Lundi, 20ème semaine du T.O. — Année Paire

N’oublie pas ton Rocher



Un couvent sur un rocher

Richard Wilson (Penegoes, 1714 - Llanberis, 1782)

Huile sur toile, 25,5 x 45 cm

National Trust - Upton House, Warwickshire (Royaume-Uni)


Cantique (Deutéronome 21)

Tu dédaignes le Rocher qui t’a mis au monde ;

le Dieu qui t’a engendré, tu l’oublies.

Le Seigneur l’a vu : il réprouve

ses fils et ses filles qui l’ont exaspéré.

Il dit : « Je vais leur cacher ma face

et je verrai quel sera leur avenir ;

oui, c’est une engeance pervertie,

ce sont des enfants sans foi.

« Eux m’ont rendu jaloux par un dieu qui n’est pas dieu,

exaspéré par leurs vaines idoles ;

moi, je vais les rendre jaloux

par un peuple qui n’est pas un peuple,

les exaspérer par une nation stupide. »


Méditation

En entendant ce cantique du Deutéronome, j’ai immédiatement pensé à ces monastères construits sur un promontoire rocheux. La hauteur permet d’échapper aux inondations, voire aux tempêtes, de voir l’ennemi approcher, et de se sentir en sécurité. Et spirituellement, être sur une montagne, c’est être sur le lieu de la rencontre avec Dieu, c’est se rapprocher du ciel. Comme sur cette toile de Wilson. Mais le romantisme de l’œuvre ne doit pas nous laisser ignorer le manque d’entretien des murs qui soutiennent le bâtiment. Les herbes folles croissent, les buissons prennent racine et déchaussent irrémédiablement les pierres, le couvent finira par s’écrouler. Et pourtant, comme le , dit l’évangile, ils avaient bâti sur le roc (Mt 7, 21-27)...


Mais ils l’ont oublié. Les mauvaises herbes, telles celles de la parabole du semeur (Mc 4, 1-9) ont étouffé la parole, ont envahi le roc, au point d’oublier sa présence. Ainsi, comme le rappelle le cantique, ils ont dédaigné le Rocher qui les a mis au monde. Alors, plus moyen d’être sûr qu’il soit encore sous la végétation — cette triste impression de l’absence de Dieu —, difficile de croire qu’il puisse vraiment nous soutenir — cette douloureuse perte de confiance en Dieu —, impossible de se rappeler sa Face — au point de la revêtir d’un masque de laideur que l’on appelle le péché. Les herbes folles sont sournoises. Elles paraissent jolies au début, elles créent un caractère romantique, elles donnent à la vie ce sentiment bucolique... Et pourtant, pourtant, elles cachent le rocher, elles le détruisent doucement, sans bruit. Et l’on fait de la nature un dieu, alors qu’elle n’est que le jardin où Dieu accueille (il en est même le jardinier), et l’on finit par l’idolâtrer.


Notre monde actuel sème partout ces herbes folles et nous les font prendre pour des dieux, des dieux qui nous font oublier le vrai Dieu, le Rocher éternel. Ces nouvelles idoles portent tellement de noms : écologie, démocratie à tout prix, justice implacable, eugénisme, bien-être, etc. Mais elles cachent le vrai Dieu, le rocher. Elles ne sont que des masques qui veulent étouffer la bonne graine au point de vouloir nous imposer un bonheur aseptisé qui ne porte pas d’autre nom que celui de la tyrannie, une dictature bienpensante perverse qui ne fera de nous que des enfants sans foi...