Jeudi, 20ème semaine du T.O. — Année Paire

Un cœur de chair



Sainte Catherine échangeant son cœur avec le Christ

Giovanni di Paolo (Giovanni di Paolo di Grazia) (Sienne, 1398 – Sienne, 1482)

Tempera et or sur bois, 28,9 x 22,5 cm, 1475

Metropolitan Museum, New-York (U.S.A.)


Lecture du livre du prophète Ézékiel (Ez 36, 23-28)

Voici les paroles que dit le Seigneur : « Je sanctifierai mon grand nom, profané parmi les nations, mon nom que vous avez profané au milieu d’elles. Alors les nations sauront que Je suis le Seigneur – oracle du Seigneur Dieu – quand par vous je manifesterai ma sainteté à leurs yeux. Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères : vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. »


Méditation

Voici un vrai texte d’espérance ! En effet, si nous faisons preuve d’un peu de lucidité sur nous-mêmes et sur notre monde, nous ne pouvons que nous désespérer... Notre cœur est souvent de pierre, et d’une pierre plus dur que le diamant sans en avoir la beauté et la profondeur. Plutôt d’une dureté issue de notre orgueil « naturel », un orgueil qui étouffe toute velléité d’humilité, toute foi dans la rédemption, voire le désir de purification. C’est notre côté sombre, notre « black dog » comme disait Churchill. Le prophète a dû lui aussi connaître cette « tentation du désespoir » comme l’appelle Bernanos, cette désespérance qui détruit toute joie et ne croit plus qu’au bonheur d’un plaisir fugace, mais au moins acquis. En fait, en plus de notre orgueil, c’est notre manque de patience qui nous mine... Pourtant, les plantes ont besoin de temps pour s’épanouir et grandir, comme les hommes... Nous laisserons-nous le temps de mûrir ? Cependant, cette lucidité qui peut paraître destructrice, est aussi une chance. L’homme lucide est celui qui a quelque lumière ! Mais non une lumière provenant de son intellect ou de ses sentiments. Non, une lumière qui vient de Dieu. Cette lumière qui lui fait subtilement croire en la douce pitié de Dieu, en ses entrailles maternelles, en sa miséricorde. Car même si toute notre vie a pu profaner le saint Nom de Dieu, il nous ne nous en tient pas rigueur. Et même, il nous promet de nous rendre vie, de redonner chair à tout notre être, à nous donner un cœur qui sait aimer et se laisser aimer. Rien n’est perdu, rien n’est définitivement établi. Kipling disait : « Rien n'est jamais réglé tant que tout n'est pas bien réglé » ! Par la voix du prophète, Dieu nous rend l’espérance de bien « régler » nos vies, de leur rendre leur sainteté initiale, de nous donner un cœur de chair, de nous purifier de tout ce que nous avons gâché, d’insuffler en nos vies cet esprit nouveau, l’Esprit de Dieu. À nous de saisir cette espérance à pleines mains. À nous de lui être fidèles et de marcher dans ses voies ; à nous d’être patients pour qu’il puisse faire germer en nous, calmement, la graine de sainteté que Dieu y a déposée de tout temps. Dès aujourd’hui, nous sommes son peuple et il est notre Dieu !