top of page

IXe Dimanche du Temps Ordinaire (B)

Maître du sabbat




Les épis arrachés le jour du sabbat

Anonyme

Psalterium Cantuariense, folio 3v, Latin 8846

1176-1200, Enluminure sur vélin,

Bibliothèque Nationale de France, département des Manuscrits, Paris (France)


Évangile de Jésus-Christ selon Saint Marc (Mc 2, 23-28)

Un jour de sabbat, Jésus marchait à travers les champs de blé ; et ses disciples, chemin faisant, se mirent à arracher des épis. Les pharisiens lui disaient : « Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat ! Cela n’est pas permis. » Et Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu ce que fit David, lorsqu’il fut dans le besoin et qu’il eut faim, lui-même et ceux qui l’accompagnaient ? Au temps du grand prêtre Abiatar, il entra dans la maison de Dieu et mangea les pains de l’offrande que nul n’a le droit de manger, sinon les prêtres, et il en donna aussi à ceux qui l’accompagnaient. » Il leur disait encore : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat. Voilà pourquoi le Fils de l’homme est maître, même du sabbat. »


Le manuscrit


Notice de la Bibliothèque Nationale de France


Copié à Christ Church de Canterbury sur le Psautier d'Eadwine ; cf. infra. — Écriture de différents modules : celui employé pour la version gallicane est trois fois plus gros que celui employé pour les gloses marginales, celui des autres versions et des collectes deux fois plus gros que celui des mêmes gloses.


La décoration a été commencée vers 1200 à Canterbury ; ont alors été exécutées les 8 peintures à pleine page (f. 1r-4v) et les 47 peintures placées en tête des Ps 1-39, 42-44, 48, 50-52 (f. 6r-70r, passim, 75r, 76r, 78v, 84r, 88v, 90v et 92r) ; ces peintures sont probablement dues à un seul maître, qui a suivi le programme iconographique du Psautier d'Utrecht et du Psautier d'Eadwine ; son style présente des similitudes avec celui de l'artiste du ms. d'Oxford, Bodleian Library, Auct. E. inf. 2 et BnF, ms. Latin 10433 ; cf. Avril et Stirnemann, op. cit., n° 76 ; Dodwell, art. cit., 30-53. — Les initiales des f. 1-92, peintes et or et ornées à la plume, placées au début de chaque version des Ps. 1-52 et des collectes, datent de la même époque ; celles de la version gallicane, plus grandes, sont parfois historiées (f. 10r, 11v, 14v, 20r, 40v) ou zoomorphes (f. 19r, 43v, 46v).


La décoration a été complétée au XIVe s. en Catalogne, où ont été alors exécutées 52 peintures placées en tête des Ps. 40-41, 45-47, 49, 53-98 (f. 72v, 73v, 80v, 81v, 82v, 86v et 93-174, passim) ; l'atelier d'artistes catalans a été rapproché par M. Meiss du Maître de San Marco, actif à Barcelone vers le milieu du XIVe s. ; cf. notice d'A. Saulnier, dans Avril et al., op. cit., n° 108. — Aux f. 93-174, ont été alors exécutées les initiales peintes et or à décor, placées au début des trois versions des Ps. 53-98 et des collectes ; les initiales de la version gallicane, plus grandes, comptent 30 initiales historiées.


Ce que je vois

Concentrons-nous, afin d’éviter de nous disperser (!), sur l’image en bas à gauche du feuillet, illustrant l’évangile de ce jour : les épis arrachés. Notons d’abord que cette périscope évangélique est rarement représentée. Sur ce superbe feuillet du manuscrit, aux couleurs vives, accentuées par le fond doré, diverses scènes viennent illustrer les psaumes écrits sur les pages suivantes. Il serait intéressant de travailler le rapport des illustrations avec les textes, ainsi que le rapport, sur une même page des diverses vignettes. Mais ce n’est pas ici l’objet de notre étude.


Le regard est d’abord attiré par cette bande blanche : ce sont les épis de blés murs. Un peu plus bas, une bande verte. Certainement de l’herbe avec quelques tiges florales. Et encore en-dessous, des fleurs qui ressemblent à du coton multicolore.


