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IVe Dimanche de l’Avent (C)

Se laisser visiter… -



La Visitation,

Odilon Redon (Bordeaux, 1840 – Paris, 1916),

Pastel sur papier, 53,5 x 39,2 cm, signé et non daté,

Musée d’Orsay, Paris (France)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 39-45)

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »


Le peintre

Odilon Redon est un peintre symboliste. Il est aussi connu pour ses dessins oniriques. Ami de grands noms de son époque, Joris-Karl Huysmans, Baudelaire ou Delacroix, pour ne citer qu’eux, élève de Jean-Léon Gérôme, il rejoint dans la deuxième partie de sa vie le groupe des Nabis fondé par Maurice Denis. D’une œuvre où dominent les tons noirs, il passe doucement aux couleurs pastels, tout en gardant cet esprit symbolique. Il transforme son cauchemar noir en douce rêverie.


L’œuvre

Nous ne connaissons pas la date de réalisation de cette Visitation. Elle doit se situer dans la deuxième partie de sa vie, après 1890. La scène semble se dérouler sur le parvis d’une maison (on en distingue la prédelle). À gauche, Elisabeth, plus âgée, accueille Marie en lui prenant la main. Vêtue d’une grande tunique rouge cramoisi et couverte d’un long voile beige qui cache ses cheveux, elle se penche vers la Vierge, comme pour la rassurer. Sa délicate main droite l’invite à entrer dans la maison, comme les pieds le confirment. N’oublions qu’Elisabeth est étymologiquement « la Maison de Dieu »… Marie, elle, a de longs cheveux blonds. Au dessus de sa simple tunique blanche, elle a posé un grand manteau brodé d’or, à la manière des femmes romaines. Son visage est penché vers le sol, les yeux clos, soumise à sa tante. Sa tête est discrètement couronnée d’un nimbe lumineux. Remarquons que le peintre n’a représenté pour aucune des deux femmes des signes de leur grossesse. La scène est baignée dans une sorte de ciel bleu, teinté de parcelles d’or. On distingue même un arc qui vient les envelopper toutes deux.


Une scène de miséricorde…

Le mot hébreu rah'amim (רחמים) désigne d'abord le sein maternel, puis la tendresse qui en est issue, tendresse miséricordieuse. Il s'agit d'un « pluriel de plénitude » du mot rehem « ventre maternel ». Ce mot désigne les entrailles de Yaweh, les entrailles du Seigneur, issues du sein maternel (rehem « matrice, utérus »), donc la tendresse maternelle de Dieu pour son peuple et ses enfants, pour les petits et pour les pauvres.

… peut-on lire sur Internet ! Et c’est bien ce qui se passe ici. Marie est saluée pour ses entrailles qui accueille le Sauveur, qui vont donner naissance à la Miséricorde. Marie fait donc œuvre de Miséricorde. Cette scène n’a rien de mièvre… Elle nous appelle nous-mêmes à laisser la miséricorde grandir en nous, à réagir avec des entrailles de mère. Comme Jean-Baptiste, nous tressaillons dans le ventre de l’Église, de la Maison de Dieu. Nous aussi sommes visités par le Seigneur à chaque fois que nous le recevons par la communion : « Devenez ce que vous recevez » dira Saint-Augustin. Nous aussi sommes visités par Jésus à chaque fois que nous nous laissons réconcilier. Et cette miséricorde nous fait tressaillir en la Maison de Dieu. Cette miséricorde nous fait entrer dans le halo lumineux de son Esprit. Ce tressaillement, c’est celui des œuvres que nous sommes invités à vivre au milieu de nos frères.


