Jeudi, 21e semaine du T.O. — année impaire

Veillez dans la nuit



Sainte Geneviève veillant la nuit sur la cité de Paris

Pierre Puvis de Chavannes (Lyon, 1824 - Paris, 1898)

Huile sur toile marouflée, 462 x 226 cm, 1898

Panthéon, Paris (France)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 24, 42-51)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Veillez, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. Que dire du serviteur fidèle et sensé à qui le maître a confié la charge des gens de sa maison, pour leur donner la nourriture en temps voulu ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! Amen, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens. Mais si ce mauvais serviteur se dit en lui-même : “Mon maître tarde”, et s’il se met à frapper ses compagnons, s’il mange et boit avec les ivrognes, alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des hypocrites ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »


Méditation

Sainte Geneviève : Les envahisseurs sont à nos portes et les habitants de la cité m’ont confié leur protection. Et, dans cette nuit, je repense à la page d’évangile. Moi aussi, je veille. J’ai laissé cette petite lampe allumée dans ma chambre, petite présence divine qui éclaire mon âme et me rend courage. Le silence est tombé sur la ville. Beaucoup sont assoupis sans se rendre compte de la menace. D’autres, comme les gardes, veillent et surveillent. Comme le dit le Seigneur, nous ne savons pas quand ils déferleront sur nous. Alors, nous restons éveillés. Ce soir, je veille pour ne pas me faire prendre par le diable, repensant aux paroles de l’apôtre Pierre : « Abaissez-vous donc sous la main puissante de Dieu, pour qu’il vous élève en temps voulu. Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu’il prend soin de vous. Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui avec la force de la foi, car vous savez que tous vos frères, de par le monde, sont en butte aux mêmes souffrances. »


Mais est-ce si différent des jours où je veille sur cette ville, priant pour que chacun rencontre le Maître ? Un jour je veille pour éloigner le Malin, un autre pour attirer le Divin. Car en veillant pour éloigner le Malin, n’est-ce pas comme demander au Maître de nous protéger et de veiller sur nous ? C’est donc toujours vers Lui que mon regard se tourne, que ce soit dans l’angoisse ou la louange. Tout ce que je lui demande en cette nuit, comme dans les autres, est d’être là, près de nous et nous, prêts à le recevoir. Oh, bien sûr, c’est long, et les paupières deviennent lourdes. Mais n’est-ce pas ainsi que l’on est à ses côtés, comme au Jardin des oliviers? Car nous sommes ses apôtres, ses disciples et ses serviteurs. À nous aussi il a confié la garde de sa maison, de son Église. Être là, tout simplement là à veiller. Dans l’évangile, il ne m’a pas demander de faire des choses, mais simplement d'être là, éveillée, prête à le servir. Être Marie avant d’être Marthe. Être Marie pour devenir une vraie Marthe. Être là, tout simplement, comme l’on est à côté du malade pour lui tenir la main, sans rien dire. Simplement être avant de vouloir faire. Car le danger dans ces moments de veille serait de gamberger et de vouloir trouver des solutions, chercher ce que je dois faire et comment le faire. Vouloir faire avant d’être, alors que Dieu l’a rappelé au prophète : ce combat n’est pas le nôtre mais celui de Dieu.


Notre combat à nous est d’être là, de veiller et de prier. De prier pour le sentir à nos côtés, car il l’a promis, il sera avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Le prier pour le laisser prendre toute la place. Veiller pour laisser le temps, la nuit, la solitude nous désapproprier de nous-mêmes ; la solitude pour que nous nous vidions de nous-mêmes, de nos soucis, de nos volontés d’agir ; pour lui laisser doucement la place en nos cœurs afin qu’il en fasse sa demeure. Veiller et prier pour le chercher en nous-mêmes, en nos âmes… comme le priait saint Augustin : « Tard je T'ai aimée, Beauté ancienne et si nouvelle ; tard je T'ai aimée. Tu étais au-dedans de moi et moi j'étais dehors, et c'est là que je T'ai cherchée. Ma laideur occultait tout ce que Tu as fait de beau. Tu étais avec moi et je n'étais pas avec Toi. Ce qui me tenait loin de Toi, ce sont les créatures, qui n'existent qu'en Toi. Tu m'as appelé, Tu as crié, et Tu as vaincu ma surdité. Tu as montré ta Lumière et ta Clarté a chassé ma cécité. Tu as répandu ton Parfum, je T'ai humée, et je soupire après Toi. Je T'ai goûtée, j'ai faim et soif de Toi. Tu m'as touché, et je brûle du désir de ta Paix. Amen ! »


Veiller et prier dans la solitude de la nuit pour enfin discerner l’étoile. Car, si notre vie était comparable à une voûte céleste constellée des étoiles de nos soucis, de nos peines et de nos joies, comment pourrions-nous voir l’étoile du berger, noyée dans cet amas stellaire ? C’est la nuit, dans la solitude et le silence, que s’éteignent toutes ces fausses lumières. Et alors, seulement alors, après de longues heures de veille, voire d’ennui, que je commence à distinguer l’unique étoile de ma vie : le Christ. Quant aux autres étoiles qui constellaient mon esprit, étaient-elles de vraies étoiles ou de simples te. tesselles de verre qui reflétaient la lumière divine ? C’est ainsi, dans la nuit obscure, dans les ténèbres de l’âme, qu’apparaît la figure divine, le Maître revêtu de blanc comme à la Transfiguration, qui vient m’illuminer et donner la vraie lumière à ma vie. Alors, je veille et je prie…

« Zangra » de Jacques Brel


Je m'appelle Zangra et je suis lieutenant

Au fort de Belonzio qui domine la plaine

D'où l'ennemi viendra qui me fera héros

En attendant ce jour je m'ennuie quelquefois

Alors je vais au bourg voir les filles en troupeaux

Mais elles rêvent d'amour et moi de mes chevaux

Je m'appelle Zangra et déjà capitaine

Au fort de Belonzio qui domine la plaine

D'où l'ennemi viendra qui me fera héros

En attendant ce jour je m'ennuie quelquefois

Alors je vais au bourg voir la jeune Consuelo

Mais elle parle d'amour et moi de mes chevaux


Je m'appelle Zangra maintenant commandant

Au fort de Belonzio qui domine la plaine

D'où l'ennemi viendra qui me fera héros

En attendant ce jour je m'ennuie quelquefois

Alors je vais au bourg boire avec Don Pedro

Il boit à mes amours et moi à ses chevaux

Je m'appelle Zangra je suis vieux colonel

Au fort de Belonzio qui domine la plaine

D'où l'ennemi viendra qui me fera héros

En attendant ce jour je m'ennuie quelquefois

Alors je vais au bourg voir la veuve de Pedro

Je parle enfin d'amour mais elle de mes chevaux

Je m'appelle Zangra hier trop vieux général

J'ai quitté Belonzio qui domine la plaine

Et l'ennemi est là, je ne serai pas héros