Au centre, on reconnaît de suite Jésus auréolé de son nimbe crucifère. Il porte une tunique blanche bordée d’une bande bleue, et un manteau rose. Il tient dans les mains un pain, rappel des pains d’offrande du prêtre Abiatar. Devant lui, trois hommes lui barrent la route. Ce sont les pharisiens. Celui au premier plan, barbu et âgé, paraît retirer des mains de Jésus un autre pain qu’il conserve jalousement. Derrière le Christ, quatre apôtres échangent entre eux (la position des mains est caractéristique d’une argumentation (cf. Le langage de l’image au Moyen-âge de François Garnier, éditions du Léopard d’or). Un des quatre, vêtu d’un manteau bleu roi arrache des épis de sa main droite.


L’image nous montre bien cette opposition de l’évangile entre la loi à appliquer et les circonstances de son application. Et c’est le Christ qui fait le lien entre les deux groupes. Mais pas n’importe quel Christ, un Christ eucharistie ! C’est ce pain vivant descendu du ciel qui nous donnera l’Esprit qui permet de savoir ce que nous devons faire et dire (Jn 14, 26) :

Mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.

Le sabbat

L’observance du sabbat sera un continuel combat entre les divers groupes juifs : entre ceux qui veulent un respect complet, de peur de ne pas être sauvé, et ceux qui veulent l’adapter, au risque de ne plus être attentif au moindre iota... Mt 5, 18 :

Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.

Il est vrai que les rabbins avaient quelque peu développés les consignes déjà présentes dans la Torah. À un tel point que même les animaux se devaient de respecter les diverses observances : il était interdit aux poules de pondre ce jour-là ! Et même de gober un œuf pondu un jour de sabbat. Toutes ces règles se trouvent dans la tradition orale, la Mishnah, qui sera mise par écrit au IIIème siècle de notre ère.


N’oublions pas que la Torah est sujette à interprétation. C’est pourquoi s’établirent un certain nombre de principes, encore utilisés aujourd’hui et que l’on appelle « les treize mesures d’interprétation de la Torah par Rabbi Yshmael ». Je vous les donne pour information !

  1. Kal vahomer : Le cas léger-Kal tiré du cas lourd-Homer. C’est l’équivalent du principe scolastique d’a fortiori (à plus forte raison). Il déduit une loi non connue dans une situation importante, à partir d’un principe énoncé dans une situation de moindre importance.

  2. Sentence commune : Gzéra Shava. Ce principe déduit de la présence de deux termes similaires en deux endroits distincts du texte biblique que les règles appliquées dans le premier verset peuvent être applicables dans l’autre.

  3. Construction d’après un principe (Av) père et d’un verset ou deux. Les applications déductibles du principe (Av) énoncé dans un ou deux versets congruents sont étendues par cette règle à un champ de situations similaires.

  4. Klal et Prat : Général et Particulier. Lorsqu’une affirmation générale-Klal est suivie d’une affirmation particulière-Prat, celle-ci restreint la règle à première vue générale-Klal à ce cas spécifique-Prat.

  5. Prat et Klal : Particulier et Général. Lorsqu’un cas particulier-Prat est suivi d’une affirmation générale-Klal, la règle généralise le principe énoncé dans le cas.

  6. Klal et Prat et Klal : Général et Particulier et Général. Dans les versets où un cas particulier-Prat est précédé et suivi de règles générales-Klal, les rabbins recherchent le principe sous-jacent au cas particulier et l’étendent aux deux règles générales-Klal.

  7. Général-Klal qui a besoin du Particulier-Prat et le particulier-Prat qui a besoin du Général Klal. Lorsqu’une règle énoncée nécessite un exemple particulier pour être intelligible ou inversement, on ne peut limiter la généralité au cas particulier, ni étendre le cas particulier à la généralité, et la loi est issue de la superposition des deux.

  8. Toute chose qui appartenait à un principe Général-Klal et a été extraite du Général-Klal ne l’a pas été pour enseigner sur cette chose mais sur le principe Général-Klal.

  9. Toute chose qui appartenait à un principe Général-Klal et a été extraite (dans un autre verset) pour un enseignement similaire, cette chose a été extraite pour assouplir la règle et non la renforcer.

  10. Tout chose qui appartenait à un principe Général-Klal et a été extraite (dans un autre verset) pour un autre enseignement, cette chose a été extraite pour assouplir et renforcer la règle.

