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Jeudi, 8e semaine du T.O. — Année impaire

Fils de David, aie pitié de moi



Jésus rend la vue à Bartimée

William Blake (Londres, 1757 - Londres, 1827)

Tempéra, crayon et encre sur toile, 26 x 37,5 cm, 1799-1800

Yale Center for British Art, New Haven (U.S.A.)


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 46b-52)

En ce temps-là, tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! » Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! » Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin.


Méditation

Avez-vous déjà lu le Récit d’un pèlerin russe ? Un homme part sur les chemins pour rencontrer Dieu, n’ayant dans son seul bagage qu’un petit livre appelé La petite Philocalie et un chapelet orthodoxe, appelé tchotki, composé de 99 petits nœuds de laine noire et d’une grande croix de laine terminée par une touffe de brins de laine. Tout au long de sa route, recherchant la paix intérieure et la rencontre pure du Seigneur, il égrène son chapelet disant à chaque noeud : « Jésus, Fils de Dieu vivant, aie pitié de moi, pécheur. » Comme en témoigne plusieurs auteurs mystiques, cette prière continuelle nous permet de nous détacher de notre esprit raisonnant pour laisser doucement notre cœur prier. À un tel point que l’on finit par ne plus prononcer que le Nom qui sauve : Jésus.



Vous vous en doutez, à la lecture de cet évangile, que cette prière est issue de la demande de Bartimée. On a souvent dénigré la prière du chapelet, que ce soit celle de notre chapelet catholique ou celle de ce chapelet byzantin. Pourtant, il me semble, d’expérience, que cette litanie continuelle nous permet de nous unir profondément au Seigneur, comme si notre langue devenait doucement sa langue, ou que nos yeux, à l’instar de Bartimée, finissait par s’ouvrir et voir la réalité de la présence divine. Car nous sommes bien aveugles. Ce que nous croyons voir n’est qu’image de surface, presque illusion. Par cette prière continuelle, nos yeux intelligents se ferment doucement pour laisser se dessiller les yeux de la foi. C’est le cœur qui commence à voir, à discerner. Certes par étapes : rappelez-vous cet autre aveugle que Jésus guérit et qui ne voit au début que des formes d’arbres (Mc 8, 22-26). Il faut du temps pour que les yeux de la foi s’ouvrent et commencent à discerner ! Il faut du temps pour que cette prière répétitive nous fasse prendre conscience de notre état de pécheur, mais surtout pour acquérir la confiance en Jésus, Fils de Dieu vivant, qui ne veut que nous prendre en pitié et nous guérir de notre cécité spirituelle. Comme Bartimée, jetons notre manteau (notre pauvre protection à laquelle nous nous accrochons désespérément), bondissons vers le Seigneur et demandons-lui par cette prière insistante de nous rendre la vue de l’amour et de la foi.

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