IV - La Transfiguration : lecture tropologique


Le sens moral apprend ce que l’on a à faire


La Transfiguration du Christ

Anonyme

Icône sur bois, 45 x 36 cm, deuxième moitié du XVIe siècle

Musée Benaki, Athènes (Grèce)


Je ne m’étendrai pas sur cet aspect, hormis de souligner les dernières lignes de la célèbre homélie de Léon le Grand et de contempler cette icône du musée d’Athènes.


Ce que je vois

Je ne regarderai ici que les deux scènes latérales : la montée du Christ avec les apôtres sur la montagne, et la descente à droite.


À gauche : la montée. Jésus leur désigne de la main gauche la montagne qu’ils doivent gravir. De la main droite, il tient le rouleau de la Loi. Son visage souriant est tourné vers les trois hommes : se réjouit-il de ce qu’ils vont voir, de leur conversion prochaine ? Eux, par contre, semblent inquiets pour ne pas dire circonspects. Mais Jésus les précède pour les rassurer.


À droite : la descente. Jésus les suit. Maintenant, il tient le rouleau de la main gauche et les bénit de la main droite. Ce sont eux qui ouvrent la voie, tout en regardant le Christ, hormis Jean qui nous regarde, nous invitant de la main à prendre le chemin avec eux. Pierre, lui aussi, montre de la main la route future.


De fait, sur cette montagne, les apôtres ont vécu une conversion, un retournement symbolisé par la position de leurs corps et de leurs mains. Ils ont été chamboulés ! Cette Transfiguration leur a fait comprendre que Jésus prenait la route de sa Passion qu’il venait déjà d’annoncer et qu’il renouvellera sur le chemin du retour. Comment ne pas en être bousculé ? Mais maintenant qu’ils ont en main les « clés » du Royaume, il les suit, parce qu’il ne les abandonne pas. Mais il leur confie le choix du chemin. Ce sont eux, désormais, qui doivent mener les hommes à la conversion.


Lors de l’angélus du 16 mars 2014, le Pape François déclarait :

De cet épisode de la Transfiguration je voudrais souligner deux éléments significatifs, que je synthétise en deux mots : montée et descente. Nous avons besoin d’aller à l’écart, de monter sur la montagne dans un espace de silence, pour nous trouver nous-mêmes et mieux percevoir la voix du Seigneur. C’est ce que nous faisons dans la prière. Mais nous ne pouvons pas rester là! La rencontre avec Dieu dans la prière nous pousse à nouveau à « descendre de la montagne » et à retourner en bas, dans la plaine, où nous rencontrons tant de frères qui ploient sous les peines, les maladies, les injustices, l’ignorance, la pauvreté matérielle et spirituelle. À ces frères qui sont en difficulté, nous sommes appelés à apporter les fruits de l’expérience que nous avons faite avec Dieu, en partageant la grâce reçue. Et cela est curieux. Quand nous entendons la Parole de Jésus, que nous écoutons la Parole de Jésus et que nous l’avons dans le cœur, cette Parole grandit. Savez-vous comment elle grandit ? En la donnant à l’autre ! La Parole du Christ grandit en nous quand nous la proclamons, quand nous la donnons aux autres ! Et c’est cela la vie chrétienne. C’est une mission pour toute l’Église, pour tous les baptisés, pour nous tous : écouter Jésus et l’offrir aux autres. Ne pas oublier : cette semaine, écoutez Jésus ! Et pensez à cette chose de l’Évangile : vous le ferez ? Vous ferez cela ? Dimanche prochain vous me direz si vous l’avez fait : avoir un petit Évangile dans sa poche ou dans son sac pour lire un petit passage dans la journée.


Saint Léon le Grand nous le confirme :

Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu'il a choisis, et il éclaire d'une telle splendeur cette forme corporelle qu'il a en commun avec les autres hommes que son visage a l'éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige.

Par cette transfiguration il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la splendeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa Passion volontaire ne bouleversent leur foi.

Mais, il ne prévoyait pas moins de fonder l'espérance de l'Église, en faisant découvrir à tout le Corps du Christ quelle transformation lui serait accordée ; ses membres se promettraient de partager l'honneur qui avait resplendi dans leur chef.

Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu'il parlait de la majesté de son avènement : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père (Mt 13,43). Et l'apôtre saint Paul atteste lui aussi : J'estime qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que le Seigneur va bientôt révéler en nous (Rm 8,18). Et encore : Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi vous paraîtrez avec lui en pleine gloire (Col 3,3-4).

Cependant, pour confirmer les Apôtres et les introduire dans une complète connaissance, un autre enseignement s'est ajouté à ce miracle. En effet, Moïse et Élie, c'est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent en train de s'entretenir avec le Seigneur. Ainsi, par la réunion de ces cinq hommes s'accomplirait de façon certaine la prescription : Toute parole est garantie par la présence de deux ou trois témoins (Dt 19,15).

Qu'y a-t-il donc de mieux établi, de plus solide que cette parole ? La trompette de l'Ancien Testament et celle du Nouveau s'accordent à la proclamer ; et tout ce qui en a témoigné jadis s'accorde avec l'enseignement de l'Évangile.

Les écrits de l'une et l'autre Alliance, en effet, se garantissent mutuellement ; celui que les signes préfiguratifs avaient promis sous le voile des mystères est montré comme manifeste et évident par la splendeur de la gloire présente. Comme l'a dit saint Jean, en effet : Après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ (Jn 1,17). En lui s'est accomplie la promesse des figures prophétiques comme la valeur des préceptes de la Loi, puisque sa présence enseigne la vérité de la prophétie, et que sa grâce rend praticables les commandements. <>

Que la foi de tous s'affermisse avec la prédication de l'Évangile, et que personne n'ait honte de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.

Que personne donc ne craigne de souffrir pour la justice, ni ne mette en doute la récompense promise ; car c'est par le labeur qu'on parvient au repos, par la mort qu'on parvient à la vie. Puisque le Christ a accepté toute la faiblesse de notre pauvreté, si nous persévérons à le confesser et à l'aimer, nous sommes vainqueurs de ce qu'il a vaincu et nous recevons ce qu'il a promis. Qu'il s'agisse de pratiquer les commandements ou de supporter l'adversité, la voix du Père que nous avons entendue tout à l'heure doit retentir sans cesse à nos oreilles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! (Mt 17,5).


Saint Léon le Grand (+ 461), Homélie du Samedi des Quatre-Temps de Carême, sur l’Évangile de la Transfiguration. Sermon 51, 3-4, CCL 138 A, 290-300


Que retenir ?

  • Qu’en contemplant la Transfiguration, nous devons nous sentir appelés, nous aussi, au chemin de Croix. Et pour cela, il nous faudra le courage des apôtres, accepter nos faiblesses, mais surtout avoir foi et espérance en ce Fils bien-aimé du Père.

  • Que le Christ a confié désormais la conduite de l’Église à ses apôtres et qu’il sera toujours derrière nous pour nous bénir, même si le chemin est ardu sur cette montagne de la rencontre, même si la route mène temporairement à la Croix, elle débouchera toujours sur la Gloire de la Résurrection.

  • Et enfin que la Transfiguration nous concerne encore aujourd’hui : le Christ veut aussi nous transfigurer par la prière, la lecture et la contemplation, et le service miséricordieux des frères.