top of page

IXème Dimanche du temps ordinaire (A)

Quelle volonté ?




Chapelle noyée dans les eaux aux Philippines




La maison entre les rochers

Castel-Meur (Plougrescant - France)


Évangile selon saint Matthieu (Mt 7, 21-27)

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Ce jour-là, beaucoup me diront : “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons expulsé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?” Alors je leur déclarerai : “Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui commettez le mal !” Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc. Et celui qui entend de moi ces paroles sans les mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a construit sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé, ils sont venus battre cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. »


Petites histoires...

Castel-Meur

Plougrescant est surtout connu pour la carte postale qui a fait le tour du monde et qui représente une petite maison de pierre construite et enchâssée entre deux énormes blocs de granit. Entourée d'un muret de pierre, elle a été construite à quelques mètres d'un gouffre.

Sorte d'image d'Epinal, cette curiosité était devenue la carte de visite d'un village bordant des falaises sauvages où vous trouverez une nature qui, là aussi, a laissé libre cours à sa fantaisie.

Vous ne trouverez plus dans les boutiques de souvenirs de cartes postales représentant cette maison : elles ont toutes disparu.

Castel Meur est le nom de cette maison surprenante. Elle tourne le dos à la mer depuis 1861, année de sa construction, pour se protéger des vents violents qui soufflent lors des tempêtes, fréquentes à cet endroit. Cette demeure minuscule fut érigée à une époque où les permis de bâtir n'existaient pas, où chacun pouvait construire à sa guise et laisser libre cours à sa fantaisie.

Il fallait par ailleurs avoir un amour immodéré pour la mer et ses caprices pour vivre en un tel endroit, surtout en hiver. Son bâtisseur était de cette trempe et vivra ici de nombreuses années, creusant presqu'entièrement de ses mains la lande pour y aménager deux étangs.

Ses héritiers ne l'occuperont qu'épisodiquement, les jours de beau temps. Elle sera une résidence secondaire pendant plusieurs décennies, paraissant même parfois abandonnée car ouverte seulement une fois tous les deux ou trois ans depuis la fin du 20ème siècle. L'occupante actuelle, en effet, petite-fille du premier maître des lieux quittera Tréguier où elle était née, pour aller faire fortune en Amérique. Après avoir cédé son affaire, elle revint s'installer ici en 2004.

Entretemps, les édiles locaux, soucieux de développer la vague déferlante du tourisme côtier, se seront emparés de l'image de Castel Meur pour en faire l'emblème de la Pointe de Plougrescant ...

Elle fera le tour du monde, générant un engouement tel qu'elle n'était plus considérée par le visiteur de passage comme une propriété privée mais comme un site ouvert à toutes les curiosités. La désinvolture ira à son comble un beau jour d'été où un autocar de touristes japonais aura la mauvaise idée de s'arrêter là : ses passagers voulant à tout prix un souvenir original iront jusqu'à grimper sur le toit de la maisonnette afin de s'y faire photographier ! Les dégâts qu'ils auront occasionné pousseront la propriétaire à protéger son bien : elle intentera une action en justice afin de faire valoir sa "propriété à l'image" et, depuis lors, toute représentation commerciale de Castel Meur est désormais interdite ...

Une barrière interdit l'accès au site bien au delà des limites de la propriété mais elle a une autre raison d'être. Construite à l'instigation de la LPO, elle est destinée à éviter le passage des hordes de touristes peu soucieux de l'intégrité des espaces naturels. Un oiseau se faisant rare sur ces côtes y niche à la belle saison, déposant un ou deux oeufs entre les galets : le gravelot. Il n'est pas le seul à devoir être protégé : le site entier menaçait d'être inondé aux grandes marées tant les galets y étaient emportés par des visiteurs indélicats. Jusqu'au milieu du 20ème siècle, ce furent les résidents de la région, plus tard, ce furent les touristes de passage voulant emporter un souvenir ...

Derrière la petite maison, une faille s'est taillée un chemin presque jusqu'au pied du rocher qui la protège. Faisant face aux éléments lorsque les vents soufflent, ses pans de rochers en amplifient le déchaînement au point d'en faire trembler, parfois, les fondations. La nature a placé ici un des jumeaux d'une autre image qui a fait la renommée de Plougrescant : le Gouffre !

Situé à l'autre extrémité de la plage, s'enfonçant un peu plus dans la mer devant un amas chaotique, le "vrai" Gouffre ouvre sa gueule tel un dragon tapis dans les entrailles du granit rose qui caractérise la côte. Surnommé gouffre de la Baie d'Enfer, il est formé d'un enchevêtrement de pans de falaise écroulés il y a bien longtemps. Les jours de tempêtes font vibrer les rochers où le vent et les éléments déchaînés hurlent alors avec une rare intensité la force d'un océan tout proche.

Le panorama qui s'y déroule semble ne plus vouloir s'arrêter à l'horizon d'une côte parsemée de pointes et de rochers rivalisant de sauvagerie.

Ce site remarquable, mais surtout impressionnant par la rudesse du paysage, décuple l'impression d'être en enfer lors des coups de vent. A ce moment, les déferlantes se ruent avec une violence décuplée entre les énormes blocs de granit, soulevant des gerbes d'écume soufflées sur des centaines de mètres !