Les sept œuvres de miséricorde…

Dans l’évangile selon saint Matthieu, nous pouvons entendre le Christ nous préciser ce que sera le Jugement. Un Jugement non pas sur actes mauvais, mais un Jugement sur l’Amour. « Au soir de notre vie, c’est sur l’Amour que nous serons jugés… » (Jean de la Croix)

« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” (Mt 25, 31-40)

De cette prédiction, l’Église a défini les œuvres de miséricorde en ajoutant une septième au XIIIe siècle :

  1. Nourrir l’affamé,

  2. Abreuver l’assoiffé,

  3. Accueillir l’étranger,

  4. Habiller celui qui est nu,

  5. Visiter les malades,

  6. Visiter les prisonniers,

  7. Ensevelir les morts (ajout du XIIIe siècle).

Une autre œuvre d’art peut nous illustrer cette demande du Juge Suprême, celle du Caravage.



Les sept œuvres de miséricorde

Michelangelo Merisi da Caravaggio dit Le Caravage (Caravage, 1571 – Porto Ercole, 1610)

Huile sur toile, 390 x 260 cm, vers 1607

Pio Monte della Misericordia, Naples (Italie)


L’œuvre

Je ne vais revenir sur l’histoire de ce peintre que j’ai déjà plusieurs fois commenté. Notons simplement que suite au meurtre d’un homme, Caravage est obligé de fuir. Il s’embarque pour Naples. C’est là qu’il sera protégé par de riches mécènes en échange de tableaux. En janvier 1606, le pape Paul V concéda un autel privilégié à l'aristocratique congrégation de la « Misericordia » fondée à Naples cinq an plus tôt. Il se peut que le Caravage ait été invité à y venir peindre le tableau d'autel. Il le fit rapidement, entre le 23 septembre 1606 et le 9 janvier 1607, date à laquelle il reçut en paiement quatre cents ducats. La tâche était difficile car cette seule toile verticale devait inclure à la fois la Madone de la Miséricorde et les Sept Œuvres de Miséricorde. Le Caravage a situé ces œuvres telles qu'elles sont décrites dans l'Evangile selon Saint Matthieu (25, 35-36) dans une petite piazza, peut-être devant cette « Taverna del Cerriglio » où, trois ans plus tard, on devait l'attaquer.


Regard général

La première chose qui accroche notre œil est ce prêtre qui tient une lanterne dans la nuit. Dans cette œuvre napolitaine, Le Caravage excelle dans la technique du clair-obscur. Au milieu des ténèbres, luit une lumière…


Puis, nous distinguons ce « fatras » d’ailes en haut. Planant au-dessus de la scène on voit la Madone et l'Enfant, ainsi que deux anges, comme pour manifester la reconnaissance divine de la charité humaine, en particulier celles des protagonistes de la scène, qui sont peut-être des portraits de membres de la Fraternité. De leurs ailes, ils leur font un balcon pour se pencher sur le monde, ils en sont le lien intime. Ils sont les messagers de la grâce divine (et c’est bien le sens étymologique du mot angelos).


Notons quand même que Caravage a réussi cette prouesse picturale d’intégrer la Madone de Miséricorde et les Sept Œuvres en s’appuyant sur des œuvres existantes. Ainsi, Pero et Cimon avaient déjà figuré dans des représentations antérieures des Œuvres ; pour les anges il a pris ses sources dans la composition de Zuccaro (La fuite en Egypte) ; et le mendiant de Saint Martin rappelle la fameuse statue hellénistique appelée « le Gladiateur mourant ».


Le tableau, vu au-dessus des lumières dansantes des cierges de l'autel dans l'intérieur sombre, donne l'impression que l'église a été envahie par la grouillante animation des rues de Naples, qui devait avoir frappé le peintre, nouvellement arrivé de Rome. C'est le genre d'hallucination que réserve Naples et qu'on peut encore observer à l'extérieur de l'église dans le vieux quartier misérable du centre, autour de la Via dei Tribunali.


La scène convient particulièrement à la Misericordia, vouée à l'accomplissement quotidien des bonnes œuvres ici dépeintes. L'homme s'efforce de faire ce qu'il peut dans l'obscurité oppressante du monde - c'est une formulation efficace de la doctrine selon laquelle les actes, comme la foi, sont l'instrument du salut.