  11. Toute chose qui appartenait à un principe Général-Klal et a été extraite (dans un autre verset) pour une nouvelle règle, cette chose ne peut plus s’inclure dans son premier principe Général-Klal sauf si l’Écriture le fait elle-même.

  12. Une chose apprise de son contexte et une chose apprise de sa fin.

  13. Deux versets qui se contredisent, la contradiction demeure sauf si un troisième verset vient trancher cette contradiction.

Sans parler des 10 commandements, des 613 mitzovt (selon la catégorisation effectuée par Maïmonide, en 248 commandements positifs (« Fais … ») et 365 commandements négatifs (« Ne fais pas … »), les mishmeret (ce sont des ordres à garder), les 378 Edouyot (préceptes), les Mishpat (ordonnances morales, justes, compréhensible par la logique humaine) et j’en passe. Bref, pas facile de respecter la règle 1 001 points ! À moins que l’on se trompe sur ce que veut dire « respecter la loi »...


Respecter

Il est toujours intéressant d’aller voir l’origine des mots, leur étymologie. Le premier sens du mot respect, du latin « respectus » est « regard en arrière » qui prendra un double sens : refuge, recours (comme pour le mot répit) ; et « égards, considération ». Respect : refaire le spectacle, ce qui se donne à voir.


Ainsi, pour résumer, respecter une loi pourrait se comprendre :

  • Se réfugier dans la loi pour se protéger.

  • Avoir des égards pour la règle.

  • Une règle qui se donne à voir, et qui donne à voir autre chose...

Le combat

Nous voilà au centre du débat : quel sens donner au respect de la loi. Jésus commence aujourd’hui son argumentation. Et il la développera, sur le sens du sabbat, dans les chapitres suivants.


En fait, nous sommes devant un problème de balance à l’équilibre difficile : sur un plateau, le respect de la Loi donnée par Dieu ; sur l’autre, la faiblesse des hommes et leurs besoins. Si nous reprenons la controverse de notre évangile : ne pas arracher du blé le jour du sabbat d’un côté, et de l’autre, nous avons faim !


L’évangile parallèle de Luc précise la façon dont les choses se déroulent (Lc 6, 1) :

Un jour de sabbat, Jésus traversait des champs ; ses disciples arrachaient des épis et les mangeaient, après les avoir froissés dans leurs mains.

Cette façon d’agir est autorisée comme le rappelle le livre du Deutéronome (Dt 23, 26) :

Lorsque tu entreras dans le champ de blé mûr de ton voisin, tu pourras cueillir des épis avec la main, mais tu n’y mettras pas la faucille !

Ce qui leur est donc reproché est de le faire le jour du sabbat. En effet, comme le rappelle Jésus, ce geste n’est pas nouveau. David prit les pains d’oblation (1 Sam 21, 3-7), et l’on pourrait considérer que le péché est pire. Pourtant, ils l’ont fait, pressé par la faim, par nécessité. Et ce jour-là, c’était aussi le sabbat. Jésus et ses disciples n’est-il pas plus que David et ses compagnons ? Il est le Fils de l’homme. Et c’est par nécessité...


Une rambarde

En fait le problème du respect de la loi pourrait se résumer à cette question : en quoi fait-elle sens ? Permettez-moi une petite fable. Imaginons que la vie se résumerait à passer d’une rive à l’autre d’un fleuve. Notre existence est ce parapet de pont qui enjambe le torrent impétueux qui pourrait nous emporter. Certains ont la faculté, l’équilibre nécessaire pour marcher au centre et ne pas risquer de tomber. D’autres ont peur, la sensation du vide les attire et ils s’approchent du vide. Ils ont alors besoin d’un bastingage pour éviter de tomber; Cette rambarde, c’est la loi. Elle est là pour les guider et leur éviter de tomber. Elle est un garde-fou mais aussi un guide pour rejoindre l’autre rive.


Mais elle doit être bien faite pour être efficace. Trop basse, elle n’empêche pas de tomber. Trop haute, elle empêche de voir le danger et donc d’apprendre. Car sans voir le danger, trop protégé, l’homme finit par se perdre dès qu’il est exposé au moindre problème. C’est aussi l’expérience du danger qui fait progresser l’homme.