Certains jours, le déchaînement des éléments prend des proportions extraordinaires, comme en mars 2008 où des vagues gigantesques faillirent emporter Castel Meur. D'une hauteur et d'une violence extrême, elles soulevèrent des tonnes de galets, arrachant également les pierres du muret d'enceinte édifié il y a 150 ans, pour les déposer plus loin, sur près d'un mètre de hauteur !


Lors du calme de l'étale, le site paraît pourtant bien tranquille ...

Article de l’AFP en 2019

Quand Mary Anne San Jose a déménagé à Sitio Pariahan il y a plus de 20 ans, elle se rendait à l'église à pied. Mais aujourd'hui, il lui faudrait nager pour rejoindre l'édifice aux murs incrustés de coquillages.

La cause principale de cet état de fait n'est pourtant pas la montée des eaux consécutive au changement climatique qui menace des millions de personnes dans l'archipel et dans le monde entier.

Le responsable, c'est l'enfoncement graduel dans les entrailles de la terre de cette localité côtière du nord des Philippines, comme d'autres dans la région. Les villages sont inondés par l'eau saumâtre de la Baie de Manille et des milliers de personnes sont déplacées.

Les experts parlent de lente catastrophe, provoquée essentiellement par le pompage abusif des nappes phréatiques - souvent par le biais de puits illégaux - afin d'alimenter des maisons, des usines, des fermes, dans un contexte de boom économique et démographique.

L'ampleur du désastre est bien plus grande que celle représentée par la montée du niveau des océans, avec à la clef d'importants risques encourus par bon nombre des 13 millions d'habitants de la capitale philippine.

Les eaux montantes menacent la population et leurs biens, et la situation est aggravée par les marées hautes et les inondations qui vont de pair avec la vingtaine de tempêtes tropicales et de typhons s'abattant sur l'archipel chaque année.

"C'était si beau ici avant. Les enfants jouaient dans la rue", raconte Mme San Jose à l'AFP. "Maintenant, on a toujours besoin d'un bateau".


- La fuite, seul salut ? -

La plupart des habitants de Sitio Pariahan ont déjà fui.

Il ne reste plus que quelques familles dans ce village doté d'une école élémentaire, d'un terrain de basket et autrefois d'une chapelle, désormais inondée.

Leurs maisons sont installées sur des pilotis en bambou ou sur un tas de terre qui subsiste.

Les enfants mettent 20 minutes en bateau pour se rendre à l'école, à l'intérieur des terres, et les habitants vivent pour la plupart de ce qu'ils pêchent.

Des régions situées au nord de Manille comme les provinces de Pampanga et Bulacan, où se trouve Sitio Pariahan, s'enfoncent dans le sol de quatre à six centimètres par an depuis 2003, selon des observations satellites.

Soit une perte d'environ un mètre en 16 ans, relève Narod Eco, membre d'un groupe de chercheurs qui surveille la situation, auprès de l'AFP.

A titre de comparaison, l'ONU estime que les niveaux moyens de la mer augmentent dans le monde d'environ trois millimètres par an.


- Surélever les routes -

Le phénomène d'enfoncement est probablement permanent car le sol des zones les plus affectées est souvent argileux et l'argile se contracte quand l'eau est extraite des nappes phréatiques.

"C'est un désastre qui se produit déjà, inexorable", se lamente Narod Eco.

Dans certaines zones, les autorités, anticipant le pire, ont surélevé les routes. Ce qui donne lieu à d'étranges tableaux, avec des voies de circulation se retrouvant à hauteur des poignées de portes des immeubles qui bordent les rues.

Ces dernières décennies, au moins 5.000 personnes ont dû fuir ces régions essentiellement rurales du nord de Manille pour échapper aux eaux qui recouvraient l'intérieur des terres, expliquent à l'AFP des responsables de la gestion des catastrophes. De nombreux quartiers limitrophes de la Baie de Manille sont également menacés.

Le problème du pompage des nappes souterraines de cette région est bien connu. Un moratoire sur le forage de nouveaux puits dans la région du grand Manille est en place depuis 2004.

Faire respecter cette interdiction et fermer les puits illégaux existants est toutefois une gageure, en raison du manque de moyens humains: le Conseil national des ressources en eau compte une centaine d'employés censés faire le gendarme dans tout l'archipel.

"Nous n'avons pas assez de ressources humaines", dit à l'AFP Sevillo David, le directeur de ce Conseil. "C'est pour nous un très gros défi et je crois qu'on fait de notre mieux".


- "La tête qui touche le plafond" -

La demande en eau s'est envolée à Manille depuis 1985 car la population y a pratiquement doublé. Dans le même temps, le PIB national a été multiplié par dix. Cette croissance explosive a provoqué une soif extrême, particulièrement dans les industries agricoles et manufacturières du nord de la capitale.

"L'enfoncement (des sols) représente une menace grave pour les gens, pour leur mode de vie et leur culture", prévient Joseph Estadilla, porte-parole d'une alliance qui cherche à protéger les localités côtières de la Baie de Manille.

"La situation ne fera qu'empirer dans un avenir proche."

Manille n'est pas unique dans son genre. Plusieurs autres grandes villes sont menacées par l'effondrement du sol, en particulier en Asie.

Jakarta s'enfonce chaque année de 25 centimètres. Dans la capitale indonésienne, où vivent 10 millions d'habitants à la confluence de 13 cours d'eau, la moitié de la population n'a pas accès au réseau d'alimentation en eau si bien que de nombreux habitants creusent des puits illégaux.

