Jeudi, 3e semaine du T.O. (Année impaire)

Ce rideau est sa chair



Le bain de l’Enfant-Jésus

Anonyme

Fresque romanes du XIIe siècle

Église Notre-Dame, Vals-en-Ariège (France)


Lecture de la lettre aux Hébreux (He 10, 19-25)

Frères, c’est avec assurance que nous pouvons entrer dans le véritable sanctuaire grâce au sang de Jésus : nous avons là un chemin nouveau et vivant qu’il a inauguré en franchissant le rideau du Sanctuaire ; or, ce rideau est sa chair. Et nous avons le prêtre par excellence, celui qui est établi sur la maison de Dieu. Avançons-nous donc vers Dieu avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure. Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. Soyons attentifs les uns aux autres pour nous stimuler à vivre dans l’amour et à bien agir. Ne délaissons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous, d’autant plus que vous voyez s’approcher le jour du Seigneur.

Méditation

Les fresques de Vals furent redécouvertes, presque involontairement, dans les années 1950. La nativité de Jésus est illustré par cet épisode des évangiles apocryphes appelé le bain de Jésus (Proto-évangile de Jacques, chapitres XIX et XX). Mais la scène prend ici un caractère particulier qui n'est pas sans rappeler les fresques byzantines que l’on peut voir dans les prothesis des églises (partie où l’on prépare les offrandes) sur lesquelles Jésus est représenté enfant les fesses dans le calice et les pieds sur la patène ! Car la « baignoire » a une surprenante forme de calice sur notre image.


De fait, elle fait écho au verset de l'épître de ce jour : « Avançons-nous donc vers Dieu avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure. » Peut-être devrions-nous aussi plonger dans le calice, c’est-à-dire plonger dans notre foi. Quelle foi ? La foi en la présence divine de Jésus en son eucharistie. En effet, le sang de Jésus devient le nouveau sanctuaire. Et si nous déchirons le voile qui nous cache le véritable sanctuaire, son Corps, nous ne pouvons discerner sa présence. Il a franchi ce rideau, « or, ce rideau est sa chair. » Et cette chair est, à l’instar de l’enluminure d’hier, l’enveloppe réelle qui enferme la divinité de Jésus. Ainsi, à chaque fois que nous communions à cette chair renouvelée dans l’eucharistie, nous dessillons nos paupières spirituelles et accédons à la divinité du Christ. N’est-ce pas pour cela que l'auteur de l’épître nous exhorte à ne pas délaisser nos assemblées (le mot synaxe, σύναξις, assemblée en grec, désigne la messe en orthodoxie) ? Car c’est bien là que nous recevons Jésus pleinement homme et pleinement Dieu et que, comme le dira saint Augustin (sermon 272) : « Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes. »