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Lundi, 20e semaine du T.O. — année impaire

Être parfait ?



Jésus et le jeune homme riche

Bartholomeus Breenbergh (Deventer, 1598 - Amsterdam, 1657)

Huile sur panneau, 19,7 x 13,3 cm, 1640

Johnson Museum of Art, Université de Cornell, Ithaca (U.S.A.)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 19, 16-22)

En ce temps-là, voici que quelqu’un s’approcha de Jésus et lui dit : « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? » Jésus lui dit : « Pourquoi m’interroges-tu sur ce qui est bon ? Celui qui est bon, c’est Dieu, et lui seul ! Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » Il lui dit : « Lesquels ? » Jésus reprit : « Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne commettras pas de vol. Tu ne porteras pas de faux témoignage. Honore ton père et ta mère. Et aussi : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Le jeune homme lui dit : « Tout cela, je l’ai observé : que me manque-t-il encore ? » Jésus lui répondit : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. » À ces mots, le jeune homme s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.


Méditation

Le jeune homme : J’ai entendu parler de cet homme dans les villages alentours. Beaucoup disent que c’est un rabbi qui explique l’Écriture d’une façon nouvelle, et surtout qu’il ne présente pas le salut comme une simple liste de choses à accomplir, mais comme une foi vécue en vérité et en esprit. Depuis ma plus tendre enfance, j’ai ce désir de voir la face de Dieu, d’entrer dans la vie éternelle, mais toutes les prédications des scribes et des pharisiens me semblent bien ternes et tellement prosaïques. Pourquoi n’irais-je pas l’interroger directement ?


Jésus : Je sens en ce jeune homme de la graine de sainteté ! Mais il semble encore bien marqué par une spiritualité du « doit et avoir ». Eux tous, ne comprennent-ils pas encore que la distinction entre ce qui est bon ou mal ne se fait pas seulement par une approche morale, mais que le plus important est le coeur et l’esprit qui réside dans nos actes ? Mais les règles les rassurent… Puisqu’il semble si attaché aux commandements, commençons par là… Observe les commandements , mon garçon. C’est le chemin que mon Père a dessiné pour vous depuis des temps immémoriaux.


Le jeune homme : Pourquoi me dit-il ça ? Je les vis ces commandements, depuis que je sais lire, depuis que je comprends ce qu’ils signifient. Chaque soir, je fais mon examen de conscience les repassant dans la tête et vérifiant si je les ai appliqués dans la journée passée. Et, honnêtement, je ne m’en sors pas si mal. Je n’ai tué personne, ni désiré la femme de mon voisin, ni volé son âne, ni menti, je ne commets pas d’adultère, j’honore mes parents, je respecte le sabbat et j’ai foi en mon Dieu unique. Sincèrement, je crois le faire. Est-ce donc gagné ? À moins qu’il y ait un piège ? Ou qu’il veuille me faire comprendre autre chose… Maître, lesquels particulièrement ?


Jésus : Ah, je sens qu’il est en train de basculer… Il ne comprends pas que je connais son coeur. Je sais qu’il respecte les commandements que Moïse a reçu des mains de Dieu. Mais il faut maintenant l’aider à goûter vraiment ma parole, l’aider à donner de la vie à ces commandements. Et il n’y a pas de vie sans amour… Discrètement, ajoutons le vrai commandement à la fin de la liste : celui de l’amour. Ce commandement essentiel qui est la sève de la vie.


Le jeune homme : Aimer son prochain comme soi-même ? Bah, il me semble le faire. Je n’ai de haine ni de rancune contre personne. J’essaye d’avoir un regard indulgent sur ceux qui diffèrent de moi dans leur attitude ou leurs paroles. Et je tente d’être compatissant envers ceux qui souffrent. Bien sûr, rien n’est jamais parfait, mais il ne me semble pas être non plus un mauvais garçon. Quant à s’aimer soi-même ? Je ne sais pas. Évidemment, comme beaucoup, j’aurais aimé être plus beau, plus intelligent, plus fort. Mais les dons que Dieu m’a faits me conviennent et ne provoquent en moi aucune honte, ni même de regrets ou de désirs déplacés. Non, je crois m’aimer, ou du moins me supporter. Et je ne manque de rien : j’ai hérité d’une belle fortune qui aide à combler les petits manques de chaque jour, que ce soit humainement ou matériellement. Moi, il me semble ne manquer de rien. Mais, lui, le Maître, voit-il quelque chose qui me manque ?


Jésus : Il a une belle âme ce garçon. Il pourrait être capable de beaucoup. Mais se rend-il compte qu’il a encore un fil à la patte qui l’empêche de voler vers les cieux ? Est-il conscient qu’il est esclave de ce qu’il possède, que tous ces biens le possèdent et non l’inverse ? Ah, s’il pouvait basculer dans la liberté ! S’il pouvait se libérer de cet esclavage matériel, il pourrait me suivre jusqu’au bout du monde, jusqu’à la Croix. Il ne chercherait plus la vie éternelle : il l’aurait trouvée. Il pourrait alors dire : ayant aimé les miens, je vais les aimer jusqu’au bout. Je vais être libre de tout, sauf de Jésus-Christ. Je ne serai plus attaché, lié, sauf à mon Maître. Il aurait trouvé la perfection : s’unir à Dieu qui rend la vie et les hommes parfaits. Pour cela, il doit se détacher. Se détacher jusqu’à tout donner à ceux qui sont dans le besoin. Car ces biens matériels en abondance peuvent être du vol… Tout ce qu’il possède et dont il n’a pas besoin est un vol envers ceux qui manquent. Regardons-le et prions pour qu’il s’offre à la liberté… à la perfection de l’amour…


Le jeune homme : Oh, jamais je n’aurais cru qu’il me demanderait cela : tout vendre, tout distribuer. Et ça, je ne peux pas ! J’en ai trop besoin. En fait, j’ai trop peur de manquer, de me retrouver tout nu, sans rien, sans protection. Je veux bien livrer ce que je suis mais pas ce que j’ai. Je l’ai âprement gagné : c’est à moi… Non, désolé, mais ça je ne peux pas. Je ne suis pas capable de gravir cette dernière marche.


Jésus : Le voilà qu’il épars. Ô Père, je souffre pour lui. Le Royaume était à portée de main, et il ne veut pas le saisir, enchaîné à ses biens. La tentation est toujours à sa porte. Il ne recherche pas le pain suressentiel, le pain du ciel, mais l’assurance d’un pain terrestre, bien matériel. Je vois bien qu’il est abattu, déçu, triste. Mais déçu de lui-même, triste de son manque de témérité. Ô Père, veille sur tous ceux à qui manque ce courage. Donne-leur ton Esprit pour qu’un jour ils puissent faire le dernier pas : le pas du don total. Sois patient avec eux et aide-les à comprendre que cette faiblesse qu’ils n’osent pas regarder peut devenir leur force. Donne-leur la liberté de tomber dans l’amour parfait.

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