Selon les experts, Bangkok, Houston ou Shanghai risquent l'inondation d'ici quelques dizaines d'années, conséquence d'une mauvaise anticipation des risques, de violentes tempêtes et de marées hautes qui s'ajoutent à l'exploitation de l'eau en sous-sol.

A Sitio Pariahan, les irréductibles font tout pour rester. "Chaque année, on surélève le plancher", dit Mme San Jose. "Aujourd'hui, j'ai la tête qui touche presque le plafond".


La question...

Tout au long du sermon sur la montagne (chapitres 5 à 7 de saint Matthieu), Jésus ne cherche qu’à nous aider à répondre par nous-mêmes, grâce à sa méthode maïeutique, à cette double question :

  • Comment obtenir le Royaume des Cieux ?

  • Et, désirons-nous ce Royaume, avec les efforts, presque contre-naturels, qu’il nous demande ?

En fait, la question était posée dès le début (Mt 5, 20) :

Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.

À un tel point que beaucoup sont appelés, et peu entrerons...

Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. (Mt 22, 14)

En effet, comme le dit le début de l’évangile, il n’est pas simplement question de dire, d’appeler le Seigneur, voire de le prier, pour être sauvé... il faut aussi que nos actes s’accordent à notre parole. Et ce sont ces actes qui expriment la volonté du Père. Mettre en concordance, pour ne pas dire en concomitance nos actes et nos paroles est essentiel.


Les actes ?

Une nouvelle fois, attention... Même si nos actes sont de belle qualité, comme le raconte l’évangile (nous avons prophétisé en ton nom, nous avons chassé les démons en ton nom, et même nous avons fait de nombreux miracles en ton nom - verset 22), cela ne semble pas suffisant ! Puisque Jésus déclare ne pas les connaître, et même les qualifie de « faiseurs d’iniquité » !

Qu’est-ce que l’iniquité ? Un comportement contraire à l’équité, à la justice. Donc, prophétiser, chasser les démons et faire des miracles, même au nom de Dieu, serait contraire à la justice ?! Autant difficile à comprendre qu’à admettre, non ? D’autant plus que Jésus, quelques versets plus tôt, disait qu’on jugeait un arbre à ses fruits (Mt 7, 15-20) :

Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, alors qu’au-dedans ce sont des loups voraces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Va-t-on cueillir du raisin sur des épines, ou des figues sur des chardons ? C’est ainsi que tout arbre bon donne de beaux fruits, et que l’arbre qui pourrit donne des fruits mauvais. Un arbre bon ne peut pas donner des fruits mauvais, ni un arbre qui pourrit donner de beaux fruits. Tout arbre qui ne donne pas de beaux fruits est coupé et jeté au feu. Donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.

C’est à ni rien comprendre !!! En fait, la question est d’agir, non pas simplement au nom du Seigneur, ce qui en soi est déjà bien, mais surtout en conformité avec la volonté du Père. Là est la clef !


La volonté du Père

Jésus ne nous en a-t-il pas donné l’exemple ? Non pas simplement en son nom, dans sa volonté, dans notre volonté, mais dans la volonté du Père, fut-elle différente de ce que nous attendions et désirerions (Mt 26, 39) :

Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. »

Et même, l’unique prière qu’il nous apprend ne fait pas référence à sa volonté, mais à celle de son Père (Mt 6, 9-10) :

Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Alors, comment savoir, comprendre, intégrer dans nos vies cette volonté du Père. Et ici, il faut bien distinguer les actes et les paroles. Même pour Jésus. Se conformer à la volonté du Père ne veut pas dire faire les mêmes actes que Jésus. D’abord, en serions-nous capables. Personnellement je n’ai jamais guéri physiquement personne, ni même marché sur les eaux ou multiplié pains et poissons ! Je l’ai déjà dit, la grande erreur tient en ce sens à une mauvaise compréhension du titre d’un petit livre qui eut un énorme succès : L’imitation de Jésus-Christ (attribué à Thomas A Kempis, vers 1400). En effet, il ne s’agit pas d’imiter le Christ, comment le pourrions-nous. Jusqu’à nouvel ordre, nous ne partageons pas sa nature divine... Mais on peut devenir Jésus-Christ ! J’en veux pour preuve un livre et une prière : La vie d’identification au Christ-Jésus, du Père Paul de Jaegher, jésuite, édité en 1927. Il nous explique que plutôt que d’imiter Jésus, il serait bon que nous laissions le Christ prendre notre place dans la vie. Ce que Élisabeth de la Trinité traduira par ces mots dans sa célèbre prière :

O Feu consumant, Esprit d’amour, survenez en moi afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe; que je Lui sois une humanité de surcroît, en laquelle il renouvelle tout son mystère.

Et donc, ce sont aux paroles qu’il faut nous référer, et non aux actes de Jésus. Car Jésus, même s’il fait la volonté du Père, ne nous invite pas à l’imiter. Par contre, puisqu’il est le Logos, la Parole de Dieu, il nous invite plutôt à mettre en pratique sa Parole. Et plus particulièrement le sermon sur la montagne que l’on considère comme son « programme » pour nous. Faire la volonté du Père, c’est mettre en œuvre, par les actes de nos vies, chacune des paroles du sermon sur la montagne.