Trop évidée, elle permet à n’importe qui de passer entre les barreaux. Trop pleine, elle bouche la vue et annihile tout projet, tout rêve. Trop serrée sur le parapet, elle empêche d’avancer. Trop loin, on risque de l’oublier et de s’écraser dessus.


L’exercice est donc complexe. Difficile de rédiger des lois ! Surtout si l’on n’oublie le sens essentiel de la loi : aider l’homme à grandir et lui permettre d’éviter librement les embûches.


Liberté

Car la dimension de la liberté est importante. Si les lois me retirent cette liberté, soi-disant pour me protéger, alors je suis dans un système dictatorial. Je dois être libre de choisir, libre de faire moi-même mon chemin, et même libre de tomber. Car sans cette liberté, le progrès possible en est amoindri, si ce n’est détruit.


En fait, la loi devrait se résumer par ce premier principe : sur le chemin de ta vie, l’expérience de nos pères nous a montré les pierres d’achoppement. Je te les montre, non pour te brider, mais pour éviter que tu ne chutes et te fasses mal.


Progression

Car le but est bien de faire progresser l’homme, de le faire grandir. C’est bien là la nécessité dont parle Jésus. Il est nécessaire à l’homme de grandir, et donc de se nourrir. Une loi qui m’empêche de grandir en humanité et en sainteté ne devrait plus être. Que peut être une loi si elle n’est plus éducative ? C’est cela, l’esprit des lois.


De l’esprit des lois

Voilà un titre bien connu, celui du traité de Montesquieu publié en 1748.


Présentation de Wikipédia

Dans cet ouvrage, Montesquieu suit une méthode révolutionnaire pour l'époque : il refuse de juger ce qui est par ce qui doit être, et choisit de traiter des faits politiques en dehors du cadre abstrait des théories volontaristes et jusnaturalistes. Il défend ainsi une théorie originale de la loi : au lieu d'en faire un commandement à suivre, il en fait un rapport à observer et à ajuster entre des variables. Parmi ces variables, il distingue des causes culturelles (traditions, religion, etc.) et des causes naturelles (climat, géographie, etc.). Il livre à partir de là une étude sociologique des mœurs politiques (la sociologie n'existait pas à cette époque, le travail de Montesquieu fut considéré comme sociologique par Durkheim des années plus tard) .

Il ne me semble pas que Montesquieu soit si loin de la pensée de Jésus ! Mais Jésus ajoute une variable à celles énoncées : Lui !


Du bon esprit de Jésus

Relisons le verset 27 :

Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat.

Oui, la loi est faite pour l’homme, pour le faire grandir en sagesse et en sainteté. Et non l’inverse. Car l’homme est fait pour être libre. Alors, qui peut véritablement définir la loi ? Lui, Jésus, car il est le « Maître du sabbat ».. Et le mot « Maître » se traduit en grec « Seigneur », Kurios (ὥστε κύριός ἐστιν ὁ υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου καὶ τοῦ σαββάτου. verset 28). C’est bien une seigneurie que le Christ exerce sur toute loi. Et il peut l’exercer, car il est « le Fils de l’Homme ».


L'appellation « fils de l'homme » apparaît dans le livre de Daniel (Daniel 7, 13) :

Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui.

Elle désigne le vainqueur des puissances du monde, représentées par autant de bêtes féroces. Le Fils de l'homme est le vainqueur du combat et la royauté universelle lui est remise.


La loi du bonheur

C’est donc bien le Juge des juges qui est maître du sabbat, il détient ce pouvoir suprême et proprement divin. Car Dieu ne veut pas autre chose pour l’homme que son bonheur. Écoutons ce que nous dit le prophète Jérémie (Jr 31, 10-14) :

Écoutez, nations, la parole du Seigneur ! Annoncez dans les îles lointaines : « Celui qui dispersa Israël le rassemble, il le garde, comme un berger son troupeau. Le Seigneur a libéré Jacob, l’a racheté des mains d’un plus fort. Ils viennent, criant de joie, sur les hauteurs de Sion : ils affluent vers les biens du Seigneur, le froment, le vin nouveau et l’huile fraîche, les génisses et les brebis du troupeau. Ils auront l’âme comme un jardin tout irrigué ; ils verront la fin de leur détresse. La jeune fille se réjouit, elle danse ; jeunes gens, vieilles gens, tous ensemble ! Je change leur deuil en joie, les réjouis, les console après la peine. Je nourris mes prêtres de festins ; mon peuple se rassasie de mes biens » – oracle du Seigneur.

