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Jeudi, 4e semaine du T.O. — année paire

Sois fort, sois un homme courageux ! -



David offre son sceptre à Salomon,

Cornelis de Vos (Hulst, 1584 - Anvers, 1651),

Huile sur toile, 174 x 243.2 cm, entre 1601 et 1651,

Collection privée


Lecture du premier livre des Rois (1 R 2, 1-4.10-12)

Comme les jours de David approchaient de leur fin, il exprima ses volontés à son fils Salomon : « Je m’en vais par le chemin de tout le monde. Sois fort, sois un homme courageux ! Tu garderas les observances du Seigneur ton Dieu, en marchant dans ses chemins. Tu observeras ses décrets, ses commandements, ses ordonnances et ses édits, selon ce qui est écrit dans la loi de Moïse. Ainsi tu réussiras dans tout ce que tu feras et entreprendras, et le Seigneur réalisera cette parole qu’il m’a dite : “Si tes fils veillent à suivre leur chemin en marchant devant moi avec loyauté, de tout leur cœur et de toute leur âme, jamais tes descendants ne seront écartés du trône d’Israël.” » David mourut, il reposa avec ses pères, et il fut enseveli dans la Cité de David. Le règne de David sur Israël avait duré quarante ans : il avait régné sept ans à Hébron, et trente-trois ans à Jérusalem. Salomon prit possession du trône de David son père, et sa royauté fut solidement établie.


Saint Blaise

En préambule, je signale que nous célébrons aujourd’hui la mémoire de saint Blaise. Ce médecin, mort en 316 en Arménie, était autant dévoué à soigner les hommes que les animaux. Ainsi, on lui amène un jour un jeune garçon qui s’étouffait avec une arête de poisson coincée dans la gorge. Il le sauva. Depuis, la tradition, très ancrée en Italie, veut que saint Blaise soigne tous les maux de gorge. Le jour de sa fête, lendemain de la chandeleur, les fidèles reviennent à l’église avec leurs cierges de la veille que le prêtre impose en croix autour de leur gorge pour les préserver de tous les maux possibles.



Méditation

Ce très beau tableau fut vendu en 2006 à Londres par Christie’s. Il est d’autant plus intéressant que le peintre a représenté Salomon dans un habit très proche des Rois de France de cette époque. Comment ne pas penser à la mort de Louis VIII au château de Montpensier, en présence de son fils, le futur saint Louis, qui lui-même, écrira son testament spirituel à son fils Philippe, futur Philippe III. Passage du témoin du pouvoir qu’est le sceptre royal, passage d’une espérance pour l’avenir de sa progéniture par d’ultimes mots convaincants.


Car ce sont bien des mots d’encouragement et de prudence que David transmet à Salomon. Nous l’avons vu, ce n’est pas ce dernier qui aurait dû prendre la succession de David, mais Absalom. L’orgueil du fils aîné (rappelez-vous la parabole du Fils prodigue — Lc 15) l’a mené à sa perte et a laissé la place à son frère cadet. Le souvenir de cette souffrance a certainement de nouveau pincé le coeur contrit du roi David. Mais il sait aussi, au fond de son coeur, que sa propre vie ne fut pas exemplaire. D’humble, il est devenu orgueilleux en voulant dénombrer son peuple. De fidèle, il est devenu infidèle en désirant Bethsabée. De juste, il est devenu meurtrier en faisant tuer Ourias le mari de sa concubine. Comme il le dit « Je m’en vais par le chemin de tout le monde », celui de la mort ; mais un chemin qu’il avait déjà commencé à parcourir depuis quelques temps lorsqu’il ne suivait plus la voie du Seigneur. Ce n’est pas que la mort qui est le lot de tous, c'est aussi le péché…


Et il est vrai que plus on vieillit, plus on fait le bilan du temps écoulé. Et comme tout bilan, il y a la colonne des crédits, et celle des débits. Comme Michel, l’archange psychopompe (qui pèse les âmes) tiendra, au jour du Jugement dernier, la balance munie du plateau des péchés et du plateau des vertus.


