du cours ordinaire de la nature, avoir quelque chose d'insolite, d'étrange même, pour être remarqué par chacun de ceux qui le voient et l'entendent. C'est pour cela qu'on l'appelle signe, parce qu'il signifie. Or il ne signifierait pas, s'il restait caché dans l'ordre habituel des choses. Aussi si le Prophète avait parlé d'une femme enfantant selon le cours ordinaire de la nature, pourquoi appeler « signe » une chose qui arrive tous les jours ? Aussi il ne dit pas au commencement, voici qu'une vierge, mais « voici que la vierge », voulant marquer par l'addition de l'article que cette vierge était remarquable et seule entre toutes. Que cette addition ait bien la signification indiquée, nous pouvons le voir dans l'Evangile. Lorsqu'en effet les Juifs envoyèrent demander à Jean : « Qui es-tu ? » ils ne lui dirent pas: « Es-tu Christ, » mais bien: « Es-tu le Christ? » Ils ne dirent pas: « Tu es prophète, » mais: « Es-tu le Prophète ! » (Jn 1,19-25) C'est-à-dire le Christ, le Prophète par excellence. Saint Jean ne dit pas en commençant sors Evangile: «Au commencement était un Verbe,» mais: « Au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu. » (Jn 1,1) De même ici, Isaïe ne dit pas: Voici qu'une vierge, mais « Voici que la vierge, » et il met en tête, comme il était digne d'un prophète de le faire, « Voici que. » Ces événements en effet, il les voyait presque, il se les représentait par l'imagination, ils étaient pour lui évidents. Les prophètes voyaient les événements futurs plus clairement que nous ne voyons ce qui se passe sous nos yeux. Nos sens peuvent se tromper; la grâce de l'Esprit-Saint les éloignait de toute erreur.


706 6. Et pourquoi ne pas ajouter que cette conception aurait lieu par la vertu de l'Esprit-Saint? C'était une prophétie et il fallait parler d'une manière obscure, comme je l'ai dit souvent, à cause de la grossièreté des auditeurs, de peur qu'une connaissance exacte des (392) choses ne les portât à brûler les Livres saints. S'ils n'ont pas épargné les prophètes, à plus forte raison n'eussent-ils pas épargné leurs livres. Ceci n'est pas une simple conjecture car un autre roi, du temps de Jérémie, déchire la Bible et la livre aux flammes (Jr 36,23) Voyez-vous cette folie intolérable, cette colère insensée? Il ne lui suffit pas de faire disparaître le livre, il le brûle pour satisfaire une passion délirante. Toutefois cet admirable prophète, même en restant obscur, a su tout indiquer. Une vierge, tout en restant vierge, comment peut-elle concevoir si ce n'est par la vertu de l'Esprit-Saint? Car enfreindre les lois de la nature ne saurait appartenir qu'à celui qui les a faites. Ainsi, en disant que la vierge enfantera, le Prophète a tout dévoilé. Après cet enfantement, il prédit le nom de l'enfant, non celui qui lui fut donné, mais celui qui lui convenait. De même qu'il appelle Jérusalem ville de la justice, non pas qu'elle ait jamais porté ce nom, mais parce que toutes les choses le lui donnaient, parce qu'elle devait se changer et devenir meilleure et accomplir toute justice, de même encore qu'il l'appelle prostituée, non qu'elle ait été ainsi désignée, mais parce que sa perversité lui méritait ce nom, comme sa vertu celui de ville de justice, de même, pour le Christ, il lui donne le nom que la nature des choses indiquait. Car c'est alors que Dieu fut avec nous, lorsqu'il parut sur la terre, conversant avec les hommes, et leur montrant la plus grande affection. Ce n'est pas un ange, ce n'est pas un archange qui se fait notre compagnon, mais c'est le Maître lui-même qui descend et vient tout redresser, qui parle aux courtisanes, qui mange avec les publicains, qui entre dans les maisons des pécheurs, qui permet aux larrons de lui parler avec confiance, qui attire à lui les mages, qui va partout et réforme tout, et s'unit notre nature. Or le Prophète annonce tout et cet enfantement et les biens ineffables, immenses, qui en découlent. En effet, lorsque Dieu est avec les hommes, il n'y a plus à craindre, à trembler, mais tout nous devient rassurant: c'est ce qui nous est arrivé. Ces maux anciens et inguérissables nous ont été enlevés, cette sentence portée contre tout le genre humain a été effacée, le péché a perdu toute force et le démon toute tyrannie; le paradis fermé à tous s'est ouvert pour la première fois à un meurtrier et à un brigand, les voûtes des cieux nous ont livré passage, l'homme s'est mêlé aux choeurs des anges, notre nature à été conduite jusqu'au trône du roi; la prison de l'enfer est devenue inutile; de la mort il n'est plus resté que le nom, la chose a disparu; les choeurs des martyrs, des femmes ont brisé l'aiguillon de l'enfer.


