Jeudi, 10e semaine du T.O. — Année impaire

Voilé, dévoilé



Moïse et le peuple d’Israël

Anonyme

Pentateuque d'Ashburnham ou de Tours

Espagne, Afrique du Nord, Italie du Nord ou Rome (?), fin du VIe-début du VIIe siècle

Manuscrit enluminé sur vélin, latin 2334 fol. 76

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France)


Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (2 Co 3, 15 à 4, 1.3-6)

Frères, aujourd’hui encore, quand les fils d’Israël lisent les livres de Moïse, un voile couvre leur cœur. Quand on se convertit au Seigneur, le voile est enlevé. Or, le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté. Et nous tous qui n’avons pas de voile sur le visage, nous reflétons la gloire du Seigneur, et nous sommes transformés en son image avec une gloire de plus en plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit. C’est pourquoi, ayant reçu ce ministère par la miséricorde de Dieu, nous ne perdons pas courage. Et même si l’Évangile que nous annonçons reste voilé, il n’est voilé que pour ceux qui vont à leur perte, pour les incrédules dont l’intelligence a été aveuglée par le dieu mauvais de ce monde ; celui-ci les empêche de voir clairement, dans la splendeur de l’Évangile, la gloire du Christ, lui qui est l’image de Dieu. En effet, ce que nous proclamons, ce n’est pas nous-mêmes ; c’est ceci : Jésus Christ est le Seigneur ; et nous sommes vos serviteurs, à cause de Jésus. Car Dieu qui a dit : Du milieu des ténèbres brillera la lumière a lui-même brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ.


Méditation

Luxueusement illustré d'un grand nombre de peintures, ce manuscrit offre un témoignage exceptionnel sur l'art pictural qui s'est épanoui à la fin de l'Antiquité.


Des éléments tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament se combinent dans cette scène de Moïse lisant les ordonnances du Seigneur au peuple d'Israël, dont le traitement liturgique (tuniques blanches des sept personnages assimilés à des diacres autour de l'autel, offrandes disposées sur l'autel, etc.) évoque la procession de l'offertoire durant la messe.


Les peintures de ce Pentateuque, d'une exceptionnelle richesse narrative, sont d'un grand intérêt pour appréhender les préoccupations théologiques, liturgiques et pastorales de l'époque. Le Pentateuque revêt également une grande importance au regard de la tradition textuelle, car il contient l'une des plus anciennes versions de la Vulgate, avant la révision d'Alcuin.


Le soin avec lequel ce manuscrit a été exécuté, comme le caractère somptueux de sa décoration, suggèrent qu'il a été produit au sein d'un milieu culturel florissant, qui brassait des traditions artistiques variées.


Si j’ai choisi cette enluminure, c’est parce qu’elle est une des très rares illustrations où l’on voit Moïse voilé et parce qu’elle montre ce « dévoilement » du premier Testament. Je ne parle évidemment pas de ce voile que l’on voit « fleurir » dans nos rues sur des visages méconnaissables. Je parle de ce voile qui masque une réalité, un rayonnement que l’homme ne pourrait supporter.


Pourtant ce voile qui couvrit les Écritures est maintenant levé : c’est un dévoilement, une révélation (qui se dit Apocalypse - Αποκάλυψις - en grec). Ce qui était préfiguré dans le Premier Testament devient réalité dans le Nouveau. Alors, comment ne pas lire cette partie de la Bible ? Comment ne pas y faire référence ? Si vous me permettez cette image, ce serait comme construire une maison sans y faire de fondations. Par exemple, je suis toujours inquiet de constater l’absence de références vétérotestamentaires dans les programmes de catéchèse... plus aucune typologie !


Que nous dit saint Paul ? Si vous lisez l’Ancien Testament sans y chercher le Christ, il reste un voile qui rend la compréhension difficile. Si vous y voyez le Christ préfiguré, ce voile se lève et vous resplendissez de la Gloire de Dieu, issue de sa Parole. Qui plus est, cette Gloire transforme votre foi, votre vie grâce à l’action de l’Esprit. Saint Jérôme disait plus simplement : « Ignorer les Écritures (c’est-à-dire le Premier Testament), c’est ignorer le Christ. » Donc... lisez la Bible. Et lisez-la dans l’Esprit en utilisant préalablement cette prière d’Enzo Bianchi :

« Notre Dieu, Père de la lumière, tu as envoyé dans le monde ton Fils, ta Parole faite chair, pour te manifester à nous, les hommes. Envoie maintenant ton Saint-Esprit sur moi, afin que je puisse entendre ta Parole dans ce passage de l’Écriture et rencontrer Jésus Christ dans cette Parole qui vient de toi. Accorde-moi de le connaître plus intensément ; et qu’en le connaissant mieux je l’aime davantage, parvenant ainsi, à sa suite, à la béatitude de ton Royaume, béni pour les siècles des siècles. Amen. »