Lundi, 15e semaine du T.O. — année impaire

En sa qualité…



Les sept oeuvres de miséricorde

David Teniers le Jeune (Anvers, 1610 - Bruxelles, 1690)

Huile sur cuivre, 57 x 77 cm, 1640

Musée du Louvre, Paris (France)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 10, 34 à 11, 1)

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa propre maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. » Lorsque Jésus eut terminé les instructions qu’il donnait à ses douze disciples, il partit de là pour enseigner et proclamer la Parole dans les villes du pays.


Méditation

Un évangile en deux temps : d’abord des paroles inquiétantes préparant les cœurs à des moments difficiles où la paix ne pourra régner. Puis, un deuxième temps qui paraît plus positif basé sur l’accueil de l’autre. Cependant, faut-il séparer ces deux temps ? Ne sont-ils pas intimement liés ? Car en les lisant à la suite, on comprend que pour accueillir en vérité le frère, il faut d’abord accepter de quitter son petit confort, notre petite « paix » bien établie. Était-ce vraiment la paix ? Ne confondons-nous pas la paix et la mort ? Pensez à un étang au soleil couchant, avec son saule pleureur et ses nénuphars. Peut-être pourrions-nous associer une telle image à celle de la paix. Pourtant, rien ne bouge, aucun bruit, aucun mouvement. Ce calme est morbide. Ce n’est pas une image de la paix, mais celle de la mort, car il n’y a aucun mouvement, aucune âme (ce qui est animé). La paix est mouvement, mais mouvement harmonique. C’est cette paix-là que Jésus est venu apporter. Pourtant, il vient nous dire que, pour le moment, c’est le glaive qu’il apporte. Le glaive sépare, coupe et oblige à se situer d’un côté ou de l’autre, à faire des choix. Et c’est bien à ce choix que nous appelle la seconde partie de l’évangile : accepter de perdre sa vie pour les autres au Nom du Christ.


Car, tout ce que Jésus nous invite à faire pour nos frères, même dans le plus petit geste qui soit, donner un verre d’eau, il nous demande de le faire en son Nom et en notre qualité de chrétien (le chrétien est celui qui est devenu un alter Christus, un autre Christ). Comment ne pas être surpris, pour ne pas dire déçu, de voir que nous avons substitué le mot de « charité » par celui de « solidarité ». Car ce n’est pas la même chose… Tout homme est appelé à être solidaire avec les autres, au nom de cette humanité qui sait être touchée et qui nous extrait d'un monde bestial. Solidaire avec ceux qui souffrent, solidaire avec ceux qui sont abandonnés, repoussés, etc. Mais cette solidarité se fait au nom de notre humanisme, comme celui que défendait Saint-Exupéry. Nous n’avons pas le monopole de cette solidarité ! Bien des athées sont plus solidaires que des chrétiens de base. Jésus ne nous demande pas d’être solidaires, mais charitables ! La charité, elle, est de se dédier aux autres, non par simple humanisme, mais au Nom du Christ. Comme il le dit, c’est en qualité de disciple, d’homme ou de femme qui a pris la suite du Christ, qu nous nous mettons au service de nos frères. Quelle est cette qualité, si ce n’est de laisser le Christ habiter tout notre être, toute notre vie, pour que nous puissions dire un jour avec saint Paul (Ga 2, 20) : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. » Voilà cette qualité de chrétien que nous devons demander à l’Esprit de faire croître en nous afin que nous trouvions la vraie vie, celle que nous avons en Christ, et qui nous mettra au service de nos frères, en totale abnégation.