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IVe dimanche du Carême (B)

Souvenirs qui passent…



Super flumina Babylonis,

Anonyme

Psautier d’Eadwine, Ms R 17,1, Psaume 137 (136), folio 243 verso,

Enluminure sur parchemin, 45, 5 x 32, 6 cm, vers 1150,

Trinity College Library, Cambridge (Royaume-Uni)


Lecture du deuxième livre des Chroniques (II Ch 36, 14-16.19-23)

En ces jours-là, tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les abominations des nations païennes, et ils profanaient la Maison que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem. Le Seigneur, le Dieu de leurs pères, sans attendre et sans se lasser, leur envoyait des messagers, car il avait pitié de son peuple et de sa Demeure. Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles, et se moquaient de ses prophètes ; finalement, il n’y eut plus de remède à la fureur grandissante du Seigneur contre son peuple. Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu, détruisirent le rempart de Jérusalem, incendièrent tous ses palais, et réduisirent à rien tous leurs objets précieux. Nabucodonosor déporta à Babylone ceux qui avaient échappé au massacre ; ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils jusqu’au temps de la domination des Perses. Ainsi s’accomplit la parole du Seigneur proclamée par Jérémie : La terre sera dévastée et elle se reposera durant 70 ans, jusqu’à ce qu’elle ait compensé par ce repos tous les sabbats profanés. Or, la première année du règne de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole du Seigneur proclamée par Jérémie, le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse. Et celui-ci fit publier dans tout son royaume – et même consigner par écrit – : « Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem ! »


Psaume 136

Au bord des fleuves de Babylone

nous étions assis et nous pleurions,

nous souvenant de Sion ;

aux saules des alentours

nous avions pendu nos harpes.


C’est là que nos vainqueurs

nous demandèrent des chansons,

et nos bourreaux, des airs joyeux :

« Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. »


Comment chanterions-nous

un chant du Seigneur sur une terre étrangère ?

Si je t’oublie, Jérusalem,

que ma main droite m’oublie !


Je veux que ma langue s’attache à mon palais

si je perds ton souvenir,

si je n’élève Jérusalem

au sommet de ma joie.


Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens (Ep 2, 4-10)

Frères, Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 3, 14-21)

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »


Le manuscrit

Le psautier d'Eadwine est un psautier enluminé réalisé vers 1155-1160 en Angleterre. Il doit son nom au scribe Eadwine qui aurait participé à sa copie et qui est représenté dans une grande miniature à la fin du manuscrit (f.283v). Le manuscrit est conservé à la bibliothèque du Trinity College de l'université de Cambridge.


Le manuscrit a été copié au prieuré de la cathédrale de Christ Church de Canterbury. Le calendrier comporte la dédicace de la cathédrale en 1130 ainsi que la mort des saints archevêques Anselme et Lanfranc. Un dessin a été ajouté sur un feuillet à la fin de l'ouvrage représentant les bâtiments et le réseau hydraulique de la cathédrale et du prieuré vers 1160.


Le psautier d'Eadwine est considéré comme le psautier anglais possédant la décoration la plus complète et la plus riche du XIIe siècle. Chaque psaume et cantique commence par une grande lettrine ornée, en couleur et feuille d'or, pour les trois versions du texte. Chacun est aussi décoré d'une grande miniature, occupant toute la largeur de la page. Elle est dessinée au trait rehaussé de couleurs (bleu, vert, vermillon et marron) et illustre le contenu du psaume de manière littérale. Ces illustrations sont directement inspirées du psautier d'Utrecht, un manuscrit carolingien copié dans la région de Reims au cours du IXe siècle et conservé alors à Cantorbéry.


Curiosité

Ce psaume a aidé à vivre bien des affligés à travers les générations, il a été repris par les protestants persécutés par les rois de France, puis par les esclaves dans les champs de coton et leur Mississippi blues, et enfin par Boney M et Bob Marley.