Regard détaillé

Loger les pèlerins.

C'est la nuit et l'hôte dirige trois hommes vers son auberge (« J'étais étranger et vous m'avez recueilli »). L’un d’eux est à peine visible. Le second est un pèlerin reconnaissable à son bâton, sa coquille et les clefs de Saint Pierre croisées sur son chapeau ; plutôt que Saint Roch on peut voir en lui le Christ sous un déguisement, comme il est dit dans l'Évangile.

Vêtir ceux qui sont nus.

Le troisième, un jeune bravo est Saint Martin en train de couper son manteau pour le partager avec le mendiant nu du premier plan (« J'étais nu et vous m'avez vêtu »).


Visiter les malades.

Dans l'ombre derrière la lame on aperçoit un jeune garçon dont les jambes paraissent tordues (« J'étais malade et vous m'avez visité »).


Donner à boire à ceux qui ont soif.

Le groupe est complété par un robuste personnage - Samson dans le désert de Léchi (Juges 15, 19) - lequel est en train de se verser dans la gorge l'eau d'une mâchoire d'âne (« J'ai eu soif et vous m'avez donné à boire »).


Donner à manger à ceux qui ont faim - Visiter les prisonniers.

A droite, à l'opposé du groupe, Pero donne le sein à son vieux père Cimon à travers les barreaux de sa prison (« J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger » et « J'étais en prison et vous m'êtes venus voir »).


Ensevelir les morts.

A l'arrière-plan enfin un prêtre en habits sacerdotaux tient haut une torche qui éclaire un cadavre transporté précipitamment, peut-être en souvenir des épidémies de peste qui décimaient la population de la ville (l'enterrement des morts, septième Œuvre, dont il n'est pas fait mention dans l'Evangile).

Et pour nous aujourd’hui ?

Vivre de la Miséricorde, c’est d’abord prendre conscience que nous sommes nous aussi, en quelque sorte la demeure de Dieu. Nous aussi avons des entrailles qui doivent vibrer pour nos frères. Nous aussi, habités de Dieu, nous devons faire de toute notre vie une œuvre de miséricorde. Comment ? Peut-être déjà en suivant précisément ce que nous demande l’évangile !

  • Accueillons l’étranger… Et en ce moment, les occasions ne manquent pas ! Nous-mêmes ne sommes-nous pas un peu étrangers ici ?

  • Habillons celui qui est nu… Comme le disait saint Ambroise : « Si tu as deux paires de chaussures, la deuxième appartient aux pauvres ! ». Aidons les divers organismes en triant nos vêtements…

  • Visiter les malades… Oh, je sais que ce n’est pas évident et que nous n’avons pas tous ce charisme. Mais une petite visite, un appel téléphonique, une lettre, tout ça est à notre portée.

  • Donner à boire à ceux qui ont soif… En Italie, il y a une belle tradition qui se développe et qui vient de Naples justement. Quand vous prenez un café au bar, vous en payez deux. Ce sera le café du pauvre, du sans-abri qui passera après vous !

  • Donner à manger à ceux qui ont faim… Il y a beaucoup de sans-abris en France. Il faut le comprendre, Charles Aznavour le chantait déjà : « Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil… » À nos portes, nous en croisons. Nous ne pouvons peut-être pas les accueillir chez nous, mais une fois par semaine, leur apporter un plat chaud serait une belle œuvre de miséricorde…

  • Visiter les prisonniers… Sûrement le plus difficile à réaliser. Et pourtant, ne sommes-nous pas entourés, si nous y faisons attention, de tant de prisonniers qui appellent silencieusement notre aide : ceux qui sont en prison dans leur déprime, dans leur solitude, dans leur abandon… Pourquoi ne pas y être attentif pour inviter l’un ou l’autre seul la nuit de Noël ?

