Jeudi, 33e semaine du T.O. — année impaire

Fuge ! Tace ! Quiesce !



Mattathias refuse de sacrifier aux idoles,

Henri-Camille Danger (Paris, 1857 - Fondettes, 1939),

Huile sur toile, 115 x 145 cm, 1882

Musée municipal, Soissons (France)


Lecture du premier livre des Martyrs d’Israël (1 M 2, 15-29)

En ces jours-là, les hommes envoyés par le roi Antiocos pour contraindre les gens à l’apostasie arrivèrent dans la ville de Modine pour y organiser des sacrifices. Beaucoup en Israël allèrent à eux ; Mattathias et ses fils vinrent à la réunion. Les envoyés du roi prirent la parole pour dire à Mattathias : « Tu es un chef honoré et puissant dans cette ville, soutenu par des fils et des frères. Avance donc le premier, et exécute l’ordre du roi, comme l’ont fait toutes les nations, les hommes de Juda et ceux qui sont restés à Jérusalem. Alors, toi et tes fils, vous serez les amis du roi. Toi et tes fils, vous serez comblés d’argent, d’or et de cadeaux nombreux. » Mattathias répondit d’une voix forte : « Toutes les nations qui appartiennent aux États du roi peuvent bien lui obéir en rejetant chacune la religion de ses pères, et se conformer à ses commandements ; mais moi, mes fils et mes frères, nous suivrons l’Alliance de nos pères. Que le Ciel nous préserve d’abandonner la Loi et ses préceptes ! Nous n’obéirons pas aux ordres du roi, nous ne dévierons pas de notre religion, ni à droite ni à gauche. » Dès qu’il eut fini de prononcer ces paroles, un Juif s’avança en présence de tout le monde pour offrir le sacrifice, selon l’ordre du roi, sur cet autel de Modine. À cette vue, Mattathias s’enflamma d’indignation et frémit jusqu’au fond de lui-même ; il laissa monter en lui une légitime colère, courut à l’homme et l’égorgea sur l’autel. Quant à l’envoyé du roi, qui voulait contraindre à offrir le sacrifice, Mattathias le tua à l’instant même, et il renversa l’autel. Il s’enflamma d’ardeur pour la Loi comme jadis Pinhas contre Zimri. Alors Mattathias se mit à crier d’une voix forte à travers la ville : « Ceux qui sont enflammés d’une ardeur jalouse pour la Loi, et qui soutiennent l’Alliance, qu’ils sortent tous de la ville à ma suite. » Il s’enfuit dans la montagne avec ses fils, en abandonnant tout ce qu’ils avaient dans la ville. Alors, beaucoup de ceux qui recherchaient la justice et la Loi s’en allèrent vivre au désert.


Méditation

C’est toujours le même thème qui nous habite depuis lundi : la force de la conviction. Et une conviction qui ne fait pas dans la demi-mesure ! À notre époque, je me demande toujours comment de tels textes peuvent être reçus. La tolérance ayant été érigée en dogme (au contraire de ce que disait Paul Claudel : « La tolérance ? Il y a des maisons pour ça ! »), s’introduisit alors insidieusement le principe post-moderniste de relativité de la vérité. Le Pape Benoît XVI a dénoncé ces dérives dans de nombreux textes. Il n’y a pourtant pas de vérité relative — des perceptions diverses et subjectives, oui — mais la vérité est une et indivisible ! De fait, nous croyons, tel le mythe de la caverne de Platon, que les images que nous voyons sont la vérité. Sortons de la caverne !


Ce relativisme de la vérité s’applique aussi bien sur des questions de politique, de mœurs, d’opinion et de perception historiques que sur les questions philosophiques et religieuses. Ce combat, même s’il est exacerbé depuis quelques décennies et érigé en principe fondamental, n’est pas nouveau. N’est-ce pas déjà celui que menait Mattathias ? La vérité et les principes royaux pouvaient-ils être plus importants et décisifs que ceux de la Loi divine ? Antiocos ne lui demande-t-il pas en fait d’accorder les deux ? Il s’y refuse. Et pour un motif assez simple en fait : il respecte une hiérarchie. Ai-je besoin de vous rappeler que ce mot de « hiérarchie » signifie étymologiquement « ordre sacré » ? Mattathias veut remettre les choses dans le bon ordre, et un bon ordre qui est sacré, qui vient de Dieu. Rien ne pourra être mis au-dessus des lois divines. Sinon, ce serait croire que l’homme soit capable de définir des lois égales à celles de Dieu.


N’est-ce pas déjà le premier péché d’Adam et Ève ? Ne veulent-ils pas goûter au fruit défendu et devenir ainsi maîtres du bien et du mal ? Une fois découverts, Dieu prend la sage décision de les expulser. Il est intéressant de lire la raison (Gn 3, 22) : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance du bien et du mal ! Maintenant, ne permettons pas qu’il avance la main, qu’il cueille aussi le fruit de l’arbre de vie, qu’il en mange et vive éternellement ! » Voilà déjà que l’homme se prend pour Dieu érigeant de lui-même ce qui est bon ou mauvais, comment pourrait-il obtenir l’éternité dans de telles conditions ? Remarquez que le débat est toujours d’actualité : nous décidons de ce qui est bon ou mauvais, de la vie et de la mort (il suffit d’approfondir toutes les lois sur le choix de donner ou non une vie, et sur le choix libre de la mort), et nous sommes à la recherche d’une éternité pour l’homme (là encore, regardez les recherches sur la longévité, ou l’angoisse de la mort devant la pandémie).


En fait, la vraie hiérarchie, la véritable question n’est-elle pas de discerner si nous voulons être dans la main de Dieu ou dans celle des hommes ? Et quand le choix est devenu impossible, parce qu’imposé, alors, ne vaut-il pas mieux, tel Mattathias et ses fils, fuir au désert, là où la main des hommes ne peut plus rien enserrer, là où la main de Dieu vient nous prendre. « Alors, beaucoup de ceux qui recherchaient la justice et la Loi s’en allèrent vivre au désert. »


Ainsi, cette petite histoire extraite des Apophtegmes des Pères du désert : Le Père Arsène est une figure bien connue des ermites... Un jour après avoir essayé toutes sortes de méthodes et de remèdes pour venir à bout de son mal-être et cela en vain... il demanda au Christ : « Que faut-il pour être sauvé ? » Le Salut (sotéria en grec) recouvre aussi pour les anciens la santé physique, psychique et spirituelle... avoir le coeur au large... être libre... respirer à pleins poumons... c'est être en bonne santé... c'est également pour eux être sauvé spirituellement...! Le Christ lui répondit par trois paroles brèves : « FUGE ! TACE ! QUIESCE ! » C'est-à-dire « Fuis... Tiens ta langue... et demeure au repos... »