Ce que je vois

Les « fleuves de Babylone » sont représentés en train de couler en bas de l'image. À droite, un groupe de Babyloniens réclame un chant des enfants d'Israël assis dans la misère le long des rives, leurs harpes accrochées aux saules (versets 1-3). En haut à gauche, le psalmiste et quelques disciples font appel au ciel d'où sort la main de Dieu bénissant un petit groupe de personnes rassemblées devant un tabernacle aux rideaux tirés à l'intérieur de l'enceinte fortifiée de Jérusalem. Le Christ-Logos imberbe, vêtu d'une croix et accompagné de trois disciples, se tient sur une colline à côté du tabernacle et montre ses lèvres (verset 6). Il s'agit peut-être d'une référence à la prophétie ultérieure du Christ concernant la destruction de Jérusalem. Le reste de l'image à gauche montre le siège et la destruction de deux villes, les villes d'Édom et de Babylone, dont il est question dans les versets 7 à 9.


Le psaume complet

01 Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ;

02 aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes.

03 C'est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, et nos bourreaux, des airs joyeux : « Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. »

04 Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ?

05 Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite m'oublie !

06 Je veux que ma langue s'attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je n'élève Jérusalem, au sommet de ma joie.

07 [Souviens-toi, Seigneur, des fils du pays d'Édom, et de ce jour à Jérusalem où ils criaient : « Détruisez-la, détruisez-la de fond en comble ! »

08 Ô Babylone misérable, heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus ;

09 heureux qui saisira tes enfants, pour les briser contre le roc !]


Un peu d’histoire

Nous sommes devant, non pas une lamentation, mais un souvenir. Le psaume est au passé, signifiant ainsi que le peuple est revenu de l’Exil à Babylone, imposé par Nabuchodonosor en 587 avant Jésus-Christ. De retour au pays, dans le Temple reconstruit par Cyrus, le peuple se réunit une fois par an pour faire mémoire de cet épisode dramatique de l’Exil. Chacun se rappelle ce moment où les hébreux priaient au bord du fleuve de Babylone. Ils étaient dans une tristesse qui frôlait la détresse. Détresse de se sentir abandonné, loin de son foyer, loin de son Dieu, loin des joies passées.


Première leçon

Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes.

Cet exil est d’autant plus douloureux qu’il laisse entrevoir au peuple qu’il n’a pas su profiter des grâces que Dieu leur avait faites : passage de la Mer Rouge, conquête de Jérusalem, construction d’un Temple pour le Seigneur. Tout était devenu plus calme et paisible, au point d’endormir leur foi. Ces grâces, ils n’en avaient plus conscience. Bernadette de Lourdes, à la fin de sa vie, pleurait en disant : « J’ai reçu tant de grâces et j’ai peu d’en avoir si peu profité… » Et c’est dans cet exil qu’ils reprennent conscience de ce qu’ils ont perdu… Les souvenirs affluent en leur mémoire, les larmes perlent, les gorges s’assèchent… On a rarement conscience de ce que l’on a, sauf quand on le perd… Ah si nous pouvions nous contenter de ce que nous possédons, et pas que dans le domaine matériel. Mais aussi notre santé, nos amis, notre famille, notre liberté, et tant d’autres choses.


La première leçon de ce psaume ne pourrait-elle se résumer dans la fameuse citation de Ronsard : « Carpe Diem » ? En fait, le verset est tiré d’Horace (Odes, I, 11, 8) : « Carpe diem, quam minimum credula postero » (Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain). Ce qui importe est de donner du poids à ce que nous vivons à l’instant. Donner du poids, c’est donner de la gloire, du sens, de la force, de la densité (le mot hébreux kabôd (כָּבוֹד) que l'on traduit par « gloire » signifie à l'origine « être lourd »).  Donnons-du poids, de la densité, à chaque instant, chaque minute, chaque seconde. C’est peut-être la dernière…


Deuxième leçon

C'est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, et nos bourreaux, des airs joyeux : « Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. » Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ?

En plus d’être exilé, les voici humiliés. Humiliés car les vainqueurs leur demandent de chanter des hymnes de leur pays, ce qui ne fait que raviver la plaie. Les bourreaux peuvent ainsi se réjouir du chagrin de leur victime. Et en plus, ce ne sont pas de simples chants profanes qu’ils réclament, mais des psaumes, et les psaumes de pèlerinage, ceux que le peuple chantait dans la joie quand il montait vers Jérusalem. Se plier à leur demande serait alors une double offense, offense à leur peuple, offense à Dieu. Jamais ils ne se parjureront !