  • Ensevelir les morts… Grâce à Dieu, rares sont les funérailles en notre église. Mais, pensons-nous suffisamment à nos défunts ? Prions-nous pour eux ? Célèbre-t-on des messes pour eux ?

Bref, il y a déjà tant à faire en suivant cette page d’évangile. Tant à faire pour que nos actes soient vrais. Tant à faire pour que notre vie chrétienne ne soit pas un vernis. Tant à faire pour que nous ne soyons pas des tièdes… Rappelez-vous :

Je connais tes actions, je sais que tu n’es ni froid ni brûlant – mieux vaudrait que tu sois ou froid ou brûlant. Aussi, puisque tu es tiède – ni brûlant ni froid – je vais te vomir de ma bouche. (Ap 3, 15-16)
Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. En revanche, on va dire : « Toi, tu as la foi ; moi, j’ai les œuvres. Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi. Toi, tu crois qu’il y a un seul Dieu. Fort bien ! Mais les démons, eux aussi, le croient et ils tremblent. Homme superficiel, veux-tu reconnaître que la foi sans les œuvres ne sert à rien ? N’est-ce pas par ses œuvres qu’Abraham notre père est devenu juste, lorsqu’il a présenté son fils Isaac sur l’autel du sacrifice ? Tu vois bien que la foi agissait avec ses œuvres et, par les œuvres, la foi devint parfaite. Ainsi fut accomplie la parole de l’Écriture : Abraham eut foi en Dieu ; aussi, il lui fut accordé d’être juste, et il reçut le nom d’ami de Dieu. » Vous voyez bien : l’homme devient juste par les œuvres, et non seulement par la foi. (Jc 2, 14-24)

Les voilà donc ces œuvres qui montrent notre foi. Mais j’y ajouterai des œuvres quotidiennes, voire spirituelles… De simples mots qui peuvent nous guider. Des mots que je reprends de la Bulle d’indiction Misericordiae Vultus du Pape François pour ouvrir cette année de la Miséricorde. Je vous les livre tels quels. Peut-être pourrions-nous piocher un mot par jour et essayer de le vivre ?


Sept mots… sept jours !

  1. Pardonner par amour…

« Pardonne à ton prochain le mal qu’il t’a fait. » Sir 28, 2)

  1. Être patient…

« Méprises-tu les richesses de la patience de Dieu ? » (Rom 2, 4)

  1. La tendresse…

« Dieu est tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » (Ex 34, 6)

  1. Consoler…

« Le Seigneur répandit des paroles pleines de consolation. » (Zac 1, 13)

  1. Guérir…

« Veux-tu guérir ? » (Jn 5, 1-9)

  1. Avoir pitié…

« Comme un père a pitié de ses enfants… » (Ps 102, 13)

  1. Être indulgent…

« Je les traiterai comme un père indulgent pour son fils. » (Mal 3, 17)



Sermon du bienheureux Guerric d'Igny (+ 1157), Sermons pour l'avent, 2, 1-4; SC 166, 104-116.

Voici le Roi qui vient, accourons au-devant de notre Sauveur (texte liturgique). Salomon a fort bien dit: Le messager d'une bonne nouvelle venant d'un pays lointain, c'est de l'eau fraîche pour l'âme assoiffée (Pr 25,25). Oui, c'est un bon messager celui qui annonce l'avènement du Sauveur, la réconciliation du monde, les biens du siècle à venir. Qu'ils sont beaux, les pas de ceux qui annoncent la paix, qui annoncent la bonne nouvelle (Is 52,7).