Un petit résumé

Regardons en détail les différents « chapitres » de ce sermon :

  • Mt 5, 3-12 : les Béatitudes, texte clé ! L’attitude du cœur.

  • Mi 5, 13-16 : le sel de la terre et la lumière du monde. La conviction.

  • Mt 5, 17-20 : l’accomplissement de la Loi. Rendre sens.

  • Mt 5, 21-26 : offenses et réconciliation. Face aux autres.

  • Mt 5, 33-37 : les serments. Être droit !

  • Mt 5, 38-42 : la loi du talion. Pas de limite à l’amour.

  • Mt 5, 43-48 : l’amour des ennemis. Transformer notre cœur.

  • Mt 6, 1-4 : l’aumône. Voilà un acte clair.

  • Mt 6, 5-8 : la prière intime. Pas d’hypocrisie.

  • Mt 6, 9-15 : le Pater. La prière par excellence !

  • Mt 6, 16-18 : le jeûne. Encore un acte clair.

  • Mt 6, 19-21 : le trésor dans le ciel. Là où est ton trésor...

  • Mt 6, 22-23 : la lampe du corps. Notre regard.

  • Mt 6, 24 : Dieu ou l’argent. Tout est dit !

  • Mt 6, 25-34 : confiance en Dieu pour nos besoins temporels. D’abord le Royaume.

  • Mt 7, 1-5 : la paille et le poutre. Un peu de lucidité.

  • Mt 7, 6 : la perle aux pourceaux. Un trésor à ne pas gaspiller.

  • Mt 7, 1-11 : frappez et l’on vous ouvrira. Courage !

  • Mt 7, 12 : la loi d’or. Positivons...

  • Mt 7, 13-14 : la porte étroite. Le chemin est difficile.

  • Mt 7, 15-20 : l’arbre jugé à ses fruits. Attention aux faux prophètes.

  • Mt 7, 21-23 : les paroles et les actes. Nous y sommes !

  • Mt 7, 24-27 : Bâtir sur le roc. La clé conclusive.

Les actes et les paroles ?

En fait, notre texte aujourd’hui est la conclusion des trois chapitres qui précèdent. Vous voulez faire la volonté de mon Père ? Écoutez toutes ces paroles que je viens de vous délivrez. Ne faites pas que les entendre ; écoutez-les. Laissez-les raisonner dans votre cœur. Et alors, elles vous pousseront aux actes justes. Des actes qui seront véritablement ce que le Père attend de vous.

Puissions-nous être touchés comme ceux qui l’écoutaient (Mt 7, 28-29) :

Lorsque Jésus eut terminé ce discours, les foules restèrent frappées de son enseignement, car il les enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes.

Bâtir...

Ainsi, bâtir, qui est un acte par excellence, devient la mise en œuvre de la Parole du Père sonnée par le Fils. Le roc n’est rien d’autre que de bâtir sa vie sur tout le sermon sur la montagne. Là est le roc. Le sable, ce serait, même emplie de bonne volonté, de bâtir nos actes uniquement sur ce que nous imaginons juste, sans référence au programme que Jésus nous a donné. Alors, nous serions compris comme des gens iniques, qui n’écoutent pas la bonne Parole. Rappelons-nous la parabole du grain semé si nous voulons porter du fruit (Mt 13, 3-23) :

Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai. Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. (Versets 13-17)

Extrait de l’homélie XXIV sur Matthieu de saint Jean Chrysostome

1. Pourquoi Jésus-Christ n’a-t-il pas dit : Celui qui fait ma Volonté ? Parce qu’il fallait d’abord se contenter de faire admettre la volonté du Père. C’était déjà même beaucoup, vu la faiblesse des hommes. Au reste, qui dit la volonté du Père dit la volonté du Fils, puisque la volonté du Fils n’est jamais différente de celle du Père. Il me semble que Jésus-Christ attaque ici particulièrement les Juifs, qui mettaient toute leur religion dans la spéculation et dans la doctrine, sans se mettre en peine de purifier leurs moeurs. C’est pourquoi saint Paul leur fait ce reproche: « Vous portez le nom de juif, vous vous reposez sur la loi; vous vous glorifiez des faveurs que Dieu vous a faites, vous connaissez sa volonté. »(Rom. II, 17.) Mais cette connaissance de la volonté de Dieu ne vous sert de rien, si vous n’y joignez la pratique des bonnes oeuvres, et le règlement de votre vie. Jésus-Christ ne s’arrête pas là, et il dit quelque chose de plus fort.

« Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en votre nom? n’avons-nous pas chassé les démons en votre nom? et n’avons-nous pas fait plusieurs miracles en votre nom (22) ? Non-seulement, dit-il, celui qui ayant la foi néglige les moeurs, sera chassé du royaume : mais quand même un homme, avec une telle foi, ferait de grands miracles, si en même temps sa vie n’est pure, il sera exclu du ciel. « Car plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas e prophétisé en votre nom ? » Remarquez qu’il commence, quoique d’une manière couverte, à parler en Dieu, et qu’après avoir achevé ce long discours, il déclare enfin qu’il est juge. Il avait déjà montré que les pécheurs seraient infailliblement punis; mais il fait voir ici quel serait Celui qui les punirait. Il ne dit pas néanmoins absolument: C’est moi, mais « plusieurs en ce jour-là me diront: Seigneur, Seigneur, » ce qui est en effet la même chose. Car s’il n’était pas le juge, comment leur dirait-il : « Et alors je leur dirai hautement je ne vous ai jamais connus : retirez-vous de moi? » « Je ne vous ai jamais connus, » non seulement à ce moment que je vous juge, mais lors même que vous faisiez des miracles, C’est pourquoi il disait à ses disciples: « Ne vous réjouissez pas de ce que les démons «vous sont assujettis ; mais de ce que vos noms sont écrits dans le ciel. » (Luc, X, 20.) Et il ne les exhorte partout qu’à régler leurs moeurs. Car lorsqu’un homme vit bien et dans l’éloignement du vice, il est impossible qu’il soit rejeté de Dieu. Quand même il serait dans quelque erreur, Dieu lui fera bientôt connaître sa vérité.