Jean-Paul II commentait ainsi ce texte (catéchèse du 10 octobre 2001) :


Cet amour constitue le fil d’or qui unit les phases de l’histoire d´Israël, dans ses joies et dans ses peines, dans ses succès et dans ses échecs. Dieu ne manque pas à son amour, et le châtiment lui-même en est l’expression, prenant une signification pédagogique et salvifique.
Sur le roc solide de cet amour, l’invitation à la joie de notre Cantique évoque un avenir voulu par Dieu qui, bien que différé, se réalisera un jour malgré toute la fragilité des hommes. Cet avenir s’est réalisé dans la nouvelle alliance, avec la mort et la résurrection du Christ et avec le don de l´Esprit. Toutefois, son plein accomplissement aura lieu lors du retour eschatologique du Seigneur. A la lumière de ces certitudes, le « rêve » de Jérémie reste une véritable opportunité historique, conditionnée par la fidélité des hommes, et surtout un objectif final, garanti par la fidélité de Dieu et déjà inauguré par son amour dans le Christ.
En lisant donc cet oracle de Jérémie, nous devons laisser retentir en nous l´Evangile, la belle nouvelle diffusée par le Christ, dans la synagogue de Nazareth (cf. Lc 4, 16-21). La vie chrétienne est appelée à être une vraie « jubilation », que seul notre péché peut mettre en péril.
En nous faisant réciter ces paroles de Jérémie, la Liturgie des Heures nous invite à enraciner notre vie dans le Christ, notre Rédempteur (cf. Jr 31, 11) et à chercher en Lui le secret de la vraie joie dans notre vie personnelle et communautaire.

Le bonheur de la loi

Dieu veut notre bonheur ! Et il sait la faiblesse de l’homme. Il sait que notre bonheur passera par le respect de non pas n’importe quelle loi, mais de sa loi d’amour. Le sabbat, lui, n’est là que pour nous rappeler la valeur salvifique et sanctifiante du travail. Et nous rappeler la vraie loi : celle de l’amour (Mt 22, 36-40) :

« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »

Saint Augustin (354-430) ne disait-il pas (Commentaire de la 1ère épître de saint Jean VII,8, traduction D. Dideberg, Bibliothèque Augustinienne 79, p. 305) :

Ainsi voilà une fois pour toutes le court précepte qu’on te dicte : « Aime et fais ce que tu veux ». Si tu te tais, tu te tais par amour ; si tu cries, tu cries par amour ; si tu corriges, tu corriges par amour ; si tu épargnes, tu épargnes par amour. Qu’au-dedans se trouve la racine de la charité. De cette racine rien ne peut sortir que de bon.

Nous pourrions dire plus simplement : Aime et fais ce que tu veux, car l’amour t’imposera sa propre loi !


Quelques principes

Toute loi devrait suivre un ordre simple :

  • L’universel :

  • Ce qui concerne l’univers tout entier.

  • Qui ne souffre aucune exception.

  • Qui concerne tous les éléments d’une classe.

  • Le général :

  • Qui s’applique à plusieurs, voire à la majorité.

  • Le particulier :

  • Qui appartient en propre à un individu ou à une classe restreinte d’individus.

  • Le singulier :

  • Ce qui est unique.

  • Ce qui est un individu.

Ainsi, si nous suivons cette grille, prenons le cas de la mort...

  • Loi universelle : Tu ne tueras point !

  • Loi général : Le meurtre est interdit et puni.

  • Loi particulière : la légitime défense est autorisée.

  • Le singulier : le suicide ne peut être condamné.

Malheureusement, notre époque post-moderniste, s’appuyant sur l’émotion plus que sur la raison, et sur le désir individuel, le droit personnel, plus que sur le bien commun et le devoir de la communauté, a inversé cette grille. Et nous obtenons :

  • Loi singulière : j’ai droit à l’euthanasie.