De tels messagers sont une eau rafraîchissante et une boisson de sagesse salutaire pour l'âme assoiffée de Dieu. En vérité, celui qui lui annonce l'arrivée du Seigneur ou ses autres mystères lui donne à boire les eaux puisées dans la joie aux sources du Sauveur (Is 12,3). Aussi, à celui qui lui porte cette annonce, que ce soit Isaïe ou n'importe quel prophète, cette âme répond, semble-t-il, avec les paroles d'Elisabeth, parce qu'elle était abreuvée au même Esprit : Et comment m'est-il donné que mon Seigneur vienne à moi? Car lorsque la voix de ton Annonciation est venue à mes oreilles, mon esprit a bondi de joie (cf. Lc 1,43-44) en moi-même, dans l'enthousiasme d'aller à la rencontre de Dieu son Sauveur. <>


Que notre esprit exulte donc d'une vive allégresse, qu'il accoure au-devant de son Sauveur, qu'il adore et salue celui qui vient de si loin, en l'acclamant par ces paroles : "Viens donc Seigneur," sauve-moi et je serai sauvé (Jr 17,14). Car c'est toi que nous avons attendu. Sois notre salut au temps de la calamité (Is 33,2). C'est ainsi que les prophètes et les justes allaient, avec tant de désir et d'amour, à la rencontre du Christ qui devait venir, en désirant, si c'était possible, voir de leurs yeux ce que, par avance, ils voyaient en esprit. <>


Nous attendons le jour anniversaire de la Nativité du Christ, dont on nous annonce que nous le verrons bientôt. Et l'Écriture semble exiger de nous une joie telle que l'esprit, s'élevant au-dessus de lui-même, s'empresse d'accourir au-devant du Christ qui vient; il se porte en avant par le désir, il s'efforce, sans tolérer aucun retard, de voir déjà ce qui est encore à venir.


Personnellement, je pense en effet que ce n'est pas seulement à propos du second avènement, mais déjà à propos du premier que tant de textes de l'Écriture nous pressent d'accourir à sa rencontre. Comment cela ? demandez-vous. Voici : de même que nous accourrons au-devant du second avènement par un élan et une exultation de notre corps, de même devrons-nous accourir à la rencontre du premier par l'amour et l'exultation de notre coeur. <>


Or, selon le mérite et le zèle de chacun, cet avènement du Seigneur est plus ou moins fréquent pendant le temps qui s'écoule entre le premier avènement et le dernier ; il nous rend conformes au premier et nous prépare au dernier. Certes, il vient en nous maintenant pour que le premier ne l'ait pas fait venir en vain, et que lors du dernier avènement il ne vienne pas en étant irrité contre nous.


En cet avènement-ci, il s'efforce de réformer notre esprit plein d'orgueil en le rendant conforme à cet esprit d'humilité qu'il a montré dans sa première venue, afin de pouvoir transformer pareillement nos pauvres corps à l'image de son corps glorieux (Ph 3,21), celui qu'il nous montrera quand il reviendra une seconde fois. <>


Donc puisque le premier avènement est celui de la grâce, le dernier, celui de la gloire, l'avènement présent est à la fois celui de la grâce et de la gloire ; c'est-à-dire qu'il nous permet, par les consolations de la grâce, de goûter déjà d'une certaine façon la gloire future. <> Qu'ils sont heureux ceux dont l'ardente charité a déjà mérité de recevoir ce privilège !


Pour nous, mes frères, qui n'avons pas encore la consolation d'une expérience aussi élevée, pour que nous demeurions patients jusqu'à l'avènement du Seigneur, ayons, en attendant, la consolation d'une foi solide et d'une conscience pure qui nous permettra de dire, avec autant de félicité que de fidélité, comme saint Paul : Je sais en qui j'ai mis ma foi, et je suis sûr qu'il est assez puissant pour garder mon dépôt jusqu'à ce jour-là, c'est-à-dire jusqu'à l'avènement de gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et Sauveur (2Tm 1,12 Tt 2,13), à qui appartient la gloire pour les siècles des siècles. Amen.


Prière

Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos coeurs ; par le message de l'ange, tu nous as fait connaître l'incarnation de ton Fils bien-aimé ; conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu'à la gloire de sa résurrection. Par Jésus Christ.

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