Quelques-uns croient que ceux qui diront alors à Jésus-Christ : « Qu’ils auront fait plusieurs miracles en son nom, » le diront faussement, et qu’ils mentiront, et que c’est (202) pour ce mensonge même que le Sauveur les condamnera. Mais ce sens n’est point vrai, il est entièrement contraire à ce que Jésus-Christ veut prouver en cet endroit. Car son dessein est de faire voir que la foi n’est rien sans les oeuvres. Enchérissant donc sur ce qu’il vient de dire, il ajoute les miracles à la foi, et il déclare que la foi avec tout l’éclat de ces miracles, serait encore inutile, si elle n’était soutenue par la piété et par la vertu. Si donc ces personnes n’avaient fait de véritables miracles, comment le raisonnement de Jésus-Christ subsisterait-il? Est-il croyable d’ailleurs qu’ils eussent assez de hardiesse pour mentir devant un Juge si redoutable?

De plus la manière dont il parle à Jésus-Christ, et dont il leur répond , fait voir qu’ils avaient fait véritablement ces miracles. Car, surpris de trouver dans l’autre vie toute autre chose que ce qu’ils avaient attendu, et, au lieu qu’ils étaient ici admirés de tout le monde, se voyant condamnés par le juste Juge, ils s’écrient avec étonnement : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en votre nom? » Comment donc nous rejetez-vous maintenant? comment l’arrêt que vous prononcez contre nous est-il si contraire à nos espérances et à nos pensées? Mais si ces personnes s’étonnent de se voir punies après avoir fait des miracles, pour vous, mes frères, ne vous en étonnez pas .Toutes les grâces viennent de Dieu et de la bonté de Celui qui les donne. Ceux-ci en avaient été favorisés, sans y avoir en rien contribué de leur part. Il est donc bien juste qu’ils en soient punis alors, puisqu’ils auront été si ingrats envers Celui qui les avait honorés de tant de grâces, lorsqu’ils en étaient si indignes.

« Et alors je leur dirai hautement : Je ne vous ai jamais connus; retirez-vous de moi vous tous qui vivez dans l’iniquité (23) .» Vous me direz peut-être : Comment des hommes qui vivaient si mat pouvaient-ils faire des miracles? Quelques-uns répondent qu’ils ne vivaient pas mal lorsqu’ils faisaient des miracles, et qu’ils se sont corrompus ensuite, et sont tombés dans l’iniquité. Mais si cela était vrai, le raisonnement de Jésus-Christ ne subsisterait pas encore. Car son but est de montrer que ni la foi, ni les miracles ne sont rien sans la bonne vie, comme saint Paul disait: «Quand j’aurais une foi à transporter les montagnes: quand je pénétrerais tous les mystères, et que j’aurais une pleine connaissance des choses divines; si je n’ai point la charité, je ne suis rien. » (I Cor. XIII, 2.) Vous me demandez quelles sont donc ces personnes. Il y en a plusieurs. (Marc, VI, 43.) Plusieurs de ceux qui croyaient en Jésus-Christ avaient reçu ce don de faire des miracles, comme celui dont il est parlé dans l’Evangile, qui chassait les démons, et qui, néanmoins, ne suivait pas Jésus-Christ; ou comme Judas, qui ne laissa pas, quelque corrompu qu’il fût dans l’âme, de recevoir, comme les autres apôtres, la puissance de faire des miracles,

2. On voit aussi dans l’Ancien Testament que des personnes indignes ont souvent reçu ces grâces pour le bien des autres. Et la raison de cette conduite de Dieu, mes frères, c’est que tous alors n’étaient pas parfaits en tout. Les uns excellaient par la pureté de leur vie, mais ils n’avaient pas une foi si vive; les autres au contraire, étaient fermes dans la foi, mais ils étaient faibles dans la vertu. Jésus-Christ donc voulait exhorter les uns par les autres. Il voulait que ceux qui avaient plus de vertu et moins de foi, en voyant faire aux autres de si grands miracles, et que ceux qui les faisaient et avaient beaucoup de foi, fussent excités par ce don ineffable, à rendre leur vie plus pure et plus sainte. C’est pour cette raison qu’il leur communiquait si libéralement un si grand don : « Nous avons, » disent-ils eux-mêmes, « fait beaucoup de miracles: mais je leur dirai hautement: Je ne vous ai jamais connus. » Ils croient maintenant être mes amis; mais ils reconnaîtront alors que ces grâces que je leur donnais n’étaient pas un effet de mon amour.