C'est dans la prévision de ces événements que le Prophète tressaillait de joie et d'allégresse, et d'une parole il nous indique tout, en nous annonçant l'Emmanuel. « Il mangera le beurre et le miel ; avant de connaître ou de choisir le mal, il choisira le bien. Car avant de distinguer le bien et le mal, l'enfant s'éloignera du mal, pour rechercher le bien (Is 7,15-16). » Comme cet enfant ne devait pas être simplement un homme, ni seulement un Dieu, mais un Dieu dans un homme, c'est avec raison que le Prophète présente la chose sous plusieurs faces, tantôt sous celle-ci, tantôt sous celle-là, et parle de choses étranges, de peur que la grandeur du miracle n'empêche d'y croire. Après avoir dit que la Vierge enfantera, ce qui déjà est au-dessus de la nature, que cet enfant sera appelé Emmanuel, ce qui est au-dessus de toute attente, il veut empêcher qu'en entendant ce mot Emmanuel, on n'aille embrasser sur l'Incarnation les erreurs de Marcion et de Valentin, et il donne de l'Incarnation la meilleure preuve, il la tire du besoin de nourriture auquel sera assujetti le Dieu homme. Que dit-il en effet? « Il mangera le beurre et le miel. » Cela ne convient pas à la divinité, mais bien à notre nature. C'est encore pour la même raison que le Verbe ne forma pas immédiatement un homme pour habiter en lui, mais qu'il se renferma dans le sein d'une femme, et cela pendant neuf mois, qu'il naquit, fut enveloppé de langes, fut nourri comme on l'est dans le premier âge, pour fermer la bouche à ceux qui essayeraient de nier l’Incarnation. Eclairé par la grâce divine, le Prophète voyait tout cela ; mais au lieu de parler seulement de cette naissance et de cet enfantement miraculeux, il parle de la nourriture que prendra l'homme-Dieu dans son premier âge, encore revêtu de ses langes, nourriture semblable à celle des autres hommes, et qui n'aura rien d'extraordinaire. En lui tout n'était pas différent de nous, mais tout n'y était pas semblable. Naître d'une femme, c'est notre condition; d'une vierge, c'est au-dessus de notre nature. Prendre de la nourriture (393) selon les lois ordinaires de la nature et la même nourriture que les autres hommes, c'est notre condition ; mais être étranger à tout vice, n'avoir jamais donné la moindre marque de perversité, voilà qui est extraordinaire, étonnant et qui ne convient qu'à lui. C'est pourquoi le Prophète mentionne l'une et l'autre chose. Ce n'est pas, dit-il, après avoir goûté le mal qu'il s'en éloigne, mais dès l'origine et par la vertu d'en-haut il a pratiqué toute vertu. C’est ce que le Christ a dit lui-même : « Qui de vous me convaincra de péché ? » et encore : « Le prince de ce monde vient et il n'a rien en moi. » (Jn 8,46 Jn 14,30)


707 7. Le Prophète même que nous expliquons n'a-t-il pas dit: « Il n'a point commis l’iniquité et le mensonge ne s'est point trouvé dans sa bouche? » (Is 59,9) C'est aussi ce qu'il dit dans le passage actuel qu'avant même de connaître ou de choisir le mal, lorsqu'il sera encore dans cet âge de l'innocence, au commencement de sa vie, il embrassera la vertu et n'aura rien de commun avec le vice. « Car, avant de distinguer le bien et le mal, l'enfant s'éloignera du mal pour rechercher le bien. » (Is 7,16) Il répète dans les mêmes termes la même pensée et insiste sur la même idée. Comme ses paroles annonçaient une chose sublime, il s'efforce, en la répétant, de la faire croire. Ce qu'il a dit plus haut : avant de connaître ou de choisir le mal, c'est ce qu'il redit en ces termes : « L'enfant, avant de distinguer. » Et il insiste encore en disant : « Le bien et le mal, s'éloignera du mal pour rechercher le bien. » Ce fut là le caractère distinctif de l'enfant-Dieu. C'est celui que saint Paul fait continuellement remarquer, et saint Jean, en voyant le Christ, élève la voix pour crier : « Voici l'Agneau de Dieu, celui qui ôte le péché du monde. » (Jn 1,29) Mais celui qui enlève le péché des autres est à plus forte raison sans péché lui-même. C'est aussi ce caractère sur lequel, comme je l'ai dit plus haut, saint Paul insiste continuellement. Comme le Christ devait mourir, l'Apôtre, de peur qu'on ne crût que cette mort était la punition de son péché, rappelle sans cesse son innocence, pour montrer que sa mort était la rançon de notre péché. Aussi il dit : « Le Christ, ressuscité d'entre les morts, ne meurt plus : car s'il est mort, c'est pour le péché qu'il est mort. » (Rm 6,9-10) Et cette mort, veut-il dire, il ne l'a pas endurée comme y étant soumis et à cause de son péché, mais à cause des péchés de tous. Si donc il n'était pas soumis à la première, il est plus que démontré qu'il ne mourra plus.


« Lumen Gentium », Concile Vatican II, n°55

Les Saintes Ecritures de l'ancien et du Nouveau Testament et la Tradition vénérable mettent dans une lumière de plus en plus grande le rôle de la Mère du sauveur dans l'économie du salut et le proposent pour ainsi dire à notre contemplation. Les livres de l'Ancien Testament décrivent l'histoire du salut et la lente préparation de la venue du Christ au monde. Ces documents primitifs, tels qu'ils sont lus dans l'Eglise et compris à la lumière de la révélation postérieure et complète, font apparaître progressivement dans une plus parfaite clarté la figure de la femme, Mère du Rédempteur. Dans cette clarté, celle-ci se trouve prophétiquement esquissée dans la promesse d'une victoire sur le serpent faite à nos premiers parents tombés dans le péché (cf. Gn 3,15). De même, c'est elle, la Vierge, qui concevra et enfantera un fils auquel sera donné le nom d'Emmanuel (cf. Is 7,14 cf. Mi 5,2-3 Mt 1,22-23). Elle occupe la première place parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent le salut de lui avec confiance. Enfin, avec elle, la fille de Sion par excellence, après la longue attente de la promesse, s'accomplissent les temps et s'instaure l'économie nouvelle, lorsque le Fils de Dieu prit d'elle la nature humaine pour libérer l'homme du péché par les mystères de sa chair.

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