Voici peut-être la deuxième leçon de notre psaume : aurons assez de courage pour ne pas renier notre foi ? Dans une société où il ne fait pas bon de se reconnaître chrétien, ou alors pour s’en moquer, fuirons-nous ? Ou, par crainte, crierons-nous avec la meute ? Car les catholiques, n’en déplaisent à certains, sont aujourd’hui en une terre étrangère, laïque, pour ne pas dire athée et anti-chrétienne. « Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ? » Nous laisserons-nous, nous aussi, être humiliés par les vainqueurs de l’athéisme et du wokisme ? Ou aurons-nous le courage de notre foi, de nos convictions ? Ne devrions-nous pas prendre exemple sur ces peuples chrétiens qui résistent jusqu’au sang, même si nous les avons oubliés, tels les arméniens, les palestiniens chrétiens, les libanais, les coptes ou les syriens ?


Troisième leçon

Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite m'oublie ! Je veux que ma langue s'attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je n'élève Jérusalem, au sommet de ma joie.

Pour un Juif, Jérusalem n’est pas que la capitale du Royaume, ni seulement le centre du pouvoir, du commerce et de la puissance militaire. Elle est avant tout la demeure de Dieu. C’est là où il est venu « dresser » sa tente, le tabernacle du Temple de Sion. C’est le lieu que Dieu a choisi pour venir habiter au milieu de son peuple, Lui pourtant, plus grand que ce que nous pourrions imaginer (I R 8, 27) : « Est-ce que, vraiment, Dieu habiterait sur la terre ? Les cieux et les hauteurs des cieux ne peuvent te contenir : encore moins cette Maison que j’ai bâtie ! » dit Salomon. Cependant, le Seigneur lui en fera la promesse (I R 9, 3) : « Je consacre cette Maison que tu as construite pour y mettre mon nom à jamais. Et mes yeux et mon cœur y seront pour toujours. » Alors, comment de leur exil, pourraient-ils oublier Jérusalem et son Temple, demeure de Dieu ?


Et c’est ici la troisième leçon de notre psaume. Oublier est peut-être la plus grande souffrance de la vieillesse. Pas simplement ne plus se souvenir d’une poésie ou d’un voyage, mais oublier le visage de ceux que nous avons connus et aimés. Il paraît que la première chose qu’on oublie est le son d’une voix. Mais avant l’oubli que nous impose l’âge ou la maladie, n’avons-nous pas oublié un peu vite nos convictions premières ? Dans notre jeunesse, nous avons fait de beaux rêves, nous avions une fougue et un enthousiasme inégalés. Je repense à la Prière des chevaliers du Père Jacques Sevin : « Nous avons fait de beaux rêves pour Votre amour dans l'obscurité des journées banales, préparez-nous aux grandes choses par le fidélité aux petites et enseignez-nous que la plus fière épopée est de conquérir notre âme et de devenir des saints. Nous n'avons pas visé moins haut, Seigneur, et nous sommes bien ambitieux, mais heureusement nous sommes faibles et cette grâce, nous l'espérons de Votre miséricorde, nous conservera humbles. » Les journées banales ont-elles tué nos rêves ? Avons-nous gardé la fidélité à nos choix, nos engagements, nos convictions ? Nous qui visions si haut, sous couvert de raison adulte, n’aurions-nous pas drastiquement baissé nos ambitions ? Peut-être que ce psaume de Carême est là pour nous redonner un coup de fouet…


Dernière leçon

Je reprends ici le dernier couplet de La légende du feu du même Jacques Sevin :

Ma leçon, la dernière
Vous dit : Mes enfants,
On ne fait rien sur terre
Qu’en se consumant !

