top of page

Lundi, 21e semaine du T.O. — année impaire

Hiérarchie



Les pharisiens questionnent Jésus

James Tissot (Nantes, 1836 - Chenecey-Buillon, 1902)

Illustration pour « La vie du Christ », Gouache sur papier, 18,7 x 28,3 cm, 1886-1894

Brooklyn Museum of Art, Brooklyn New-York (U.S.A.).


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 23, 13-22)

En ce temps-là, Jésus disait : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clé le royaume des Cieux devant les hommes ; vous-mêmes, en effet, n’y entrez pas, et vous ne laissez pas entrer ceux qui veulent entrer ! Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous parcourez la mer et la terre pour faire un seul converti, et quand c’est arrivé, vous faites de lui un homme voué à la géhenne, deux fois pire que vous ! « Malheureux êtes-vous, guides aveugles, vous qui dites : “Si l’on fait un serment par le Sanctuaire, il est nul ; mais si l’on fait un serment par l’or du Sanctuaire, on doit s’en acquitter.” Insensés et aveugles ! Qu’est-ce qui est le plus important : l’or ? ou bien le Sanctuaire qui consacre cet or ? Vous dites encore : “Si l’on fait un serment par l’autel, il est nul ; mais si l’on fait un serment par l’offrande posée sur l’autel, on doit s’en acquitter.” Aveugles ! Qu’est-ce qui est le plus important : l’offrande ? ou bien l’autel qui consacre cette offrande ? Celui donc qui fait un serment par l’autel fait un serment par l’autel et par tout ce qui est posé dessus ; celui qui fait un serment par le Sanctuaire fait un serment par le Sanctuaire et par Celui qui l’habite ; et celui qui fait un serment par le ciel fait un serment par le trône de Dieu et par Celui qui siège sur ce trône. »


Méditation

Le balayeur : Oh la la… Ça a l’air de chauffer. Je ne sais pas exactement qui est cet homme : il paraît que c’est un rabbin qui s’appellerait Jésus. En tous les cas, il n’y va pas de main-morte avec ces notables juifs ! Oh, moi, je ne suis pas tellement concerné : je ne suis ici que pour balayer quotidiennement le parvis. Mais j’écoute discrètement ce qu’il dit… À un tel point que ça fait la dixième fois que je balaye cet endroit !


Je dois reconnaître que tout ce qu’il dit me plaît bien… C’est vrai ! Tous ces Juifs bien nantis, qui ont de belles maisons, de riches vêtements, du pouvoir, ne semblent pas beaucoup d’inquiéter de gens comme moi. Pas un ne me regarde. Et comme le dit ce Jésus, ils m’en ont imposé des taches : faire ceci, puis cela, etc. Sans parler de toutes les règles que moi, pauvre juif transparent, je suis dans l’obligation d’appliquer, au risque de ne jamais voir la face de Dieu. Je ne suis payé qu’en roupie de sansonnet et il me faut en donner le dixième pour le Temple, ou pour être plus juste pour les prêtres. Que me reste-t-il pour vivre ? Et si j’aide une vielle femme à monter les marches, ils me reprennent vertement parce que j’ai abandonné cinq minutes mon travail. Mais qu’est-ce qui est le plus important : le travail ou la charité, balayer ce parvis ou aider une pauvre veuve ? Et plutôt que de m’aider à rencontrer Dieu, m’aider à prier et à vivre saintement ma vie, on m’impose un nombre incalculable de règles qui seraient mon salut ! Il a raison ce Jésus : ils m’ont fermé l’accès au Royaume des cieux. Et à voir la tête de ce groupe devant moi, ils semblent en colère des propos de ce prophète. Ils n’aiment pas qu’on remette les choses à leur juste place !


Un petit coup d’œil discret vers le groupe assis… Ils ne paraissent pas plus heureux du discours de ce rabbin ! Oups, il les attaque sur les offrandes. Ça ne va pas leur convenir ! Je suis sûr qu’ils pensent que ce Jésus veut leur retirer le pain de la bouche. Mais enfin, il a raison. Les offrandes sont d’abord destinées à Dieu, pas à eux. Que ça leur permette de vivre et de se nourrir, très bien, c’est normal. Mais qu’ils s’enrichissent sur notre dos, et surtout sur celui de Dieu, c’est inadmissible. Et c’est juste : leurs serments sont hypocrites. Ils les font prononcer pour récupérer l’offrande, non pour le bien de celui qui offre, et encore moins pour satisfaire le Seigneur.


Les voilà qui se lèvent et qui partent tous, tournant le dos à ce Jésus. Ils n’ont vraiment pas l’air contents, et j’ai bien l’impression qu’ils vont tout faire pour l’expulser. La vérité leur fait mal… Zut ! Ce Jésus a vu que j’avais tout écouté… Il vient vers moi…


Jésus : Alors, mon enfant, ton travail avance. J’ai l’impression que cette partie du parvis n’a jamais été aussi propre, bravo ! J’ai bien vu que tu as tout entendu de notre échange avec les Pharisiens et les scribes; Et au sourire de tes lèvres, il me semble que tu te réjouissais de cette dispute… Mais retiens bien plusieurs choses. D’abord, il ne sert à rien de se disputer, hormis quand la vérité se fait urgente face à l’hypocrisie et au mensonge. Toujours vouloir convertir l’autre risque de devenir une erreur, si tu es trop insistant et que tu ne lui laisses pas la liberté de la conversion. Mais ne rien dire ni faire face au péché, laisser écraser la vérité sous une gangue d’hypocrisie est aussi un péché. Ensuite, rappelle-toi que tout ce que nous vivons sur terre a une hiérarchie.


Le balayeur : Seigneur, je ne connais pas ce mot.


Jésus : Il veut dire : ordre sacré. Les choses ont un ordre sacré. Il est plus sacré d’aider une veuve à monter un escalier que balayer une cour. Même si le balayage est important. Mais si l’un sert en primauté l’homme, l’autre n’est qu’une aide au mieux vivre de l’homme. Ainsi, tu connais la Bible ? Mon Père et moi-même avons créé d’abord les plantes vertes avant le soleil, car la vie est plus importante que ce qui aide à entretenir la vie. Si ton parvis est propre comme un sou neuf mais qu’une pauvre veuve n’a personne pour gravir les marches, la hiérarchie est inversée et ne sert pas l’homme. Il en est de même pour les serments. D’abord, ne fais jamais un serment, par bravache, que tu ne pourrais tenir. Puis, rappelle-toi qu’un serment ne doit être prononcé que pour un progrès. Par exemple, pour te convertir, promettre d’éviter le péché. Ou promettre de faire un don. Mais non en croyant que c’est une garantie pour le ciel. Plutôt pour aider le temple à mieux accueillir les pauvres et les nécessiteux. Et n’oublie jamais que tout serment prononcé est fait non seulement devant les autres, non seulement devant ta propre âme, mais surtout devant Dieu. Et ton Père te voit dans le secret.


Le balayeur : Je crois que j’ai compris, Mâitre. Merci. Et je te fais un serment : je vais essayer de faire de mon mieux pour nettoyer et gravir les marches de mon âme jusqu’au Royaume des Cieux.

bottom of page