Alors, nourris du regard sur notre propre histoire, nous pouvons êtres fiers, voire nous enorgueillir, mais aussi faire preuve de regrets et de remords. Mais ici, l’Académie française nous aide à y voir clair !


Le remords est le sentiment de culpabilité que l’on éprouve quand on a commis une faute ou, comme on pouvait le lire dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française, le « reproche violent que le coupable reçoit de sa conscience », alors que le regret c’est le « déplaisir d’avoir perdu un bien qu’on possédait, ou d’avoir manqué celui que l’on aurait pu acquérir ». Ce dernier peut aussi désigner, par affaiblissement, la contrariété que l’on a à faire ce qui nous déplaît ou déplaît à autrui. On en a un témoignage avec l’expression à regret, « avec répugnance, sans plaisir », popularisée par la locution « l’abbaye de monte-à-regret », qui, dans l’argot des voleurs et depuis Mandrin, a désigné la potence puis la guillotine.

Des regrets ? Qui n’en a pas. Nous aurions toujours pu faire mieux, mais la fatigue, la peur, la contrainte, bref bien des choses nous ont empêché d’aller jusqu’au bout. Ce n’est pas grave une fois que, comme un bon louveteau scout nous avons fait « de notre mieux, mieux, mieux » !


Par contre, c’est autre chose pour les remords. Et le mot est amusant car il signifie « être remordu » ! Le péché est une morsure. Et une morsure qui se fait encore sentir si elle n’a pas été aseptisée et soignée. Si nous avons des remords, c’est que nous ne nous sommes :

  • ni réconciliés avec nous-mêmes : oser reconnaître que nous sommes toujours moindres que l’image que nous nous faisions de nous-mêmes,

  • ni réconciliés avec Dieu : oser croire que comme le dit saint Jean (1 Jn 3, 19-21), « Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous apaiserons notre cœur ; car si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses. Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu »,

  • ni réconciliés avec celui ou celle que nous avons blessé(e) : oser croire que l’autre a autant besoin que nous du pardon pour se reconstruire. Saint Paul le proclame avec force : « Laissez-vous réconcilier » (2 Co 5, 20).

Mais sur le chemin de notre vie, certes parsemé de pierres coupantes et trébuchantes, existent aussi — et surtout — de belles choses : des grâces, des vertus, du courage, et même parfois de l’héroïsme. Et David, même si son âme reste marqué par ses erreurs et ses péchés, invite d’abord son fils à la force devant le Mal, au courage devant la route escarpée qui se présente à lui, celle du gouvernement des hommes. Il est vrai que nous aurions plus tendance, sûrement un vieux reste de jansénisme, à regarder nos péchés avant nos grâces, au point parfois que nos péchés les occultent et nous les fassent oublier.


Alors, si vous me permettez ce jeu de mots contemporain, au « Carrefour » de nos vie… « Positivons ! » Ne perdons pas courage, ne nous désespérons pas. Ne nions ni nos péchés ni nos faiblesses, mais ne restons pas non plus le regard braqué dessus. Ouvrons les yeux à de nouvelles perspectives. En fait, à une seule : la sainteté. « Oser, c’est la sainteté » disait le Père Sevin. N’est-ce pas ce que fit David pour son fils Salomon ? Il l’exhorte au courage, à marcher à la suite du Seigneur, à ne jamais écarter son regard de Dieu et de sa loi d’amour. Et alors, lui comme sa progéniture, et comme son peuple réussiront dans toutes leurs entreprises.


Il me semble que le propre de l’homme, mais surtout du chrétien, de celui qui est habité de Dieu, enthousiaste, est de ne jamais rester longtemps assis, mais de toujours se lever pour repartir à l’aventure, à la seule aventure qui vaille la peine : celle de la sainteté, c’est-à-dire celle de ce qui doit ad-venir en notre vie. Alors, soyons forts, soyons des frères courageux du Christ ! Les sept dons de l'Esprit : sagesse, intelligence, science, force, conseil, piété et crainte, jamais ne nous abandonnent.

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