Et vous vous étonnez, mes frères, que Jésus-Christ ait communiqué ces dons à des personnes qui croyaient en lui, mais dont la vie ne répondait pas à leur foi, lorsqu’il se trouve qu’il les a faits même à ceux qui n’avaient ni l’un ni l’autre? Car Balaam n’avait ni la foi ni la pureté de la vie, et, néanmoins, il reçut ce don pour l’édification des autres. Pharaon, du temps de Joseph, n’avait aussi ni l’un ni l’autre, et néanmoins Dieu par des songes lui découvrit l’avenir. Nabuchodonosor était très-méchant , et Dieu lui fit savoir aussi ce qui devait arriver longtemps après. Dieu fit encore la même faveur au fils de ce roi, quoiqu’il fût plus méchant que son père, et lui découvrit plusieurs choses, pour exécuter les grands desseins de sa providence et de sa justice. (203)

Lorsque la prédication de l’Evangile ne faisait alors que commencer, comme il fallait beaucoup de miracles pour l’appuyer, Dieu faisait ces grâces à des hommes qui en étaient très indignes. Mais elles ne leur ont servi qu’à les rendre plus criminels, et à les faire encore punir davantage. C’est pourquoi il leur dit cette parole redoutable : « Je ne vous ai jamais connus. » Car il y a bien des personnes qu’il hait même dès cette vie, et qu’il a en horreur avant même qu’il les juge. Tremblons donc, mes chers frères! et veillons avec soin sur notre vie, et ne nous croyons pas moins heureux, parce que nous ne faisons point de miracles. Comme ils ne nous serviront de rien alors si nous avons mal vécu; si nous vivons bien au contraire, nous ne serons pas moins récompensés de Dieu pour n’en avoir pas fait. Nous ne sommes point redevables à Dieu pour n’avoir point fait d’actions extraordinaires et miraculeuses: mais Dieu lui-même sera notre débiteur pour les bonnes actions que nous aurons faites.

Après donc que Jésus-Christ a complété son enseignement sur la morale, qu’il a parlé de la vertu en descendant aux plus petits détails, et qu’il a fait voir que les hypocrites contrefont la vertu en diverses manières, les uns en priant et jeûnant par vanité; les autres en n’ayant que l’apparence- et la peau de brebis; les autres, qu’il appelle « chiens » et « pourceaux, » en ruinant autant qu’ils peuvent la vérité; pour montrer ensuite quel avantage nous retirons dès ce monde de la bonne vie, et quel désavantage nous recevons de la mauvaise, il ajoute: « Ainsi quiconque entend ces paroles que je vous dis, et les pratique, est semblable à un homme sage, qui a bâti sa maison sur la pierre. » Ceux qui ne pratiquent pas mes instructions né laisseront pas, quand ils feraient des miracles, de tomber dans le malheur que vous venez d’entendre; mais ceux qui les pratiqueront jouiront des biens que je leur ai promis, non seulement en l’autre monde, mais encore en celui-ci: «Quiconque, » dit-il, « entend ces paroles que je vous dis, et les pratique, est semblable à un homme sage. » Considérez cette admirable sagesse avec laquelle il tempère et diversifie son discours. Tantôt il se découvre en disant: « Tous ceux qui me diront: Seigneur, Seigneur, » etc. Tantôt il se cache en disant «Celui qui fera la volonté de mon Père, » Puis il fait voir qu’il est le souverain Juge en disant : « Je leur dirai hautement alors: Je ne « vous connais pas. » Et il déclare encore par ces dernières paroles qu’il a une souveraine puissance sur toutes choses : « Celui qui entend ces paroles que je dis. » Comme il ne leur avait encore promis que des biens futurs, leur faisant espérer un royaume éternel, une récompense infinie, et des consolations ineffables, il veut leur montrer encore ce qu’ils doivent attendre dès cette vie, et quel avantage ils y peuvent retirer de leur vertu. Quel est donc l’avantage de la vertu? C’est de vivre dans la sécurité et sans rien craindre; de ne pouvoir être abattu par tous les maux de cette vie, et de s’élever au-dessus de tous les événements fâcheux qui s’y peuvent rencontrer. Que peut-on trouver qui égale ce bonheur? Les rois même, avec tout l’éclat de leur couronne, ne peuvent se le procurer. Il est uniquement réservé au juste. Lui seul lé possède surabondamment, et seul il jouit, dans ce flux et reflux perpétuel des affaires du monde présent, d’un calme, inaltérable. Car c’est ce qu’on ne peut assez admirer, qu’au milieu des tempêtes il conserve le calme dans son coeur, et qu’il jouisse d’une paix profonde parmi les troubles et les agitations de cette vie.

« La pluie est tombée, les fleuves se sont débordés, les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, et elle n’est point tombée parce qu’elle était fondée sur la pierre (25). » Jésus-Christ, par ces mots de « vents, » de « fleuves » et de « pluie, » marque ici les maux et les afflictions de ce monde, comme les calomnies et les médisances, les pièges qu’on tend aux bons, la douleur, la perte de nos proches, les insultes des étrangers, et les autres maux semblables, et il assure que l’âme du juste ne cède à aucune de ces épreuves, parce qu’elle est fondée sur la « pierre, » entendant par cette « pierre » la fermeté et l’immobilité de sa parole. Car ses préceptes sont plus inébranlables qu’un rocher. Ils élèvent ceux qui les gardent au-dessus de tous les flots de ce monde. Celui qui leur obéit avec une fidélité inviolable demeurera inaccessible, non seulement à toutes les attaques des hommes, mais encore à tous les pièges des démons.

