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Jeudi, 11e semaine du T.O. — Année impaire

Pourriez-vous supporter de ma part un peu de folie ?



En Russie, l’âme du peuple

Mikhaïl Nesterov (Ufa, 1862 - Moscou, 1942)

Huile sur toile, 206 x 484 cm, 1914

Galerie Tretyakov, Moscou (Russie)


Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (2 Co 11, 1-11)

Frères, pourriez-vous supporter de ma part un peu de folie ? Oui, de ma part, vous allez le supporter, à cause de mon amour jaloux qui est l’amour même de Dieu pour vous. Car je vous ai unis au seul Époux : vous êtes la vierge pure que j’ai présentée au Christ. Mais j’ai bien peur qu’à l’exemple d’Ève séduite par la ruse du serpent, votre intelligence des choses ne se corrompe en perdant la simplicité et la pureté qu’il faut avoir à l’égard du Christ. En effet, si le premier venu vous annonce un autre Jésus, un Jésus que nous n’avons pas annoncé, si vous recevez un esprit différent de celui que vous avez reçu, ou un Évangile différent de celui que vous avez accueilli, vous le supportez fort bien ! J’estime, moi, que je ne suis inférieur en rien à tous ces super-apôtres. Je ne vaux peut-être pas grand-chose pour les discours, mais pour la connaissance de Dieu, c’est différent : nous vous l’avons montré en toute occasion et de toutes les façons. Aurais-je commis une faute lorsque, m’abaissant pour vous élever, je vous ai annoncé l’Évangile de Dieu gratuitement ? J’ai appauvri d’autres Églises en recevant d’elles l’argent nécessaire pour me mettre à votre service. Quand j’étais chez vous, et que je me suis trouvé dans le besoin, je n’ai été à charge de personne ; en effet, pour m’apporter ce dont j’avais besoin, des frères sont venus de Macédoine. En toute occasion, je me suis gardé d’être un poids pour vous, et je m’en garderai toujours. Aussi sûrement que la vérité du Christ est en moi, ce motif de fierté ne me sera enlevé dans aucune des régions de la Grèce. Pourquoi donc me comporter ainsi ? Serait-ce parce que je ne vous aime pas ? Mais si ! Et Dieu le sait.


Méditation

Un peu de folie ? Ça manque dans notre monde, et encore plus dans l’Église qui devient tellement polissée à force de se policer ! Regardez ce tableau. Une foule de croyants nullement gênée par cet homme qu’on ne voit pas de suite, notre regard étant attiré par l’enfant au premier plan. Il est là pourtant ce « fol en Christ », dénudé et levant les bras vers le ciel. Il brûle tellement de l’amour de Dieu (celui que Dieu a pour lui, et celui qu’il porte à son Dieu) que plus rien ne lui importe que de vivre dans la grâce divine. Qu’importe les vêtements, les attitudes retenues, les visages sévères… Non, ce qui est importe est de chanter les louanges de Dieu comme David le fit devant l’Arche.


N’est-ce pas de cette folie dont nous avons besoin ? Elle n’est pas un dérangement psychologique, ni une maladie ; elle n’est que l’expression totale de la foi. Oh, bien sûr, il a un surmoi « naturel » de l’homme. Mais ce surmoi risque de devenir en ce temps un véritable carcan. L’homme a aussi besoin d’exulter, de crier sa joie et sa peine. Devant les misères que vit notre monde, il serait bon de s’interroger. Pourquoi tant de personnes aujourd’hui « pètent » un câble ? Peut-être parce qu’on leur en a trop mis, peut-être parce qu’ils se se sentent enfermés dans des règles et des lois, engoncés dans une bien-pensante politique. Et les plus faibles, parfois même les plus forts, ne peuvent plus tenir. Leur coeur a besoin d’exploser pour éviter que leur vie n’implose. Ils ont besoin de se lâcher, ils ont besoin de vivre. Eh bien, ce n’est pas différent pour notre foi : besoin de s’exprimer, de laisser notre foi éclater, de se libérer de tout, sauf de Jésus-Christ.


Je prie pour que de nouveaux « fols en Christ » apparaissent dans notre monde, et surtout pour qu’aucun inquisiteur des temps modernes ne vienne les remettre en cage, sous couvert de troubles à l’ordre public, ou à l’ordre ecclésial !

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