En se consumant d’amour. Non en se laissant consumer par nos regrets (ce que nous avons fait et ne voudrions plus faire) ou nos remords (ce que nous n’avons pas fait et voudrions faire), non en croyant que tout est trop tard. « Il n'est jamais trop tard pour devenir ce que nous aurions pu être » disait Mary-Ann Evans (1819-1880). Il n’est jamais trop tard pour la sainteté, comme nous le prouve Jacques Fesch, « L’assa-saint » ! Il n’est jamais trop tard pour raviver nos souvenirs et leur rendre vigueur. Il n’est jamais trop tard pour trouver la joie dans nos souvenirs passés, comme l’atteste Victor Hugo : « La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste ». Il n’est jamais trop tard pour se consumer d’amour, pour Dieu, pour les autres, et ce, jusqu’à moi-même, comme le dit le psaume (138, 14) : « Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis : étonnantes sont tes oeuvres toute mon âme le sait. ».


Se souvenir, oui, pour mieux avancer. Jeter un regard derrière pour voir le chemin parcouru, oui. Mais faire demi-tour ou s’arrêter, paralysé par les regrets ou les remords, non ! Les souvenirs nous aident à regarder en avant ! Je vous laisse avec ce dernier chant du Père Sevin, Souvenirs qui passent :


Souvenirs qui passent,

Adieu l’école et l’atelier.

Le camp les remplace

Avec ses feux à la veillée.

Ne tourne pas la tête,

Un scout regarde en avant,

Oui, oui, oui,

Un scout regarde en avant !

Dans la pâle aurore,

Nous quittons la ville endormie.

Ils dorment encore,

Nos pas les réveillent à demi.

Aux clartés brûlantes

La halte n’arrive jamais

Si mon copain chante,

Je chante avec lui pour l’aider

Dans le soir qui baisse,

Je pense aux copains prisonniers

J’en fais à ma tête,

Ce soir je suis en liberté.

Dans la nuit profonde

Je marche en rêvant au passé

Mon copain me montre

Par où les anciens son passés.




Benoît XVI. Mercredi 30 novembre 2005

1. En ce premier mercredi de l'Avent, temps liturgique de silence, de veillée et de prière en préparation à Noël, nous méditons sur le Psaume 136, dont le début est devenu célèbre dans sa version latine, Super flumina Babylonis. Le texte évoque la tragédie vécue par le peuple juif lors de la destruction de Jérusalem, qui eut lieu en 586 av. J.-C., et l'exil à Babylone qui en fut la conséquence. Nous nous trouvons face à un chant national de douleur, marqué par une austère nostalgie de ce qui a été perdu.


Cette invocation pleine d'angoisse au Seigneur, afin qu'il libère ses fidèles de l'esclavage de Babylone, exprime bien également les sentiments d'espérance et d'attente du salut avec lesquels nous avons commencé notre chemin de l'Avent.


La première partie du Psaume (cf. vv. 1-4) a pour cadre la terre d'exil, avec ses fleuves et ses canaux, ceux qui irriguaient précisément la plaine babylonienne, lieu où vivaient les déportés juifs. C'est presque l'anticipation symbolique des camps d'extermination vers lesquels le peuple juif - au cours du siècle que nous venons de laisser derrière nous - fut envoyé pour une infâme opération de mort, qui est restée comme une honte indélébile dans l'histoire de l'humanité.


La deuxième partie du Psaume (cf. vv. 5-6) est, en revanche, parcourue par le souvenir plein d'amour pour Sion, la ville perdue mais vivante dans le cœur des exilés.


2. Dans la parole du Psalmiste apparaissent la main, la langue, le palais, la voix, les larmes. La main est indispensable pour le joueur de harpe : mais elle est désormais paralysée (cf. v. 5) par la douleur, également parce que les harpes sont suspendues aux peupliers.


La langue est nécessaire au chanteur, mais à présent, elle est collée au palais (cf. v. 6). En vain les bourreaux babyloniens « demandèrent des cantiques... de la joie » (v. 3). Les « cantiques de Sion » sont des « cantiques de Yahvé » (vv. 3-4), ce ne sont pas des chansons folkloriques pouvant être données en spectacle. Ce n'est que dans la liturgie et dans la liberté d'un peuple qu'elles peuvent s'élever vers le ciel.


3. Dieu, qui est l'arbitre ultime de l'histoire, saura également comprendre et accueillir selon sa justice le cri des victimes, au-delà de la tonalité dure qu'il prend parfois.