3. Et pour vous faire voir qu’il y a dans ces paroles tout autre chose qu’une déclaration pompeuse et vaine, je n’ai qu’à vous citer (204) l’exemple du bienheureux Job, qui reçut dans sa chair tous les coups dont le démon le voulut frapper, sans que son âme en reçût aucune atteinte. Considérez aussi les apôtres qui, assaillis par les flots déchaînés de toutes les colères de ce monde, par les tyrans et les nations barbares, par les Juifs et les Gentils, par leurs proches et par les étrangers, enfin par le démon même, qui épuisa contre eux tout ce que sa rage et son adresse peut inventer, furent toujours fermes parmi ces tempêtes comme les rochers au milieu de la mer, et non seulement ne cédèrent point à tous ces assauts, mais en demeurèrent victorieux.

Qu’y a-t-il de plus heureux que cet état? Ni les richesses, ni la puissance, ni la gloire, ni la force du corps, ni les autres avantages de cette nature, ne peuvent établir l’homme dans cette fermeté intérieure. La vertu seule peut le faire. C’est elle seule qui peut mettre l’homme dans cet état heureux, qui le rend libre et exempt de tous les maux. Je vous prends à témoin de la vérité de mes paroles, vous qui savez combien la cour des princes est pleine de pièges et de périls, vous qui savez combien les maisons des grands et des riches sont remplies de tumultes, d’intrigues et de brouilleries. Les apôtres n’ont rien éprouvé de semblable.

Mais les apôtres, me direz-vous, n’ont-ils point été agités durant leur vie? N’ont-ils pas souffert de grands travaux? Voilà précisément ce qu’on ne peut assez admirer, qu’ayant passé leur vie dans une si grande agitation, ils aient pu conserver une paix profonde au milieu de ces tempêtes; que ces flots soient venus se briser contre eux sans altérer la joie de leur coeur; qu’ils ne se soient jamais laissé abattre, et qu’entrant nus dans la carrière, ils aient surmonté tous leurs ennemis. Si vous voulez suivre leur exemple, vous vous rirez de même de tous les maux de cette vie; si vous savez vous revêtir de ces conseils comme d’une puissante armure, vous pouvez braver tous les traits de la douleur.

Car quel mal pourra vous faire celui qui vous dresse des pièges pour vous perdre? Vous ravira-t-il votre bien? Mais vous êtes obligé, même avant qu’il vous le ravisse, de le mépriser de telle sorte, qu’il ne vous est pas même permis d’en demander à Dieu dans vos prières. Vous mettra-t-il en prison? Mais Jésus-Christ vous commande, avant même la prison, de vivre comme si vous étiez crucifié au monde. Vous noircira-t-il par ses médisances? Mais Jésus-Christ vous délivre encore de toute appréhension à ce sujet, lui qui vous promet qu’après avoir enduré ces calomnies sans beaucoup de peine, vous en recevrez une grande récompense; lui qui veut que, harcelés par les langues menteuses, vous restiez néanmoins exempts de colère et d’indignation jusqu’à prier pour vos ennemis. Que fera-t-il donc? vous persécutera-t-il cruellement? vous fera-t-il souffrir mille maux? Mais ces persécutions ne feront qu’augmenter l’éclat de votre couronne. Vous tourmentera-t-il dans votre corps? ira-t-il jusqu’à vous tuer, vous égorger? C’est le plus grand bien qu’il puisse vous faire, puisqu’il vous procurera la couronne des martyrs. Son crime hâtera votre bonheur, et sa fureur sera comme un vent favorable qui vous fera plus tôt arriver au port, et ne servira qu’à vous donner confiance en ce jour où tous les hommes rendront compte de leurs actions devant Celui qui doit les juger. Ainsi ceux qui attaquent les justes, bien loin de leur nuire, ne servent qu’à les rendre plus illustres. Tant il est vrai que rien n’est égal à la vie vertueuse, qui peut seule établir les hommes dans un état si heureux !

Comme Jésus-Christ avait dit que « sa voie » était « étroite, » il veut consoler ceux qui y marchent, en montrant que si elle est étroite, elle est sûre et même agréable; comme au contraire celle qui lui est opposée est, quoique large et spacieuse, remplie de pièges et de travaux. Comme il a montré les avantages que l’on reçoit de la vertu même en ce monde, il fait voir aussi les maux qui accompagnent l’iniquité. Partout, je répète ici ce que j’ai déjà dit souvent, Jésus-Christ porte les hommes au soin de leur salut, par l’amour qu’il leur inspire pour la vertu et par l’aversion qu’il leur donne pour le vice. Et parce qu’il prévoyait qu’il y aurait des hommes qui admireraient ses paroles sans les pratiquer, il veut les effrayer ici par avance en leur disant que quelque saints que soient ses discours, il ne suffit pas de les entendre, mais qu’il faut encore les mettre en pratique par les bonnes oeuvres, puisque c’est en cela que consiste toute la vertu. C’est par là qu’il termine son discours, laissant dans les coeurs une salutaire et vite impression de crainte. De même qu’il venait d’exciter à la vertu, non-seulement par la (205) promesse des récompenses à venir et de ces consolations ineffables dont nous jouirons dans le ciel, mais encore par des avantages présents, comme par cette fermeté solide et cette constance inébranlable dont il a parlé; de même encore il détourne du vice non seulement par les supplices futurs, en disant « que le mauvais arbre sera coupé et jeté au feu; » et par ces paroles redoutables: « Je ne vous connais pas ; » mais encore par les malheurs présents qu’il exprime par cette ruine et ce renversement d’une maison. Ces comparaisons dont il se sert donnent à sa parole une grande puissance d’expression. Son discours n’aurait jamais eu tant de force s’il avait dit simplement que le juste sera ferme et inébranlable et que l’injuste sera ruiné, que lorsqu’il exprime ces mêmes vérités par les termes figurés de «pierre, de sable, de maisons, de fleuves, de vents et de pluie. Mais quiconque entend ces paroles que je vous dis et ne les pratique point, est semblable à un insensé qui a bâti sa maison sur le sable (26). » « La pluie est tombée, les fleuves se sont débordés, les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, et elle est tombée, et la ruine en a été grande (27). »