  • Loi particulière : toute personne souffrante peut demander la mort.

  • Loi général : le droit à la mort dans la dignité.

  • Loi universelle : toute personne en mauvaise santé ne devrait pas handicaper la société !

Rappelez-vous le nazisme, c’est ainsi que ça s’est passé. On a commencé par le programme T4 (élimination des handicapés), puis on en est arrivé à des lois d’exception jusqu’à l’eugénisme... Il suffit de relire les oeuvres de Johann Chapoutot, entre autre La Loi du sang. Penser et agir en nazi, Gallimard, coll. « Bibliothèque des Histoires », 2014.


À méditer en ce temps... Vous pouvez aussi vous reporter au très intéressant livre du Père Thierry-Dominique Humbrecht, dominicain : L'évangélisation impertinente. Guide du chrétien au pays des postmodernes, Paris, Parole et Silence, 2012.



  • Sermon d'Eusèbe d'Alexandrie (+ VIe siècle ?) sur le dimanche, Sermons sur le dimanche, 16, 1-2; PG 86,1, 416-421.

Écoute, mon enfant, je vais t'exposer les raisons pour lesquelles la tradition de garder le dimanche et de nous abstenir de travailler nous a été transmise.


Lorsque le Seigneur confia le sacrement aux disciples, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : "Prenez, mangez: ceci est mon corps, rompu pour vous en rémission des péchés." De même, il leur donna la coupe en disant : "Buvez-en tous: ceci est mon sang, le sang de l'Alliance Nouvelle, répandu pour vous, et pour la multitude en rémission des péchés. Faites cela en mémoire de moi " (cf. Mt 26,26-27 ; 1 Co 11,24).


Le jour saint du dimanche est donc celui où l'on fait mémoire du Seigneur. C'est pourquoi on l'a appelé "le jour du Seigneur". Et il est comme le seigneur des jours. En effet, avant la Passion du Seigneur, il n'était pas appelé "jour du Seigneur", mais "premier jour".


En ce jour, le Seigneur a établi le fondement de la résurrection, c'est-à-dire qu'il a entrepris la création; en ce jour, il a donné au monde les prémices de la résurrection ; en ce jour, comme nous l'avons dit, il a ordonné de célébrer les saints mystères. Ce jour a donc été pour nous le commencement de toute grâce: commencement de la création du monde, commencement de la résurrection, commencement de la semaine. Ce jour, qui renferme en lui-même trois commencements, préfigure la primauté de la sainte Trinité.


La semaine comporte évidemment sept jours: Dieu nous en a donné six pour travailler, et il nous en a donné un pour prier, nous reposer et nous libérer de nos péchés. Si donc nous avons commis des fautes durant ces six jours, nous pouvons les réparer le dimanche et nous réconcilier avec Dieu.


Rends-toi donc de grand matin à l'église de Dieu, approche-toi du Seigneur pour lui confesser tes péchés, apporte-lui ta prière et le repentir d'un coeur contrit. Sois présent pendant toute la sainte et divine liturgie, achève ta prière, ne sors pas avant le renvoi de l'assemblée.


Contemple ton Seigneur, tandis qu'il est partagé et distribué sans être détruit. Et si ta conscience est pure, avance-toi et communie au corps et au sang du Seigneur. Si, au contraire, elle te condamne pour de coupables et mauvaises actions, interdis-toi de communier jusqu'à ce que tu l'aies purifiée par le repentir. Reste jusqu'à la fin de la prière et ne sors pas de l'église avant qu'on ne t'ait renvoyé. Rappelle-toi le traître Judas: il n'a pas achevé sa prière avec les autres, ce qui a été le début de sa perte. <>


Ce jour-même, comme nous l'avons souvent répété, t'a été offert pour la prière et pour le repos. Voici donc le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête et de joie (Ps 117,24 ) ! Rendons gloire à celui qui est ressuscité en ce jour, ainsi qu'au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.


Prière

Seigneur notre Dieu, les lois que tu nous donnes ne cherchent pas à écraser l'homme mais à l'épanouir en vérité. Garde-nous du légalisme qui fait passer le précepte avant la miséricorde, et accorde-nous de vivre pleinement dans la liberté de ton Esprit. Par Jésus Christ.

bottom of page