Nous souhaitons nous tourner vers saint Augustin pour une méditation supplémentaire sur notre Psaume. Dans celle-ci, le grand Père de l'Église introduit une note surprenante et de grande actualité: il sait que parmi les habitants de Babylone, il y a également des personnes qui s'engagent pour la paix et pour le bien de la communauté, bien que ne partageant pas la foi biblique, c'est-à-dire ne connaissant pas l'espérance de la Ville éternelle à laquelle nous aspirons. Ils portent en eux une étincelle de désir de l'inconnu, du plus grand, du transcendant, d'une véritable rédemption. Et il dit qu'également parmi les persécuteurs, parmi les non-croyants, se trouvent des personnes avec cette étincelle, avec une sorte de foi, d'espérance, pour autant que cela leur soit possible dans les circonstances dans lesquelles ils vivent. Avec cette foi, également dans une réalité non connue, ils sont réellement en marche vers la vraie Jérusalem, vers le Christ. Et avec cette ouverture sur l'espérance pour les Babyloniens aussi - comme Augustin les appelle -, pour ceux qui ne connaissent pas le Christ, ni même Dieu, et qui désirent toutefois l'inconnu, l'éternité, il nous avertit nous aussi de ne pas nous fixer simplement sur les choses matérielles de l'instant présent, mais de persévérer sur le chemin vers Dieu. Ce n'est qu'avec cette espérance plus grande que nous pouvons aussi, de la juste manière, transformer ce monde. Saint Augustin le dit avec ces mots : « Si nous sommes des citoyens de Jérusalem... et que nous devons vivre sur cette terre, dans la confusion du monde présent, dans la Babylone actuelle, où nous ne demeurons pas en citoyens mais où nous sommes tenus prisonniers, il faut que nous ne chantions pas seulement ce qui est dit par le Psaume, mais que nous le vivions: ce qui se fait grâce à une aspiration profonde du cœur, désirant pleinement et religieusement la ville éternelle ».


Et il ajoute, à propos de la « ville terrestre appelée Babylone » : celle-ci « contient des personnes qui, soutenues par l'amour pour elle, s'ingénient à en garantir la paix - la paix temporelle - en ne nourrissant pas dans leur cœur d'autre espérance, plaçant même en cela toute leur joie, sans attendre rien d'autre. Et nous les voyons accomplir tous les efforts pour se rendre utiles à la société terrestre. Or, s'ils œuvrent avec la conscience pure à ces tâches, Dieu ne permettra pas qu'ils périssent avec Babylone, les ayant prédestinés à être des citoyens de Jérusalem: à condition cependant que, vivant à Babylone, ils n'en imitent pas la superbe, le faste caduc et l'arrogance irritante... Il voit leur asservissement et leur montrera cette autre ville, à laquelle ils doivent vraiment aspirer et adresser tous leurs efforts ».


Et nous prions le Seigneur pour qu'en nous tous se réveille ce désir, cette ouverture vers Dieu, et qu'également ceux qui ne connaissent pas le Christ puissent être touchés par son amour, si bien que tous ensemble nous nous rendions en pèlerinage vers la Ville définitive et que la lumière de cette Ville puisse apparaître aussi à notre époque et dans notre monde.



Le psaume revisité par un poète d’Amérique latine

Un jour, exilés au pays des sécheresses,

nous restions assis tout malheureux

en pensant à l'amour du Père.


Nous laissions les gens du voisinage

célébrer leur bonheur.


On nous demandait des chansons,

on insistait pour que nous prenions un air joyeux :

" Chantez avec la famille du Père."


Comment chanter des chants de joie

au milieu de nos épreuves ?


Je ne veux pas fuir ce qui m'arrive,

je ne veux pas oublier le projet du Père.


Ma vie perdrait son sens,

si j'essayais de m'en distraire

plutôt que d'accueillir les dons qu'il m'offre

pour nourrir notre amour.


Père, défends-moi contre le Malin

qui cherche à détruire ta famille en disant :

" Je vais la disloquer de fond en comble."


Tous les mandataires du Malin, promis à l'échec,

vous goûterez aux épreuves que vous distribuez ;

ce que vous produisez sera détruit

comme les vagues qui meurent sur le rocher.

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