C’est avec grande raison, mes frères, que Jésus-Christ appelle « insensé, » cet homme qui bâtit sur le sable. Car quelle plus grande folie que d’avoir toute la peine d’un bâtiment, pour ne retirer ensuite aucun fruit de ses travaux, loin de là, pour n’y trouver que son supplice I On sait assez ce que souffrent ceux qui s’abandonnent au péché. Combien un calomniateur, combien un adultère et combien un voleur souffre-t-il pour réussir dans ses détestables entreprises? Cependant tous ces travaux, au lieu de leur être utiles, ne leur causent que des maux. C’est ce que saint Paul donne à entendre lorsqu’il dit : «Celui qui sème dans sa chair, recueillera de sa chair la corruption et la mort (Gal. VI, 8). » A celui-là ressemblent bien ceux qui bâtissent sur le sable; c’est-à-dire sur la fornication, sur la luxure et la débauche, sur la colère et sur les autres crimes semblables.


Homélie de Philoxène de Mabboug (+ 523), Homélie 1, 4-8; version remaniée de SC 44, 27-31

Tout homme qui écoute ce que je dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s'est abattue sur cette maison; la maison ne s'est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc (Mt 7,24-25).

Il faut donc, selon ce que dit notre Maître, que nous nous appliquions non seulement à écouter la parole de Dieu, mais encore à nous y conformer. <> L'écoute de la loi est une bonne chose, car elle nous incite aux actions vertueuses. Nous avons raison de lire et de méditer les Écritures, car c'est ainsi que nous purifions l'intime de notre âme des pensées mauvaises.

Mais lire, écouter et méditer assidûment la parole de Dieu sans la mettre en pratique, est une faute que l'Esprit de Dieu a condamnée à l'avance. <> Il a même interdit à celui qui se trouve dans de telles dispositions de prendre le livre saint dans ses mains impures. Mais à l'impie, Dieu déclare: "Qu'as-tu à réciter mes lois, à garder mon alliance à la bouche, toi qui n'aimes pas les reproches et rejettes loin de toi mes paroles?" (Ps 49,16-17). <>

Celui qui lit assidûment les Écritures sans les mettre en pratique, trouve son accusation dans sa lecture; il mérite une condamnation d'autant plus grave qu'il méprise et dédaigne chaque jour ce qu'il entend chaque jour. Il est comme un mort, un cadavre sans âme. Des milliers de trompettes et de cors peuvent bien sonner aux oreilles d'un mort, il ne les entendra pas. De même, l'âme qui est morte dans le péché, le coeur qui a perdu le souvenir de Dieu, n'entend pas le son ni les cris des paroles divines, et la trompette de la parole spirituelle ne l'impressionne pas: cette âme est plongée dans le sommeil de la mort et le trouve agréable. <>

Il faut donc que le disciple de Dieu porte ancré dans son âme le souvenir de son Maître, Jésus Christ, et qu'il pense à lui jour et nuit. Il lui faut apprendre par où il commencera, comment et où il construira les pièces de son bâtiment et comment il l'achèvera. C'est ainsi qu'il évitera d'être ridiculisé par tous les passants, comme notre Seigneur l'a dit de celui qui a commencé à bâtir une tour et n'a pas pu l'achever. <>

Selon la parole de Paul, les fondations sont déjà posées: ces fondations, c'est Jésus Christ, notre Dieu. <> Si sur ces fondations on bâtit avec de l'or, de l'argent ou de la belle pierre, avec du bois, de la terre ou du chaume, le travail de chacun sera mis en pleine lumière, car le feu le fera connaître, et permettra d'apprécier la qualité du travail de chacun (cf. 1Co 3,12-13).

Ce sont les vertus et les beautés de la justice que Paul a comparées à l'or, à l'argent et à la belle pierre: la foi est comme l'or; la tempérance, le jeûne, la sobriété et les autres bonnes actions sont comme l'argent; l'amour, la paix, l'espérance, les pensées pures et saintes, sont comme les belles pierres, ainsi que l'intelligence spirituelle qui contemple Dieu et la grandeur de son être, et garde le silence, en tremblant devant les mystères divins que nul ne peut comprendre ni exprimer.


Prière

Seigneur, oserons-nous encore t'appeler ainsi, après ce que tu nous dis de tes exigences et ce que nous savons de nos infidélités? N'écoute que ta tendresse; exauce ceux qui te supplient et rends leur vie conforme à ce que leurs lèvres proclament. Toi qui règnes.

bottom of page