Lundi, 22e semaine du T.O. — année impaire

Ils devinrent tous furieux



Jésus à la synagogue de Nazareth

Anonyme

Vitrail, fin XIIe - début XIIIe siècle

Cathédrale « Christ Church », Canterbury (Royaume-Uni)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 4, 16-30)

En ce temps-là, Jésus vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : “Médecin, guéris-toi toi-même”, et me dire : “Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !” » Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays. En vérité, je vous le dis : Au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie, et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère. Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. » À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin.


Méditation

Jésus : Voilà, je peux m’asseoir. Ils ont tous les yeux tournés vers moi. Ils attendent que je commente ce texte. Ou alors, sont-ils surpris que j’en ai omis le dernier verset (« et un jour de vengeance pour notre Dieu » - Is 61, 2) et vont-ils me reprocher d’avoir tronqué l’Écriture ? Ne les laissons pas dans l’expectative… Puissent-ils comprendre que cette prophétie d’isaïe se réalise maintenant et que je suis celui qui vient faire toutes choses nouvelles.


Un Juif : C’est beau, très beau même. On pourrait dire que c’est empli d’espérance. C’est donc aujourd’hui que se réalisent toutes les prophéties annoncées à nos pères. Ah ! Comme c’est beau…


Son voisin : Certes, c’est beau. Mais qui est-il pour annoncer cela ? De quelle autorité se pare-t-il ? De quelles études peut-il se targuer ? En quoi serait-ce une notabilité que nous devrions écouter ? Non, moi je ne me fie pas à ses paroles. D’autant plus que je le connais. Ne te rappelles-tu pas quand il est arrivé ici, jeune enfant, avec ses parents ? Il paraît qu’ils rentraient d’Égypte ! À moins que sa science ne vienne des dieux infâmes de ces esclavagistes ! C’est quand même eux qui nous ont tenu des siècles sous leur botte ! Je l’ai vu grandir ce gamin. C’est vrai, je ne lui connais aucune bêtise, même enfant. Toujours sage et obéissant, sauf la fois où il a échappé à la surveillance de ses parents.


Le Juif : C’est vrai, je me souviens. C’était lors du grand pèlerinage à Jérusalem. Ils l’ont retrouvé au Temple au milieu des docteurs. Déjà bien arrogant à douze ans !!!


Et ils rient tous deux.


Jésus : L’homme est vraiment compliqué ! Du moins, le diviseur a réussi à compliquer ce que mon Père et moi avions créé si simple, si pur… Ainsi, l’homme n’accepte plus ce qui est simple ; ça lui semble suspect. À leurs yeux, tout devrait être complexe, mêlant des causes et des effets inextricables. La simplicité n’est plus de ce monde pour eux. Plus de place pour la candeur. Plus de lumière pour la vérité qui ne devient que confrontation d’avis divergents, de réalités insaisissables et d’opinions que seule une majorité bienpensante peut emporter aux suffrages de tous. Alors, quand moi, je leur dis que tout est simple, que tout ne tient qu’à l’amour qu’on met dans chaque chose, dans chaque geste, dans la moindre parole, dans le plus subreptice regard, ils ne peuvent l’accepter. La simplicité, qui est pourtant la première qualité divine, est louche à leurs yeux… Remettons donc un peu de hiérarchie, de sens sacré, d’ordre simple.


Le voisin : Tu vois que j’avais raison ! Le voilà qui s’énerve et il devient encore plus arrogant, lui le fils d’un petit charpentier qui n’a même pas fait fortune.


Le Juif : Et en plus, il nous insulte ! Serions-nous trop bêtes pour lui que nous ne soyons pas capables de repérer un prophète d’un imposteur ? Car, c’est bien un imposteur ! Un vrai prophète nous aurait convaincu, preuves à l’appui, de son statut. Lui n’est même pas capable de faire un signe qui montrerait qu’il annonce la Parole de Dieu. Rien, nada ! Et comment pourrait-il le faire, lui que l’on connaît depuis son retour à Nazareth. Nous savons qui il est, et certainement pas ce qu’il prétend être.


Le voisin : Tu vois, au début, j’aimais bien son discours. Mais maintenant, il me mettrait plutôt en colère. Quel culot de se comparer au grand prophète Élie et à son disciple Élisée ! Et puis, je suis sûr que si Élie était venu voir une veuve de notre communauté, elle l’aurait aidé. Et Élisée aurait sûrement guéri un lépreux juif s’il en avait croisé. C’est certainement que l’occasion ne s’est pas présentée, c’est tout. Mais pour qui se prend-il ce Jésus à nous donner des leçons ?!


Le Juif : Mes amis ! Comment supporter de telles paroles ? Mettons-le dehors de notre lieu saint ! Il n’y a pas sa place.


Un autre dans la foule : Lapidons-le !


Jésus : Quand l’homme a la nuque raide, il est difficile de lui rendre un peu de souplesse… Ils se dressent tous sur leurs ergots, comme des coqs. En fait, c’est eux qui réalisent la partie du verset que j’avais omis : ils deviennent eux-mêmes les instruments de l’année de vengeance… On ne peut plus les convaincre puis qu’eux ne veulent que vaincre. L’orgueil a forgé une gangue auront de leur coeur. Et leur âme manque d’air… C’est bien vrai, je ne pourrai pas leur apporter une parole prophétique qu’ils ne veulent pas entendre. Allons vers ceux qui sont prêts à l’écouter parce qu’eux ont encore soif. Ces anawim n’ont, eux, qu’une seule conviction : la vie est amour et Dieu est amour. Eux m’entendront, eux se réjouiront, eux m’accueilleront. Et si eux aussi refusent de se convertir, il ne me restera qu’à me retirer seul dans la montagne, seul avec le Seul, mon Père.


Maintenant, sortons. Je n’ai pas peur car « chien qui aboie ne mord pas »… Comme beaucoup, ce ne sont que des velléitaires. Ils n’ont pas la foi chevillée au corps, ne se réfugiant que derrière des convictions creuses. Alors remplir le coeur de ceux qui ont soif…