Jeudi, 32e semaine du T.O. — Année Paire

Le Seigneur est fidèle



Jésus guérit des malades

Gebhard Fugel (Ravensburg, 1863 - Munich, 1939)

Huile sur toile, dimensions inconnues, vers 1920

Dommuseum, Freising (Bavière, Allemagne)


Psaume 145

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,

il fait justice aux opprimés,

aux affamés, il donne le pain ;

le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,

le Seigneur redresse les accablés,

le Seigneur aime les justes,

le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,

il égare le pas du méchant.

D’âge en âge, le Seigneur régnera :

ton Dieu, ô Sion, pour toujours !


Méditation

Comment ne pas lire ce psaume en y voyant en filigrane la figure de Jésus ? Aux affamés, à deux reprises, il donna le pain et le poisson en le multipliant. Il délia Lazare enchainé par la mort. Il soutint ses deux soeurs écrasées par le chagrin. Il égara les pas du méchant jusque’à l’envoyer dans un troupeau de porcs qui se jetèrent du haut de la falaise. Il ouvrit les yeux des aveugles, releva les grabataires, redressa les tordus. Il protégea l’étrangère samaritaine au puits de Jacob, il aima les justes comme Jean ou Madeleine. Et l’on pourrait ainsi allonger la liste et la truffer de mille références évangéliques. Oui, c’est bien lui qui nous garde à jamais sa fidélité, qui est toujours à nos côtés comme il l’avait promis (Mt 28, 20) : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».


Mais le texte peut nous poser autrement question. La première concerne la fidélité. Non celle du Seigneur, mais la nôtre ! Si Jésus est avec nous à chaque instant, s’il chemine à mes côtés, y suis-je suffisamment attentif, ou, sûrement sans m’en rendre compte, n’ai-je pas modifié mon allure au risque de le distancer ? Le mot fides en latin donna trois substantifs : la fidélité, la foi et la confiance. Notre fidélité à Dieu tient donc en notre confiance en lui, en notre foi solide.


La seconde question concerne notre regard. Bien sûr nous sommes tordus, aveugles, boiteux, affamés, opprimés, ou que sais-je encore. Mais il ne suffit pas d’attendre en toute quiétude la guérison. Et surtout une guérison que nous espérons flagrante, miraculeuse, sans doute possible. Car Dieu nous laisse libre, il ne veut pas s’imposer. Que serait un amour qui nous serait imposé, nous n’y croirions pas. Que serait une foi qui ne s’appuierait que sur des faits ? Tout sauf la foi ! Saint Augustin écrivait (Sermon 231) : « Ainsi Pierre apprit à se connaître quand, trop sûr de lui à la veille de la Passion du Seigneur, il chancela à l'heure de la Passion. Il se vit alors réduit à lui-même, souffrit de ce qu'il était, pleura de ce qu'il était et se tourna vers Celui qui l'avait fait. Voici donc qu'ils ne croyaient pas encore - ils ne croyaient pas encore, et pourtant ils voyaient. Quelle marque de bonté de sa part, que Dieu nous ait donné de croire ce que nous ne voyons pas. Nous croyons leur parole, eux n'en croyaient pas leurs propres yeux. »


Alors apprenons à voir toutes les guérisons discrètes que Dieu fait dans nos vies, apprenons à regarder avec un coeur éclairé les grâces qui nous sont faites à chaque instant. Et là, nous pourrons chanter qu’il est le Dieu fidèle qui nous garde d’âge en âge.